de Kerangal, Maylis «à ce stade de la nuit» (10.2015)

de Kerangal, Maylis «à ce stade de la nuit» (10.2015)

Auteur : Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle étudie en classe préparatoire au lycée Jeanne-d’Arc de Rouen et ensuite à Paris de 1985 à 1990 l’histoire, la philosophie et l’ethnologie.
Elle commence à travailler chez Gallimard jeunesse une première fois de 1991 à 1996, avant de faire deux séjours aux États-Unis, à Golden dans le Colorado en 1997. Elle reprend sa formation en passant une année à l’EHESS à Paris en 1998.

Ses romans : Je marche sous un ciel de traîne, 2000, 222 p. – La Vie voyageuse, ,‎ 2003, 240 p. – Ni fleurs ni couronnes, 2006, 135 p.  – Dans les rapides (2006) – Corniche Kennedy, Paris, 2008, 177 p. – Naissance d’un pont, Paris,2010, 320 p. ( Prix Médicis 2010 – Prix Franz Hessel 2010) – Tangente vers l’est, Paris, Éditions Verticales,‎ 2012, 134 p. (Prix Landerneau 2012) – Réparer les vivants, 2013, 281 p. (Grand prix RTL-Lire 2014 – Roman des étudiants – France Culture-Télérama 2014 – Prix Orange du Livre 2014 – Prix des lecteurs de l’Express-BFM TV 2014 – Prix Relay 2014) – À ce stade de la nuit, 2015, 80 p. – Un chemin de tables -2016 – Un monde à portée de main (2018) –

Résumé : Lampedusa. Une nuit d’octobre 2013, une femme entend à la radio ce nom aux résonances multiples. Il fait rejaillir en elle la figure de Burt Lancaster – héros du Guépard de Visconti et du Swimmer de Frank Perry – puis, comme par ressac, la fin de règne de l’aristocratie sicilienne en écho à ce drame méditerranéen : le naufrage d’un bateau de migrants.

Écrit à la première personne, cet intense récit sonde un nom propre et ravive, dans son sillage, un imaginaire traversé de films aimés, de paysages familiers, de lectures nomades, d’écrits antérieurs. Lampedusa, île de littérature et de cinéma devenue l’épicentre d’une tragédie humaine. De l’inhospitalité européenne aussi.

Entre méditation nocturne et art poétique « à ce stade de la nuit » est un jalon majeur dans le parcours littéraire de Maylis de Kerangal.

 

Mon avis : Un petit par la taille (moins de 80 pages) mais grand par l’écriture et le contenu.
Lampedusa – naufrage – Érythrée, Somalie, Malte, Sicile, Tunisie, Libye, Tripoli – Le Guépard de Luchino Visconti – Burt Lancaster – Ned Merrill dans The Swimmer de Frank Perry, film de 1968 – Giuseppe Tomasi di Lampedusa –
Chaque chapitre commence par la même phrase qui donne son titre au livre… « à ce stade de la nuit… » et en quelques mots, l’évocation de Lampedusa …
Au passé :un nom d’écrivain et prince de l’île, un film, un acteur, le bal filmé comme un naufrage…
Au présent : des sans nom, des images de cauchemar, des inconnus qui jouent leur vie, des naufrages.
Comme dans les autres livres que j’ai lu de cette romancière, elle est juste dans le ton, dans le mot, dans les sentiments. Elle traite à nouveau une cause vitale, avec force et tout en finesse. Un nom « LAMPEDUSA ».. ce qu’il évoquait et ce qu’il représente maintenant.
Je le conseille impérativement.

 

Extraits :

J’ai retrouvé le baroque délabré, les façades qui pèlent, les murs qui tombent en lambeaux comme si le temps de la mue était venu et que la peau d’avant chutait au sol afin de faire voir la nouvelle ; j’ai scruté la décrépitude qui signe la lente dépose du temps tout autant que le manque d’argent, le manque de force

j’ai réalisé que Visconti avait filmé le bal du Guépard exactement comme un naufrage

Je pense à ces noms inscrits dans les paysages et je pense aux paysages véhiculés dans les noms

J’ai pensé à la matière silencieuse qui s’échappe des noms, à ce qu’ils écrivent à l’encre invisible

Pour écrire, j’ai pensé qu’il fallait capter ce chant qui subsistait d’un temps où le livre n’existait que sous sa forme chantée et je me suis dit qu’il était temps d’aller chercher la femme nomade.

j’ai le sentiment de rallier un lieu qui est le mien, où je suis chez moi quand pourtant j’y suis une étrangère – qui est peut-être le mien précisément parce que j’y suis arrivée comme une étrangère, exactement comme j’arrive dans un livre

J’aime l’idée que l’expérience de la mémoire, autrement dit l’action de se remémorer, transforme les lieux en paysage, métamorphose les espaces illisibles en récit

dans la pénombre, les colonnes de livres grimpent comme des plantes, comme des cariatides, elles silhouettent une forêt d’un noir cassis, puissante et pulsatile, un temple hanté de fantômes et de chants

Je me dis parfois qu’écrire c’est instaurer un paysage

 

Note de vocabulaire :

Lamanage est un terme du vocabulaire maritime et désigne des opérations d’assistance à l’amarrage, au désamarrage des navires lors de leur arrivée, départ ou également de leur mouvement (changement de poste à quai) à l’intérieur des ports. L’équipage des navires étant limité et occupé, il a fallu créer un service à terre. Les lamaneurs sont des marins spécialisés.

2 Replies to “de Kerangal, Maylis «à ce stade de la nuit» (10.2015)”

    1. il est minuscule mais si fort! Il vient juste de sortir mais j’en avais entendu parler. Tu devrais aimer. Et puis j’aime tellement le rythme de l’écriture de cette romancière, qui est en totale adéquation avec son récit ( je l’avais déjà ressenti dans « Réparer les vivants » ). Ses écrits me parlent au cœur et je visualise ses « tableaux »..

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