Barde-Cabuçon, Olivier «Le détective de Freud» (2010/2017)

l’Auteur : Olivier Barde-Cabuçon vit à Lyon. Après un début en cabinet d’avocat, il exerce ses talents de négociateur dans un groupe international. Il écrit ses romans le week-end et pendant les vacances Féru de littérature, d’art et d’histoire, son goût pour les intrigues policières et son intérêt pour le XVIIIe siècle l’ont amené à créer le personnage du « commissaire aux morts étranges ». Dans son premier roman « Les adieux à l’Empire » (France-Empire, 2006), il nous fait revivre une épopée incertaine avec des personnages attachants et hauts en couleur emportés par le vent de l’histoire.  Il écrit ensuite « Le détective de Freud » en 2010 avant de commencer la série des aventures du Chevalier de Volnay..

Résumé : Paris, 1911. À l’issue du congrès de l’Association Psychanalytique Internationale, le jeune docteur Du Barrail est chargé par Sigmund Freud en personne d’enquêter sur la mort mystérieuse d’un de leurs confrères, retrouvé étranglé sur son divan d’analyse. Épaulé par Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse, et Max Engel, un détective marxiste à la langue bien pendue, Du Barrail se met en quête de la vérité qui – comme dans toute bonne analyse – se niche sans doute là où l’on s’y attend le moins. Une plongée réjouissante dans le Paris tumultueux de la Belle époque et les débuts de l’histoire de la psychanalyse.

Paru chez : De Borée, coll. « Littérature », 2010, 379 p / Éditions Actes Sud – 409 pages – Aout 2017

Mon avis : Olivier Barde-Cabuçon est un habitué des tandems… Je connaissais le Commissaire aux morts étranges et le tandem Commissaire/Moine et je viens de découvrir un – non deux – tandems qui font vibrer le Paris de la Belle Epoque ! Les tandems de ce livre sont complémentaires : Du Barrail/ Max Engel et Freud/Jung… et au milieu de tout cela… des loups, des serpents , des Dames  – la dame en vert, la dame de la nuit, la dame « aux loups », la dame artiste – Mais qu’est-ce qui relie tous ces personnages ? le sexe … qui fait tourner le monde selon Freud ? le passé ? l’inconscient individuel ou collectif ? l’interprétation des mythes comme tendrait à le penser Jung ? Jung, Freud, la psychanalyse : la dernière fois que je les ai croisés en littérature, c’était dans l’excellent livre de Laurent Seksik «Le cas Eduard Einstein» … Excellent mais nettement moins trépidant… Si seulement le tandem Du Barrail/ Max Engel pouvait reprendre du service ! Réussite totale ! Qui m’a fait ressortir mon vieux livre de Bruno Bettelheim pour me rafraichir la mémoire sur la « Psychanalyse des contes de fées »… Coté couturier, Paul Poirier était un inconnu pour moi.. Paul Poiret oui . Mais Poirier ?… j’ai découvert ce nom.. Ce que j’ai bien sur aimé aussi ce sont les dialogues, les réparties, l’humour… Le tandem Barde-Cabuçon / Lenormand me plait bien. Avec lui je me promène à Venise, dans le Paris de Voltaire ( cité aussi dans ce roman ) et de la Belle-Epoque… Décidemment… je ne parle que de tandems … c’est le paradis…

Extraits :

Notre personnalité consciente est soumise aux influences de cet Inconscient dont elle ressent confusément la présence. Elle le recherche tout en le rejetant en même temps. Bref, nous sommes ces trois couches d’oignon superposées !

Depuis la nuit des temps, outre ses vertus défensives, les tours représentaient le mythe ascensionnel. Déjà, la tour de Babel elle-même, où Dieu avait mélangé les langages de tous les hommes, voulait toucher au ciel.

On ne laisse pas impunément ouvertes les portes de l’Inconscient. Il faut savoir les fermer avant d’éteindre la lumière.

La figure du loup ne peut pas être réduite à une expérience personnelle. Elle appartient à des mémoires collectives : le loup bleu céleste des dynasties chinoises, la louve de Romulus symbole de fécondité ou encore Fenrir, le loup géant de la mythologie scandinave, capable de tenir tête aux dieux. Comme vous le voyez, le loup n’est pas seulement symbole de sauvagerie mais également d’autorité.

— Pourquoi vous priver du plaisir ?
Sa voix aux subtiles intonations agissait sur lui avec un charme caressant.
— Je me passe bien des fruits, l’hiver, ne trouva-t-il qu’à répondre.

Il commanda un bourgogne car, expliqua-t-il, comme on dit souvent que les médecins préconisent du vin de Bordeaux pour les malades, cela signifie que le bourgogne est réservé aux gens en bonne santé.

Il la regarda s’éloigner comme on regarde partir un bateau que l’on aurait pu prendre il y a très longtemps pour aller vers un ailleurs qui n’aurait rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

L’amandier est le symbole de l’imprudence car sa floraison précoce l’expose aux aléas…

J’aime cette belle époque qui mélange des gens qui pensent en profondeur, comme vous, avec des gens qui voient en couleur, des Cézanne, Monnet, Braque, Picasso, Matisse…
— Ou des penseurs comme Gide, Claudel, Valéry…

Ligotée et enterrée vivante sous de multiples couches de vêtement, brimée dans sa liberté de mouvement, respirant au rythme qu’on lui imposait, la femme enfin domptée ne représentait plus aucun danger pour l’homme.

Votre athéisme vous a conduit à construire un autre dogme. Au Dieu que vous avez rejeté, vous avez substitué la déesse Sexualité. Vous avez cherché en bas ce que vous aviez perdu en haut !

Pour soigner le présent, il nous faut comprendre le passé. Voilà ce qu’est la psychanalyse ! Qui sommes-nous donc sinon des détectives de l’âme ?

Pas une nymphomane, une frôleuse d’enfer. C’est le terme que j’emploie pour tous ceux qui se risquent à des jeux qui les dépassent.

 

Récondo (de), Léonor «Point cardinal» RL2017

Auteur : Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait. Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur : en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Son nouveau roman, Point cardinal, paraît en août 2017, toujours chez Sabine Wespieser éditeur.

232pages, paru chez Sabine Wespieser – Aout 2017

Résumé : Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable.

Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture. Il s’apprête à rejoindre femme et enfants pour le dîner. Avec Solange, rencontrée au lycée, la complicité a été immédiate. Laurent s’est longtemps abandonné à leur bonheur calme. Sa vie bascule quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois dans le foyer qu’ils ont bâti ensemble. À son retour, Solange trouve un cheveu blond…

Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude : il est une femme. Reste à convaincre ceux qu’il aime de l’accepter.

La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides et d’une poignante justesse, elle trace le difficile parcours d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière.

Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi.

Mon avis :

Encore un magnifique moment passé en lisant Léonor de Récondo. Sujet difficile qui aurait pu devenir glauque, sordide ou voyeur. Mais le talent de Léonor de Récondo qui une fois encore traite un sujet « fleur de peau » avec une grande pudeur et une grande humanité.

Laurent est sûr d’être une femme dans un corps d’homme ; il en est convaincu et assume le fait de vouloir correspondre physiquement à la personne qu’il est à l’intérieur de lui, de vouloir être elle-même. La question à laquelle répond le livre est toute simple « Qui suis-je ?  Enfin toute simple… pas pour Laurent ! Un corps d’homme pour une âme de femme. Que faire quand on ne se sent pas en adéquation avec le corps qui nous a été donné. Le livre traite donc d’un problème d’identité et nous entraine dans la révélation aux autres de ce mal-être. Le livre expose une réalité, et les problèmes que cela engendre ; il ne juge pas, ne prend pas parti. J’ai également trouvé extrêmement intéressante l’évolution du choix du prénom, en fonction du passage du temps et de l’évolution de la situation. Laurent, Mathilda, Lauren… un cheminement tout en finesse et en conscience.

Ce n’est pas un problème d’amour. Laurent aime sa femme, il aime ses enfants et ne remet pas ces faits en question. Ce n’est pas non plus un problème de désir ou de sexe. Juste le problème d’être né dans le mauvais corps. C’est aussi le problème de la relation à l’autre et des réactions des proches ; car si c’est difficile pour lui, ce n’est pas facile non plus pour sa femme et ses enfants qui sont amenés à se poser des questions sur lui mais aussi sur eux et sur le regard des autres. C’est difficile aussi pour ses proches qui ne se sont aperçus de rien, à qui il ne s’est pas confié. Cela touche à la confiance et on se rend compte que l’on ne connaît pas ceux que l’on croyait pourtant si bien connaître. C’est également la remise en question aussi de la qualité de certains psy… Ce livre est aussi une belle leçon de vie : être bien dans sa tête et dans son corps pour s’assumer. Un livre humain, une écriture sobre , le tout à lire en écoutant un disque de Melody Gardot …

Extraits :

Commencer à parler ouvrirait une brèche qu’il n’est pas sûr de pouvoir refermer.

Parce que le bonheur, ça ne dit rien, ça se tait.

Être un homme signifiait, entre autres, aimer le foot.

Depuis qu’il fait du vélo, ils discutent souvent de la notion d’effort et de dépassement de soi.

… au XVIIIesiècle, les hommes eux aussi se poudraient. Des excuses historiques et ethnographiques, il en avait à foison.

Il est seul et pourtant, dans cet environnement si familier, il a l’impression que chaque objet le juge.

être seul, ensemble avec elle.

Ils sont une. Une seule et même personne, un même passé, juste un corps qui n’est pas le bon.

Incongruité de la question, complexité de la réponse : Je suis leur père, mais je suis une femme.

Nous ne sommes dupes que lorsque nous le souhaitons.

la joie de la découverte d’un autre qui serait lui-même.

Comment réunir ma peau d’homme avec la femme que je suis à l’intérieur, ses formes, son esprit, ses désirs ?

Un jour, il faudra que je me ressemble.

Combien de temps faut-il pour être soi-même ? Et je voudrais demander cela à tous ceux qui n’ont pas à changer de sexe. Combien d’années, de décennies, pour être en adéquation ? Adéquation de corps, adéquation de rêves, adéquation de pensées, avec ce que nous sommes profondément, cette matière brute dont il reste quelques traces avant qu’elle ne soit façonnée, lissée, rapiécée par la société, les autres et leurs regards, nos illusions et nos blessures.

C’est un mal-être, un décalage très profond entre celui que je vois dans la glace et moi-même.

Si je ne me suis jamais senti homme, je me suis toujours senti père

Est-il possible de connaître si peu quelqu’un avec qui l’on a toujours vécu ? Que l’on aime ?

On ne peut pas parler tout le temps, remettre chaque instant en question. Il faut savoir reprendre son souffle.

Tout ce qui ne tue pas rend plus fort, n’est-ce pas ? Je vais finir bodybuildée.

on ne sait jamais d’où viennent les coups, et les pires viennent souvent des proches.

La vraie question est là. Doit-on être ce que voient les autres, être tel qu’on nous a aimé ?

Je veux te montrer qu’il faut être soi-même, malgré les épreuves, malgré l’incompréhension.

J’ai longtemps cru qu’être père me suffirait pour rester homme. C’est avec ce genre de certitudes que j’ai écrasé la femme dedans.

Réminiscences d’une vie que l’on regarde s’éloigner sans pouvoir la rattraper.

Piñeiro, Claudia «Une chance minuscule» (2017)

Auteur : Claudia Piñeiro est née en 1960 à Burzaco, dans la province de Buenos Aires. Elle est romancière, dramaturge et auteur de scénarios pour la télévision. Elle est publiée chez actes Sud : Les Veuves du jeudi (2009), Elena et le roi détrôné (2010), Bétibou (2013), À toi (2015) . Une chance minuscule  est sorti en mars 2017
(272 pages – Titre original : Una suerte pequeña (2015)

Résumé : Marilé Lauría, trentenaire blonde aux yeux clairs, vit dans une banlieue huppée de Buenos Aires. Elle a épousé un chirurgien, habite une résidence cossue au perron garni de rosiers, et fréquente les parents qui, comme elle, confient leur progéniture au sélect collège privé de la ville. Jusqu’au drame qui rebat les cartes de cette existence morne et futile et fait basculer sa vie. La voilà condamnée à fuir comme une voleuse afin de délivrer de sa présence l’être qu’elle aime plus que tout au monde.
Quelques vingt ans plus tard, Mary Lohan, une quinquagénaire rousse aux yeux de jais qui réside à Boston, prend l’avion pour l’Argentine, où l’appelle une mission professionnelle. Au terme du voyage: une petite ville qu’elle ne connaît que trop bien, le souvenir cuisant d’une faute jugée impardonnable qui l’a poussée à tout abandonner et un homme qu’elle craint par-dessus tout de rencontrer.
Probablement aussi la chance majuscule de pouvoir enfin “réparer” la femme rompue.
Cette poignante comédie dramatique explore les liens du sang, la culpabilité et les épouvantables ou merveilleuses facéties du hasard.

Revue de Presse :
Rémi Bonnet, La Montagne/ Le Populaire du Centre : « Ce personnage, sorti de l’imagination de la romancière argentine Claudia Piñeiro, c’est un peu le symbole de toutes ces vies brisées qui végètent dans le noir en attendant enfin de retrouver la lumière. » Entre des mains moins scrupuleuses, cette histoire aurait pu tomber dans le mélo, et tirer des larmes peu honnêtes. Mais l’auteur avance avec une grande pudeur, reconstituant petit à petit les fragments d’une existence éparpillée en mille morceaux. Bouleversant. »
Virginie Bloch-Lainé, Libération : « Dans le cinquième roman de Claudia Piñeiro traduit en français, chance et malchance se partagent le travail. (…). Malgré l’accident, ce livre n’est pas sombre, mais plein de nouveaux départs et de bons compromis. C’est l’histoire d’un couple et le portrait d’un fils solide et confiant. »

Mon avis : Affronter les fantômes de son passé. L’auteur nous entraine dans un voyage dans le temps ; elle retourne sur les lieux de son passé, vingt ans après. Veut-elle vraiment s’y confronter ? Attend-elle que le passé la heurte de plein fouet pour y être obligée ? C’est un roman noir, un roman psychologique ; elle affronte sa culpabilité et va essayer d’expliquer le « pourquoi » de sa fuite. A qui l’explique-t-elle ? à elle ? à d’autres ? Pour qui un auteur écrit-il ? pour lui ? pour une personne en particulier ? La vie est comme l’Histoire avec un grand H : les choses s’enchainent et il n’y a ni destin ni hasard. Analyse de l’âme humaine, portrait psychologique et social. Peut-on oublier en se cachant derrière une autre vie, une autre identité ? Un roman sur la fuite, la solitude aussi. Peut-on enterrer le passé et faire comme s’il n’existait pas ? On plonge dans l’émotionnel. Les personnages sont forts et fragiles à la fois. C’est dès le début la lutte entre le conscient et l’inconscient. Mary retourne au pays en souhaitant ne pas être reconnue mais en même temps elle voudrait bien que sous Mary Lohan on reconnaisse l’ancienne Marilé Lauría

Ecriture intéressante et extrêmement fluide. Une belle réflexion sur les mots et la langue aussi. Le drame est présenté en plusieurs fois… par une entame de chapitre qui revient et s’étoffe à chaque fois.. Elle dose l’information et nous la livre au compte-goutte. Et elle m’a bien accrochée…

Une fois encore, comme dans le livre de Hegland, Jean «Dans la forêt», le nom de l’auteur Alice Munro refait surface… Prix Nobel 2013.. je n’ai jamais rien lu de cet écrivain canadien..

Gros coup de cœur pour ce livre.

Extraits :

Je récite cette définition de mémoire, et je la leur fais apprendre de mémoire. By heart, comme on dit en langue anglaise. Une traduction qui n’est pas littérale, bien au contraire. La mémoire versus le cœur.

J’essaie avec l’une puis avec l’autre. La troisième personne éloigne, elle crée une distance protectrice. La première m’approche du bord de l’abîme, elle m’invite à sauter. La troisième me permet de me cacher, de rester deux pas plus en retrait, de ne pas regarder le vide, même lorsque je l’évoque.

Mais pas mon rêve à moi, car je n’avais pas de rêves personnels. Alors je m’étais approprié les rêves des autres. En fin de compte, ce rêve n’était pas si mal, qu’y avait-il à attendre de plus de la vie ?

En général je ne suis pas pressée. Cela fait bien longtemps que j’ai perdu l’habitude d’être pressée. Pressée pour quoi faire ? Pressée d’arriver où ?

“Agréable”, c’est un mot tiède, qui ne dit pas grand-chose. Mais je n’en trouve pas d’autre. Comme pour nice en anglais. Deux mots pratiques mais dépourvus d’enthousiasme.

Quand deux personnes qui se connaissent à peine se rencontrent, les silences sont difficiles à supporter ; je n’ai jamais bien saisi pourquoi, mais c’est comme si l’air qui flotte entre leurs deux corps devenait pesant.

Mais je ne suis pas forte, je ne l’ai jamais été et je ne le suis pas davantage aujourd’hui malgré la carapace que j’ai mise autour de moi, alors que je me suis blindée pour ne plus souffrir autant.

J’ai effacé beaucoup de souvenirs de ces années. Par tous les efforts déployés pour oublier ce qui me faisait souffrir, j’ai oublié des détails inutiles mais inoffensifs du quotidien, des noms de rues, de magasins, de relations, des liens de parenté. Malgré tout, ces efforts se sont avérés inefficaces car, bien que soulagée de certains souvenirs, ma blessure reste, ce qui ne la rend que plus cuisante, comme si elle occupait une scène vide et que tous les projecteurs convergeaient sur elle.

j’ai tout fait pour les oublier, je les ai tués en moi ; mais eux, m’ont-ils tuée ? N’y a-t-il donc personne qui me voie ?

J’aime l’histoire, c’est ma passion, comprendre le pourquoi des choses, leurs causes et aussi leurs conséquences. Enfin, surtout leurs causes.

Il y a des actions qui ne sont pas dignes qu’on leur cherche des raisons. Il y a des actes qu’aucune raison ne peut justifier.

Je parviens ainsi à me vider la tête pendant quelques instants et à me reposer. À penser sans ressentir.

C’est peut-être ce que font beaucoup d’écrivains, ils s’inventent un lecteur anonyme, pour ne pas se sentir intimidés par les gens qui vont les lire et les juger, pour échapper à la tentation de renoncer à écrire pour éviter de trop s’exposer. Ils se convainquent de cet anonymat du lecteur car, même si à l’autre bout de l’écriture il y a bien quelqu’un, il peut s’avérer préférable de ne pas savoir qui est réellement cette personne.

Quand on vide une maison, qu’il s’agisse de la nôtre ou de celle de quelqu’un d’autre, on a de fortes chances de réveiller de vrais fantômes, de découvrir des secrets qui n’étaient pas si bien gardés, d’être bouleversé par une révélation, ébranlé par un objet qui prend soudain une signification différente.

La maternité, si vous ne la prenez pas comme quelque chose de naturel, d’irrémédiable, elle vous inspire trop de questions.

Sa présence pesait toujours, comme un silence

Des actes apparemment insignifiants auxquels on ne prêterait aucune attention si leur enchaînement ne causait pas des malheurs.

Pour quelle raison. Pour quoi faire. Pour quelle finalité. Il n’y a pas de réponse. Pas d’issue. La feuille de route de notre vie indique cette étape, quelque part sur notre chemin et, quoi que nous fassions, nous devrons quand même l’affronter.

Quels ravages peut bien laisser en nous un chagrin bien réel mais que l’on nous interdit de laisser paraître et de ressentir ouvertement ? D’immenses ravages. Car ce chagrin silencieux et clandestin blesse plus que celui que l’on peut laisser éclater au grand jour.

Il existe différentes sortes de mères. Il y en a qui, lorsqu’elles se rendent compte qu’elles peuvent gâcher la vie de leurs enfants, cherchent une façon de l’éviter.

Mais le suicide était une mort très particulière, qui n’est pas sans effets pour ceux qui restent. Une mort qui porte une dédicace, qui les fait se sentir responsables d’avoir été si près, de ne pas s’être rendu compte de ce qui était sur le point d’arriver et de n’avoir pu l’éviter.

Si quelqu’un dépend de la gentillesse d’un inconnu, c’est que ceux qui l’entourent ne sont pas des gens sur lesquels il a pu compter.

Ce qui s’est passé, les faits en eux-mêmes, ne peuvent en effet être réparés. Ils sont bien là, ils sont arrivés, on n’y peut rien changer. Ils existent pour toujours. Mais dans le passé. Aujourd’hui, demain et l’année prochaine dépendront de la façon dont vous allez vivre et de ce que vous comptez faire à partir de maintenant. Le mal est là, la douleur est bien là, mais ce qui vous attend dépendra des chemins que vous choisirez d’emprunter. Vous ne pourrez pas éradiquer ce mal, mais vous pourrez faire de cette douleur qui vous empêche de vivre aujourd’hui une douleur apaisée, de plus en plus facile à supporter, à accepter, une douleur qui deviendra un vague à l’âme que vous traînerez toujours mais qui vous laissera continuer de vivre. Une douleur qui se rappellera de temps en temps à votre bon souvenir, comme dit Munro, mais qui, un beau matin, vous laissera sortir faire un tour sans se sentir obligée de vous accompagner.

Nous parvînmes à une communion qui un jour nécessita que nous nous embrassions et que nos corps s’unissent ; si l’inverse s’était produit, cela n’aurait peut-être pas fonctionné.

Bien qu’il ne soit plus là, je crois que je le connais un peu plus chaque jour. Et je souris en réalisant, alors qu’il est pourtant mort, à quel point il continue de m’accompagner, de faire des choses pour moi, pas depuis l’au-delà auquel je ne crois pas, mais à travers ces choses qu’il a faites et laissées ici, en ce bas monde, avant de s’en aller, ces choses que je ne parviens à distinguer que maintenant.

Tous les gens réagissent de façon différente devant l’abîme qui s’ouvre un jour devant eux, ils savent qu’ils ne peuvent plus faire un pas en avant, sinon ils tomberaient, mais les options, les différents chemins qui s’offrent à ceux qui se trouvent au bord du précipice sont généralement beaucoup plus nombreux qu’ils ne se l’imaginent.

C’est peut-être cela, le bonheur, un instant où l’on est là, tout simplement, un moment quelconque où les mots sont de trop car il en faudrait trop pour le raconter.

 

 

 

 

 

 

 

Perry, Anne «Meurtre en écho» (2017)

23ème enquête de William Monk

Sorti le 17 aout 2017

Résumé : Le commandant Monk a déjà vu la mort. Trop souvent de près. Mais le meurtre de ce Hongrois, retrouvé dans un entrepôt du bord de la Tamise, s’avère aussi cruel qu’atypique. Doigts disloqués, lèvres découpées, cadavre transpercé d’une baïonnette et entouré de dix-sept bougies éteintes dans le sang… Tout évoque un rituel glaçant qui place d’emblée ce crime loin des mobiles habituels. Tandis que sa femme Hester essaie d’aider un homme surgi de son passé qui se trouve mêlé à l’affaire, Monk tente de pénétrer la petite communauté hongroise londonienne, repliée sur elle-même. Et alors que le premier meurtre rituel se mue en une série terrifiante, il va lui falloir combattre la défiance, l’hostilité et les menaces de ceux qu’il est censé protéger.

Mon avis : Un des plus réussis. Comme chaque fois, je ne résiste pas. Cette fois les héros sont Esther, Monk et leur « Fils adoptif » Scuff qui assiste le Docteur des pauvres, Crow dans son dispensaire. Surgit un fantôme du passé d’Esther, un chirurgien qui était avec elle en Crimée… Plongeon dans un passé enfoui, tant pour Esther que pour les proches. La problématique principale qui lie tous les principaux protagonistes… des faits refoulés, oubliés, des cauchemars relatifs à des pans du passé. Ajouté à ces problématiques un assassin décime la communauté hongroise… crime raciste ? crime rituel ? crime religieux ? règlement de compte personnel ? Difficile d’enquêter au milieu d’une population qui parle principalement le hongrois……

Extraits :

Cet homme était correct, mais c’était un étranger quand même.

Mais… plus on tient à quelque chose, plus on risque de souffrir.

Si vous rêviez d’un métier prévisible et sans histoire, vous auriez dû devenir comptable. Ou marchand de légumes.

La douleur, la peur et même le simple embarras réduisaient bien des gens au silence.

Le violet symbolise le pouvoir, le pouvoir qu’on a sur autrui, un pouvoir ténébreux.

Il détestait les sociétés secrètes sous toutes leurs formes. Elles conféraient à leurs membres un pouvoir dont ils abusaient presque toujours.

Un lien naturel unissait ceux qui partageaient des racines et des souvenirs similaires, et surtout l’espoir complexe de construire une vie nouvelle dans un autre pays.

ils portaient le deuil de leurs certitudes, d’un passé et de lieux familiers, en oubliant parfois que ceux-ci étaient associés à des moments douloureux.

Certains parlent du passé comme s’il était toujours avec eux, comme un vêtement invisible. D’autres semblent vouloir s’en défaire, ne jamais regarder en arrière.

« Personne ne peut changer le passé, disait-il. L’avenir, si. Tout ce qu’on fait le façonne d’une manière ou d’une autre. »

Vivre le présent signifiait enterrer tout cela au fond de soi et sceller la porte, comme pour une cave où on ne voudrait plus jamais pénétrer. L’entrée cachée à dessein par un meuble placé devant.

En général, la magie associée aux bougies est bénéfique, censée apporter la paix, la santé, la guérison, ce genre de choses. Pas un fichu meurtre !
— Néanmoins, vous dites que le violet représente le pouvoir ?
— Oui. Ou la capacité d’agir, l’efficacité.

Une demi-vérité est le pire des mensonges, parfois.

Les malades veulent votre aide, pas votre pitié, disait-elle. Par conséquent, vous devez être aussi fort que possible, et aussi plein d’énergie et de bon sens que possible !

Être chrétien, ça dépend de ce qu’on fait, pas d’où on vient

Le soutien émotionnel était une chose délicate, insaisissable. Un mot maladroit, une fausse note d’encouragement pouvait soudain ressembler à une marque de condescendance, ou trahir un manque de compréhension de sa part, et effacer tout ce qu’elle avait pu dire de positif avant.

Le tétanos peut s’attraper par des plaies, même petites, expliqua-t-elle. Si tu dois soigner une blessure qui a été causée par un morceau de ferraille, assure-toi qu’elle saigne avant de recoudre. Assez pour évacuer le sang qui a été en contact avec le métal.

vous devez vous tourner vers le passé et examiner les souvenirs qui vous font peur. Quand vous les verrez, ils perdront le pouvoir qu’ils exercent sur vous.

Les vieilles plaies peuvent rester à vif. Se remettre à saigner si on arrache les bandages.

Article : La série des enquêtes de William Monk

Guez, Olivier «La disparition de Josef Mengele» RL2017

Auteur : Basé à Paris depuis 2009, après avoir vécu Berlin, Londres, Bruxelles et Managua, il travaille régulièrement pour plusieurs grands médias internationnaux dont le New York Times, Le Monde, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Politique Internationale, Der Freitag, Der Tages Anzeiger, Das Magazin et Il Foglio.
Il a par ailleurs collaboré à Foreign Policy édition française, L’Arche, Transfuges, L’Histoire, Books, Le Meilleur des Mondes, Cicero, die Jüdische Allgemeine en Allemagne, Le Temps en Suisse, Gazeta Wyborcza en Pologne.
Entre 2000 et 2005, il fut reporter au service service Economie Internationale de la Tribune. Enquêtes et reportages sur l’Europe centrale, l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Union européenne, la géopolitique du pétrole.
Précédemment, il a travaillé à Bruxelles pour Libération et effectué des reportages en Amérique latine, en Europe et au Moyen-Orient.
Auteur de plusieurs essais (La Grande Alliance. De la Tchétchénie à l’Irak, un nouvel ordre mondial 2003 – L’Impossible Retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 2007 – La Chute du mur 2009 – American Spleen. Un voyage d’Olivier Guez au cœur du déclin américain 2012 – Éloge de l’esquive 2014 ) et de deux romans : « Les Révolutions de Jacques Koskas », éditions Belfond, 2014, 331 p. et La Disparition de Josef Mengele, éditions Grasset et Fasquelle, 2017, 240 p.

 

Résumé : Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Mon avis : Ce livre complète des livres j’ai déjà chroniqués : le 5ème tome des enquêtes de la Série Bernhard Gunther (Bernie) de Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010) et le livre de Vuillard, Eric « L’ordre du jour » (2017). Un livre sur celui qui représente le mal absolu. Cet homme inhumain avait-il une part d’humanité ? Le portrait par l’auteur Mengele révèle un être plein de contradictions (mains de travailleur manuel et ongles impeccables – être délicat mais capable des pires choses). Mengele est un nazi asservi à Hitler, obéissant aux ordres, ambitieux, dénué de compassion et qui ne s’intéresse qu’à lui. A la fin de la guerre, il va tenter de se créer une nouvelle identité , une nouvelle vie mais il ne connaitra jamais de repos, traqué par le Mossad en premier lieu puis par le célebre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal qui contribuera a créer le mythe du meurtrier insaisissable. Si il n’a pas été rattrapé par un procès, il est loin d’avoir vécu la vie idyllique à laquelle il aspirait, toujours aux aguets et terrorisé par la perspective d’être reconnu et/ou trahi..
Le point de départ de la disparition sera le labyrinthe portègne (des habitants de Buenos-Aires). Lors de la fuite de Mengele on croisera/évoquera d’autres nazis (Eichmann, Herbert Cukurs,  « le bourreau de Riga »..) .. et on va parcourir d’autres pays d’Amérique du Sud qui ont été des refuges pour les criminels nazis (Argentine avec entre autres un petit tour aussi par une partie de la Patagonie qui est devenue un vrai petit coin allemand ( Bariloche, lacs Nahuel Huapi et Moreno )Paraguay, Brésil …) On y découvre L’Argentine de Perón, qui pense que « L’Allemagne et l’Italie défaites, l’Argentine va prendre leur relève et Perón réussir là où Mussolini et Hitler ont échoué : les Soviétiques et les Américains ne tarderont pas à s’anéantir à coups de bombes atomiques. » jusqu’à l’accession au pouvoir d’Aramburu.
Un roman (une biographie ?) de la fin de Mengele, passionnante, extrêmement documentée. Un style fluide qui nous fait pénétrer le cerveau du médecin chef d’Auschwitz, connu sous le nom de « Lange de la mort ». Vie sinistre, personnage sinistre qui n’aura jamais ni regrets ni remords, n’aura de pitié que pour lui et trouvera toujours son action totalement justifiée par sa loyauté à la nation allemande et au Fuhrer..
Le plus incroyable est le soutien de sa famille, par peur des représailles et du qu’en dira-t-on..
Un livre à lire, extrêmement instructif qui donne froid dans le dos.

Extraits :

Ne jamais s’abandonner à un sentiment humain. La pitié est une faiblesse

Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après guerre.

À son entrée dans la SS, en 1938, il a refusé de se faire tatouer son numéro de matricule sous l’aisselle ou sur la poitrine comme l’exigeait le règlement

Longtemps, l’ingénieur de la race aryenne s’est demandé quelle était l’origine de son mystérieux nom. Mengele, cela sonne comme une sorte de gâteau de Noël ou d’arachnide velue.

À Buenos Aires voisinent palais et taudis, le théâtre Colón et les bordels de La Boca.

Seul le péronisme surpassera l’individualisme et le collectivisme. C’est un catéchisme simple et populaire qui offre un compromis inédit entre le corps et l’âme, le monastère et le supermarché.

en Argentine, terre de fuyards grande comme l’Inde, le passé n’existe pas

Le volcan Hitler hypnotise les masses : l’Histoire devient théâtre, la volonté triomphe, et comme dans Tempête sur le mont Blanc et L’Ivresse blanche, les films avec Leni Riefenstahl que Perón découvre à l’occasion de son pèlerinage allemand, le courage et la mort fraternisent. La lave hitlérienne détruira tout sur son passage.

Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance.

À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l’ordre noir déchu.

« Le châtiment correspond à la faute : être privé de tout plaisir de vivre, être porté au plus haut degré de dégoût de la vie. » KIERKEGAARD

Quel pays en ce bas monde punit ses plus zélés serviteurs et ses meilleurs patriotes ? L’Allemagne d’Adenauer, c’est un ogre qui dévore ses enfants. Nous y passerons tous, les uns après les autres, pauvres de nous…

S’il méprisait les Argentins, il honnit les Brésiliens, métis d’Indiens, d’Africains et d’Européens, peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race, et regrette l’abolition de l’esclavage.

Le métissage est une malédiction, la cause du déclin de toute culture.

Mengele, maniaque, éprouve un dégoût pathologique pour la saleté

Il avait eu le courage d’éliminer la maladie en éliminant les malades, le système l’y encourageait, ses lois l’autorisaient, le meurtre était une entreprise d’État.

En travaillant main dans la main à Auschwitz, industries, banques et organismes gouvernementaux en ont tiré des profits exorbitants ; lui qui ne s’est pas enrichi d’un pfennig doit payer seul l’addition

« J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission.

la conscience est une instance malade, inventée par des êtres morbides afin d’entraver l’action et de paralyser l’acteur

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

 

INFO : Hanté par la mort et les camps nazis, Tinguely a composé son Mengele – danse macabre voir : https://www.myswitzerland.com/fr-ch/mengele-totentanz.html

https://www.youtube.com/watch?v=DKdTF77RoxU

 

 

 

 

Beaton M.C. « Série Agatha Raisin enquête »

Auteur: Née en 1936 à Glasgow, Marion Chesney alias M.C. Beaton a été libraire et journaliste avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne avec ses deux séries de romans policiers : Hamish MacBeth et surtout Agatha Raisin (plus de 15 millions d’exemplaires vendus dans le monde). Ses romans de type romances sont quant à eux publiés sous les pseudonymes d’Ann Fairfax, Jennie Tremaine, Helen Crampton, Charlotte Ward et Sarah Chester.
Agatha Raisin, c’est une Miss Marple d’aujourd’hui. Une quinqua qui n’a pas froid aux yeux, fume comme un pompier et boit sec. Sans scrupule, pugnace, à la fois exaspérante et attendrissante, elle vous fera mourir de rire !
« L’Agatha Raisin de M.C. Beaton est un véritable trésor national. » The Times

« Série Agatha Raisin enquête » (résumé, mon  avis et extraits de la série dans cet article)
   – Tome 1 : La quiche fatale – La vengeance est un plat qui se mange chaud (2016)
   – Tome 2 : Remède de cheval – Quand le chat n’est pas là, le véto trinque (2016)
   – Tome 3 : Pas de pot pour la jardinière – Qui s’y frotte s’y pique (2016)
   – Tome 4 : Randonnée mortelle – Danger ! Terrain miné ! (2016)
   – Tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire – Parlez ou taisez-vous à jamais (2017)
   – Tome 6 : Vacances tous risques – Bons baisers de Chypre

Avis global sur la série : Un grand merci à Marie-France et à Albin – Michel qui m’ont permis de recevoir les tomes 5 et 6. Et comme j’aime commencer par le début, j’ai donc lu toute la série. Les épisodes de la série télévisée sont sympas mais loin d’égaler les livres ; déjà les personnages ne correspondent pas du tout à l’idée que je m’en fais en lisant les livres ! Plein d’humour et d’esprit, les tribulations d’Agatha dans les Costwolds vaut son pesant de cacahuètes ! Le moins qu’on puisse dire c’est que la paisible campagne anglaise avec ces jolis petits villages est loin d’être un havre de tranquillité…

01 – La quiche fatale – La vengeance est un plat qui se mange chaud (2016)

Résumé : Sur un coup de tête, Agatha Raisin décide de quitter Londres pour gouter aux délices d’une retraite anticipée dans un paisible village des Costwolds, où elle ne tarde pas à s’ennuyer ferme. Afficher ses talents de cordon-bleu au concours de cuisine de la paroisse devrait forcément la rendre populaire. Mais à la première bouchée de sa superbe quiche, l’arbitre de la compétition s’effondre et Agatha doit révéler l’amère vérité : elle a acheté la quiche fatale chez un traiteur. Pour se disculper, une seule solution : mettre la main à la pâte et démasquer elle-même l’assassin.

Mon avis : Agatha débarque dans le village et coté intégration, cela ne va pas comme sur des roulettes ! Pour être le centre du monde, comme à son habitude lorsqu’elle habitait Londres, elle va inventer un stratagème qui va la tourner en ridicule … de plus cela va la mettre dans un sacré pétrin. C’est enlevé, trépidant et rigolo ! S’intégrer dans un petit village où l‘on est considéré comme étranger   si on est pas natif du coin est loin d’être évident… Quand en plus elle se met à enquêter …

Extraits :

Elle parvenait à ses fins en incarnant à elle seule les deux personnages du numéro « gentil flic-méchant flic », usant tantôt d’intimidation, tantôt de cajolerie avec ses interlocuteurs.

elle était vêtue d’une robe Laura Ashley qui rappela à Agatha les couvre-lits de ses chambres.

Comme Londres sentait bon le béton mouillé, les vapeurs d’essence et de gasoil, les détritus, le café chaud, les fruits et le poisson, toutes ces odeurs si chères et familières à Agatha !

un gentleman maigre et âgé qu’on aurait dit sorti d’une histoire de fantômes de l’ère édouardienne, propriétaire d’un domaine sur la colline surplombant le village.

Mais en matière de conversation, Agatha n’était habituée qu’à trois registres : autoritaire avec ses employés, insistant avec les médias, onctueux avec ses clients.

elle désirait plus que tout faire partie intégrante de cet univers de vieilles traditions anglaises, synonymes de beauté et de sécurité, et pourtant elle restait en dehors, spectatrice. Mais au fond, se demanda-t-elle, avait-elle jamais vraiment fait partie intégrante de quelque chose, à part le monde éphémère des relations publiques ?

On croisait partout des jeunes femmes poussant leurs bébés ou leurs enfants en bas âge dans des landaus et des poussettes, comme on appelle ces chars que les mères envoient avec aplomb dans les jambes de ceux qui n’ont pas d’enfants.

Londres, qui, encore récemment, l’enveloppait tel un manteau bigarré, lui semblait maintenant une suite à n’en plus finir de rues solitaires remplies d’inconnus.

tu sais pourquoi tous les Basques s’appellent Albert ? Parce qu’Albert est basque, ma poulette !

Il y a des gens dont la personnalité ne s’exprime pas dans la décoration intérieure. Pour ça, il faut être attaché à son foyer.

une fois à la retraite, votre cerveau, habituellement si actif, n’a plus rien que des futilités à se mettre sous la dent. Dans quelques mois, croyez-moi, vous vous serez adaptée et vous vous investirez dans de bonnes actions.

Les vieilles maisons craquent et soupirent quand elles se préparent pour la nuit.

Je vous ai apporté une bouillotte, parce que quand on a eu une grosse frayeur, tous les radiateurs du monde n’arrivent pas à vous réchauffer.

 

02 – Remède de cheval – Quand le chat n’est pas là, le véto trinque (2016)

 Résumé : Après la pluie, le beau temps ! Agatha Raisin est désormais bien installée dans son cottage de Carsely en compagnie de ses deux chats. Cerise sur le pudding, le nouveau vétérinaire du village ne semble pas insensible à ses charmes.

Quand le beau véto succombe à une injection de tranquillisant destinée à un cheval rétif, la police locale conclut à un malencontreux accident. Mais pour Agatha, dont le flair a permis de résoudre l’affaire de La Quiche fatale, il s’agit bien d’un meurtre. À l’étonnement de tous, le séduisant colonel James Lacey partage pour une fois l’avis de son entreprenante voisine. Et nos deux détectives-amateurs se lancent dans une enquête bien plus périlleuse qu’ils ne l’imaginaient…

Mon avis : Agatha s’ennuie de Londres et envisage d’y retourner our remonter une société ; mais entre-temps elle est toujours dans son cottage et… elle tombe amoureuse de son voisin ; inutile de préciser que sa façon de draguer fait plutôt fuir sa pauvre victime ! Et en plus elle se retrouve l’heureuse propriétaire d’un chat ! Hilarant ! Une fois encore, Agatha va se mettre en danger et se mettre les habitants du village à dos en imaginant qu’un décès accidentel est en réalité un meurtre… Elle va remettre le couvert et se mettre à enquêter… Une fois encore la police locale tente de lui faire comprendre qu’il faut laisser faire la police… Je me suis bien amusée.

Extraits :

Elle décida que ses retrouvailles avec son chat lui apportaient un grand réconfort, puis se demanda si elle en était réduite au statut de dame de la campagne, condamnée à s’extasier sur son animal domestique.

un épais brouillard était descendu sur le village, un brouillard glacial qui étouffait tous les bruits et transformait les buissons en agresseurs prêts à bondir.

Mais la salle d’attente d’un vétérinaire est un endroit singulier où, rongé d’inquiétude pour son animal de compagnie, le plus brave des hommes – ou la plus brave des femmes – devient un être timoré.

Les propriétaires terriens n’ont plus aucune intimité de nos jours ! Quand c’est pas des fouineurs de votre espèce, c’est ces damnés d’écologistes qui parcourent mes terres avec leur sac sur le dos en mangeant des barres de céréales diététiques et en pétant. Vous savez ce qui détruit la couche d’ozone ? C’est les toqués de la diététique, qui bouffent leurs immondes barres complètes aux noix et qui lâchent leurs pets partout dans la nature. Ils émettent des tas de gaz nocifs. Faudrait les abattre.

il était difficile d’imaginer que, de nos jours, on enterrait encore les morts dans de vieux cimetières jouxtant les églises.

Tous les vieux cimetières d’Angleterre n’étaient-ils pas pleins à craquer depuis la fin du dix-neuvième siècle ?

Les gens sont devenus tellement intransigeants avec les fumeurs.
– C’est du puritanisme. Qui est-ce qui a dit, déjà, que si les puritains étaient opposés aux combats d’ours et de chiens, ce n’était pas à cause des souffrances qu’ils infligeaient aux ours, mais du plaisir que la foule y prenait ?

Agatha entendit presque ses rêves s’écrouler autour d’elle, morceau par morceau.

Elle marcha donc à ses côtés, le pas lourd et furieux, en l’écoutant s’extasier sur les plantes et les fleurs. Elle avait obscurément conscience qu’elle était jalouse du paysage et qu’elle aurait aimé être l’objet de certains de ses transports.

– Vous êtes pardonné.
– Je ne cherchais pas à me faire pardonner, juste à m’expliquer.
– Alors pourquoi avoir dit que vous étiez désolé ? »

 

03 – Pas de pot pour la jardinière – Qui s’y frotte s’y pique (2016)

Résumé : De retour dans les Cotswolds après de longues vacances, Agatha Raisin découvre que son voisin James Lacey, objet de tous ses fantasmes, est tombé sous le charme d’une nouvelle venue au village. Aussi élégante qu’amusante, Mary Fortune est une jardinière hors pair, et la journée portes ouvertes des jardins de Carsely s’annonce déjà comme son triomphe. Mais une Agatha Raisin ne s’incline pas avant d’avoir combattu (quitte à se livrer à l’une de ces petites supercheries peu reluisantes dont elle a le secret) !

C’est alors que la belle Mary est retrouvée morte, enfoncée tête la première dans un de ses grands pots de fleurs. De toute évidence, Agatha n’était pas la seule à souhaiter la disparition de sa rivale…

Mon avis : Toujours aussi marrante et impossible notre Agatha… La voici qui se lance dans le jardinage pour couper l’herbe sous les pieds à la nouvelle venue, qu’elle découvre installée et très proche de son voisin à son retour de vacances… Gagner le concours de la meilleure tarte, gagner celui du plus beau jardin, quand on ne sait si cuisiner ni jardiner… ne peut se faire sans petits dommages collatéraux.. Du coup les personnes qui ont la main verte sont visées par un malfaiteur qui détruit leurs plus belles fleurs, et qui finira par faucher une belle plante à deux pieds ! Et c’est reparti sur les traces du meurtrier pour Agatha… J’aime décidément beaucoup cet humour et la description de la vie dans ces petits villages « so british »

Extraits :

elle se faisait l’effet de n’être ni plus ni moins que la vieille fille du village ; il ne lui manquait même pas les chats.

“Peut-être que Mrs Raisin est comme une sorte de vautour, et que tant qu’elle n’est pas au village, rien de mal ne peut arriver.”

Elle fait tout comme il faut et elle est fort gentille avec tout le monde, mais elle est froide comme un glaçon. Comme si elle faisait semblant.

Voyons, fit la voix de la logique dans sa tête, la vendeuse ne pensait pas à toi. – Oh, que si ! hurla sa sensibilité meurtrie.

elle avait l’intention de manger jusqu’à n’en plus pouvoir. Sa silhouette pouvait attendre.

Or il y avait chez la nouvelle Agatha Raisin quelque chose qui était capable de se tendre vers la moindre manifestation de chaleur, comme une plante brûlée par le gel se tend vers le soleil, si bien que petit à petit, elle se mit à lui répondre avec une égale amabilité.

Le printemps était si mauvais qu’on avait du mal à croire qu’une plante puisse fleurir sous la pluie cinglante et les rafales de vent froid.

Elle se demanda vaguement ce que le fait de ne porter qu’une seule couleur révélait sur la psychologie d’une femme.

Peut-être qu’elle se méfiait parce que les nappes de la salle de restaurant étaient roses, de même que les serviettes, songea-t-elle. Les restaurants qui optaient pour des nappes roses avaient toujours quelque chose de suspect.

les étoiles scintillaient, froides et lointaines, à mille lieues de la détresse éprouvée par une petite dame d’âge mûr qui croyait avoir non seulement fichu en l’air la soirée, mais aussi réduit à néant ses espoirs d’amour.

celui qui est en proie à une obsession n’est jamais rassasié.

Quand on ne s’est encore jamais occupé de jardinage, quelle contribution peut-on apporter à une conversation qui consiste en un va-et-vient constant d’un nombre époustouflant de noms latins ?

« M’est avis que ça ne serait jamais arrivé dans le temps. Dans le temps, y avait pas d’étrangers qui venaient habiter au village. »

Mais à Londres, songea-t-elle, toutes ces années que j’y ai vécues, je ne savais pas me faire des amis. Mon seul ami, c’était mon travail. Aujourd’hui, j’essaie de tirer le meilleur parti des gens qui m’entourent.

Et puis elle a du charme, et le charme nous empêche toujours de voir au-delà des apparences. »

Elle s’en alla, le pas aussi raide que celui d’un chat indigné.

Elle éprouvait de nouveau cette sensation bien connue de regarder la vie en spectatrice.

il se sentait isolé au milieu de l’habituelle gentillesse des gens du coin, cette gentillesse si particulière que l’on rencontre dans les villages et qui ne va jamais plus loin que la surface.

c’est le genre de gars qui, quand il a son diplôme de justesse, si encore il l’obtient, tient le capitalisme pour responsable de ses mauvais résultats. Qui, ensuite, n’arrive pas à trouver du travail et refuse de croire que se présenter à un entretien d’embauche avec un jean déchiré et des manières de malappris soit la cause de son échec.

Plus une fille est brillante, plus elle est sexuellement naïve. En entrant à la fac, elle s’imagine que le fait de se mettre avec un homme est un signe de féminisme, d’affranchissement, et sans s’en rendre compte elle va petit à petit financer toutes ses dépenses, laver ses chaussettes et préparer ses repas : elle devient encore plus dépendante que sa propre mère ne l’était. Tout ça, c’est une histoire de sexe.

 

04 – Randonnée mortelle – Danger ! Terrain miné ! (2016)

Résumé : Après un séjour de six mois à Londres, Agatha retrouve enfin ses chères Cotswolds – et le non moins cher James Lacey. Même si le retour au bercail de son entreprenante voisine ne donne pas l’impression d’enthousiasmer particulièrement le célibataire le plus convoité de Carsely. Heureusement, Agatha est très vite happée par son sport favori : la résolution d’affaires criminelles. Comme le meurtre d’une certaine Jessica, qui militait pour le droit de passage de son club de randonneurs dans les propriétés privées des environs. Les pistes ne manquent pas : plusieurs membres du club et quelques propriétaires terriens avaient peut-être de bonnes raisons de souhaiter sa disparition. Mais la piste d’un tueur se perd aussi facilement que la tête ou… la vie !

Mon avis :

Ce n’est pas mon préféré. En effet il y a moins de place pour les habitants du village et j’ai trouvé moins dépaysant. Mais c’est toujours un plaisir et la vie amoureuse d’Agatha est me semble-t-il sur le point de se corser…

Extraits :

Personne ne disait plus « misérable » de nos jours. Mais « défavorisé », ou quelque chose de ce genre, comme si changer de mot pouvait effacer la tristesse, la violence et le désespoir. Les bien-pensants alimenteraient toujours les commérages sur la pauvreté de ces quartiers, mais personne n’y mourait de faim, à part quelques vieux retraités mal armés pour réclamer les aides qui leur étaient dues. C’était davantage une pauvreté de l’âme qui sévissait là-bas, quand l’imagination ne se nourrit plus que de vidéos violentes, de boisson et de drogues.

Tout ce que je dis, c’est pour ton bien.
– Pourquoi les gens qui vous disent que tout ça, c’est pour votre bien, en profitent-ils toujours pour glisser une petite saloperie ?

pourquoi lorsque quelqu’un dit quelque chose de cruel ou de blessant, il essaye toujours de se protéger en disant : “Ce n’était qu’une plaisanterie. Vous n’aimez pas les plaisanteries ?”

Il y a des êtres ainsi faits, qui se fichent en fait pas mal de l’environnement, des baleines ou de quoi que ce soit, mais se servent de la défense de ces causes pour accaparer le pouvoir.

Il avait entendu parler de ce genre d’homme, mais n’avait encore jamais rencontré des types comme lui : prétendant avoir des vues progressistes et en fait, ayant les mêmes idées que le plouc américain de base.

Ce n’est pas facile d’apprécier la campagne quand on ne l’aperçoit qu’à travers des arbres et des champs défilant derrière un pare-brise.

Si la route du cœur d’un homme passe par son estomac, je n’ai aucune chance.

Vous savez, j’ai rêvé de lui si longtemps que j’ai réalisé tout à coup qu’il ne pouvait pas être au niveau de mon rêve et de mes attentes. J’étais déconnectée de la réalité.

 

05 – Pour le meilleur et pour le pire – Parlez ou taisez-vous à jamais (2017)

 Résumé : Incroyable mais vrai  : James Lacey, le célibataire le plus convoité des Cotswolds, a cédé au charme de sa voisine, la pétillante quinqua Agatha Raisin  !
Hélas, le conte de fées est de courte durée  : au moment où les tourtereaux s’apprêtent à dire «  oui  », Jimmy, l’ex-mari d’Agatha, surgit en pleine cérémonie… Furieux de découvrir que sa future femme est déjà unie à un autre, James abandonne Agatha, désespérée, au pied de l’autel.
Le lendemain, Jimmy est retrouvé mort au fond d’un fossé. Suspect n°1, le couple Agatha-James se reforme le temps d’une enquête pour laver leur réputation et faire la lumière sur cette affaire.

Mon avis :

Elle s’en voit de toutes les couleurs notre pauvre amoureuse ! On ne peut pas dire qu’elle a bien choisi les hommes de sa vie ! Elle a bien réussi sa vie professionnelle mais pour le reste c’est une autre histoire. Son passé la rattrape et c’est pas du gâteau … Elle a le chic pour s’attirer les ennuis, en voulant se persuader que ce qui l’ennuie n’existe pas… Je l’aime de plus en plus !

Extraits :

Non seulement l’amour lui mettait un bandeau sur les yeux mais, comme elle n’avait jamais pu laisser quelqu’un s’approcher d’elle, elle pensait que cette absence de communication était peut-être normale.

il se demandait comment le potager du restaurant pouvait produire des petits pois surgelés d’un vert aussi vif.

Je ne suis pas de ces gens qui sont intarissables sur leur “ressenti”, et je n’en vois pas l’intérêt.

Les femmes manquant d’estime d’elles-mêmes, avait-elle lu récemment, aimaient souvent des hommes incapables de rendre l’amour et l’affection qu’on leur témoignait.

Les morts ont un aspect différent quand l’esprit s’est envolé.

Toujours pleine d’espoir, elle gobait toutes les promesses des publicités jusqu’au moment où elle essayait le produit.

C’est un homme très particulier. Je crois qu’il a dans l’esprit des petits compartiments rigoureusement étanches

Elle avait le sentiment que si le vent dissipait brumes et brouillards, elle se sentirait mieux. L’automne semblait s’insinuer jusque dans son cerveau, avec son obscurité, ses feuilles mortes et le spectre menaçant de la décrépitude et de la vieillesse.

On était toujours dans le pays de George Orwell, où les gens ont de mauvaises dents ou pas de dents du tout.

Les fées du logis naissaient ainsi, elles ne le devenaient pas. Pour être une bonne femme d’intérieur, il fallait un talent à part, comme pour être ballerine ou chanteuse d’opéra.

C’est un sacré boulot d’avoir un certain âge, pensa sombrement Agatha, et ce sera encore pire quand je serai vieille, entre les pets, l’incontinence, les dents et les cheveux qui se font la malle. Oh là là, je voudrais être morte ! Et sur cette pensée réjouissante, elle redescendit.

L’ambition est une drogue puissante, tu sais. J’ai cravaché sans arrêt. Je ne me suis jamais vraiment arrêtée pour regarder en arrière

06 – Vacances tous risques – Bons baisers de Chypre

 Résumé : God damned ! Voilà que James Lacey, le charmant voisin d’Agatha Raisin, a disparu ! Renonçant à lui passer la bague au doigt, comme il le lui avait promis. C’est mal connaître Agatha. Délaissant son village des Cotswolds pour Chypre, où James et elle avaient prévu de célébrer leur lune de miel, elle part sur les traces de l’élu de son cœur, bien décidée à lui remettre la main dessus ! Mais à peine l’a-t-elle retrouvé, pas le temps de s’expliquer : une touriste britannique est tuée sous leurs yeux. Fidèle à sa réputation, Agatha se lance dans l’enquête, quitte à laisser filer James, las de ses excentricités…

Mon avis : Sympa ce « guide touristique » des endroits à visiter à Chypre ! Si le personnage d’Agatha devient de plus en plus attachant car elle dévoile de plus en plus ses fêlures et qu’elle me touche avec sa volonté de croire au grand amour, j’ai regretté l’ambiance britannique du petit village anglais, les coutumes typiquement campagnardes. Décidemment les hommes qui l’entourent sont des mufles ! Mais j’ai apprécié la description des britanniques en vacances, du besoin de faire un groupe et les petites phrases assassines. Bref, j’espère que la prochaine enquête se déroulera à nouveau sur sol britannique et je me réjouis de la retrouver !

Extraits :

« Pensez-vous vraiment avoir pris la bonne décision ? Je veux dire, les hommes n’aiment pas beaucoup qu’on les traque.
– Et comment fait-on alors pour en trouver un ? »

Les touristes britanniques, quant à eux, étaient immédiatement identifiables à leurs vêtements, leurs visages pâles et contrits, et cet air un peu irrésolu des Anglais à l’étranger.

On aime à penser que Famagouste est le cadre des actes II à V de l’Othello de Shakespeare.

Pourquoi tiens-tu autant à cette andouille, à ce poisson froid ? murmurait une voix à son oreille.

On sentait des odeurs de pin, et les cigales bavardaient en échangeant leurs petits bruits de scie.

La foule les suivait, véritable tour de Babel de commérages.

On aime les touristes par ici, et en particulier les Britanniques, même quand ils nous connaissent mieux. Dieu seul sait pourquoi ! Il y a aussi beaucoup d’expats britanniques et même de plus en plus chaque année. Les Chypriotes turcs sont si occupés à faire des reproches aux Turcs du continent qu’ils risquent de se réveiller un jour dépassés en nombre par de vieux Anglais arthritiques vivant sur leur pension.

Elle se rappela brusquement une collègue mariée de sa période londonienne qui lui avait raconté à quel point elle détestait aller dîner chez des gens avec son mari. Elle craignait l’autopsie de la soirée qui l’attendait systématiquement de retour à la maison. « Pourquoi as-tu dit ça ? Tu as vu la tête de machin quand tu as dit ça ? Tu n’aurais pas pu trouver quelque chose de mieux à te mettre ? Avec tout ce que tu dépenses en vêtements ! »

Maintenant qu’elle avait un homme dans sa vie, tous ces modèles anciens refaisaient surface. Il faut dire aussi que les hommes naissent avec une capacité incroyable à pousser les femmes à se sentir coupables de tout.

La nuit est encore jeune et nous ne le sommes plus.

Donnez-m’en une aussi.
– Vous n’en achetez jamais vous-même ?
– Non. Cela signifierait admettre que je suis un fumeur. Cela dit, les fumeurs sont généralement on ne peut plus pressés d’offrir leurs clopes. Comme ça, ils font un nouvel accro.

Les gens qui ont mauvais caractère semblent toujours avoir plus de poids.

– Vous n’avez pas de cœur !
– Peut-être, mais j’ai l’esprit pratique. »

– Donc vous avez attendu votre chevalier blanc sur son blanc destrier, et tout ce qui vous reste, c’est l’odeur du crottin ?

 

 

Kerninon, Julia « Une activité respectable» (2017)

Auteur : Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015. Son deuxième roman, Le dernier amour d’Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016. En 2017 elle publie un court récit « Une activité respectable »

Le Rouergue, « la brune », janvier 2017, 60 pages,

Résumé : Dans ce court récit, Julia Kerninon, pas encore trente ans, façonne sa propre légende. Née de parents fous de lecture et de l’Amérique, elle tapait à la machine à écrire à cinq ans et a toujours voulu être écrivain. Dans une langue vive et imagée, un salut revigorant à la littérature comme « activité respectable ». A dévorer ! Prix Françoise Sagan et prix de la Closerie des Lilas pour ses deux premiers romans.

Mon avis : Ecrire lui semble aussi naturel que respirer. Elle a 30 ans, et elle écrit depuis qu’elle est petite. Elle fête cela par ce livre, non pas pour se justifier mais un remerciement, un hommage à ses parents qui l’on baigné dans la lecture depuis l’enfance. Une autobiographie à moins de 30 ans… Un tout petit livre : ce n’est pas un roman c’est une réflexion sur la lecture. On est très déterminés par l’enfance qu’on a eue. Julia au pays des livres… comme Alice au pays des merveilles… Pour elle les livres sont plus que tout : les livres lui apportent tout, la font découvrir, voyager, partir et c’est plus vivant que la vie de tous les jours. Sa mère l’a nourrie de lecture, de mots… et c’est elle qui l’a convaincue de ne pas décrire physiquement ses personnages (Lovecraft qui décrit sans trop en faire pour laisser l’imaginaire parler et ne pas faire d’erreurs). Le lecteur doit avoir de la place et la possibilité d’inventer et de voir avec leurs yeux… Un personnage : la machine à écrire… qui fut un objet important pour elle. Sa description de la librairie, la bibliothèque c’est un peu comme une musique sur une portée..

Le sujet de sa thèse fut l’art et l’artisanat. Pour elle le texte a une texture, une chose qu’il faut « bien fabriquer » comme un artisan.

J’aime infiniment ce qu’elle écrit. C’est le troisième livre que je lis d’elle et c’est un pur bonheur

Extraits :

C’était évident qu’il faudrait pouvoir dormir entre les livres, qu’il n’y aurait pas de frontière entre la vie quotidienne et les pages, à la maison ma housse de couette représentait aussi des livres, de tout petits livres alignés sur des dizaines et des dizaines d’étagères, leur tranche ne dépassant pas un centimètre – alors bien sûr, bien sûr qu’on pouvait dormir là, dans une librairie.

Déposés là comme dépareillés dans les fleurs, nos quatre visages démentent tout lien de parenté les uns avec les autres – mais après tout, la photographie et l’amour sont deux arts distincts

Ma mère aime les arbres fruitiers qui lui rappellent le jardin de son père, avec les rameaux de poiriers sur lesquels il fixait des bouteilles pour que le fruit grandisse à l’intérieur et qu’il puisse ensuite les remplir d’eau-de-vie et les offrir à ses amis.

J’ai lu des livres sans cesse, dans une frénésie panique, en cherchant à rattraper le temps, à rattraper ma mère qui semblait tout savoir.

C’est elle aussi qui m’a convaincue de renoncer à décrire physiquement mes personnages – arguant que dans les livres d’horreur parfaits qu’elle avait lus, les créatures monstrueuses ne sont décrites qu’à travers les bruits qu’ils font ou l’odeur qu’ils dégagent, ou même la texture de leur peau, leur température, et que c’est dans ce silence que le lecteur est le plus en mesure d’assembler le monstre intime qui lui fait vraiment peur à lui, personnellement, parce qu’on ne peut pas exactement deviner ce qui effraie quelqu’un d’autre que soi.

il était important de laisser de l’espace au lecteur d’un livre

nous avions beaucoup, beaucoup de chance, me disait-elle, parce que nous avions les livres et que dans les livres les phrases étaient éternelles, noires sur blanc, solides, crédibles – elles n’étaient pas en l’air, elles ne venaient pas de n’importe qui, elles avaient été polies, ordonnées, réfléchies, par des individus précis, attentifs, et elles nous livraient le monde entier, le monde accéléré, perfectionné, lavé de ses scories, sans temps mort, un cours d’eau pur et bondissant, un monde dans lequel nous pouvions nous échapper chaque fois que le monde réel cessait d’être intéressant, ce qui arrivait beaucoup trop souvent quand quelqu’un venait nous parler.

Gertrude Stein avait déclaré : « Si vous ne travaillez pas très dur quand vous avez vingt ans, personne ne vous aimera quand vous en aurez trente »

Cette année-là, j’ai compris autre chose sur ma famille – j’ai pris conscience de notre atavisme dur, notre vision limitée des choses, notre intolérance, qui était violente mais pouvait seule dégager l’horizon pour de bon.

Je pensais que pour être écrivain, je devais m’exercer comme un athlète, comme une danseuse, jusqu’à ne plus avoir mal, jusqu’à ne plus me poser de questions, et je cherchais à posséder cette compétence.

j’ai été professeur de calme – moi la nerveuse, l’excessive, la turbulente, j’essayais de lui apprendre le seul calme que je connaissais qui était celui des mots imprimés, je lui lisais John Fante à voix haute, Hemingway, Fitzgerald, Steinbeck, Bernhard, Dickinson et de la poésie expérimentale.

à cette époque, pensais-je, j’étais trop occupée à me ramasser moi-même pour ramasser quoi que ce soit d’autre

C’est vraiment toujours la même journée, il n’y a que les endroits qui changent

je ne possède pas de marge de progression, j’ai aimé toujours les mêmes choses, je ne sais pas changer, je suis comme une pierre au fond de l’eau, tout au plus puis-je m’arrondir à la mesure de mon usure, mais la seule et unique chose qui m’intéresse en tout domaine c’est d’aller vite.

Comme des repères, les livres nous mènent à d’autres livres, ils nous font ricocher – nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du péché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C’est tout.

l’argent était la porte ouvrant sur le temps libre qui était et resterait ma première nécessité

Dans la famille, personne n’avait jamais gagné assez d’argent pour y croire, alors ils ne croyaient pas à l’argent, ils croyaient à l’expatriation, à la poésie, à la sobriété matérielle, ils croyaient que la littérature était une activité respectable.

C’est un homme de bois, de terre, de feuilles. Pas d’électricité ni de métal. Il ne peut pas s’en servir. Ce n’est pas sa matière. C’est tout.

Je vois les mots un par un, comme des pierres avec lesquelles bâtir un cairn ou un inukshuk, et trouver le seul équilibre possible, tracer la ligne de ricochets la plus souple entre deux rives.

 

 

Info : Joseph Cornell : Bien qu’influencé par Max Ernst, dont il découvre les collages exposés à la galerie Julien Levy, en 1931, et le surréalisme, Joseph Cornell est un farouche indépendant. En janvier 1938, il participe à l’Exposition internationale du surréalisme organisée à l’École des Beaux-Arts de Paris. Pour André Breton, Joseph Cornell a « médité une expérience qui bouleverse les conventions d’usage des objets». Il a aussi été un cinéaste expérimental. Joseph Cornell a vécu la majeure partie de sa vie à New York où il habitait dans le quartier de Flushing avec sa mère et son frère Robert, handicapé par une paralysie cérébrale. Par ses collages surréalistes d’objets et d’images, Joseph Cornell compte parmi les pionniers de l’assemblage, qui prend ici forme de boîtes vitrées rassemblant les objets urbains insatiablement collectés lors de ses flâneries.

Lire : https://1895.revues.org/261

 

Dufourmantelle, Anne «L’Envers du feu» (2015)

Auteur : Anne Dufourmantelle, née le 20 mars 1964 à Paris1 et morte le 21 juillet 2017 à Ramatuelle, est une psychanalyste et philosophe française. a publié de nombreux essais, entre autres, De l’hospitalité, avec Jacques Derrida, mais aussi En cas d’amour, L’Éloge du risque, et le dernier Défense du Secret (2015), tous chez Payot . Elle meurt le 21 juillet 2017 des suites d’un arrêt cardiaque, en tentant de sauver l’enfant d’une amie de la noyade sur la plage de Pampelonne. Les notions de risque et de sacrifice étaient au cœur de sa pensée.

Albin-Michel, aout 2015, 352 pages

Résumé : « Les grands incendies sont une espèce en voie de disparition. Ils se propagent à la vitesse du vent et de la nuit. Leur souveraineté soumet l’espace. Pareils aux météorites et au désir, leur dangerosité, leur degré de combustion, leur trajectoire sont imprévisibles.
Dévastation. Régénération.
Nous sommes de même nature ; des feux. »
Thriller psychanalytique, roman initiatique, histoire d’une passion, quête de soi, labyrinthe de mensonges et de faux-fuyants, de souvenirs écrans, ce suspense qui emprunte les arcanes de l’analyse nous mène de Brooklyn jusqu’aux confins du Caucase à la poursuite d’une mystérieuse disparue.
Le premier roman de l’auteur de « En cas d’amour et de Défense du secret » nous fascine et nous trouble jusqu’au vertige.

Mon avis : Excellent ! Si cette dame n’était pas décédée en portant secours à des enfants, je ne crois pas que j’aurais entendu parler du livre. Et je serais passée à côté d’un roman comme je les aime. Un vrai roman psychologique avec un rôle de psy plus que convainquant (ce qui semble logique au vu de la profession de l’auteur) mais pas que… Une écriture fluide et agréable, une construction efficace, rythmée par les séances chez le psy… une histoire qui fait remonter le passé (refoulé) et la mémoire…

Alors suicide ? meurtre ? disparition ? enquête ? à quête de soi ? inconscient ? quête des autres ? souvenirs d’enfance ? fuite ? reconstitution ? amour ? amitié ? trahison ? confiance ? Toute une vie remise en question ; les fondements et les certitudes s’effondrent… Le personnage principal va voir sa vie s’écrouler et se décomposer autour de lui.. A qui faire confiance? A ces amis? mais sont-ils ses amis? A son père? à des rencontres de passage? Par moments il se croit libre, d’autres fois il se sent observé, surveillé… Vérité ou paranoïa? Est-ce une simple disparition? A-t-il mis les pieds là ou il n’aurait pas dû ? Je vous laisse en compagnie d’Alexeï.. Je ne vous raconte rien… j’ai beaucoup aimé et je le recommande.

Extraits :

Les livres n’appartiennent à personne, les conserver ne m’est jamais venu à l’esprit. Ils sont faits pour passer de main en main, de vie en vie. J’aime les déplacer, en dérober un comme ça, pour l’abandonner ensuite dans un endroit public.

Ce n’est pas tant les espaces qui me fascinent que l’histoire dont ils gardent la trace, ou celle qu’ils annoncent en secret.

Les détails me rassurent, ils s’opposent à l’oubli. Je revois ma déambulation, les pièces entre-vues, les recoins, les objets.

Ce qu’on oublie est un choix, pas un accident, encore moins une faiblesse. Mais tout ne s’efface pas, il y a des îlots qui échappent au refoulement.

un état somnambulique peut être une forme de veille paradoxale. Les vigilances se créent parce qu’un jour elles ont été prises en défaut

Qu’est-ce qu’un serment, sinon la possibilité d’une future trahison ?

Je voudrais échapper à l’inquiétude que je devine en elle. J’ai assez de la mienne.

La nostalgie n’est pas mon élément. Je ne veux rien d’autre que le présent.

– Une fugue ?
– J’ai passé l’âge.
– L’âge n’a pas d’importance, c’est l’intention.

– La mort appartient à celui qui meurt, personne ne peut s’arroger le droit d’en questionner les derniers instants.

Sa musique infuse comme une rivière inconnue que l’on découvrirait dans un lieu familier, une eau tumultueuse qui se serait frayé seule un passage.

Il s’est dit quelque chose d’important, d’essentiel même, qui peut les guider. C’est comme une phrase musicale qui serait là, invisible, soutenant la mélodie.

Les grands rêves sont des trésors qui, s’ils ne sont pas captés, peuvent devenir toxiques.

Il faut accompagner les morts une partie du chemin et puis leur dire adieu quand le temps est venu. Et alors savoir qu’une part de nous est partie avec eux, et l’honorer, pour qu’ils ne reviennent pas nous hanter.

C’est comme ces chevaliers dans les livres que je lisais enfant, dont l’idéal guidait les actes : cela ne leur rendait pas la guerre plus douce ou le voyage plus sûr, mais ils servaient une noble cause.

La psychanalyse est une étrange fabrique de secrets destinés à lever d’autres secrets.

Elle voulait sortir du jeu définitivement. S’éclipser. Ce mot lui plaisait, il signifiait d’abord le mouvement par lequel la lune ou le soleil se rendent invisibles.

Personne remplace personne. Ça fait un trou, basta.

Couper court et faire silence. Mais ne serait-ce pas déserter face à un adversaire qui n’est autre que lui-même, quoi qu’il se raconte ?

L’inconscient n’oublie rien, dit-elle. Chaque événement passé poursuit son devenir en nous. Notre psyché contient toutes les mémoires qui nous ont traversés, et pas uniquement la nôtre.

Écrire à la main déjà lui paraît d’un autre âge. Une archiviste de la vie des autres.

La moitié de notre vie est dédiée à enregistrer la plainte venue de nos rêves d’enfant, de nos désirs sacrifiés.

ces bribes d’enfance qui remontent, c’est comme le retour du sang après une gelure. C’est douloureux mais vivant.

Elle essaie de penser, c’est sa seule dissidence, mais il n’y a pas d’abri possible pour la pensée

Lacan disait de l’ignorance que c’était une passion au même titre que l’amour et la haine. Elle engendrait des monstres.

 

Vichi, Marco «Série Commissaire Bordelli»

Auteur : Né en 1957 à Florence, Marco Vichi vit en Toscane. Il publie son premier roman en 1999 « L’inquilino ». A partir de 2002, il publie les enquêtes du commissaire Bordelli. En 2004, il remporte le prix Fedeli pour « Il nuovo venuto » et en 2009, le prix Scerbanenco pour « Morte a Firenze ». Auteur d’une dizaine de romans, de deux recueils de nouvelles et de plusieurs scénarios, il est classé parmi les meilleurs romanciers italiens de la décennie par le Corriere della Sera. Après Le commissaire Bordelli, Une Sale affaire est son deuxième roman traduit en France.

«Série Commissaire Bordelli»   

Tome 1. Le Commissaire Bordelli (2006)

Paru en 10/18 (mars 2016)

Résumé : Découvrez la première enquête du commissaire Bordelli dans la Florence de 1963: un petit bijou écrit par un maître dans l’art des mots

Florence, été 1963. Le commissaire Bordelli est appelé dans une somptueuse villa dont la propriétaire ne donne plus de nouvelles. Il trouve la vieille femme inanimée sur son lit, ayant succombé apparemment à une violente crise d’asthme. Mais, devant cette scène trop parfaite, le doute s’installe rapidement, et les analyses médicales vont venir confirmer qu’il s’agit d’un meurtre. Bordelli mène l’enquête, aidé du jeune Piras et entouré de personnages hauts en couleur – Diotivede, le médecin légiste ; Dante, le frère de la défunte, scientifique génial et excentrique ; Botta, voleur et cuisinier hors pair ; Rosa, prostituée au grand coeur… Désabusé, nostalgique, solitaire, mais gourmand et bon vivant, le commissaire se meut dans une Florence déserte écrasée par une chape de chaleur, au volant de sa Coccinelle et poursuivi par ses souvenirs de la guerre et de la Résistance.

Mon avis : Je poursuis ma promenade italienne ; Naples, Turin, Venise, les rives du Pô… Et direction la Toscane et ma chère ville de Florence …La seule chose qui me parle : la touffeur des mois d’été à Florence dans ma jeunesse, la guerre contre les moustiques… et la mer à Forte Dei Marmi .. mais si vous pensez vous retrouver à Florence, c’est assez raté… Mis à part deux ou trois noms de rue.. cela pourrait presque être n’importe où… Le Commissaire Bordelli (on appréciera le nom !) est un homme qui vient de passer quinqua et qui n’a toujours pas trouvé la femme de sa vie. Il fume trop et il le sait et a une bonne descente. Mis à part cela, c’est un ancien combattant du bataillon San-Marco et un ex partisan, la guerre a occupé une grande part dans sa vie et les souvenirs remontent un peu ; très humain, anti-fasciste, il considère que la misère est une excuse aux petits larcins. Lors des rafles il se débrouille toujours pour relâcher les petits délinquants qui sont devenus ses amis et qu’il aide à sa manière dès qu’il en a l’occasion. Bourré de personnages atypiques qui rendent le contexte sympa ; et dès qu’ils sont un peu à la masse ou à la ramasse, ils deviennent ses amis. Pour lui la justice n’est pas tout à fait la même selon à qui elle s’applique et son chef devient fou de ne jamais le voir ramener de « prises » lors des descentes de police. Mais comme c’est un excellent enquêteur : pas grand-chose à faire pour s’en débarrasser… Ses collègues… il ne les apprécie pas… Heureusement, un nouveau arrive ; un jeune sarde, intelligent qui semble bien destiné à devenir son bras-droit, Piras (Nom très fréquent en Sardaigne. Désigne celui qui est originaire d’une localité portant ce nom (deux communes dans les provinces de Cagliari et Sassari). Sens du toponyme : lieu planté de poiriers. ) …et par le plus grand des hasards, fils d’un de ses compagnons du temps où il était à la guerre. Les personnages secondaires étant bien campés, il y a fort à parier qu’ils vont devenir récurrents ; le médecin légiste entre autres (Diotivede qui signifie Dieutevoit ), une ancienne pute Rosa, qui et son amie, des truands « reconvertis » en cuisiniers… Je pense toutefois que c’est davantage une présentation du personnage et de sa manière de fonctionner qu’une enquête approfondie car c’est un peu léger coté intrigue…bien que la déduction pour trouver le coupable est très bien vue… Mis au final, n’est-ce pas le Commissaire et la bande d’allumés qui gravitent autour de lui qui sont le principal sujet du livre. Mais un peu plus de présence de la ville de Florence serait bienvenue… ? je vais lire le deuxième pour voir si mon impression se renforce.

Extraits :

– J’ai toujours aimé découvrir ce que les choses dissimulent, surtout quand elles paraissent normales à première vue.

J’ai cinquante-trois ans, et il n’y a personne qui m’attend quand je rentre chez moi.
– C’est normal : tu vis seul.
– Ce n’est pas ce que je voulais dire.

– Il se peut que nous n’ayons rien à nous dire.
– Rien ne nous empêche de nous parler.
– Cette affirmation est absurde.

S’il avait fallu trouver une qualité à la guerre, c’était sans aucun doute la réunion forcée d’individus issus de toute l’Italie. La guerre lui avait permis de connaître d’autres dialectes et d’autres mentalités, d’autres légendes et d’autres espoirs.

ce silence nuragique, chargé de pensées, le ramenait aux patrouilles qu’il avait effectuées avec le père du garçon.

– Des pièces de monnaie anciennes. Je les fais bouillir dans de la boue pour leur donner une patine.
– Une arnaque…
– Mais non, c’est une façon de satisfaire les touristes.
– Le point de vue change tout. »

Il avait toujours jugé bizarre cet accessoire, une langue de tissu accrochée au cou qui échoue dans le potage quand on tend la main pour prendre le sel, un objet insensé. Il devait en avoir deux ou trois dans son placard, d’anciens cadeaux de femmes qui ne l’avaient pas compris et qui auraient aimé le faire changer.

– Le tuyau d’échappement n’arrête pas de péter, comme s’il digérait mal.

l’amour ne doit pas rendre égoïste, mais donner la force d’accomplir des actes importants.

Info : Un nuraghe est une tour ronde en forme de cône tronqué que l’on trouve principalement en Sardaigne. Cet édifice mégalithique est caractéristique de la culture nuragique, culture apparue en Sardaigne entre 1900 et 730 av. J.-C – Le terme nuraghe est sarde, où il se prononce [nuˈraɡe] (pluriel nuraghi en italien, nuraghes en sarde).

 

Tome 2. Une sale affaire (2017)

Paru en 10/18 (janvier 2017)

Résumé : Une nouvelle enquête du commissaire Bordelli, héros subtil et attachant, dans la Florence des années 1960

Avril 1964, le printemps ne semble pas vouloir arriver à Florence, dont le ciel gris et humide ne présage rien de bon. A quelques jours d’écart, deux fillettes sont retrouvées assassinées, chacune porte des marques d’étranglement et de morsures. Aucun indice, aucune trace, aucun suspect, le commissaire Bordelli piétine. Et pour ne rien arranger, son ami Casimiro, qui avait fait d’étranges découvertes sur les hauteurs de Fiesole, s’est évanoui dans la nature et le pire est à envisager. Les deux affaires sont-elles liées ? « Le commissaire Bordelli est magnétique et mélancolique comme un héros de Chandler. » La Repubblica

Mon avis : Un petit bémol, la même critique que pour le précédent. Je me dis chic ! J’adore Fiésole.. et bien deux noms de bleds, de ruelles : le tout principalement de nuit. Coté localisation, je suis frustrée. Mis à part quelques spécialités culinaires typiquement toscanes comme la « ribollita » … Sinon, l’équipe de branques qui gravite auteur du Commissaire est toujours aussi spéciale et atypique ; et on continue à fumer, boire, se goinfrer… Mais coté enquête, j’ai trouvé que cela devenait nettement plus intéressant. Meurtres d’enfants, remontée du nazisme, meurtre d’un nain petit truand que le Commissaire avait un peu sous son aile… Pas rigolo comme ambiance… Le Commissaire bourru et nostalgique, avec son collègue sarde Piras et son médecin légiste sont les 3 personnages récurrents, mais les personnages secondaires du précédent roman sont là aussi. Deux enquêtes s’entremêlent ; le Commissaire va à son rythme et finira par coincer le coupable… Un peu plus de Florence et tout sera parfait…

Extraits :

si un homme et une femme sont décidés à s’entendre, ils peuvent refaire le monde à eux seuls, mais s’ils veulent la guerre, des spaghettis trop cuits leur suffiront pour s’entrelarder à coups de couteau.

Le bon vin réjouit le cœur de l’homme, et l’eau lui fait trembler les jambes

Vous habitez seul ?
– Lorsque tu es seul, tu t’appartiens entièrement. Quand tu es ne fût-ce qu’avec un seul ami, tu ne t’appartiens qu’à moitié. C’est ce que disait un certain Léonard de Vinci. »

– Ne qualifie jamais un homme d’heureux avant de l’avoir vu mourir… Quel est donc l’auteur de cet aphorisme ?
– Sénèque,

Jamais il n’aurait imaginé un jour boire de l’eau-de-vie dans un ballon de chimie. Cela avait toutefois l’avantage de mesurer la quantité d’alcool ingérée.

Ils buvaient, les yeux dans les yeux, pareils à deux chiens qu’on aurait enchaînés de manière qu’ils ne puissent pas se mordre. Ils n’avaient pas d’autre choix que de boire et de se fixer, comme si chaque gorgée était un coup de fusil. Davantage qu’une boisson, ces verres contenaient la haine qui ne les avait jamais abandonnés…

Ne jamais se fier aux apparences ! Cela vaut pour la nourriture et pour les gens

– Vous autres du Nord faites tous la gueule. Vous savez vous foutre des gens, mais vous ne savez pas vous amuser… On dirait que vous avez peur des sentiments, bordel !

Mais savez-vous ce qui arrivera lorsque les femmes se mettront à réfléchir ? Pouvez-vous l’imaginer ? Moi, je vous le dis : ce pays changera radicalement.

– Je croyais que les Sardes étaient taciturnes et réservés !

Il lut les étiquettes : c’étaient des crus de choix… bordeaux, bourgogne, pouilly fumé, brouilly, anjou, saint-émilion, monbazillac, sauternes et naturellement champagne. Ces maudits Français avaient créé un monde céleste sur Terre, et pas seulement à Cluny.

Son silence était aussi dur et aride que sa terre d’origine.

Aimer et rêver étaient absurdes… et ça ne servait foutrement à rien. De toute façon, on meurt et il ne reste plus rien de nous…

 

 

Kerninon, Julia «Buvard» (2014)

Auteur : Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015. Son deuxième roman, Le dernier amour d’Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016. En 2017 elle publie un court récit « Une activité respectable »

Paru chez Le Rouergue (la brune ) en janvier 2014 / 208 pages

Résumé : Un jeune homme réussit à forcer la porte d’une romancière célèbre, Caroline N. Spacek, réfugiée en solitaire dans la campagne anglaise depuis plusieurs années. Très jeune, elle a connu une gloire littéraire rapide et scandaleuse, après une enfance marquée par la violence et la marge. Il finit par s’installer chez elle et recueillir le récit de sa vie. Premier roman d’une auteure âgée de 25 ans.

Mon avis : Pour un premier roman, c’est juste époustouflant, intense ! J’ai beaucoup aimé. Un livre sur l’amour de l’écriture et la solitude de l’écrivain, sur les mots, en premier lieu. Mais aussi un livre sur l’enfance, sur l’amour, sur l’intégration des expériences dans l’écriture. Un huis-clos entre deux personnages, une femme et un homme qui vont se rencontrer et se comprendre car tous deux ont eu une enfance très difficile et qu’ils n’arrivent pas à intégrer. Entre l’intervieweur, Lou et l’interviewée, Caroline, on finit par ne pas savoir qui se confie… de fait les deux … le passé et le présent des deux personnages est au cœur du livre. Au fil des jours, Caroline va se livrer et Lou va aller de surprise en surprise. Très beau texte, puissant, solide. C’est interessant de voir que dans ce premier roman (pour adulte) Julia Kerninon prend la parole au masculin pour faire parler une femme-écrivain. Ode aux mots, à la création, à la poésie. Une fuite en avant qui s’achève en solitaire… après une traversée de la vie bien difficile. C’est le deuxième livre que je lis d’elle – j’avais commencé par le deuxième (Le dernier amour d’Attila Kiss) et je vais enchainer sur le petit récit « Une activité respectable »

Extraits :

dans ce livre-là et tous les autres que j’avais lus dans la foulée, happé, il y avait quelque chose qui m’avait frappé, frappé comme avec un poing obstinément fermé.

Je commençais à penser que j’avais été présomptueux, que ce n’était pas si facile que ça d’interviewer un écrivain, puisque la vérité n’était jamais une base pour eux, mais plutôt une destination, puisqu’ils maîtrisaient si bien la fiction que tout ce qu’ils pouvaient imaginer sonnait vrai.

Elle avait beaucoup plus de souvenirs que ce qu’elle avait proclamé au départ. Elle savait très bien où elle allait parce qu’elle allait à reculons. Elle plongeait la tête en arrière comme une nageuse. Dos crawlé. Jour après jour après jour.

J’imaginais une chaîne de montage, lui qui parlait, moi qui tapais, et les phrases partant bien empaquetées sur un tapis roulant, vers une destination qui m’échappait.

j’étais arrivé là guidé par la musique de ses livres, un chant dont la cadence m’avait été tout de suite douloureusement familière, et quand elle me tenait à distance, en tournoyant furieusement dans le jardin ou en se taisant, je me rassemblais moi aussi, dans un souvenir ou un autre qui me rappelait ce que je faisais ici.

j’avais commencé à comprendre ce qu’il pouvait y avoir derrière ces trois mots de bonheur et de paix, et quand il s’était tourné vers moi pour m’embrasser, ça avait été comme de boire le soleil à la bouteille.

Je l’écoutais parler et il me touchait – avec des mots – moi qui n’avais jusqu’ici été touchée que par des mains.

À côté de lui, j’ai senti quelque chose dans sa phrase me heurter, si légèrement que je n’étais pas sûre d’avoir mal.

Mais qu’est-ce que vous vouliez, vous ?
– Tu crois que j’avais appris à vouloir ?

Je l’écoutais, fasciné, rendre leur profondeur de champ aux feuilles des articles que j’avais lus en diagonale avant de venir. Pour raconter ça, elle retrouvait malgré elle la voix précipitée, pierreuse, que j’avais entendue le premier jour et qui avait semblé disparaître ensuite – cette langue presque étrangère qui était sous sa prose, comme une flaque d’essence indétectable dans l’herbe haute.

Eux, ils n’avaient pas besoin de savoir. Ils avaient besoin de boire.

on pouvait partir d’où on voulait, on arrivait toujours au même endroit.

Jamais je n’avais eu à ce point la sensation que ma vie était entre mes mains et d’avoir les doigts écartés.  J’étais beaucoup ivre. Je n’y pensais pas. Je pensais à la solidité de la poésie et à la vie qui doit continuer même si on a oublié pourquoi.

j’avais détourné ma vie passée comme un fleuve, et j’en avais fait quelque chose.

je ne savais pas encore qu’on écrit des choses d’une façon qu’on croit réaliste pour découvrir que le reste du monde n’en a simplement jamais entendu parler.

l’attaque et le scandale sont les formes de consécration les plus solides.

Et je devais me concentrer pour entendre ma propre voix sous le murmure de son souvenir.

je n’avais pas peur de mourir sans avoir fini parce que je savais que je n’avais rien commencé,

Je n’attendais rien, parce que je m’attendais à tout.

sa beauté me sautait au visage comme un chat quand je ne m’y attendais pas.

L’instant intouchable de la rencontre. Le temps qui ne peut pas passer. Le temps qui reste.

j’essayais de comprendre comment les lignes parfaites de mots que j’écrivais avaient pu si bien être des fils barbelés entre nous

Sa voix était grave, élégante, sur la défensive – la voix qu’aurait pu avoir un lion si les lions parlaient dans des téléphones. Alors, je m’étais enroulé autour du combiné, et j’avais écouté ce que cette voix avait à me dire.

on ne me pliait pas avec de l’organza.

C’était seule que je devais faire face à tout ce que l’écriture avait détruit et construit dans ma vie. J’étais enroulée autour de moi-même, autour de la machine à écrire.

La vie était simplement arrivée – la mort aussi. Je pensais à la faillibilité de l’amour et à ce qu’on en avait appris ensemble, aux excuses parfaites que nous pouvons trouver à nos manquements qui ne les rendent pas moins douloureux à ceux qui les ont subis.

Tu sais, en fait, je déteste voyager. J’aime simplement être loin. Si j’ai tellement bougé, c’était d’abord parce que je ne pouvais pas – je ne savais pas – rester. Je n’avais pas d’endroit où rester.

Quand tu sais que quoi que tu fasses, tu seras une cible, tu préfères être une cible mouvante.

Les peintres semblaient savoir ça d’instinct, que ce qu’ils avaient à faire impérativement c’était atteindre une maîtrise irréprochable, et puis tout oublier. La vraie peinture commençait à ce moment-là.

Elle n’avait fait qu’avancer les yeux fermés, dangereuse comme tous ceux qui ne veulent pas savoir, une scie électrique lancée en l’air.

Tu es – toujours – ce qui me manque – quand je me réveille la nuit pour réaliser que tu n’es pas ici – sans comprendre où tu es – pourquoi – comment c’est arrivé – mais apparemment rien n’est arrivé – tout est parti.

Rien ne vaut une main sur l’autre posée. Jamais je n’oublierai aucun de tes mots. Personne ne pourra séparer ceux qui ont été un seul et vont se retrouver.

 J’ai appris beaucoup de choses sur la route, y compris le fait que tant que je ne fais de mal à personne, je ne vais pas transiger sur mon bonheur.

Je suis solide parce que je ne sais pas faire autrement. Ce n’est pas une bonne chose. 

Viggers, Karen «La Maison des hautes falaises» (2016)

Auteur : Née à Melbourne, Karen Viggers est vétérinaire, spécialiste de la faune sauvage. Elle exerce dans divers milieux naturels, y compris l’Antarctique. Elle vit aujourd’hui à Canberra, où elle partage son temps entre son cabinet et l’écriture. «La Mémoire des embruns», son premier roman, a été numéro un des ventes du Livre de Poche durant l’été 2016. En 2016 elle publie «La Maison des hautes falaises» suivi en 2017 par « Le Murmure du vent»

Parution : 31 mars 2016 Les escales 304 pages / mars 2017 Le Livre de poche 512 pages

Résumé

Hanté par un passé douloureux, Lex Henderson part s’installer dans un petit village isolé, sur la côte australienne. Il tombe très vite sous le charme de cet endroit sauvage, où les journées sont rythmées par le sac et le ressac de l’océan. Au loin, il aperçoit parfois des baleines. Majestueuses, elles le fascinent.

Peu de temps après son arrivée, il rencontre Callista, artiste passionnée, mais dont le cœur est brisé. Attirés l’un par l’autre, ils ont pourtant du mal à laisser libre cours à leurs sentiments. Parviendront-ils à oublier leurs passés respectifs et à faire de nouveau confiance à la vie ?

Dans la lignée de La Mémoire des embruns, un roman tout en finesse, véritable ode à la nature et à son admirable pouvoir de guérison.

Un long et merveilleux roman d’amour. Nathalie Six, Avantages.

Une pure merveille. Gérard Collard, librairie La Griffe noire.

Mon avis : Tout comme j’avais beaucoup aimé « La Mémoire des embruns » j’ai « re-fondu » en lisant celui-ci. Paysages et des personnages qui se font écho ; un livre sur le deuil, sur la peur de l’autre. La perte de confiance en soi, le renoncement ; sur la décision de tout quitter pour se lancer dans une nouvelle vie. Un livre aussi sur le poids du passé et des racines, sur la transparence et le secret. Sur l’intégration d’un nouvel arrivant – de la ville en plus – dans un petit monde fermé. Des personnages écorchés, traumatisés, à fleur de peau, à vif, déchirés … qui ont peur de faire un pas vers l’autre… Des passions : la peinture, les baleines… L’évasion dans la lecture, la peinture..

Très humain, avec des descriptions de la nature et des animaux qui sont magnifiques, une grande sensibilité et beaucoup d’humanité. Tous les personnages sont touchants, et les personnages secondaires sont aussi bien présents… Un très bon livre de vacances ( je dirais plus pour un public romantique et féminin, bien que la partie « baleine » – chasse et sauvetage- bien documentée – l’auteur est vétérinaire, spécialiste de la faune sauvage- est intéressante pour tout le monde.

Belle analyse aussi des méfaits de la médiatisation des événements…

Extraits :

Il y avait un recoin sombre, trop sombre, en elle et, si elle s’y plongeait, elle savait qu’elle n’était pas certaine d’en ressortir.

Les marchés servaient autant à observer les gens et à entretenir un minimum de relations sociales qu’à vendre quoi que ce soit.

Il était habitué à vivre dans un monde où tous se battaient pour devenir autre chose, gagner plus d’argent, accumuler plus de possessions. Son attitude était différente. Plus simple.

La musique, c’était toujours mieux que les mots. Une façon confortable d’être simplement ensemble, sans avoir besoin de se dire quoi que ce soit.

l’histoire était une chose importante dans la famille. Grâce à elle, on apprenait à éviter de reproduire des erreurs passées et à mieux s’orienter dans la vie. Ses parents avaient beaucoup insisté là-dessus : il fallait s’arranger pour effacer les erreurs des générations précédentes. À croire parfois qu’ils portaient tous les problèmes du monde sur leurs épaules.

Je pense qu’il vaut mieux qu’on garde notre dignité. Qu’on évite de disséquer notre passé. Nous ne ferions que gâcher ce que nous avons vécu.

Elle était différente. À côté d’elle, les autres femmes ressemblaient à des feuilles d’automne.

il sentait qu’il était dans un de ces jours où son côté sombre prenait le dessus – des souvenirs noirs qui s’étiraient jusqu’à l’enfance, sans un seul rayon de soleil. Le vide béait en lui, montait comme des sables mouvants ténébreux qui tentaient de l’aspirer. Seul, tout était trop difficile.

Toi aussi, tu as du goût. Mais il faut toujours une touche féminine, n’est-ce pas, pour qu’une maison soit chaleureuse,

— Je n’ai pas du tout la bosse de l’art.
— La bosse de l’art ? reprit-elle dans un éclat de rire. L’art vient plutôt du cœur. Et de l’esprit. Ça se ressent.
— Je suis perdu pour la cause, dans ce cas. Je n’ai pas de cœur non plus.

Et elle se disait qu’une pointe de folie ne pourrait lui faire de mal. Tant qu’elle la gardait sous contrôle et qu’elle n’oubliait pas que la réalité n’accorde que rarement ce que promettent les rêves.

Ah, la chambre forte de la mémoire… elle avait la fâcheuse habitude de s’entrouvrir.

Un instant, il y avait un enfant, un avenir pour eux, l’autre il n’y avait plus qu’une place vide où résonnaient des espoirs trahis.

Je sais que c’est difficile mais, parfois, il faut juste ramasser son fardeau et continuer à avancer.

On pouvait faire ça, avec l’art : changer les règles, modifier l’horizon, embellir les couleurs. Dommage qu’il ne soit pas si facile de faire pareil dans la vraie vie.

On s’accroche tous à nos passions. Surtout si elles appartiennent à notre passé. Quand on perd quelque chose, les souvenirs, c’est tout ce qu’il nous reste.

L’eau était froide, furieuse, vivante, comme une bête. Elle s’enroulait autour de ses cuisses, le tirait vers le large, percutait son torse, le griffait pour le retenir.

Tout à coup, il entendit le rugissement terrible du vent au large, laid et sinistre, comme la mort. Il sentit le rouleau arriver, une masse d’eau gonflée par le vent.

Le monde se referma sur lui comme une couverture de silence.

le purgatoire, c’était ici, sur Terre, pour ceux qui restaient avec leur terreur et leur chagrin.

Elle avait découvert que la peine s’accumule. Qu’une peine toute fraîche peut rouvrir le caveau de celles passées et non guéries, et le tout s’entremêle pour former une nouvelle douleur complexe.

il se rendit compte que sa haine avait pour ainsi dire disparu. Dissoute. Il comprit que chaque individu devait accepter son histoire personnelle, que personne ne pouvait y échapper. Même ces hommes, avec leurs visages normaux, avaient dû porter comme un fardeau leur mode de vie passé.

Dans la vie, on n’est pas obligés de terminer tout ce qu’on entreprend. Parfois, il est acceptable de passer à autre chose. En fait, c’est une nécessité.

— Il faut bien se construire un visage public pour pouvoir se cacher derrière.

Tu ne peux pas laisser le passé se mettre en travers de ton chemin.

 

Cayre, Hannelore «Série Christophe Leibowitz»

Auteur : Hannelore Cayre est une romancière, scénariste et réalisatrice française, née le 24 février 1963 à Neuilly-sur-Seine1. Elle est également avocate à la cour d’appel de Paris en tant que pénaliste et collabore à la Revue XXI. Après sa série Christophe Leibowitz, elle publie en 2012 Comme au cinéma – Petite fable judiciaire. En 2017, « La Daronne » obtient le Prix Le Point du polar européen.

Les trois tomes sont commentés sur la même  page : « Commis d’office », « Toiles de maitre » et «Ground XO » 

Tome 1. Commis d’office (2004, prix Polar derrière les murs 2005)

Résumé : Comment Christophe Leibowitz, avocat revenu de tout, loin des belles affaires d’Assises dont tout le monde parle, éternel commis d’office à la défense de délits minables, est-il enfin parvenu à être satisfait de son sort ? Est-ce parce qu’il occupe ses journées à convertir avec une patience extrême un proxénète albanais à la lecture de L’Education sentimentale derrière les barreaux de la prison de Fresnes ? Ou est-ce parce que son nom s’étale en première page aux côtés de celui de l’ennemi public numéro un ?  La justice au quotidien, des personnages surprenants, une intrigue solide, des situations cocasses pour un premier roman qui s’impose immédiatement par son rythme et un ton original et rapide.

Mon avis : Après avoir adoré « la Daronne », et sur les conseils de mon homme, j’ai enchaîné sur la trilogie ! J’adore ! Cet humour, cette verve, cette légèreté. Dès le premier le style de Hannelore Cayre est reconnaissable et je susi totalement addict ! Anti-héros par excellence, dans un monde de petits délinquants peu reluisants, elle réussit à nous faire nous intéresser à un personnage sans épaisseur et sans charisme. Un avocat qui n’aime semble-t-il que son métier mais qui est totalement largué, au point de prendre la place d’un détenu qui lui ressemble… Mais c’est jouissif à lire. Une petite incursion dans le monde des avocats pénalistes commis d’office, qui galèrent et ne font pas la une, qui rament pour survivre. Bienvenue dans le monde des petites arnaques plus ou moins minables, de la magouille et du pas net… C’est court, c’est enlevé, et sympa à lire.

Extraits :

Ma vie commençait mal car elle commençait sans passion.

Doué en rien et bon à tout, je m’étais inscrit après le bac sur les conseils de mon père dans ce qui était d’abord une fac de droite avant d’être une fac de droit.

Une douche froide, évidemment, non pas parce qu’il n’y a plus d’eau chaude mais parce qu’à Fresnes, il n’y a jamais eu l’eau chaude.

vous êtes à l’avocat ce que le Pinscher est au chien : un truc tremblotant et dégénéré pour vieille dame. Une imposture.

Lorsque je suis venu me présenter à lui, j’ai lu dans ses yeux qu’il savait qui j’étais, pourquoi j’étais là, pour qui j’avais travaillé et bien d’autres choses encore que je ne savais probablement même pas moi-même.

Tome 2 : Toiles de maitre (2005)

Résumé : Sorti de prison et plus que jamais dans la ligne de mire de son Ordre, l’avocat Christophe Leibowitz renoue difficilement avec son métier. C’est à l’occasion d’une étonnante affaire de tableaux volés qu’il s’aperçoit qu’un front invisible se mobilise pour l’éradiquer. Flanqué de ses sulfureux amis, Leibowitz part sans le savoir à la recherche de sa propre histoire et va découvrir une France hantée par ses vieux démons. Une intrigue bien construite, une vision hilarante et sans pitié de la justice, des situations aussi rocambolesques qu’absurdes et surtout un style au rythme et à la puissance inimitables.

Mon avis : Maintenant qu’il est riche illégalement, il n’’est pas plus heureux et mieux entouré ! Il va donc retourner au turbin, et replonger dans son monde de petits malfrats (ou plus gros) mais toujours aussi peu fréquentables. Et comme si la vie n’était pas assez ure, il est en plus dans le collimateur du fisc. Il va se prendre d’amitié pour un vieux facho qu’il va faire libérer, et opposé avec un avocat de la haute qui le déteste et lui en veut. Au cœur du problème un cambriolage qui fait ressurgir des tableaux qu’il vaudrait mieux ne jamais avoir évoqué. On ajoute à cela l’ancienne fiancé de Leibowitz qui refait son apparition, divorcée et avec 3 filles…

Déjanté comme j’aime, imagé, caustique, soupoudré d’actualité en matière de pénalisation des délits. A force d’être à la masse, avec sa logique bien à lui, le petit avocat en devient sympathique. Et toujours cet humour détergeant et cette galerie de personnages à coucher dehors et pourtant crédibles… Des petits plaisirs courts qui s’enchainent avec bonheur…

Extraits :

Un récidiviste. Au sens médical du terme ; du latin recidivus : réapparition d’une maladie infectieuse après sa guérison.

Il vaut toujours mieux se faire violer par des types à l’ADN défavorablement connu des services de police que par des violeurs de passage venus étudier le français.

Des images déferlèrent dans mon esprit comme dans une expérience de mort imminente …

Les trottoirs entourant la Santé étaient d’une tristesse infinie depuis que le code pénal était venu interdire quelques mois plus tôt les parloirs sauvages. Un an de taule, qu’elles encouraient à présent, les pauvres femmes de détenus, qui jadis debout sur les voitures montraient leurs enfants ou criaient des mots d’amour à leurs hommes.

Ce petit monde judiciaire formant avec les autres professions libérales du coin, les médecins, les dentistes et les pédicures, ce gotha minable décrit avec soin par Balzac : les notables de province.

Le mot “Paris” ne manque jamais son effet chez l’avocat de province, déclenchant l’inévitable “ah !” de celui qui ne dit rien mais qui n’en pense pas moins.

Clairvaux pour un pénaliste, c’est un peu comme Memphis pour un rocker ou Zion pour un rasta : ça n’est pas rien.
Un sanctuaire de la répression.

C’est le souvenir des “cages à poules”, des cellules à la Louis XI d’un mètre cinquante sur deux avec des grillages en bois qui n’ont fermé qu’en 71, la même année où Buffet, accompagné du pauvre Bontemps, a égorgé un gardien et une infirmière. Ce sont les évasions sanglantes et les mutineries, les incendies à répétition…

C’est l’illustration de ce que les avocats s’acharnent à faire comprendre aux magistrats : la société ne gagne rien à acculer un homme à ne plus rien avoir à perdre.

À l’instar des vieux truands, il était une encyclopédie vivante de la vie carcérale et un annuaire des ténors du Barreau des cinquante dernières années.

à la Libération, les autorités avaient incarcéré tout ce que les filets de l’épuration avaient pu attraper comme gamins de collabos qui erraient sans parents.

Juif…” Un mot plein de mystères… Un mot lourd… Qui, en me permettant de me draper dans la souffrance des autres, me rendait vachement intéressant.

À une heure du matin, alors que les garçons nous poussaient dehors avec ce métalangage si parisien qui consiste à empiler les chaises sur les tables avec un potin effroyable, nous décidâmes de nous replier sur le bar du Lutetia

D’aucuns diront que je vivais comme un convalescent, d’autres comme une cerise confite à l’eau-de-vie.

On l’appelle Chamalow. Parce qu’il est rose, gros et mou.

Ce n’était pas l’argent qui me motivait à faire des conneries. Loin de là. J’étais investi d’une mission déique : je livrais une croisade contre l’hypocrisie des magistrats donneurs de leçons et des confrères intéressés uniquement par l’argent.

D’habitude, je fuis les victimes. Collantes comme la pitié, elles sont par essence tyranniques en ce qu’elles puisent dans leur souffrance judiciairement reconnue une légitimité à faire chier leur conseil.

Vous êtes une mine antipersonnelle enterrée dans le sol et c’est moi qui ai eu la malchance de vous marcher dessus.

Je me sentais triste. Un peu comme Icare qui se serait pris les ailes dans une ligne à haute tension.

Tome 3 : Ground XO (2007)

Résumé : Christophe Leibowitz-Berthier, l’avocat désastreux dont Hannelore Cayre nous a raconté les aventures dans Commis d’office et Toiles de maître, exerce depuis vingt ans, il sombre dans l’alcoolisme et se voit contraint par la loi de suivre un traitement psychologique. Il devra donc écrire régulièrement à son psy, jusqu’au moment où il va se découvrir héritier d’une partie des cognacs Berthier et décider d’en faire la boisson à la mode dans les banlieues françaises, comme le Rémy Martin l’est aux États-Unis chez les mauvais garçons du rap.  En compagnie du rapeur et fin versificateur Termite, aussi un peu dealer, Hannelore Cayre nous fait explorer les embrouilles du rap et ses mythologies. Leibowitz n’arrivera pas à faire fortune mais nous visiterons avec lui des territoires aussi exotiques que les tribunaux ou une exploitation viticole familiale de la région de Cognac.

Mon avis : C’est reparti pour un tour ! L’auteur continue de nous faire découvrir les coulisses du monde pénal, carcéral, judiciaire. Nul doute que notre héros/antihéros va transformer cet héritage en galère… Comme d’hab’, il en loupe pas une et a le chic pour se foutre dans les confles les plus incroyables. Toujours aussi inventif ! La réinsertion vue par Leibo est une belle tentative. Sera-t-elle couronnée de succès ? Une fois de plus, il va agir dangereusement… pour le bien de ses clients… Quel sera le résultat ? Son changement de « carrière » va-t-il sse passer comme il le souhaite ?  Le personnage me fait penser aux sucettes colle-aux-dents de mon enfance… Tu peux pas t’en défaire, avec un coté sucré et un coté acide… J’ai adoré ce looser qui repart toujours au turbin pour défendre des causes perdues et qui croit en l’aâme humaine… La description du monde de la justice est savoureuse et sans pitié…

Belle découverte que cette romancière.

Extraits :

Moi, le type gangrené par la névrose, qui me sentais anéanti chaque fois que je me remémorais avoir eu un jour des parents, j’avais quelque part une Famille !

Il existait dans le droit pénal une infinité de sous-spécialités.
L’avocat qui faisait dans le noich (chinois) : atelier clandestin, service d’hygiène, règlement de comptes, émigration… n’était pas le même par exemple que celui qui faisait dans le cul : tapin, proxo, bar à hôtesses, sex-shop, vidéo pédophile…

Bref, des bobos trop respectueux des lois pour se fournir au kilo dans les cités, mais pas suffisamment pour s’abstenir de fumer.

… On les jugeait. Ils refaisaient un peu de taule pour la forme puis ils sortaient, pris en charge par des éducateurs. Ils reprenaient ensuite leur place comme si de rien n’était dans cette immense entité au visage noir que le bobo continuerait d’appeler “mon dealer” au même titre que la bourgeoise du XVIe disait “mon traiteur” ou “mon boucher”.

Bien qu’il n’y ait soi-disant aucun dossier merdique, il y en avait tout de même des particulièrement à chier.

Leçon n° 1 prodiguée par la justice : ça coûte plus cher de braquer une bagnole de prix que de cogner sa femme ou son môme, d’escroquer des millions à l’État ou de faire travailler pour que dalle deux cents Chinois dans une cave.
Car il est bien là, le trouble à l’ordre public : que deviendrait notre monde si les gens commençaient à avoir peur de parader dans des produits de luxe ?

Ma cousine n’était pas à proprement parler une crétine. Elle était juste… pathologiquement normale.

En quelques phrases, ils énumérèrent leurs connaissances communes dans cette bourgade que l’on nomme Paris pour en conclure qu’ils pouvaient sans danger être les meilleurs amis du monde.

Le rap, ça transcende la violence.

A part ça, mon quotidien est le même que le vôtre : répétitif et frustrant : une psychose croquignolette pour des heures interminables de bovarysme.

la dame patronnesse au tailleur plouc que j’avais devant moi était à peu près aussi excitante qu’une maman qui se démène pour vendre des quatre-quarts pleins de grumeaux à une kermesse de gens fauchés.

Alors, leurs couilles prises dans l’étau du pouvoir exécutif, ces magistrats allaient comme toujours me regarder plaider d’un air figé, et puis ils me diraient “non”, parce que “non” c’est toujours moins risqué.