Murakami, Haruki «Abandonner un chat – Souvenirs de mon père» (2022)

Murakami, Haruki «Abandonner un chat – Souvenirs de mon père» (2022)

Auteur : Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami a étudié le théâtre et le cinéma, puis a dirigé un club de jazz, avant d’enseigner dans diverses universités aux États-Unis. En 1995, suite au tremblement de terre de Kobe et à l’attentat du métro de Tokyo, il décide de rentrer au Japon.
Ont déjà paru aux Éditions du Seuil : Écoute le chant du vent – Flipper, 1973 – La Course au mouton sauvage – La Fin des temps (1992) –
chez Belfond Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (2002), Les Amants du Spoutnik (2003), Kafka sur le rivage (2006), Le Passage de la nuit (2007), La Ballade de l’impossible (2007 ; 2011), L’éléphant s’évapore (2008), Saules aveugles, femme endormie (2008), Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (2009), Sommeil (2010), la trilogie 1Q84 (2011 et 2012), Chroniques de l’oiseau à ressort (2012), Les Attaques de la boulangerie (2012), Underground (2013), L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (2014), L’Étrange Bibliothèque (2015), Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973 (2016), le recueil de nouvelles Des hommes sans femmes (2017) et Birthday Girl (2017), Le meurtre du Commandeur (tome 1 : Une idée apparait – Tome 2 : la métaphore se déplace) en 2018 , Abandonner un chat (2022), Première personne du singulier (2022)

Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu le prestigieux Yomiuri Literary Prize, le prix Kafka 2006, le prix de Jérusalem de la liberté de l’individu dans la société en 2009, le grand prix de la Catalogne 2011 et le prix Hans Christian Andersen en 2016.

Né au Japon en 1949 et ayant séjourné un long moment en Europe et aux Etats-Unis, Haruki Murakami s’inspire de la culture occidentale et japonaise pour donner vie à des oeuvres passionnantes et surréalistes. Découvrez 1Q84, le best-seller énigmatique et surprenant en trois tomes aimant faire référence à 1984, l’ouvrage culte de George Orwell. Accompagnez les deux personnages principaux, Aomamé et Tengo au lien aussi mystérieux que puissant, dans une aventure oscillant entre monde contemporain et univers parallèle étrange et onirique. Mariage de pensée bouddhiste et de critique sociale ingénieuse et finement amenée, ce conte moderne à l’incroyable suspense est qualifié par nos lecteurs comme inattendu, éblouissant et captivant.

Belfond – 20.01.2022 – 81 pages

Résumé :
Je suis le fils ordinaire d’un homme ordinaire. Ceci est parfaitement évident. Mais au fur et à mesure que j’ai approfondi cette réalité, j’ai été convaincu que nous sommes tous le fruit du hasard, et que ce qui a eu lieu dans ma vie, dans celle de mon père, tout a été accidentel. Et pourtant, nous les humains, ne vivons-nous pas en considérant comme la seule réalité possible ce qui n’est après tout qu’un simple fait dû au hasard ?
Quand Murakami avait cinq ou six ans, lui et son père sont partis en vélo abandonner un chat sur la plage. Pourquoi ne pas le garder, que se sont-ils dits, était-ce un moment triste, tout cela, Murakami ne s’en souvient plus. Ce dont il se souvient en revanche, c’est que quand lui et son père sont rentrés à la maison, le chat était là. Et que sur le visage de son père, il y avait de la surprise, de l’admiration et du soulagement. C’est là un des souvenirs que Murakami partage sur ce père qu’il a si mal connu.
Un homme que les différentes guerres avaient changé, qui chaque matin honorait ses morts, qui avait dû renoncer à ses ambitions mais a composé des haïkus jusqu’à la fin de sa vie ; un homme, aussi, qui n’a jamais compris les aspirations de son fils. Et à travers son père, c’est bien lui-même que Murakami questionne…

Mon avis :
Murakami se livre sur sa vie, et plus particulièrement sur les relations qu’il a eu avec son père ; des relations difficiles émaillées de rares souvenirs bien qu’ils aient vécu ensemble pendant les dix-huit premières années de l’auteur. Et le souvenir qui rend son père le plus humain est celui de la tentative d’abandon d’une chatte, dans les années 50, à une époque où personne n’aurait été choqué par un tel acte. Précisons que Murakami est un amoureux des chats.
La vie du père de Murakami a été marquée par la guerre et par l’écriture des haïkus… La guerre qui a bouleversé son cheminement de vie et l’histoire de sa famille. Et son fils en a fatalement été impacté, endossant le poids de ce que son père a vécu, car les racines survivent et modèlent les générations futures. On apprend que Murakami a eu un parcours scolaire médiocre. Et qu’il croit que les gens vivent en fonction de leur époque, raison pour laquelle il y a des incompréhensions et des conflits générationnels, même si les vies des hommes qui nous ont précédé coulent encore dans nos veines et se transmettent de génération en génération pour faire de nous ce que nous sommes, un concentré du passé et du présent.

Petit livre autobiographique vite lu, joliment illustré que j’ai trouvé intéressant à lire pour en savoir un peu plus sur cet auteur que j’aime beaucoup.

Extraits :

Il y a toujours eu des chats à la maison. Je crois que nous vivions heureux avec eux. Pour moi, ils ont toujours été des amis merveilleux. Étant fils unique, mes compagnons les plus précieux étaient les livres et les chats.

J’ai grandi dans une famille tout à fait ordinaire, où j’ai été élevé comme un fils unique, entouré d’un amour raisonnable, sans doute. Par conséquent, je ne peux comprendre ce qu’éprouve un enfant qui se sent « abandonné », même de façon temporaire, par ses parents. Je peux seulement l’imaginer. Je crois qu’un souvenir de ce genre se transforme en une cicatrice invisible, une cicatrice qui peut changer de forme et de profondeur, mais qui accompagne jusqu’à la mort celui qui en a été marqué…

Au milieu de ce chaos, écrire des haïkus représentait sans doute son unique consolation. Ce qu’il n’aurait pu noter dans une lettre, en raison de la censure, il l’exprimait sous une forme poétique – selon un code symbolique – dans laquelle il osait dévoiler ses véritables sentiments. Cela constituait sa seule possibilité d’évasion.

le lourd fardeau que portait mon père depuis très longtemps – un traumatisme, selon la terminologie actuelle –, il me l’a en partie transmis. À moi, son fils. C’est ainsi que fonctionnent les relations humaines, c’est ainsi que fonctionne l’histoire. Il s’agit d’un transfert d’héritage, et aussi d’un rituel. Peu importe à quel point la scène est atroce, suscitant l’envie de détourner les yeux, nous devons l’accepter comme faisant partie de nous-mêmes. Sinon, quel sens aurait l’histoire ?

Dans mon domaine, l’écriture, ce qui compte davantage que l’intelligence, c’est la liberté d’esprit, l’acuité de l’intuition.

Tous tant que nous sommes, nous ne pouvons que respirer l’air de notre temps, supporter son poids, grandir dans son cadre. Ce n’est ni bon ni mauvais, c’est comme ça que les choses se font.

Mon père et moi avons grandi à des époques différentes, dans des environnements différents. Et forcément différentes ont été nos façons de penser, nos vues sur le monde. C’est une évidence. Si à un certain stade de ma vie j’avais essayé de rebâtir notre relation, l’histoire aurait peut-être trouvé une autre issue mais j’étais trop focalisé sur mes propres objectifs pour consentir à cet effort.

j’ai besoin de raviver ma mémoire, de reconsidérer le passé et de le transformer en phrases et en mots que l’on peut voir, que l’on peut lire à haute voix.

L’histoire n’appartient pas au passé. C’est quelque chose qui coule comme du sang chaud et vivant à l’intérieur de la conscience ou de l’inconscient et qui, inévitablement, se transmet à la génération suivante. En ce sens, ce qui est écrit ici n’est pas seulement une histoire personnelle, c’est aussi un fragment de la grande histoire qui bâtit le monde dans lequel nous vivons. Un fragment minuscule, mais qui en fait indubitablement partie.

Image : illustration du livre recadrée et passée en noir/blanc

2 Replies to “Murakami, Haruki «Abandonner un chat – Souvenirs de mon père» (2022)”

  1. J’ai commencé par Kafka sur le rivage, puis L’éléphant s’évapore, suivi de Chroniques de l’oiseau à ressort et L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage. Encore une fois cet auteur a le don d’intriguer par le titre et par le propos. On est rarement déçu avec lui.
    Son sujet est une matière à penser et revisiter notre mémoire et le mémoires qu’on nous a livrées avec une éclatante lumière et sans la moindre ombre, dans un habit de sainteté.
    Ah ! si les mémoires étaient fidèles et la vérité aussi apparente !

    1. j’ai aussi commencé par Kafka sur le rivage, puis j’ai lu d’autres livres que toi ( ils sont en bleu ou en italique dans l’article )
      L’éléphant s’évapore, suivi de Chroniques de l’oiseau à ressort et L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage sont des livres que je n’ai pas encore lus.

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