Bauer, Belinda « Le voleur d’enfants tristes » (03/2013)

Résumé : Parc national d’Exmoor, Angleterre. En cet été brûlant, la petite communauté de Shipcott se remet à peine des drames qui l’ont frappée. Le commissaire Reynolds, encore accablé par l’échec de sa dernière enquête, est soudain confronté à une série de disparitions. Des enfants, laissés sans surveillance dans la voiture, sont enlevés. Seul indice : une note sur le volant, « Vous ne l’aimez pas ». Des mots qui résonnent comme une accusation.
Pas de revendications, pas de rançon, pas d’espoir. Reynolds et Jonas Holly seront-ils capables de comprendre les motivations de cet étrange ravisseur ? D’autant qu’il y a bien quelqu’un à Exmoor ayant des raisons de penser que le policier Jonas Holly est la dernière personne à qui faire confiance…

Mon avis : Excellent ! Quand un coin de cambrousse paumé se transforme en village hanté, en ersatz de « Chicago » ! Quand la peur de ne plus retrouver son enfant fait que les parents les cloitrent à l’intérieur.. Quand la peur rode.. Quand le passé se mêle au présent… Thriller psychologique qui entrelace des expériences passées et amène à soupçonner tout le monde. Des analyses de caractères tout en finesse. Et une angoisse qui ne cesse de monter jusqu’à la dernière page… Je souhaite maintenant lire les précédents, auquel il est fait référence ; cela m’a manqué car on retrouve les personnages de « Sous les bruyères » et de « L’appel des ombres » qui ont évolué. Je pense que c’est donc un plus de suivre leur évolution d’êtres quelque peu déstabilisés par les expériences vécues.  J’ai aimé ce livre car l’auteur ne se coantonne pas aux agissements et aux réactions d’un seul pan de la société: les enfants, les ados, les personnes handicapées, les habitants du village, les policiers, tous sont analysés dans ce livre.

Extraits :

Dès qu’ils quittèrent l’autoroute, les routes se mirent à serpenter ; on était au XXIe siècle, et l’instant d’après, on avait l’impression de se retrouver dans les années 1950

elles étaient équipées de matelas que le poids de générations de dormeurs corpulents avait quasiment pliés en deux au fil des années, et que l’on avait malencontreusement retournés pour tenter de rétablir l’équilibre, si bien qu’on avait l’impression de dormir au sommet d’un Toblerone

Ce village était une mosaïque de souvenirs qu’il préférait oublier

Par un petit matin de mai tel que celui-là, le paysage était magique. Les larges dalles de pierre qui enjambaient la rivière à cet endroit semblaient avoir été posées par des géants de contes de fée. Sous un tunnel d’arbres, le soleil, semant une lumière mouchetée sur la vaste étendue d’eau sombre, faisait briller le lit de la rivière jonché de galets comme du verre Tiffany.

Enfin, il faudra bien qu’ils s’y habituent, j’imagine… C’est incroyable, ce à quoi on peut s’habituer – ou ce qu’on est capable de faire si on n’y arrive pas…

Souvent, il s’imaginait en train de nager la brasse, repoussant loin derrière lui des quantités de choses négatives pour pouvoir atteindre les rives d’une vie bien meilleure. Il s’était beaucoup entraîné et y parvenait très bien, maintenant

qu’en lui tendant la main pour l’aider, elle risquait d’être inexorablement aspirée par ce condensé de malheur comme par un trou noir

Le silence était la seule forme de mensonge qu’il maîtrisait à peu près… et encore

ce mois de mai était tellement radieux qu’on se serait presque cru dans un roman d’Enid Blyton – la seule, sans doute, à s’être imaginé qu’un temps aussi idyllique puisse exister

Fallait que je m’empêche de regarder cette blessure stupide qu’il y avait dans leurs yeux, juste au cas où ils auraient pu voir quelque chose dans les miens

Plus personne n’apprécie rien, de nos jours. Plus personne n’attache d’importance aux choses qu’il possède. Jusqu’à ce qu’elles soient plus là, du moins

Ou alors elle laissait le silence s’installer, telle une eau claire dans laquelle l’un d’eux lançait parfois une bribe de conversation, comme un galet

Elle vida son verre ; la chaleur du vin la détendait et lui donnait l’impression qu’ils avaient quelque chose en commun, même si elle ne savait pas encore très bien quoi.

L’absence de lune donnait l’impression que la Voie lactée était toute proche – à portée de main ; on aurait dit des étoiles collées sur un plafond tendu de velours bleu. Il sourit à Orion, et tendit un doigt vers le ciel pour occulter le puissant Mars

Le bruit me manque ; le silence, ça me rendait dingue

Si son corps avait oublié la douleur, il se souvenait qu’il avait eu mal, puis que sa blessure l’avait démangé, et enfin que la douleur s’était amenuisée au fil des mois

Au début, ça n’avait pas été facile, car réfléchir lui était aussi familier que jouer des castagnettes… Il avait fallu qu’il s’entraîne

Il aurait tout fait – absolument tout – pour pouvoir combler ce vide, oublier une seule seconde l’immensité de l’absence que lui rappelait la pendule arrêtée, le tapis replié et la vase vide.

il était bête comme ses pieds et doté d’une bouche en mesure de l’attester

Il ne se passait pas un jour sans qu’il conçoive une pensée profonde et cohérente, et s’imagine accompagner cette pensée parfaite de son cerveau à sa bouche

Sa vie s’étendait derrière lui tel un seul hiver rude et interminable

One thought on “Bauer, Belinda « Le voleur d’enfants tristes » (03/2013)”

  1. « Le voleur d’enfants tristes » est le dernier volume – et pour moi le meilleur – de la trilogie de Belinda Bauer se déroulant dans le parc national d’Exmoor, lieu magnifique mais qui semble être un fameux vivier pour les psychopathes et autres fous dangereux. Il faut fermer les yeux sur certaines invraissemblances et ne pas se demander quelles sont les probabilités pour qu’un enfant se retrouve à trois reprises confronté à des tueurs en série. Au-delà de ces quelques réserves, le roman est angoissant à souhait, le rythme est soutenu, l’intrigue prenante. Je conseille fortement de lire les trois romans dans l’ordre chronologique.

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