Walker, Wendy «Tout n’est pas perdu» (2016)

Walker, Wendy «Tout n’est pas perdu» (2016)

Auteur : Ancienne avocate spécialiste en droit de la famille, en droit commercial et banquière d’affaires, Wendy Walker est aujourd’hui romancière et éditrice dans le comté de Fairfield, Connecticut. Elle commence son travail d’écriture pour les éditions St Martin’s Press avec deux romans féminins, puis la série Chicken Soup for the Soul. Tout n’est pas perdu est son premier thriller psychologique. Avant même sa parution, il est très vite repéré par l’équipe de production de Gone Girl de David Fincher et est en cours d’adaptation par la Warner Bros.

Wendy Walker s’intéresse particulièrement à la psychologie et aux avancées de la recherche scientifiques sur la mémoire. L’auteur analyse dans Tout n’est pas perdu les mécanismes du souvenir et du syndrome post-traumatique. Emma dans la nuit est son second roman publié en France, en 2018.

Sonatine –  12/05/2016 – 345 pages / Pocket – 13/04/2017 – 408 pages

Résumé : Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée.

Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, et lui confient leurs pensées les plus intimes, laissant tomber leur masque pour faire apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Ce thriller, d’une puissance rare, plonge sans ménagement dans les méandres de la psyché humaine et laisse son lecteur pantelant. Entre une jeune fille qui n’a plus pour seul recours que ses émotions et une famille qui se déchire, tiraillée entre obsession de la justice et besoin de se reconstruire, cette intrigue à tiroirs qui fascine par sa profondeur explore le poids de la mémoire et les mécanismes de la manipulation psychologique.

Mon avis : Très intéressante étude du Syndrome du Stress Post Traumatique et des méfaits de certaines thérapies comme celle de faire oublier l’événement à la victime. C’est un polar psychologique et moi j’aime ça. Se plonger dans les mécanismes de l’esprit… Si on m’avait demandé la profession de l’auteure, je n’aurais pas dit Avocate mais plutôt psychiatre… En tous les cas c’est extrêmement bien documenté et passionnant,. Je le recommande.

Le sujet principal est de fait la recouvrance de la mémoire apres un choc.

Pendant qu’un psychiatre suit des patients atteints du SSPT (un soldat et Jenny) et tente de faire revenir leur mémoire, l’enquête policière pour viol se déroule parallèlement. Le psychiatre va suivre la jeune fille et sa famille, et va faire ressortir le passé des parents dans le but de leur permettre d’assumer leurs faiblesses et leurs parts d’ombre. Le psychiatre est connecté aux deux volets de la reconstitution des faits et c’est loin d’être de tout repos pour lui. Quand de plus le psy est partie prenante dans l’affaire et qu’il s’avère qu’il manipule les événements et les personnes …  On avance, dans la tête du psy.. on suit l’enquête… c’est prenant et angoissant …

Extraits :

Il faut beaucoup plus de force pour ressentir les émotions que pour les refouler.

Il a également été découvert que les souvenirs ne sont pas statiques. De fait, ils se modifient chaque fois que nous les sortons de leur lieu de stockage

Je n’aimais plus faire les choses que je faisais avant. Je continuais de les faire, vous savez, mécaniquement, parce que je me disais que sinon tout s’écroulerait.

Mensonges pieux, mensonges éhontés, un million de mensonges un million de fois chaque jour, partout, par chacun d’entre nous. Nous cachons tous quelque chose à quelqu’un.

Le premier soir, elle avait semblé sans vie. En ce petit matin, elle avait l’air morte. Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir une différence. Mais il y en a une. Vraiment. Ses yeux étaient ouverts et elle me regardait, ainsi que le plafond au-dessus de moi. Mais elle n’était pas là.

Un instinct peut expliquer une réaction. Mais ça ne signifie pas que la réaction soit la meilleure ligne de conduite.

Un thérapeute possède d’immenses pouvoirs de suggestion. D’immenses pouvoirs, et je pèse mes mots.

je ne crois plus en rien, à aucun sentiment, aucune déclaration, aucun amour. C’est juste du baratin. Juste les hormones et le désir et notre besoin de combler nos vides, les trous dans notre âme. Nous nous servons simplement les uns des autres, n’est-ce pas ? Rien n’est tel qu’il y paraît.

l’art de la thérapie consiste à laisser le patient parvenir à ses propres conclusions. Il doit en être ainsi et, en tant que thérapeute, il faut une grande patience pour entretenir ce processus sans le corrompre.

Il a perdu ses souvenirs de la bataille. Ou, plus précisément, on les lui a volés. Et maintenant il s’est perdu lui-même dans son propre esprit.

Le manque d’attention, la privation d’amour et le déni émotionnel sont tout aussi toxiques que de la maltraitance pure et simple.

Il ne faut pas être fier de ses enfants ; ils doivent être fiers d’eux-mêmes. Il ne faut pas leur faire de faux éloges, car ils cesseront d’accorder du crédit à nos opinions.

Nous avons besoin que nos parents nous aiment sans conditions ni logique, et au-delà du raisonnable.

J’ai déjà exprimé ma désapprobation des thérapies de couples, notamment du fait de voir deux personnes se dire des vérités qui ne peuvent plus, ensuite, être retirées. Les choses ont peut-être besoin d’être dites, mais pas nécessairement d’être entendues par le conjoint.

On lui avait administré le traitement, et il n’avait désormais presque aucun souvenir de l’événement. Il souffrait de dépression sévère, et d’une anxiété qui était exacerbée par son état anxieux sous-jacent.

Les souvenirs peuvent être stockés et par la suite perdus ou effacés. Ils peuvent aussi être sauvegardés mais mal classés, et donc difficiles à recouvrer.

Le désir de ne pas être seul au monde est puissant. Plus puissant, peut-être, que la raison ou la conscience ou la peur.

J’imagine que la différence entre une vague et un violeur est que la vague a le pouvoir, qu’elle vous secoue dans tous les sens ou qu’elle vous porte jusqu’au rivage. Vous vous trouviez juste sur son chemin.

C’était l’un de ces dilemmes qui vous restent dans un coin de la tête, comme une fissure au plafond. Vous l’oubliez parce que vous êtes occupé, mais de temps à autre, vous l’apercevez, et vous vous demandez, est-ce que ça a empiré ? Le moment est-il venu de la réparer ?

Je dis à mes patients que la culpabilité ne peut rien donner de bon. Elle nous entraîne dans des voies où nous ne devrions pas aller quand nous voulons avancer. C’est, par sa nature même, une émotion tournée vers l’arrière.

Les graines du doute poussent comme des mauvaises herbes si elles reçoivent assez de soleil. Assez d’eau. Assez de soins.

L’empathie se définit ainsi : « capacité à partager et à comprendre les sentiments d’autrui. »

Certaines choses sont si incompréhensibles qu’elles arrachent le sol sous nos pieds, nos fondations, et nous avançons péniblement dans l’existence avec la peur de tomber à chaque pas

 

Photo : sur le net (docteur Christophe Bagot )

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