Astier, Ingrid «Quai des enfers» (2010)

Auteur : Ingrid Astier vit à Paris. Révélée par Quai des enfers (prix Paul Féval de la Société des gens de lettres, prix Lafayette, prix Polar en plein cœur, prix Sylvie Turillon. Elle est la marraine de la brigade fluviale . Quai des enfers est le premier tome de la Trilogie du fleuve, bâtie autour de Paris et de la Seine. Publié originellement en 2010, dans la Série Noire de Gallimard, ce premier roman a été très bien reçu par la critique. En 2013 sort le deuxième tome, Angle mort, toujours dans la Série Noire. En 2014, elle publie « Petit éloge de la nuit »  (série « Petit éloge » à 2 euros).  En 2017, Haute Voltige paraît en Série Noire Gallimard

Collection Série Noire, Thrillers, Gallimard – Parution : 14-01-2010 – (Folio policier (n° 642),2012)

Dans une interview : À la source de Quai des enfers, l’auteur reconnaît l’importance de l’influence poétique : « J’aime l’Aragon provocateur du Traité du style. L’image hallucinée, aussi, de Rimbaud et de ses spectres à la dérive : « Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles / Des noyés descendaient dormir, à reculons !… » Ce à reculons m’obsède depuis l’enfance34. »

Dans l’émission Ça rime à quoi sur France Culture, Sophie Nauleau l’a questionnée sur cette place de la poésie dans ses écrits, après avoir noté que dans chacun de ses livres, quel que soit le genre, Astier prenait « un malin plaisir à glisser des poètes ». L’auteur a confirmé que le Bateau ivre de Rimbaud, mais aussi le poème « Ophélia », étaient à l’origine de la scène inaugurale de Quai des enfers, où une « femme, diaphane et lunaire est transportée par les flots ». Elle a reconnu la poésie comme « part de rêverie nécessaire, comme la respiration. La contemplation et la rêverie sont le fondement de l’observation. Un écrivain est quelqu’un qui sait regarder, et regarder autrement. La littérature est un pas de côté ».

Résumé : Paris, l’hiver. Noël s’approche avec l’évidence d’un spectre. Au cœur de la nuit, une barque glisse sur la Seine, découverte par la Brigade fluviale à l’escale du quai des Orfèvres. À l’intérieur, un cadavre de femme, sans identité. Sur elle, la carte de visite d’un parfumeur réputé. Une première dans l’histoire de la Brigade criminelle, qui prend en main l’enquête, Jo Desprez en tête. Mais quel esprit malade peut s’en prendre à la Seine? Qui peut vouloir lacérer ce romantisme universel? Exit les bateaux-mouches et les promenades. Le tueur sème la psychose : celle des naufrages sanglants.
Désormais, son ombre ne quittera plus le fleuve. S’amorce alors une longue descente funèbre qui délivre des secrets à tiroirs. Jusqu’à la nuit, la nuit totale, celle où se cache le meurtrier.
Pour le trouver, nul ne devra redouter les plongées. À chacun d’affronter ses noyades.

 

Mon avis : Alors un gros gros « OUI , encore » … J’avais découvert cette romancière en lisant « Petit éloge de la nuit » (2014) de la série « Petit éloge » à 2 Euros que j’aime beaucoup.
Comme elle le dit dans le roman : « La Seine n’était pas une aire de jeux, c’était un territoire : le vingt et unième arrondissement de Paris ». Alors je vous invite vivement à aller découvrir ce territoire… Elle décrit admirablement bien l’ambiance, les personnages sont crédibles et attachants, on vit avec la fluviale et on découvre le Paris des amoureux de la Seine.. On pénètre aussi dans le monde des artistes, du parfum, de la mode en suivant une enquête qui ne s’achèvera qu’au bout du suspense… De plus cela semble extrêmement bien documenté sur Paris…Une vraie découverte que je recommande vivement à ceux qui aiment les bons polars ! et en plus il y a de l’humour… Je vous laisse le plaisir de découvrir le « principe de la tablette de chocolat ».

Extraits :

La Seine charriait les secrets de ceux qui avaient voulu noyer leur chagrin. Et eux, ils devaient faire parler ces secrets. Quitte à affronter leurs propres démons.

Quand il ne se souvenait pas, il était de mauvaise foi…

Les procédures, qui méritaient le nom de mille-feuilles, étaient le sismographe scrupuleux des affaires traitées, destinées à graviter dans les sphères policières et judiciaires.

Disons que l’approximation et moi, on n’est pas vraiment amis…

Le parfumeur, écartelé entre des émotions contradictoires, descendit les marches en se réfugiant dans l’odeur de sa main droite, qui sentait désormais l’Anglais rasé de près.

Le sous-brigadier de la Fluviale monta plus lentement les marches, attentif aux murs gris et jaunes qui se desquamaient, laissant des pans d’histoire s’effriter.

Pénétrer l’esprit d’un meurtrier, c’était pour lui avancer dans la nuit. Renouer avec des peurs anciennes. Avec l’angoisse ancestrale des grands conifères l’hiver, ombres géantes aux doigts squelettiques qui viennent lacérer vos frayeurs et faire hurler le vent.

Il se baladait dans le cerveau d’un tueur avec l’aisance d’un spéléologue dans les noires cavités.

Cela ne l’empêchait pas de soigner son apparence, et les épis de ses cheveux obéissaient à un art savant, comme la tonte des haies de troènes chez les uns ou le lavage d’une Harley chez les autres.

On sonnait dans la vie d’une famille pour annoncer la foudre et fracasser des navires d’un grand coup de lame traîtresse.

Vous ne marchez jamais sur vos oreilles à force de les laisser traîner ?

Trouver sans chercher. C’était le mot d’ordre.

Nager en Seine revenait à marcher en forêt la nuit – mais sous l’eau. Le combat se menait en aveugle.

Cette assemblée hétéroclite ressemblait à un panier de légumes du marché. Il y avait les frais cueillis, jeunes premiers fringants, les fatigués vendus moins cher, les cabossés qui s’avéraient les plus savoureux malgré leurs airs et le bataillon de carottes au garde-à-vous.

…avait vécu sa révolution copernicienne : le monde tournait autour de lui.

j’ai la désagréable impression que vous ne répondez à aucune de mes questions.
— Déformation professionnelle : l’artiste ne s’intéresse pas aux réponses, il ne fait que poser des questions. »

« Et vous, qu’est-ce que vous faites dans la vie ? »
Il remit ses pieds sur son bureau.
« À votre avis ?
— Infirmière… Au sens large. Toutes les femmes soignent quelque chose… »

Avec son langage de voyelle – il appelait ainsi les filles qui tournaient autour des voyous – elle ne manquait pas de charme.

Cette eau l’apaisait et l’inquiétait. Sur les ponts, elle ressentait la liberté du fleuve qui cavale et rejoint la mer. Mais aussi l’attraction terrible des eaux noires…

Dans la ruelle du square Montsouris, les sapins de Noël étaient de sortie. Derrière les fenêtres, la gaieté lumineuse des guirlandes donnait le pouls. Sur plus de deux cents mètres défilaient les villas Art déco, qui cadraient mal avec l’avancée silencieuse des hommes en noir.

Dans cette ruelle fréquentée par le lierre plus que par les tueurs de prêtres, l’horreur paraissait improbable.

Face à la mort, on se sentait de trop. Un intrus définitif projeté dans une scène intime.

Trois cerveaux en branle valent mieux qu’un qui mouline…

Les meilleurs articles tournent autour des pires histoires. C’est pour les tragédies et les calamités que vit le journaliste. Nos pires journées sont les meilleures.

Le chat partit comme une flèche. Une grâce de film muet sur des pattes d’équilibriste.

Il est temps pour moi de quitter un monde, que je n’ai jamais habité.

il a compris que le dédale de sa vie tournait autour d’impasses. Plus de lumière. L’avancée des ténèbres jusqu’à la nuit immense : la porte de sortie avait été refermée.

Il préféra rendre la température glaciale responsable. Cela ne collait pas. Plus rien ne collait et en plus de la pluie, il y avait du brouillard dans son cerveau.

le principe de la tablette de chocolat…  je laisse ce plaisir au lecteur…

Au matin du vendredi 2 janvier, Jo passa dix minutes à déblayer sa messagerie électronique. Il fallait déneiger en somme. Une centaine de messages où les connaissances envoyaient en masse des vœux, où le destinataire se serait cherché en vain. Les coutumes trouvaient là leurs limites : parole mécanisée répétée en chœur, sans l’once d’un sentiment adressé. Il ne répondit qu’à ceux qui s’étaient fendus d’un mot personnalisé.

La Seine n’était pas une aire de jeux, c’était un territoire : le vingt et unième arrondissement de Paris.

Il m’a enseigné cette phrase de René Fallet qu’il reformulait : “Seul le pêcheur connaît le goût de l’aube”

Y en a marre de ceux qui bandent avec les couilles des autres !

Tu arrives à dormir ?
— Uniquement quand je travaille

Infos :

Raymond Subes (sculpteur) :  En savoir plus :  http://www.patrimoine-artistique.upmc.fr/fr/subes/raymond-subes.html

l’hôtel de Lauzun : construit par Le Vau : n° 17 du quai d’Anjou,  En savoir plus : http://www.info-histoire.com/177/hotel-de-lauzun-histoire-un-hotel-particulier-sur-ile-saint-louis-a-paris/

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