Calaciura, Giosuè « le tram de Noël » (2020) 111 pages


Calaciura, Giosuè « le tram de Noël » (2020) 111 pages


Auteur : Giosuè Calaciura est né à Palerme le 6 mai 1960. Il vit et travaille aujourd’hui à Rome. Il est journaliste et collabore régulièrement avec de nombreux quotidiens et diverses revues. Il écrit également pour le théâtre et la radio. Son premier roman, « Malacarne », a été publié en Italie en 1998 (Les Allusifs, 2007). « Passes noires » (Les Allusifs, 2005) a été finaliste de l’un des prix littéraires italiens les plus prestigieux, le Campiello, en 2002. En 2009, c’est « Conte du Bidonville » qui est traduit en français chez le même éditeur. « Urbi et Orbi » sort en 2017 chez Notabilia. La même année, Borgo Vecchio remporte, en Italie, le prix Paolo Volponi. « Borgo Vecchio » est son cinquième roman traduit en français. Il a remporté, lors de sa sortie en Italie, le prix Paolo Volponi. Son roman Je suis Jésus a remporté en Italie le prestigieux prix Stresa 2021. En 2024, Giosuè Calaciura reçoit le prix Bouvier pour Pantelleria.

Romans traduits : Urbi et Orbi suivi de Malacarne (2017) –  Borgo Vecchio  (2019) – Le tram de Noël (2020) – Je suis Jesus (2022)  – Pantelleria (2023) – Mirages et naufrages (2025)

Editions Noir sur blanc – Notabilité – 22.10.2020 – 111 pages (Il tram di Natale – 2018 – traduit par Lise Chapuis)

Résumé:

Un tramway quitte la ville, dans l’obscurité de la nuit de Noël, pour s’enfoncer vers les périphéries. A chaque arrêt, des précaires de la vie montent à bord. Ils se laissent bercer par le rythme du tram, dans le silence, en ce soir de réveillon où la magie n’opère plus, avec leur lot de misère, de tristesse et de déception. Au coeur de cette nuit, le cri d’un nouveau-né, déposé à l’arrière, va tresser un lien entre ces voyageurs, éveiller quelque chose en eux…
Après l’inoubliable Borgo Vecchio, Giosuè Calaciura offre une nouvelle fois une voix à ceux auxquels on ne donne jamais la parole. Ce conte de Noël, véritable hommage à Dickens, nous rend l’urgence, la profondeur et les contradictions de notre temps.

Mon avis:

Deuxième lecture de cet auteur et deuxième coup de coeur.
Un tram qui circule en banlieue, la nuit de Noël. Plusieurs personnes vont monter à bord, l’une après l’autre : une prostituée et son vieux client, un marchand de parapluies, Noël un philippin rebaptisé Filippo humilié d’avoir perdu toute identité et jusqu’à son prénom, William un jeune noir orphelin et persécuté, un magicien, une infirmière, un jeune homme qui vient de se voir rejeté par sa femme (et perdre sa fillette par la même occasion). Vont également monter dans le tram deux « Volontaires de la patrie » qui vont vite être éjectés par la petite troupe, alors que d’habitude, pris séparément, les membres de ce petit groupe se faisaient brutaliser.
Chaque voyageur a un lourd passé. Ce sont tous des oubliés de la société, pauvres et marginalisés. Ils vont tous se regrouper  autour d’un nouveau-né abandonné sur la banquette du fond. Pourquoi et par qui?  Un atmosphère à la Dickens, comme le revendique l’auteur. Tout est obscur, ou tout du moins très sombre… la nuit, le tram peu ou pas éclairé, l’ambiance , l’existence et l’état d’esprit des personnages, et même la peau des voyageurs, à une exception près…
De cette proximité autour du nouveau né va naitre une émotion, une communion dans le besoin de sauver cet enfant… et cette coalition faite de misères entrelacées fera apparaître une lueur d’espoir et d’espérance.

Extraits:

Durant le trajet, leurs corps comprimés, élastiques, se pressaient pour se modeler l’un sur l’autre dans la cohue jusqu’à devenir un seul être par la force de la poussée. Souvent face à face, dans l’impossibilité de se retourner, ils devaient garder les yeux fixés dans les yeux de l’autre, parce qu’il n’y avait pas d’espace pour détourner le regard ou l’abaisser. Alors, dans ces yeux, ils lisaient toute son histoire, d’où il venait et où il allait. Plus l’espace se restreignait sous la poussée de nouveaux arrivants, plus les détails se faisaient précis, dévoilaient le prénom et le malheur de l’autre, son activité et sa fatigue, son espoir et sa désillusion, qu’il n’avait jamais confiés même à la personne la plus intimement aimée et fréquentée. Quand il arrivait à destination et que les portes s’ouvraient, cet énorme être comprimé commençait à se fragmenter corps après corps, à se multiplier, à se défaire. Chacun reprenait sa forme individuelle et se remettait en chemin dans la certitude de conserver tout des secrets et de l’intimité de cet autre qu’il ne reverrait jamais plus.

Ils enfonçaient le couteau bien profond, jusqu’au cœur de la solitude, sachant que ces gamins n’avaient personne pour les aider ni pour les consoler : il n’y aurait personne pour les réclamer. 

Dans les derniers mois, la malade préférait Dickens. Elle disait que même s’il était sentimental, c’était l’écrivain qui savait mieux qu’aucun autre saisir la difficulté d’être au monde. Et le bonheur aussi.

Comme elle était différente, la souffrance, avec la constance du sédatif directement dans la veine. La mort elle-même n’est pas égale pour tous : les riches agonisent dans la ouate de la morphine.

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