Rufin, Jean-Christophe « Le Revenant d’Albanie » (2025) 224 pages
Auteur : Écrivain, membre de l’Académie française, médecin, pionnier de l’action humanitaire, né le 28 juin 1952 à Bourges dans le Cher. Jean-Christophe Rufin a conquis un large public avec ses romans : L’Abyssin (prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée), Sauver Ispahan, Asmara et les Causes perdues (Prix Interallié 1999) Rouge Brésil (prix Goncourt 2001), Globalia (2003), La Salamandre, Un léopard sur le garrot, Le grand cœur (2012) , Immortelle randonnée, Le Collier rouge (2014) Check-point (2015) , Le Tour du monde du roi Zibeline (2017), Les Sept Mariages d’Edgar et Ludmilla (2019), Les Flammes de Pierre (2021) – Sur le fleuve Amazone (2024 carnet de voyage) – Un été avec Alexandre Dumas, (2025)
( en italique les livres lus avant la création du blog et donc non commentés)
A partir de son expérience internationale comme humanitaire et diplomate, Jean-Christophe Rufin a donné vie à Aurel Timescu en 2018 avec Le Suspendu de Conakry. Le Revenant d’Albanie est le sixième épisode de ses aventures.
Les enquêtes d’Aurel Timescu : tome 1- Le Suspendu de Conakry (2018), tome 2 : Les trois femmes du Consul (2019) – tome 3 Le flambeur de la Caspienne (2020) – tome 4 La Princesse au petit moi (2021) –tome 5 Notre otage à Acapulco» (2022) – tome 6 Le Revenant d’Albanie –
Série : Les enquêtes de Providence: tome 1 : Le parfum d’Adam (2007) – tome 2 , Katiba (2010) – tome 3 : D’or et de jungle (2024)
Calmann-Lévy noir – 02.04.2025 – 224 pages / LGF/Livre de Poche – 01.04.2026 – 240 pages
Les enquêtes d’Aurel Timescu le consul (tome 6)
Résumé :
Pour la première fois dans sa calamiteuse carrière de petit consul, Aurel Timescu fait l’objet d’une promotion. Le voici en Europe ou presque. Il est nommé en Albanie. Cet Etat voisin de la Grèce et de l’Italie n’est pas un pays comme les autres. Son territoire somptueux entre mer et montagne donne une trompeuse apparence de paix. Mais il a subi au fil des siècles bien des invasions, souffert sous des dictatures terribles.
Le peuple s’est protégé en se forgeant ses propres lois. Un code de l’honneur, surtout dans les campagnes, régit tous les aspects de la vie… jusqu’à la vengeance. Est-ce pour cela qu’on peut y mourir deux fois ? Comme un certain Marc Lumière, qui vient d’être assassiné à Chamonix mais est officiellement mort trente ans plus tôt en Albanie. Aurel, comme toujours, se saisit de l’enquête. Il va vite se rendre compte que rien n’est simple au pays des Aigles.
Pour éclairer les mystères du présent, il lui faut plonger dans l’Histoire et comprendre quelles cicatrices elle a laissées dans les consciences.
Mon avis: 🩶🩶🩶🩶
Toujours un bon moment de divertissement que ces enquêtes du petit consul… Cet anti-héros me ravit depuis son apparition dans le monde de la diplomatie consulaire. Attachant, agaçant parfois mais qui me fait toujours sourire …
Grande nouvelle ! Aurel est enfin nommé Consul ! Et en Europe et pas dans un pays exotique ! Mais… pas de bol : il est nommé en Albanie… Un pays qui lui rappelle de très mauvais souvenirs d’enfance… Un pays en pleine renaissance, caractérisé par une tolérance religieuse, une recrudescence du tourisme, peu de drogue ( la drogue albanaise est un marché juteux hors de ses frontières) et la mafia albanaise sévit à l’étranger et non sur sol albanais.
Dès son arrivée il va être confronté à deux enquêtes … une touriste portée disparue (ce n’est pas son problème) et une demande d’informations concernant la mort en France d’un albanais naturalisé français, un certain Marc Lumière, né Marsel Rustemi. Cette demande va se transformer en enquête (recherche d’héritière) et lui faire découvrir « le Kanun », un code d’honneur issu de coutumes ancestrales. Coté coutumes, il y a aussi les lieux protégés, une géographie de la mort comme ils disent… Coté architecture, on découvre les « Kullas » et on va vite se rendre compte que malgré le progrès les traditions restent sacrément ancrées dans les mentalités.
Le moteur d’Aurel est une fois de plus la lutte contre l’injustice… sans oublier bien évidemment le carburant essentiel, le vin blanc, et le piano . Côté galerie de personnages, c’est pas triste, en plus d’Aurel, nous faisons la connaissance du flic de l’Ambassade, Le commissaire Grobert et d’un français établi depuis des décennies dans le pays, Gaëtan (les anecdotes à son sujet sont véridiques)
Toujours aussi un plaisir d’en apprendre davantage du point de vue historique … L’Albanie, la dictature qui tombe en 1991, la guerre des les Balkans, l’accès à la démocratie, les religions qui avaient été interdites en 2967 par le dictateur à nouveau autorisées
Et je vais peut-être lire « Avril brisé » d’’Ismaïl Kadaré.
Extraits:
Avec son accent du Tarn et sa couperose aux joues, le parlementaire était en lui-même un hommage à la bonne chère.
— Des sénateurs d’extrême gauche ! Un peu bizarre, l’association de ces deux mots, vous ne trouvez pas ? Comme si on disait : une chambre au Ritz avec les toilettes sur le palier.
[…] les « ressources humaines ».
Un mot affreux, comme si l’humanité était une sorte de pétrole qu’on irait chercher sous terre pour le brûler dans nos entreprises ou nos administrations. Passons…
L’Albanie lui avait appris une seule chose mais elle changeait sa vie : il existait un endroit au monde plus triste, plus misérable et plus fou que la Roumanie de Ceaușescu.
Mais comme il ne pouvait pas vivre sans inquiétude, il vit fondre sur lui comme une météorite le spectre du principal ennemi qu’il aurait sûrement à affronter.
L’ennui.
Le grand problème des Balkans, c’est l’histoire. Tu sais ce que disait Churchill de ces pays : « Trop peu de territoire ; trop d’histoire. »
On sait que la réalité échappe à toutes les représentations simples. Les gens que nous avons en face de nous ne sont jamais seulement ce qu’ils prétendent être. Comme nous.
Que penser d’un tel personnage ? Fallait-il s’en tenir à la surface, à l’impression de respectabilité bourgeoise qu’il dégageait, ou y avait-il dessous d’autres couches appartenant à des époques antérieures de sa vie qui auraient pu faire de lui, comme le supposait le policier, un mafieux soigneusement dissimulé derrière un paravent d’honorabilité ?
Toujours la même histoire. Quand on est en bonne santé, on bosse. Et quand arrive la retraite, plus rien n’est d’aplomb.
Ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était mener ses petites enquêtes tout seul. L’hostilité le gênait moins que la sollicitude. À partir du moment où tout le monde s’occupait d’une affaire, elle perdait pour lui tout son sel. Cela devenait une chose publique et la passion se transformait en travail.
Kanun […] Un vrai système juridique. Complet, très moderne en un sens. Mais traversé par la mort et sans aucune considération pour la vie humaine.
D’habitude, sous les tropiques, il s’enfermait dans son passé, reconstruisait chez lui une petite Roumanie intemporelle et mettait les autres à distance en portant des tenues vaguement soviétiques qui le faisaient passer pour un original. En Albanie, tout se mêlait. L’ailleurs et le familier, le présent et le passé.
Il se rattachait à un avant. Il portait sur lui son passé et, pour son malheur, ce passé était aussi celui de ceux qui l’entouraient aujourd’hui.
ces couches de culture et d’histoire qui s’empilent dans l’esprit de ce peuple et le font vivre au temps présent comme dans les traditions des époques les plus lointaines.
Vocabulaire:
L’irénisme est une attitude visant à la compréhension mutuelle en se focalisant sur ce qui unit ou rapproche et en minimisant ce qui éloigne ou amène au conflit. Historiquement, cette attitude est apparue dans la réflexion de Leibniz sur les rapports entre Églises.
Le terme irénisme vient du grec εἰρήνη (eirếnê), la paix. Le mot est dérivé d’irénique emprunté au latin ecclésiastique moderne irenicus, apparu en 1867. Il a donné le prénom antique Irénée (répandu au IIIe siècle parmi les chrétiens) et son féminin Irène. Le mot irénisme est attesté en 1962.