Carrisi, Donato « La Femme aux fleurs de papier » (2015)

Carrisi, Donato « La Femme aux fleurs de papier » (2015)

L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le ChuchoteurL’EcorchéeL’égaréeLe jeu du chuchoteur
Série
Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes Malefico – Tenebra Roma
Autres romans : La Femme aux fleurs de papierLa Fille dans le brouillard

Résumé : La nuit du 14 au 15 avril 1912, tandis que le Titanic sombrait au beau milieu de son voyage inaugural, un passager descendit dans sa cabine de première classe, revêtit un smoking et remonta sur le pont. Au lieu de chercher à sauver sa peau, il alluma un cigare et attendit la mort.
Le 14 avril 1916, dans les tranchées du mont Fumo, quatre ans jour pour jour après le naufrage du Titanic, un soldat italien est fait prisonnier. À moins qu’il ne révèle son nom et son grade, il sera fusillé le lendemain à l’aube. Jacob Roumann, médecin autrichien, n’a qu’une nuit pour le faire parler. Mais le prisonnier veut diriger l’interrogatoire. Sa vie, décrète-t-il, tient non pas à une, mais à trois questions : «Qui suis-je ? Qui est Guzman ?
Et qui était l’homme qui fumait sur le Titanic ?»
De cet instant se noue entre les deux ennemis une alliance étrange autour d’un mystère qui a traversé le temps et su défier la mort.
Donato Carrisi livre ici un roman dont les personnages ont l’étoffe de héros de légende, des secrets bouleversants et des destins inoubliables.

Mon avis :

Le point de départ du roman est l’histoire véridique d’un homme qui alors que le Titanic coulait, fuma son cigare. La croyance voulut que cet homme, Otto Feüerstein, était un citoyen allemand qui n’a jamais pu se trouver à bord comme il aurait dû, car il est décédé juste avant le départ. Carrisi a voulu lui créer une identité au travers de ce roman, en mélangeant réalité et fiction. Il en a fait un roman d’amour, construit comme un thriller (défi posé par un journaliste) car selon lui une histoire d’amour pour être intéressante doit, comme un thriller avoir une victime et un bourreau. C’est un genre de poème initiatique,qui ne se termine pas trop bien. Pour moi c’est de la poésie et de l’amour. Ce livre met l’accent aussi sur la part d’autodestruction qui habite les hommes ; il parle aussi de la destinée, mais encore et surtout c’est un hymne à l’amour, à la femme. J’ai été très émue par le petit calepin noir du médecin..

Carrisi nous raconte plusieurs histoires, mais il y a un fil rouge. Tout est relié. C’est une histoire qui en appelle une autre, c’est l’amour pour la narration, l’amour pour la femme, l’amour pour le tabac. Les histoires sont là pour s’en servir, pour se raconter, pour faire le lien entre les gens. J’aime la façon dont l’amour arrive, avec son mystère, que ce soit les indices « fleurs de papier » ou le parcours qui passe par la légende des montagnes qui chantent.. J’aime aussi la façon de rendre vibrante et amoureuse la femme par le silence et la fuite… C’est l’éloge de la passion, la poursuite de l’amour, l’amour des histoires, la reconnaissance des conteurs, des passeurs d’histoires.

C’est l’histoire d’un prisonnier… mais de quelle prison ? la prison « avec des barreaux » ou la prison de la vie intime, des sentiments, de l’impression de ne pas être à sa place, de ne pas pouvoir sortir de soi, celle tout simplement de sa propre peur, de sa propre existence… On a beau être en présence des acteurs du roman, on ne sait pas en présence de qui on est… L’homme sans nom… Tout est question d’imagination, à l’image des sensations et des évocations générées par un mégot de cigarette, qui selon d’où il vient envoie des impressions différentes.. C’est le mélange du réel, de l’inventé, du suggéré, du ressenti, de la passion, de l’imaginaire, du souvenir, du passé, du présent, des légendes…

C’est sur la suggestion d’un ami que j’ai lu ce livre. Contrairement à la plupart des gens je ne connaissais pas cet auteur et je n’avais pas les références « polar » de cet écrivain. J’ai découvert un nouveau genre, le « Thriller d’amour » comme le définit l’auteur..

Et comme j’aime les contes initiatiques (  Salman Rushdie, Garcia Marques, Coelho, Hesse ) je n’ai pu qu’aimer… et maintenant je souhaite découvrir les thrillers de cet auteur.. Ca va pas arranger ma pile de lecture…

Extraits :

Parce que, quand on survit à la guerre, la récompense n’est pas d’avoir été épargné mais de rentrer chez soi.

Il avait lu quelque part que, à cause de la pression qu’ils subissent, les soldats ne rêvent pas. La seule façon d’échapper à la réalité est de mourir.

suis fatigué d’être le dernier espoir de tout le monde, ici. Après moi, il ne reste que Dieu. Vous comprenez ma responsabilité ?

Les yeux de l’être qui nous aime nous servent de miroir.

La maîtresse de son père, l’adversaire que sa mère avait assemblée comme une mosaïque avec les souvenirs ramassés dans toute l’Europe,

Nous avons tous besoin d’une passion, ou d’une obsession. Cherche la tienne. Désire-la fort, et fais de ta vie ta raison de vivre.

ce sont les histoires qui donnent de la saveur à la vie.

On ne savait jamais où s’achevait la vérité et où commençait la légende. On pouvait passer au crible chaque phrase, chaque mot, pour obtenir une histoire plausible mais, au bout du compte, peu stimulante. Ou bien on acceptait tout en bloc, comme ça venait. On pouvait se contenter du rôle de spectateur sceptique qui, par pur orgueil, n’accepte pas d’avoir été sous le charme. Ou bien s’abandonner à l’histoire avec son âme d’enfant, jusqu’à en faire partie

Il est en train de mourir, déclara sentencieusement le sergent, qui faisait partie des gens qui ne se contentent pas des impressions, qui ont besoin de donner à la réalité la consistance des mots.

Un instant, le temps s’était arrêté et tous avaient admiré en silence les évolutions du magnifique animal – insensible aux misérables hommes sous lui et à leur guerre inutile. Pendant quelques minutes, les cœurs s’étaient emplis d’une émotion différente. Ce n’était ni de l’envie pour ce vol libre ni du regret. Seulement de la joie

Selon certains, de nuit, par un calme plat, la mer s’agitait sans raison. Sans vent. Peu à peu, elle devenait impétueuse. Toujours selon eux, cet étrange phénomène n’était rien d’autre que la manifestation des âmes inquiètes et maudites des marins morts lors d’affrontements entre pirates qui sortaient soudain de la mer, sous la forme de vagues gigantesques, pour engloutir les navires de passage, sans espoir de salut

Ils rirent longtemps. Entre larmes et sanglots, ils se calmèrent enfin. Quand le fou rire s’épuise, il laisse toujours quelque chose derrière lui, pensa le médecin de guerre. Comme l’orage qui dépose un souvenir frais d’humidité. Ce qui reste d’un fou rire est de la gratitude.

Certains hommes viennent au monde pour réaliser quelque chose, d’autres sont ici pour rappeler au monde à quel point il est agréable de vivre. La seconde catégorie est tout aussi nécessaire que la première

Pourtant, posséder un talent n’est souvent pas suffisant. Il faut aussi une vocation – c’est-à-dire la prédisposition spéciale pour exploiter son talent

Fixer les histoires dans l’encre signifiait les priver de leur propre esprit. En d’autres termes, les laisser se faner.

derrière le masque de la vieillesse se dissimulait une jeune fille. Ses yeux sans âge en étaient la preuve.

Devant un précipice, l’admiration, le vertige et même quelques frissons sont permis, mais pas le doute. Il est bien connu que les précipices soutiennent le doute

On peut tout retirer à un homme – le respect, l’honneur, la dignité –, mais si on tue son rêve, c’en est terminé

Combien de femmes auraient mérité une place dans l’histoire de l’humanité et en ont disparu parce qu’un monde d’hommes a décidé de ne pas leur accorder la même dignité ? Un véritable génocide, si on y réfléchit

Il n’avait jamais cru que les histoires possèdent une morale. Il pensait plutôt que chacun, selon son bon vouloir, y trouvait quelque chose. Il se méfiait de ceux qui racontaient des histoires pour donner des leçons – c’étaient les pires.

J’ai toujours considéré que les rêveurs se divisaient en deux catégories : les conscients et les involontaires

Tout une seule fois. Une fois seulement. Il ne fumait jamais deux fois le même tabac, il ne visitait jamais à nouveau la même montagne. Tout une seule fois. Une fois seulement. Guzman vivrait une seule fois et mourrait une fois seulement. Il aimerait une seule fois, une seule femme.

Dans tous les cas, il pensa qu’il était étrange que les hommes – seules créatures dotées de la conscience du don de la vie – cherchent depuis toujours des façons de s’entretuer

Parce que le pire dans une guerre, pire que la mort, c’est l’habitude de cette mort…

Il y a de la beauté cachée dans toute chose, affirma le docteur. Même la plus horrible.

Elle portait sa grâce comme un vêtement, insouciante de l’effet que cela produisait sur les autres

Je veux savoir ce qu’est l’amour. — Pour quoi faire ? — Pour conquérir le cœur d’une femme. — Tu veux posséder son cœur ? — Non, mon père m’a appris que la possession est le tort le plus grave qu’on puisse causer à une personne aimée. Je veux juste qu’elle me le prête

pour rendre un homme heureux il suffit de lui offrir la possibilité de raconter

L’apparence importe peu, ce qui compte est que l’autre sache chanter, parce que cela signifie qu’il ou elle est en mesure de montrer son amour. Les personnes trop belles n’aiment qu’elles-mêmes

Une musique qui empoisonne le sang – mais un poison qui guérit. Une mélodie qui ait en soi une magie salvatrice, mais en même temps une malédiction. Qui accompagne le geste, une fusion de corps et de sens… En conclusion, une poésie faite non pas de mots mais de notes. — Où vais-je trouver une telle musique ? — En Argentine.

En bon ami, il se contentait de lui administrer une juste dose de réalisme

Parce que, quand on y réfléchit, rien n’est comparable à l’émotion que l’on ressent quand on entend une nouvelle musique. Chaque fois, à la première écoute, c’est comme si elle avait été créée pour nous

Quand soudain elle souriait, c’était comme un soleil inattendu un jour de pluie

Certains matins, le brouillard recouvre tout. Il apparaît et plus rien n’existe, tout part à la dérive, se disperse. Tout. Le brouillard par-dessus les choses. Dans le brouillard la vie se repose.

Même quand on les croit terminées, les histoires continuent en secret. Sans qu’on le sache. Elles s’écoulent comme des fleuves souterrains. Puis, soudain, elles refont surface dans notre vie

il y a des gens qui veulent connaître la vérité, d’autres qui préfèrent l’imaginer. Dans mon cas, la vérité est que tout a une fin, même l’amour. Il est malsain de rester amoureux d’un souvenir

La haine est comme la vapeur, on ne peut pas la retenir, tôt ou tard elle explose, même si certains sont convaincus que ce n’est que de l’eau

Parce que ce qui nuit gravement à la santé des bien-pensants est surtout la liberté des autres.

3 Replies to “Carrisi, Donato « La Femme aux fleurs de papier » (2015)”

  1. Après « Le chuchoteur », « L’Écorchée » et « le tribunal des âmes », j’ai commencé « La femme aux fleurs de papier » en étant convaincue qu’il s’agissait d’un thriller. J’ai d’abord été déroutée puis agréablement surprise car on se retrouve ici dans un univers diamètralement opposé à ce que l’auteur nous a habitués jusqu’à présent. Je ne sais trop comment qualifier ce roman… Récit poétique ? Conte philosophique ? Il s’agit en tout cas d’une très jolie histoire que j’ai lue avec beaucoup de plaisir.

    Si tu as l’intention de te plonger dans les thrillers de Carrisi, je te préviens, ils ne font pas dans la dentelle. Mais je les trouve excellents.

  2. Ce livre m’a fait découvrir cet auteur ,j’ai trouvé ce livre très agréable à lire .
    Je n’ai pas encore découvert d’autres livres de cet auteur ,mais je le ferai.

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