Huston, Nancy «Sensations fortes» (2017)

Huston, Nancy «Sensations fortes» (2017)

Auteur : Née à Calgary au Canada, Nancy Huston, qui vit aujourd’hui à Paris, est l’auteur de nombreux romans et essais publiés chez Actes Sud et chez Leméac, parmi lesquels Instruments des ténèbres (1996 ; prix Goncourt des lycéens et prix du Livre Inter), L’Empreinte de l’ange (1998 ; grand prix des Lectrices de Elle), Prodige (1999), Dolce agonia (Prix Odyssée 2001), Une adoration (2003), Lignes de faille (2006 ; prix Femina et France Televisions), Infrarouge (2010), Danse noire (2013) , Le club des miracles relatifs(2016), Sensations fortes (2017), Lèvres de pierre (2018)

Actes Sud Littérature – Collection Essences – Octobre, 2017 / 10,0 x 19,0 / 96 pages

  • Résumé: Neuf nouvelles écrites entre 1978 et 1998 dans lesquelles le lecteur trouve l’encrage du motif Hustonien dans toute sa puissance dérangeante. Neuf histoires courtes, telles des variations initiales, qui prennent place dans la collection Essences telle une figure de proue.
  • L’amour étant capable d’accomplir certains miracles, le jeune couple arrive sain et sauf à la cabane, la bonne cabane, au bord du bon lac, et, quand ils sortent une clef, c’est la bonne clef. Encombrés de bûches, de sacs de couchage et de couvertures, ils s’engouffrent dans la petite maison en bois (c’est-à-dire, soyons clairs, en planches nues), et referment vite vite la porte pour que la neige ne s’y engouffre pas à son tour.
  • Ils se regardent.
  • Ils ne voient rien.

Mon avis Je ne suis pas très « nouvelles » mais je suis très « Essences » alors je suis partie à la découverte de cette auteure.

Au final, l’impression que bien que née au Canada, l’auteure ne rêvait que d’ailleurs. Elle recherche ses racines, son moi profond et ses nouvelles Parlent de personnes qui ne sont pas à leur place, mal ou pas intégrées, déracinées… J’ai fait un petit topo sur chacune des nouvelles…

Ce qui est certain c’est que je ne me suis pas fait une idée claire de l’œuvre de la romancière en lisant ce petit opus. Il va falloir lire un roman pour pouvoir me prononcer davantage.. je ne sais pas si j’aime ou pas…

  1. La Sainte Famille

A vous couper le souffle cette évocation de Noel en une seule et interminable phrase. Une sensation d’urgence, de besoin de tout dire, de tout expliquer, de tout offrir, de couvrir de cadeaux et de combler le manque par une présence étouffante à force de vouloir tout bien faire. Deux fillettes découvrent Noel en Allemagne ; elles découvrent une famille, la langue, les traditions, la nourriture, les friandises. La logorrhée comme cocon pour ne pas évoquer l’essentiel.

Extrait : […] c’est l’heure de manger – essen, pas fressen, il ne faut pas confondre les mots, quand tu les confonds les adultes explosent de rire, essen veut dire manger et fressen veut dire bouffer, se goinfrer comme un animal – goûte ça, c’est une nouvelle sorte de fromage, Käse, et voici le pain, Brot, il ne faut pas tout mélanger, frölich, heureux, fürchterlich, horrifiant, ceci est ta Mutti  […]

Et côté essence et sensation : le goût.

  1. Deux voyages retour simple

Au centre de la nouvelle : le désir de voyager, de fuir. L’envie de fuir Edmonton (Canada) pour un ailleurs, de retrouver ses racines en Irlande (les Huston ont fui l’Irlande pour le Canada), de retrouver sa grand-mère en Allemagne, d’aller en inde pour se rapprocher du passé de sa sœur, les Etats Unis pour faire écho aux rêves de sa mère. Et pour son père et sa nouvelle épouse, l’envie de quitter Edmonton pour partir en voyage de noces. Pour les enfants, la fuite vers l’Europe s’invente en radeau… Mais quand on n’a pas les moyens, s’éloigner de chez soi est source de problèmes, de désillusion, de peur, d’échec…

Extrait :  il s’agit d’une route non goudronnée, non déblayée et non balisée, une route sans lampadaire, une simple égratignure sur le vaste dos plat de l’Alberta central, égratignure sur laquelle la Plymouth se trouve totalement seule.

  1. La Pleureuse

Miki souhaite se protéger de la vie, elle désire vivre à l’abri des événements, vivre les drames des autres mais pas y être confrontée. Jusqu’au jour où elle est confrontée à l’émotion, une vague qui la submerge, la remplit, la fait suffoquer. La douleur enfle et s’échappe d’elle par un cri, celui des pleureuses ancestrales qui la révèle en qualité de femme

Extrait :  Les larmes arrivèrent alors, d’abord silencieuses puis accompagnées de cris. Mais ces cris ne provenaient pas des cordes vocales ; ils remontaient du fond des âges. […] Les larmes arrivèrent alors, d’abord silencieuses puis accompagnées de cris. Mais ces cris ne provenaient pas des cordes vocales ; ils remontaient du fond des âges.
– Les cris se succédèrent, de plus en plus sauvages et impérieux. Et Miki comprit que c’était cela l’émotion ancestrale, et qu’être femme c’était cela : hurler contre la mort, s’arracher les cheveux comme l’ont fait toutes les pleureuses depuis l’Antiquité, les femmes de héros morts que Miki avait toujours admirées sans y croire, sur les vases grecs au musée par exemple.
– […]  oui, c’était cela, être pleureuse : cette nausée et ce vertige, ce besoin de se vider, de se retourner comme un gant, d’interrompre tous les processus vitaux et de trembler jusqu’à la transparence.

Et côté essence et sensation : l’ouïe, la parole.

 

  1. La Joie de l’arbre

Une femme se métamorphose en arbre, une nouvelle sur le renouvellement. Mais aussi à nouveau. L’idée des racines. En devenant arbre, la femme s’ancre dans le paysage, dans la terre d’où elle vient et ne peut pas être transplantée ailleurs. Sa transformation fait passer Miki de vivante à immortelle ; enfin pas car exactement la nature aussi est mortelle,et par cette transformation elle donne vie à la nature, parle des sensations éprouvées par des entités vivantes différentes de l’être humain proprement dit. Puis, de bois, elle devient bois pétrifié… mais en même temps, elle découvre la valeur de toutes les composantes de la nature et l’essence de la vie…

Extraits :   des clichés polis comme des cailloux par des millénaires de sagesse populaire et par les trois décennies de sa propre vie.

Et côté essence et sensation : le toucher, le goût.

  1. Carpentras

Une fois encore, la non intégration, le rejet de certaines personnes. Profanation du cimetière … et révélation de la condition de mortel des profanateurs… Quand l’odeur, la terreur et la pensée se rejoignent, les émotions incontrôlées jaillissent…

Extrait : Il n’y a que la lune, suprêmement indifférente à l’amour comme à l’horreur, et les cèdres qui se penchent en gémissant doucement dans le mistral. […]
Le soleil, sans état d’âme, toujours égalitaire, se lève et brille sur le gâchis.

Et côté essence et sensation : l’odorat

  1. Histoire en amibe

Une nouvelle sur la différence, la non intégration dasn un milieu qui n’et pas le nôtre. Mais être différent qui fascine son contraire ; l’obscure créature attire l’étoile de la soirée. La sorcière et l’intellectuel se complètent… C’est contre nature, inimaginable et donc ce ne peut être que de la folie, de l’imagination… Le moins que l’on puisse dire c’est que cela rend mal à l’aise..

Extrait : Sentant la gêne qu’elle engendre comme d’habitude, elle se tait et se retire, essaie de disparaître, essaie d’écouter, de s’accrocher à la conversation qui sautille et papillote dans l’atmosphère fumeuse.

 

  1. Les Places numérotées

Vision d’horreur dans les transports en commun… Plongée dans l’inconnu, dans l’indicible… Et de là, elle fuit… Mais ce ne sont pas les couloirs du métro et les rues qui vont contribuer à la perdre… elle est prdue dans le chemin de la vie, elle bifurque au hasard, se perd, erre dasn la complexité des sentiments et des émotions .. Elle est enfant perdue, mais la jungle qui l’étouffe est plus intérieure que terrestre. Et petit à petit, elle devient invisible et se disloque, part en morceaux…

Extraits : Tous les métros de mes rêves passent par ici. C’est le croisement inévitable, l’enchevêtrement indémêlable de mes trajets oniriques […] je me retrouve brusquement dans un quartier inconnu, voire une ville étrangère, où personne ne me comprend et d’où il est impossible de rebrousser chemin.
et je pense à toi, et au fait que nous n’avons jamais pris le métro ensemble, sinon tard le soir ou tôt le matin, pour aller vers une gare ou pour en revenir, et je trouve sidérant que tu puisses m’effleurer à peine et me faire trembler d’émoi, alors qu’ici je suis pressée de toutes parts et ne sens rien : qu’est-ce que le toucher ?

Et côté essence et sensation : le toucher.

  1. Le Mur des perturbations

Fake-news… Le nouveau mur de Berlin. La transparence n’est pas la liberté…

Extraits : Le symbole des Deux Magots a été choisi en souvenir de la philosophie de la transparence, élaborée, voici un demi-siècle, dans le célèbre café du même nom par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.
C’est grâce à la transparence que nous nous sommes mis à étudier les effets négatifs de la non-transparence.

 Et côté essence et sensation : la vue.

  1. Film muet

Une fois encore une histoire d’exil, de déracinée.

Extraits : Quand ils se servent de mots, c’est dans sa langue à lui.
Elle, ce n’est même pas son pays.

Et côté essence et sensation : le toucher, la vue.

 

La Collection « Essences » d’Actes Sud (voir page sur le blog)

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