Rufin, Jean-Christophe «Les trois femmes du consul» (2019)

Rufin, Jean-Christophe «Les trois femmes du consul» (2019)

Auteur : Écrivain, membre de l’Académie française, médecin, pionnier de l’action humanitaire, Jean-Christophe Rufin a conquis un large public avec ses romans :  L’Abyssin (prix Goncourt du premier roman et prix Méditerranée), Sauver Ispahan, Asmara et les Causes perdues (Prix Interallié 1999) Rouge Brésil (prix Goncourt 2001), Globalia (2003), La Salamandre, Le parfum d’Adam, Un léopard sur le garrot, Le grand cœur(2012) , Immortelle randonnée, Katiba, Le Collier rouge (2014) Check-point(2015) , Le Tour du monde du roi Zibeline (2017),
Les enquêtes d’Aurel Timescu  : tome 1- Le Suspendu de Conakry (2018), tome 2 : Les trois femmes du Consul (2019)

Les enquêtes d’Aurel Timescu ( tome 2)

Flammarion – 09.10.2019 – 272 pages

Résumé : A Maputo, capitale du Mozambique, aucun client n’ose s’aventurer à l’hôtel dos Camaroes, malgré son jardin luxuriant. C’est que le patron est un vieux Blanc au caractère impossible. Aussi quand on le retrouve mort un matin, flottant dans sa piscine, nul ne s’en émeut. Sauf Aurel Timescu, roumain d’origine, Consul adjoint à l’ambassade de France. Calamiteux diplomate, c’est un redoutable enquêteur quand il pressent une injustice.
Trois femmes gravitent autour du défunt. C’est vers l’une d’entre elles que se dirigent arbitrairement les soupçons de la police. Pour démontrer son innocence, le Consul va devoir entrer dans la complexité de relations où se mêlent l’amour, la chair et l’intérêt. Avec sa méthode intuitive et ses tenues loufoques, Aurel va s’enfoncer plus loin que quiconque dans ces passions africaines. Jusqu’à débusquer le  » gros coup « .
Celui qui a coûté la vie au vieil hôtelier. Et qui nous plonge dans un des plus grands drames écologiques de la planète.

Mon avis : J’ai retrouvé avec plaisir ce personnage atypique qui ne vibre que pour le mystère, l’injustice et la musique. Ce livre est délassant et plein d’humour. Le personnage d’Aurel est à la fois touchant et énervant. C’est léger et enlevé. Cette fois ci Aurel Timescu est en poste au Mozambique et non plus en Guinée. Il est envoyé pour seconder un jeune Consul qui ne le connait pas encore et met un point d’honneur à vouloir l’intéresser à son travail. Par chance, il y a un meurtre… et c’est tout ce qu’il faut pour qu’Aurel se réveille (se revèle)
Ancien diplomate, l’auteur décrit avec humour la situation politique et diplomatique en terre d’Afrique. Ce personnage décalé donne un charme désuet à cette série qui ne ressemble à aucune autre et qui révèle le mode de fonctionnement et la corruption locale (et internationale)

Extraits :

Le drame avec les jeunes, c’est qu’ils croient en l’humanité. 

Elle se tourna vers lui, reprit son sourire modeste et son attitude accablée comme si elle avait précipitamment caché l’arme qu’elle avait laissé entrevoir.

Ce qu’il aimait, dans ce genre d’enquêtes clandestines, c’était justement leur côté discret, la dissimulation, la solitude du chasseur. Il se demandait quel effet cela pouvait faire de se retrouver sinon en meute, du moins en compagnie. Cependant, il n’avait pas le choix.

Ce n’était pas aussi agréable, sans doute, que de jouer sur le vieux piano droit qu’il traînait partout. Pourtant, le mouvement des doigts sur le bois avait le pouvoir de lui faire entendre les notes. Et, tandis que son vrai piano désaccordé livrait des sonorités de bastringue, les notes qui naissaient dans son esprit étaient pures et justes, aussi riches que si elles avaient été produites par un Steinway de concert. C’était un exercice digne de son grand-père maternel, le rabbin kabbaliste qui proclamait le doigt levé : « La matière est esprit. » 

Son goût pour les énigmes policières s’expliquait de plusieurs manières. D’abord, il aimait la justice. Aucun combat ne lui semblait plus noble que d’attribuer au vrai coupable la responsabilité de ses actes et, par voie de conséquence, de réhabiliter l’innocent. Dans l’affaire qui l’occupait désormais, il sentait rôder l’injustice.

La pièce était peinte en bleu pâle et ornée d’un portrait du président mozambicain. Le cadre était assez endommagé, preuve qu’il avait été ouvert bien des fois pour remplacer la photo au gré des changements de régime. Beaucoup d’hommes politiques avaient d’ailleurs dû, avant ou après leur arrivée au pouvoir, séjourner dans la prison à titre de simples détenus, si bien que le directeur, après avoir admiré leur portrait, avait fait connaissance avec l’original.

 Le futur était une dimension de l’existence qu’elle n’avait pas pour ambition de maîtriser. Arriverait ce qui arriverait. Il se dit que la vie aurait été plus agréable pour lui s’il avait été capable de voir les choses ainsi…

— La justice n’est pas de ce monde, je sais ! Mais c’est précisément en la recherchant qu’on tend vers Dieu ou, si vous n’y croyez pas, ce qui parfois est mon cas, vers la part sacrée qui est en nous. C’est le plus bel hommage que nous puissions rendre à nos ancêtres car ils n’avaient, eux, que cette foi pour survivre.

— « Ce qu’on ne peut empêcher, il faut le vouloir. »
— Machiavel, 

Et puis, je suis fonctionnaire. En France, c’est sacré. Quand mes supérieurs m’en veulent, c’est-à-dire toujours, ils n’ont qu’une solution : me mettre au placard. Et moi, le placard, j’aime ça !

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