Carrisi, Donato «La maison des voix» (2020)

Carrisi, Donato «La maison des voix» (2020)

 L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le ChuchoteurL’EcorchéeL’égaréeLe jeu du chuchoteur
Série Marcus et Sandra :
Le tribunal des âmes Malefico – Tenebra RomaAutres romans : La Femme aux fleurs de papierLa Fille dans le brouillardLa maison des voix (2020)

Calmann-Levy – 4.11.2020 – 298 pages

Résumé : Florence, de nos jours. Pietro Gerber est un psychiatre pour enfants, spécialiste de l’hypnose. Il arrive ainsi à extraire la vérité de jeunes patients tourmentés. Un jour, une consoeur australienne lui demande de poursuivre la thérapie de sa patiente qui vient d’arriver en Italie. Seul hic, c’est une adulte. Elle s’appelle Hanna Hall et elle est persuadée d’avoir tué son frère pendant son enfance.
Intrigué, Gerber accepte mais c’est alors qu’une spirale infernale va s’enclencher : chaque séance d’hypnose révèle plus encore le terrible passé d’Hanna, mais aussi qu’elle en sait beaucoup trop sur la vie de Gerber. Et si Hanna Hall était venue le délivrer de ses propres démons ?

Mon avis : Roman psycho-psychiatrique qui tend plus vers le roman d’horreur que vers le thriller à mon avis. Au début j’ai supposé que la pathologie serait du style amnésie sélective, puis j’ai pensé schizophrénie, puis psychopathe, et à vous de confirmer ou infirmer…
Le thème principal du roman est clairement la peur, l’angoisse qui s’instille petit à petit dans le cerveau, les questions qui affleurent, le manque de confiance en soi, l’impact d’une enfance instable sur le comportement lors de la vie future. Les personnages principaux ont peur, cherchent des réponses, ont eu une enfance avec un rapport aux parents totalement faussé et en gardent des séquelles comportementales.
Pietro Gerber , le personnage principal est un psychiatre spécialisé dans le traitement des enfants par l’hypnose avec pour mission de faire parler les enfants qui ont été maltraités ou violentés. Quand il accepte de rencontrer une femme qui lui est envoyée par une confrère, il fait donc une entorse à sa spécialité (les enfants) ; très vite sa vie va basculer car il va laisser cette femme interférer dans sa vie et ne parviendra plus à ériger la sacrosainte barrière entre le privé et le professionnel. Pas de crimes, pas de tueur en action, mais des sous-entendus, des suspicions, des ambiances angoissantes, les fantômes du passé ; tout est dans le flou, dans le ressenti, dans la manipulation, dans les souvenirs enfouis et les craintes… et plus on avance, plus on se sent mal à l’aise…
Plus on avance et moins on sait qui est vraiment cette patiente, cette Hanna qui semble avoir vécu sa vie sous plusieurs fausses identités (j’ai eu des doutes qui se sont confirmés mais cela n’a pas rendu le contexte moins glauque)  ; est-elle devenue sa patiente par hasard ? Gros doute ! A-t-elle tué son petit frère comme elle semble le croire ? Veut-elle faire du mal au psychologue, l’endormeur d’enfants… Peut-on se fier à la mémoire des enfants ? et côté thérapie : vaut-il mieux oublier ? vaut-il mieux faire ressortir tout ce qui est enfoui et affronter le passé ?
Hanna est pas la seule patiente dont il est question dans le livre, il y a aussi un petit garçon, Emiliano.. Et quand les problèmes des deux patients se mélangent… la confusion règne en maître. Comme j’adore la Toscane et Florence en particulier, j’ai beaucoup aimé le cadre de l’action. Au final je suis ressortie déstabilisée de cette lecture. Ce qui est certain c’est que le livre ne ressemble pas aux autres livres de cet auteur et n’est pas mon préféré mais il est extrêmement original et perturbant. Si vous aimez les cas psychiatriques qui mêlent le visible et l’invisible, la réalité et les réminiscences ou les inventions de la petite enfance, les rapports entre psychologue et patient, cela pourrait bien vous intéresser…
Un roman qui se reflète parfaitement dans la phrase répétée plusieurs fois « Pour un enfant, la famille est l’endroit le plus sûr au monde. Ou bien le plus dangereux. »

Extraits :

les événements que nous vivons – même les pires – contribuent à nous construire. Ils font partie de nous, même si on fait tout pour les oublier.

La connaissance des langues présupposait une ouverture vers les autres et une appétence pour les nouvelles expériences.

J’étais enfant, esquiva la femme, comme s’il était plus important de se défendre de l’accusation d’avoir une mémoire fragile que de celle d’avoir tué.

Je vais vous expliquer quelque chose. Il est prouvé que les enfants n’ont pas de mémoire avant trois ans, affirma-t-il en repensant à Emilian. À partir de là, ils ne se souviennent pas automatiquement : ils apprennent à le faire. Or, dans ce travail d’apprentissage, réalité et imagination s’entraident et, inévitablement, se mélangent… Pour cette raison, on ne peut pas se permettre d’exclure le doute. Vous comprenez ?

Et si les enfants possédaient un talent spécial pour voir les choses impossibles ? Si, dans les toutes premières années de notre vie, on avait la capacité de regarder au-delà de la réalité, d’interagir avec des mondes invisibles, et qu’on perdait cette capacité en devenant adultes ?

Il n’y a pas meilleur remède pour l’humeur que de rire avec ceux qu’on aime.

L’incapacité à élaborer l’ironie peut faire penser à une schizophrénie. En plus on a la paranoïa, les délires et les visions.

Beaucoup de choses changent radicalement quand on les observe avec les yeux du matin

L’identité d’un individu se forme dans les premières années de sa vie. Le prénom non seulement en fait partie, mais encore il en constitue la clé de voûte. Il devient l’aimant autour duquel se rassemblent toutes les particularités qui définissent qui nous sommes et qui nous rendent uniques.

Quand Pietro était petit, son père le prenait par la main, l’emmenait se promener dans la ville et lui montrait les trésors qui constitueraient par la suite son répertoire pour épater les filles. Par exemple le visage sculpté sur un mur extérieur du Palazzo Vecchio, dont on disait qu’il était celui d’un condamné à mort, gravé par Michel-Ange, qui passait par là par hasard au moment où l’homme était conduit à l’échafaud. Ou l’autoportrait de Benvenuto Cellini, caché sur la nuque de son Persée, qu’on ne voyait qu’en montant dans la Loggia dei Lanzi et en regardant la statue de dos. L’ovni qui apparaissait sur un tableau de la Vierge du XV e siècle. Ou encore les portraits d’enfants exposés dans le Corridoio Vasariano.

Les « toits rouges » est l’expression qu’employaient les vieux Florentins pour désigner l’hôpital psychiatrique San Salvi, qui n’existe plus aujourd’hui.
C’était monsieur B. qui le lui avait raconté : quand il était petit, les adultes disaient « il est allé aux toits rouges » pour signifier que quelqu’un était devenu fou. À l’époque de l’enfance de son père, la maladie mentale était insondable. Comme la malédiction d’une sorcière, justement.

Devant l’adversité, elle ne perdait pas son temps à chercher des responsabilités ou à attribuer des fautes : elle s’armait de bonne volonté et maintenait le cap.

La pire découverte, pour un enfant, c’est que papa et maman ne sont pas infaillibles. Quand on en devient conscient, on se sent un peu plus seul face au monde.

 

 

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