Piñeiro, Claudia «Une chance minuscule» (2017)

Auteur : Claudia Piñeiro est née en 1960 à Burzaco, dans la province de Buenos Aires. Elle est romancière, dramaturge et auteur de scénarios pour la télévision. Elle est publiée chez actes Sud : Les Veuves du jeudi (2009), Elena et le roi détrôné (2010), Bétibou (2013), À toi (2015) . Une chance minuscule  est sorti en mars 2017
(272 pages – Titre original : Una suerte pequeña (2015)

Résumé : Marilé Lauría, trentenaire blonde aux yeux clairs, vit dans une banlieue huppée de Buenos Aires. Elle a épousé un chirurgien, habite une résidence cossue au perron garni de rosiers, et fréquente les parents qui, comme elle, confient leur progéniture au sélect collège privé de la ville. Jusqu’au drame qui rebat les cartes de cette existence morne et futile et fait basculer sa vie. La voilà condamnée à fuir comme une voleuse afin de délivrer de sa présence l’être qu’elle aime plus que tout au monde.
Quelques vingt ans plus tard, Mary Lohan, une quinquagénaire rousse aux yeux de jais qui réside à Boston, prend l’avion pour l’Argentine, où l’appelle une mission professionnelle. Au terme du voyage: une petite ville qu’elle ne connaît que trop bien, le souvenir cuisant d’une faute jugée impardonnable qui l’a poussée à tout abandonner et un homme qu’elle craint par-dessus tout de rencontrer.
Probablement aussi la chance majuscule de pouvoir enfin “réparer” la femme rompue.
Cette poignante comédie dramatique explore les liens du sang, la culpabilité et les épouvantables ou merveilleuses facéties du hasard.

Revue de Presse :
Rémi Bonnet, La Montagne/ Le Populaire du Centre : « Ce personnage, sorti de l’imagination de la romancière argentine Claudia Piñeiro, c’est un peu le symbole de toutes ces vies brisées qui végètent dans le noir en attendant enfin de retrouver la lumière. » Entre des mains moins scrupuleuses, cette histoire aurait pu tomber dans le mélo, et tirer des larmes peu honnêtes. Mais l’auteur avance avec une grande pudeur, reconstituant petit à petit les fragments d’une existence éparpillée en mille morceaux. Bouleversant. »
Virginie Bloch-Lainé, Libération : « Dans le cinquième roman de Claudia Piñeiro traduit en français, chance et malchance se partagent le travail. (…). Malgré l’accident, ce livre n’est pas sombre, mais plein de nouveaux départs et de bons compromis. C’est l’histoire d’un couple et le portrait d’un fils solide et confiant. »

Mon avis : Affronter les fantômes de son passé. L’auteur nous entraine dans un voyage dans le temps ; elle retourne sur les lieux de son passé, vingt ans après. Veut-elle vraiment s’y confronter ? Attend-elle que le passé la heurte de plein fouet pour y être obligée ? C’est un roman noir, un roman psychologique ; elle affronte sa culpabilité et va essayer d’expliquer le « pourquoi » de sa fuite. A qui l’explique-t-elle ? à elle ? à d’autres ? Pour qui un auteur écrit-il ? pour lui ? pour une personne en particulier ? La vie est comme l’Histoire avec un grand H : les choses s’enchainent et il n’y a ni destin ni hasard. Analyse de l’âme humaine, portrait psychologique et social. Peut-on oublier en se cachant derrière une autre vie, une autre identité ? Un roman sur la fuite, la solitude aussi. Peut-on enterrer le passé et faire comme s’il n’existait pas ? On plonge dans l’émotionnel. Les personnages sont forts et fragiles à la fois. C’est dès le début la lutte entre le conscient et l’inconscient. Mary retourne au pays en souhaitant ne pas être reconnue mais en même temps elle voudrait bien que sous Mary Lohan on reconnaisse l’ancienne Marilé Lauría

Ecriture intéressante et extrêmement fluide. Une belle réflexion sur les mots et la langue aussi. Le drame est présenté en plusieurs fois… par une entame de chapitre qui revient et s’étoffe à chaque fois.. Elle dose l’information et nous la livre au compte-goutte. Et elle m’a bien accrochée…

Une fois encore, comme dans le livre de Hegland, Jean «Dans la forêt», le nom de l’auteur Alice Munro refait surface… Prix Nobel 2013.. je n’ai jamais rien lu de cet écrivain canadien..

Gros coup de cœur pour ce livre.

Extraits :

Je récite cette définition de mémoire, et je la leur fais apprendre de mémoire. By heart, comme on dit en langue anglaise. Une traduction qui n’est pas littérale, bien au contraire. La mémoire versus le cœur.

J’essaie avec l’une puis avec l’autre. La troisième personne éloigne, elle crée une distance protectrice. La première m’approche du bord de l’abîme, elle m’invite à sauter. La troisième me permet de me cacher, de rester deux pas plus en retrait, de ne pas regarder le vide, même lorsque je l’évoque.

Mais pas mon rêve à moi, car je n’avais pas de rêves personnels. Alors je m’étais approprié les rêves des autres. En fin de compte, ce rêve n’était pas si mal, qu’y avait-il à attendre de plus de la vie ?

En général je ne suis pas pressée. Cela fait bien longtemps que j’ai perdu l’habitude d’être pressée. Pressée pour quoi faire ? Pressée d’arriver où ?

“Agréable”, c’est un mot tiède, qui ne dit pas grand-chose. Mais je n’en trouve pas d’autre. Comme pour nice en anglais. Deux mots pratiques mais dépourvus d’enthousiasme.

Quand deux personnes qui se connaissent à peine se rencontrent, les silences sont difficiles à supporter ; je n’ai jamais bien saisi pourquoi, mais c’est comme si l’air qui flotte entre leurs deux corps devenait pesant.

Mais je ne suis pas forte, je ne l’ai jamais été et je ne le suis pas davantage aujourd’hui malgré la carapace que j’ai mise autour de moi, alors que je me suis blindée pour ne plus souffrir autant.

J’ai effacé beaucoup de souvenirs de ces années. Par tous les efforts déployés pour oublier ce qui me faisait souffrir, j’ai oublié des détails inutiles mais inoffensifs du quotidien, des noms de rues, de magasins, de relations, des liens de parenté. Malgré tout, ces efforts se sont avérés inefficaces car, bien que soulagée de certains souvenirs, ma blessure reste, ce qui ne la rend que plus cuisante, comme si elle occupait une scène vide et que tous les projecteurs convergeaient sur elle.

j’ai tout fait pour les oublier, je les ai tués en moi ; mais eux, m’ont-ils tuée ? N’y a-t-il donc personne qui me voie ?

J’aime l’histoire, c’est ma passion, comprendre le pourquoi des choses, leurs causes et aussi leurs conséquences. Enfin, surtout leurs causes.

Il y a des actions qui ne sont pas dignes qu’on leur cherche des raisons. Il y a des actes qu’aucune raison ne peut justifier.

Je parviens ainsi à me vider la tête pendant quelques instants et à me reposer. À penser sans ressentir.

C’est peut-être ce que font beaucoup d’écrivains, ils s’inventent un lecteur anonyme, pour ne pas se sentir intimidés par les gens qui vont les lire et les juger, pour échapper à la tentation de renoncer à écrire pour éviter de trop s’exposer. Ils se convainquent de cet anonymat du lecteur car, même si à l’autre bout de l’écriture il y a bien quelqu’un, il peut s’avérer préférable de ne pas savoir qui est réellement cette personne.

Quand on vide une maison, qu’il s’agisse de la nôtre ou de celle de quelqu’un d’autre, on a de fortes chances de réveiller de vrais fantômes, de découvrir des secrets qui n’étaient pas si bien gardés, d’être bouleversé par une révélation, ébranlé par un objet qui prend soudain une signification différente.

La maternité, si vous ne la prenez pas comme quelque chose de naturel, d’irrémédiable, elle vous inspire trop de questions.

Sa présence pesait toujours, comme un silence

Des actes apparemment insignifiants auxquels on ne prêterait aucune attention si leur enchaînement ne causait pas des malheurs.

Pour quelle raison. Pour quoi faire. Pour quelle finalité. Il n’y a pas de réponse. Pas d’issue. La feuille de route de notre vie indique cette étape, quelque part sur notre chemin et, quoi que nous fassions, nous devrons quand même l’affronter.

Quels ravages peut bien laisser en nous un chagrin bien réel mais que l’on nous interdit de laisser paraître et de ressentir ouvertement ? D’immenses ravages. Car ce chagrin silencieux et clandestin blesse plus que celui que l’on peut laisser éclater au grand jour.

Il existe différentes sortes de mères. Il y en a qui, lorsqu’elles se rendent compte qu’elles peuvent gâcher la vie de leurs enfants, cherchent une façon de l’éviter.

Mais le suicide était une mort très particulière, qui n’est pas sans effets pour ceux qui restent. Une mort qui porte une dédicace, qui les fait se sentir responsables d’avoir été si près, de ne pas s’être rendu compte de ce qui était sur le point d’arriver et de n’avoir pu l’éviter.

Si quelqu’un dépend de la gentillesse d’un inconnu, c’est que ceux qui l’entourent ne sont pas des gens sur lesquels il a pu compter.

Ce qui s’est passé, les faits en eux-mêmes, ne peuvent en effet être réparés. Ils sont bien là, ils sont arrivés, on n’y peut rien changer. Ils existent pour toujours. Mais dans le passé. Aujourd’hui, demain et l’année prochaine dépendront de la façon dont vous allez vivre et de ce que vous comptez faire à partir de maintenant. Le mal est là, la douleur est bien là, mais ce qui vous attend dépendra des chemins que vous choisirez d’emprunter. Vous ne pourrez pas éradiquer ce mal, mais vous pourrez faire de cette douleur qui vous empêche de vivre aujourd’hui une douleur apaisée, de plus en plus facile à supporter, à accepter, une douleur qui deviendra un vague à l’âme que vous traînerez toujours mais qui vous laissera continuer de vivre. Une douleur qui se rappellera de temps en temps à votre bon souvenir, comme dit Munro, mais qui, un beau matin, vous laissera sortir faire un tour sans se sentir obligée de vous accompagner.

Nous parvînmes à une communion qui un jour nécessita que nous nous embrassions et que nos corps s’unissent ; si l’inverse s’était produit, cela n’aurait peut-être pas fonctionné.

Bien qu’il ne soit plus là, je crois que je le connais un peu plus chaque jour. Et je souris en réalisant, alors qu’il est pourtant mort, à quel point il continue de m’accompagner, de faire des choses pour moi, pas depuis l’au-delà auquel je ne crois pas, mais à travers ces choses qu’il a faites et laissées ici, en ce bas monde, avant de s’en aller, ces choses que je ne parviens à distinguer que maintenant.

Tous les gens réagissent de façon différente devant l’abîme qui s’ouvre un jour devant eux, ils savent qu’ils ne peuvent plus faire un pas en avant, sinon ils tomberaient, mais les options, les différents chemins qui s’offrent à ceux qui se trouvent au bord du précipice sont généralement beaucoup plus nombreux qu’ils ne se l’imaginent.

C’est peut-être cela, le bonheur, un instant où l’on est là, tout simplement, un moment quelconque où les mots sont de trop car il en faudrait trop pour le raconter.

 

 

 

 

 

 

 

Viggers, Karen «La Maison des hautes falaises» (2016)

Auteur : Née à Melbourne, Karen Viggers est vétérinaire, spécialiste de la faune sauvage. Elle exerce dans divers milieux naturels, y compris l’Antarctique. Elle vit aujourd’hui à Canberra, où elle partage son temps entre son cabinet et l’écriture. «La Mémoire des embruns», son premier roman, a été numéro un des ventes du Livre de Poche durant l’été 2016. En 2016 elle publie «La Maison des hautes falaises» suivi en 2017 par « Le Murmure du vent»

Parution : 31 mars 2016 Les escales 304 pages / mars 2017 Le Livre de poche 512 pages

Résumé

Hanté par un passé douloureux, Lex Henderson part s’installer dans un petit village isolé, sur la côte australienne. Il tombe très vite sous le charme de cet endroit sauvage, où les journées sont rythmées par le sac et le ressac de l’océan. Au loin, il aperçoit parfois des baleines. Majestueuses, elles le fascinent.

Peu de temps après son arrivée, il rencontre Callista, artiste passionnée, mais dont le cœur est brisé. Attirés l’un par l’autre, ils ont pourtant du mal à laisser libre cours à leurs sentiments. Parviendront-ils à oublier leurs passés respectifs et à faire de nouveau confiance à la vie ?

Dans la lignée de La Mémoire des embruns, un roman tout en finesse, véritable ode à la nature et à son admirable pouvoir de guérison.

Un long et merveilleux roman d’amour. Nathalie Six, Avantages.

Une pure merveille. Gérard Collard, librairie La Griffe noire.

Mon avis : Tout comme j’avais beaucoup aimé « La Mémoire des embruns » j’ai « re-fondu » en lisant celui-ci. Paysages et des personnages qui se font écho ; un livre sur le deuil, sur la peur de l’autre. La perte de confiance en soi, le renoncement ; sur la décision de tout quitter pour se lancer dans une nouvelle vie. Un livre aussi sur le poids du passé et des racines, sur la transparence et le secret. Sur l’intégration d’un nouvel arrivant – de la ville en plus – dans un petit monde fermé. Des personnages écorchés, traumatisés, à fleur de peau, à vif, déchirés … qui ont peur de faire un pas vers l’autre… Des passions : la peinture, les baleines… L’évasion dans la lecture, la peinture..

Très humain, avec des descriptions de la nature et des animaux qui sont magnifiques, une grande sensibilité et beaucoup d’humanité. Tous les personnages sont touchants, et les personnages secondaires sont aussi bien présents… Un très bon livre de vacances ( je dirais plus pour un public romantique et féminin, bien que la partie « baleine » – chasse et sauvetage- bien documentée – l’auteur est vétérinaire, spécialiste de la faune sauvage- est intéressante pour tout le monde.

Belle analyse aussi des méfaits de la médiatisation des événements…

Extraits :

Il y avait un recoin sombre, trop sombre, en elle et, si elle s’y plongeait, elle savait qu’elle n’était pas certaine d’en ressortir.

Les marchés servaient autant à observer les gens et à entretenir un minimum de relations sociales qu’à vendre quoi que ce soit.

Il était habitué à vivre dans un monde où tous se battaient pour devenir autre chose, gagner plus d’argent, accumuler plus de possessions. Son attitude était différente. Plus simple.

La musique, c’était toujours mieux que les mots. Une façon confortable d’être simplement ensemble, sans avoir besoin de se dire quoi que ce soit.

l’histoire était une chose importante dans la famille. Grâce à elle, on apprenait à éviter de reproduire des erreurs passées et à mieux s’orienter dans la vie. Ses parents avaient beaucoup insisté là-dessus : il fallait s’arranger pour effacer les erreurs des générations précédentes. À croire parfois qu’ils portaient tous les problèmes du monde sur leurs épaules.

Je pense qu’il vaut mieux qu’on garde notre dignité. Qu’on évite de disséquer notre passé. Nous ne ferions que gâcher ce que nous avons vécu.

Elle était différente. À côté d’elle, les autres femmes ressemblaient à des feuilles d’automne.

il sentait qu’il était dans un de ces jours où son côté sombre prenait le dessus – des souvenirs noirs qui s’étiraient jusqu’à l’enfance, sans un seul rayon de soleil. Le vide béait en lui, montait comme des sables mouvants ténébreux qui tentaient de l’aspirer. Seul, tout était trop difficile.

Toi aussi, tu as du goût. Mais il faut toujours une touche féminine, n’est-ce pas, pour qu’une maison soit chaleureuse,

— Je n’ai pas du tout la bosse de l’art.
— La bosse de l’art ? reprit-elle dans un éclat de rire. L’art vient plutôt du cœur. Et de l’esprit. Ça se ressent.
— Je suis perdu pour la cause, dans ce cas. Je n’ai pas de cœur non plus.

Et elle se disait qu’une pointe de folie ne pourrait lui faire de mal. Tant qu’elle la gardait sous contrôle et qu’elle n’oubliait pas que la réalité n’accorde que rarement ce que promettent les rêves.

Ah, la chambre forte de la mémoire… elle avait la fâcheuse habitude de s’entrouvrir.

Un instant, il y avait un enfant, un avenir pour eux, l’autre il n’y avait plus qu’une place vide où résonnaient des espoirs trahis.

Je sais que c’est difficile mais, parfois, il faut juste ramasser son fardeau et continuer à avancer.

On pouvait faire ça, avec l’art : changer les règles, modifier l’horizon, embellir les couleurs. Dommage qu’il ne soit pas si facile de faire pareil dans la vraie vie.

On s’accroche tous à nos passions. Surtout si elles appartiennent à notre passé. Quand on perd quelque chose, les souvenirs, c’est tout ce qu’il nous reste.

L’eau était froide, furieuse, vivante, comme une bête. Elle s’enroulait autour de ses cuisses, le tirait vers le large, percutait son torse, le griffait pour le retenir.

Tout à coup, il entendit le rugissement terrible du vent au large, laid et sinistre, comme la mort. Il sentit le rouleau arriver, une masse d’eau gonflée par le vent.

Le monde se referma sur lui comme une couverture de silence.

le purgatoire, c’était ici, sur Terre, pour ceux qui restaient avec leur terreur et leur chagrin.

Elle avait découvert que la peine s’accumule. Qu’une peine toute fraîche peut rouvrir le caveau de celles passées et non guéries, et le tout s’entremêle pour former une nouvelle douleur complexe.

il se rendit compte que sa haine avait pour ainsi dire disparu. Dissoute. Il comprit que chaque individu devait accepter son histoire personnelle, que personne ne pouvait y échapper. Même ces hommes, avec leurs visages normaux, avaient dû porter comme un fardeau leur mode de vie passé.

Dans la vie, on n’est pas obligés de terminer tout ce qu’on entreprend. Parfois, il est acceptable de passer à autre chose. En fait, c’est une nécessité.

— Il faut bien se construire un visage public pour pouvoir se cacher derrière.

Tu ne peux pas laisser le passé se mettre en travers de ton chemin.

 

Adler-Olsen, Jussi «Selfies» (2017)

Auteur : Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen, né le 2 août 1950 à Copenhague, est un écrivain danois. Depuis 2007, Jussi Adler-Olsen s’est spécialisé dans une série de romans policiers dont Dossier 64, qui a été la meilleure vente de livres en 2010 au Danemark ; ainsi il a reçu cette année-là la distinction du meilleur prix littéraire danois, le prix du club des libraires : les boghandlernes gyldne laurbær ou « lauriers d’or des libraires ».

Série Les Enquêtes du département V :  : MiséricordeProfanationDélivranceDossier 64L’effet PapillonPromesseSelfies

la 7ème enquête du Département V…

Résumé : Elles touchent les aides sociales et ne rêvent que d’une chose : devenir des stars de reality-show. Sans imaginer un instant qu’elles sont la cible d’une personne gravement déséquilibrée dont le but est de les éliminer une par une.

L’inimitable trio formé par le cynique inspecteur Carl Mørck et ses fidèles assistants Assad et Rose doit réagir vite s’il ne veut pas voir le Département V, accusé de ne pas être assez rentable, mettre la clé sous la porte.

À condition que Rose, plus indispensable que jamais, ne se laisse pas assaillir par les fantômes de son propre passé…

Mon avis : Une fois encore le plaisir de retrouver Mørck et son équipe. Et j’ai beaucoup plus aimé que le tome 6 qui m’avait semblé un  petit cran en-dessous des autres.  Dès le début, on voit qu’une fois encore les collègues de la Crim danoise n’ont qu’une envie : faire fermer le département V. Vont-ils y arriver ? Suspense… J’aime tout autant suivre la vie des personnages que les crimes à élucider. Une plongée dans le passé de Rose et dans ses démons, et en parallèle l’enquête, ou plutôt les enquêtes… Et une fois encore, il n’y a pas que l’équipe qui débloque complètement. On fait la connaissance d’une belle brochette de nanas totalement déconnectées de la réalité… Entre l’assistante sociale qui pète les plombs et les bimbos assistées qui voient la vie en grand… Je vous laisse plonger dans la vie de tout ce petit monde… et vous laisser rattraper par le passé…Un seul petit regret : Assad commence à parler de mieux en mieux le danois et il y a de moins en moins de citations approximatives…

Extraits :

Elle observa pendant un long moment la circulation pareille à un mouvement incessant de dominos. Le bruit sourd de dizaines de moteurs, le kaléidoscope des véhicules de toutes les couleurs lui donnaient des sueurs froides.

elle avait aussi la sensation que son corps était trop petit pour y mettre tout ce qu’il était supposé contenir. De même qu’il aurait fallu plusieurs cerveaux pour y entreposer ses innombrables pensées qui, de toute façon, restaient confuses. Si le disjoncteur central ne sautait pas et si elle ne trouvait pas un moyen pour gérer les black-out, elle allait finir par imploser.

… n’avait jamais été très douée pour lire le compas de l’existence, comme son père avait coutume d’appeler le destin.

Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour lui rendre la vie le plus simple possible, comme ces types qui balayent devant la pierre de curling pour qu’elle glisse bien

Alors qu’il détestait tout travail de bureau, hormis celui qui consistait à poser les pieds sur le sien en fumant cigarette sur cigarette.

Fumer à en mourir et permettre à son âme meurtrie de quitter son corps.

il savait que ce n’étaient pas les affaires élucidées qui venaient vous hanter aux petites heures de la nuit, mais celles qui ne l’avaient jamais été.

elle avait plongé, telle un Mister Hyde au féminin, dans ses plus sombres instincts et trouvé le chemin de sa nouvelle et probablement courte vie.

Les parfums des femmes avec qui elle avait grandi avaient toujours eu cet effet-là sur elle. Quand elle était enfant, elle mettait alternativement le N° 5 de Chanel et de l’eau de Cologne sur ses poignets pour devenir sa mère ou sa grand-mère et plus tard dans la vie, elle avait fait la même chose avec les parfums de ses sœurs.

un déguisement pouvait avoir le même effet que l’alcool. L’un comme l’autre favorisaient la confiance en soi et laissaient apparaître au grand jour des traits de caractère qu’en temps normal on préférait dissimuler.

Le destin avait uni la victime et son bourreau dans cette symbiose orgasmique. L’une en donnant sa vie, l’autre en la recevant.

« Comment faut-il vous le dire, Mørck ? Par lettre anonyme avec des mots découpés dans un journal ? En lettres de néon ? Par hiéroglyphes gravés dans le marbre ou sous forme de sculpture moderne représentant une pyramide de lettres géantes ? PRENEZ LA VOIE HIÉRARCHIQUE, OK ! »

Elle adorait le ronronnement puissant de ce moteur, il évoquait l’action. Le vol d’un hélicoptère de combat au-dessus d’une jungle dense devait résonner de même. Ce bruit de rotor et de mort avait été le pouls de la guerre du Vietnam. Poétique, régulier et rassurant, à condition d’être du bon côté du front.

Il n’y avait rien de plus sexy que le rire d’une femme.

Pas de problème. La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt, comme on dit !
– Non, on dit l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.
– L’avenir ? » Il regarda Carl d’un air incrédule. « Pas là d’où je viens, en tout cas.

Il sentit à nouveau chez elle cette fragilité et cette tristesse qui rend la peau comme translucide et marque un visage à force d’espoirs déçus et d’occasions manquées.

« C’est vrai qu’il est chiant, mais au moins il est juste.
– Ah bon ? Pourquoi tu dis ça, Assad ?
– Parce qu’il est chiant avec tout le monde. »

Pour avoir l’air plus fatigué que maintenant, il aurait fallu qu’il soit mort

il vit le monde à travers un film de larmes qui lui donnait une apparence irréelle.

Les émotions passaient sur son visage comme des nuages dans le ciel, son regard était intense et ses mains gesticulaient avec passion.

Salem, Carlos « Attends-moi au ciel » (04.2017)

Titre original : « Muerto el perro »

Auteur : Carlos Salem, né en 1959 à Buenos Aires, a multiplié les petits boulots après ses études de journalisme. Installé en Espagne depuis 1988, il vit aujourd’hui à Madrid. Son œuvre est disponible en France chez Actes Sud.

Ses romans : Aller simpleNager sans se mouiller Je reste roi d’EspagneUn jambon calibre 45 Japonais grillés (Recueil de cinq nouvelles ) Le Plus Jeune Fils de Dieu – Attends-moi au ciel

Résumé : Quand Piedad de la Viuda, une femme séduisante et dévote au seuil de la cinquantaine, s’éveille ce lundi-là, elle ignore que sa vie va basculer à jamais. Un mois plus tôt, Benito, son époux, dont le succès dans les affaires doit tout à la fortune de sa belle-famille, est décédé dans un accident de voiture. Fille de paysans enrichis, Piedad a vécu une existence oisive, marquée par la piété héritée de sa mère, les aphorismes de son père et les boléros qui ont bercé son enfance. Brusquement, elle s’aperçoit que son mari n’était pas celui qu’elle croyait : des années durant il a détourné de grosses sommes, et s’apprêtait à s’enfuir avec sa jeune maîtresse. Et sa mort ne serait pas accidentelle. Ébranlée par ces révélations, Piedad se donne pour mission de sauver l’entreprise familiale, lourdement endettée, et de récupérer la centaine de millions d’euros cachée par Benito, aidée en cela par les messages – truffés d’allusions bibliques – que lui a laissés ce dernier avant sa mort.
Encore faut-il pouvoir les déchiffrer… et échapper à ceux qui entendent eux aussi mettre la main sur cet argent.
Pour découvrir la vérité, sauver son patrimoine – et sa peau ! –, Piedad la bigote va devoir s’aventurer dans les bas-fonds madrilènes.
Et devenir, en l’espace d’une folle semaine, une femme fatale et une meurtrière.
Avec Attends-moi au ciel, Carlos Salem signe un nouveau polar déjanté, sensuel et burlesque. Pas très catholique.

 

Mon avis : Jubilatoire, comme toujours ! Explosif, tonique, déjanté… Idéal pour débrancher du quotidien… Un chouette pétage de plombs dans la joie et la bonne humeur. Je pense que ce livre va aussi beaucoup plaire au lectorat féminin, peut-être plus que les précédents livres de cet auteur.

Quand tu as pour nom « Piété de la Veuve… » ce n’est pas le pied. Quand tu te réveilles un lundi matin, à l’aube de tes cinquante ans, veuve, et que tu te rends compte que ton mari allait te planter là pour une jeunette, que tu es sur le point d’être ruinée, que ta meilleure amie se tapait ton mec… Deux solutions : soit tu te laisses couler, soit tu te secoues… Et bien Piedad, elle va se secouer, se réveiller… Et pas qu’un peu… Elle va exploser, et se libérer à tous les niveaux… Violence, sexe, sensualité…

Elle qui avait une vie rythmée par les boléros (air de musique) et les proverbes/citations va se rebeller, chercher à comprendre, utiliser ses compétences et son intelligence pour retrouver sa fortune, sauver son entreprise, s’envoyer en l’air, tomber amoureuse , VIVRE et JOUIR DE LA VIE. Elle et sa petite voix intérieure vont avancer main dans la main ; la Piedad de toujours, qui ne mouftait pas et qui était bien comme il faut et l’autre, le volcan qui se réveille, qui se dévergonde et qui s’éclate, explose les conventions et vit dans l’excès. Les deux faces de la même femme, qui luttent, se parlent, se complètent, se substituent… Et à elles deux , les 2 Piedad, elles vont remettre de l’ordre dans cette vie qui part en lambeaux…Et tous les autres personnages qui gravitent autour de Piedad sont savoureux, jouissifs…

Quand à l’écriture.. que dire .. Le Salem est un cru qui se reconnaît, à la saveur inimitable…

C’est parti pour le jeu de piste, l’enquête..  J’ai adoré!!!

Extraits :

“L’argent est fait pour être dépensé, et la femme pour être touchée.”

“Le travail acharné n’est que le refuge des gens qui n’ont rien d’autre à faire.” Oscar Wilde, je crois.

“Une vie oisive est une mort anticipée”, aurait dit papa en citant Goethe

“Une veuve ruinée ne baise même pas avec le jardinier.”

un pendule qui oscille entre celle de Toujours et celle de Jamais

Les centaines de livres demeurent aussi fermés que des lèvres de pierre, pourtant je jurerais entendre les voix des sages de toutes les époques murmurer leurs aphorismes à mon oreille.

Et il voulut être poète, lui bâtir un palais de mots, lui expliquer en quelques phrases ce que Descartes, Shakespeare et Lope de Vega pensaient de l’amour, fonder un empire infini afin que personne ne posât le pied où elle posait le sien.

C’est la sonnette de l’entrée, insistante, comme pressée de m’apporter d’autres mauvaises nouvelles.

Quand vous avez un mari qui voyage beaucoup et que votre éducation vous interdit de sortir seule, la lecture est une occupation acceptable

Il m’y dépose aussi délicatement que si j’étais faite de givre.

Je ressens un curieux soulagement à remplir les blancs de leur histoire et j’aimerais continuer à évoquer les épisodes que je connais et à exhumer ceux qui sont restés trop longtemps enfouis, mais comme toujours, le film s’accélère, saute des scènes et des décennies […]

“S’il y a de la misère, qu’elle ne se remarque pas.” C’est ce que disait toujours l’un de mes amants…
— Un vrai philosophe, ton ami.

Dans ce restaurant hors de prix, les portions des plats mystérieux dont le nom prend quatre lignes sur la carte occupent quinze pour cent à peine des énormes assiettes design.

J’ai commencé à espacer mes visites car j’avais découvert que j’étais diabétique, et toute cette douceur sucrée que dégageaient ces deux-là me rendait malade.

Comme disait Graham Greene, “le danger est le grand remède contre l’ennui”.

si un jour tu décides de vendre ton cerveau, tu te feras un paquet de fric parce qu’il n’a jamais servi.

Comme dit le sage proverbe arabe : “On ne se repent guère du silence, et l’on se repent maintes fois d’avoir parlé”…

Celui-là est un petit Moleskine à couverture noire et feuilles blanches. Sans lignes. Encore mieux. J’ai toujours suivi des lignes sans jamais pouvoir en écrire une seule de ma propre vie.

Je m’éveille à l’aube en songeant que j’ai enfin compris ce que Dante voulait dire par septième ciel, même si je dois avouer qu’après le quatrième j’ai cessé de compter

Et le seul luxe que je ne peux pas me permettre, c’est le ridicule.

j’ai besoin de vider seule la petite bouteille de ma vie, pour m’expliquer pourquoi elle s’est déroulée comme ça. Ou pourquoi elle ne s’est pas déroulée.

Mais j’ai fini par apprendre que la satiété est une sensation éphémère et que la mémoire de la faim, dès lors que l’on a conscience d’en avoir souffert, est infinie.

La lumière de l’aube s’insinue par la fenêtre de la chambre comme une invitée qui sait qu’elle n’est pas la bienvenue. C’est une lumière timide, vacillante et lente.

Des journées comme celles-là, ça existe dans les livres, mais je n’en avais jamais vécu. Des journées où l’on sait que tout va nous réussir, parce qu’on a décidé qu’il en serait ainsi.

des filles et des garçons qui marchent la tête baissée, comme des pénitents, alors qu’en réalité ils rendent un culte à la communication instantanée sur leur portable

beaucoup de jeunes femmes fragiles qui voyagent seules, comme si elles savaient déjà qu’une femme voyage toujours seule dans la vie même lorsqu’elle a, à ses côtés, un homme qui prétend la protéger.

Drôle d’expression, non ? On nous apprend que réussir sa vie vaut “la peine”, plutôt que la joie…

 

Info : Pour en savoir plus sur les « Cronopes » : Cronope est une notion créée par l’écrivain argentin Julio Cortázar (1914-1984). Les cronopes sont des êtres verts et humides, selon ce qui est imaginé par l’auteur du roman « Marelle », qui n’a jamais donné trop de détails sur l’apparence physique de ces personnages.
La première fois que Cortázar a utilisé le terme, ce fut dans un article publié en 1952, lorsqu’il a passé en revue un concert que Louis Armstrong a donné à Paris. L’auteur a eu l’idée quand, au Théâtre des Champs-Élysées, il a eu une vision de globes verts flottants autour de la salle.
Le concept des cronopes est resté dans l’esprit de Cortázar, qui a écrit une série d’histoires et de poèmes avec ces personnages en tant que protagonistes apparus dans le livre « Cronopes et Fameux », publié en 1962.
Selon ce qui ressort des textes, les cronopes sont des créatures idéalistes, sensibles et naïves. De cette façon, ils se distinguent des autres êtres imaginés par l’écrivain, comme les Fameux (prétentieux et formels) et les Espoirs (ennuyeux et ignorants).
Cortázar a tenu à préciser que le terme cronope n’a rien à voir avec le temps, ce qui pourrait être déduit du préfix crono (« chrono »). En fait, l’argentin a dit que c’était un mot qui lui était venu en tête et qui lui avait semblé opportun pour nommer ces êtres ainsi.
Au fil des ans, aussi bien Cortázar que ses amis et disciples ont commencé à utiliser la notion de cronope en tant qu’adjectif ou titre honorifique appliqué aux personnes qu’ils admiraient. Hors, Cortázar est souvent appelé comme Le Cronope Majeur.

Lire: Définition de cronope – Concept et Sens http://lesdefinitions.fr/cronope#ixzz4gJiFECjD

 

Bell, David «Fleur de cimetière» (2013)

Auteur : David Bell né en 1969, a exercé de multiples boulots avant de devenir écrivain. Il vit aujourd’hui à Bowling Green, dans le Kentucky, où il enseigne l’écriture. Quand il n’écrit pas, il aime se promener dans le cimetière, près de sa maison.

Après « Fleur de cimetière » (Prix Cognac du Polar International 2013 013) et « Un lieu secret (2015) , il revient avec « Ne reviens jamais » (mai 2017) Actes Noirs de Actes Sud . Il a aussi publié « La cavale de l’étranger » en 2015 chez Ombres noires

Résume de l’éditeur : Tom et Abby Stuart avaient tout pour être heureux : un mariage parfait, une vie confortable et une merveilleuse petite fille de douze ans, Caitlin. Jusqu’à ce que Caitlin disparaisse sans laisser de traces. Pendant un temps, le couple s’accroche à tous les espoirs, toutes les fausses pistes, mais cette vaine attente et le poids de la culpabilité finissent par avoir raison de leur union.

Quatre ans plus tard, au lendemain des funérailles organisées en sa mémoire, Caitlin réapparaît – sale, hirsute, étrangement calme. La jeune fille refuse d’expliquer ce qui lui est arrivé. Et lorsque la police arrête un suspect lié à l’affaire, Caitlin refuse de témoigner contre lui, laissant les Stuart face à une seule alternative : abandonner l’espoir que justice soit faite ou prendre les choses en main. Tom se lance dans une quête obsessionnelle de la vérité, mais rien de ce qu’il a vécu jusqu’alors ne l’a préparé à ce qu’il est sur le point de découvrir.

Savez-vous réellement qui sont vos enfants ? Croyez-vous sincèrement pouvoir les protéger ? Êtes-vous vraiment ce qu’il y a de mieux pour eux ? Avec ce premier roman, David Bell signe un suspense psychologique implacable en forme de huis clos familial et s’affirme d’emblée comme un maître du polar en chambre froide.

Mon avis : Pas de sang, pas de violence visible mais beaucoup de violence psychologique. Nous sommes ici dans un huis clos sous le signe du syndrome de Stockholm.. L’important c’est l’ambiance, l’atmosphère, le ressenti et le vécu.. ce n’est pas la traque au pédophile, même si elle existe en arrière-plan. Une jeune fille réapparait après 4 ans d’absence et refuse de parler. Son absence a détruit le couple que formaient ses parents, a jeté la suspicion sur les proches. Son retour ne va rien arranger. Ce roman illustre les relations familiales en cas de crise. La question est « Pourquoi la jeune fille est-elle revenue ? » et quelle est la meilleure chose pour lui assure le bonheur ? Faut-il la faire parler, la bousculer, la consoler, tenter d’être présent ? Faut-il agir en adultes pour son bien ? Sommes-nous responsables des réactions de nos enfants ? Faut-il respecter ses souhaits ? Quel est le rôle de la police, des psy.. . Peuvent-ils arranger les choses ? Une fillette de 12 ans a disparu, une jeune fille de 16 ans réapparait. Ce n’est plus la même personne.. Et si le temps c’est arrêté pour les parents, la petite elle a vécu des choses importantes pendant ses 4 années. Un polar que j’ai bien aimé, même si des fois, il était un peu lent..

Extraits :

Il faut que tu y ailles , ils ont besoin d’un parent , d’un visage humain pour donner plus d’impact à l’histoire.

Viel, Tanguy «Article 353 du code pénal» (2017)

Auteur : Après une enfance en Bretagne, Tanguy Viel vit successivement à Bourges, Tours puis Nantes avant de venir s’installer près d’Orléans.

Il a été pensionnaire de la Villa Médicis en 2003-20042. Publié dès son premier ouvrage par les éditions de Minuit, il a reçu le prix Fénéon et le prix littéraire de la vocation pour son roman L’Absolue Perfection du crime et le Grand prix RTL-Lire pour Article 353 du Code pénal3. Il est l’un des 3 finalistes du Prix du Public Salon du Livre Genève 2017 :

176 pages – Editions de Minuit –

Petit conseil: C’est le premier livre que je lis de cet auteur : bouleversant, prenant, à lire absolument ! Gros coup de cœur. C’est en voyant qu’il était parmi les trois finalistes du Prix du Salon du livre de Genève que j’ai décidé de le lire. J’ai juste voulu savoir qui serait « en face » de la Baleine Thébaïde de Raufast (et je pense aussi lire La Sonate à Bridgetower d’Emmanuel Dongala) .  si je puis vous donner un conseil… ne lisez pas le résumé du livre ( raison pour laquelle exceptionnellement le résumé est après mon ce petit conseil)  .. Lisez ce petit livre qui est un gros coup de cœur et seulement après lisez le résumé et mon commentaire.. .. c’est un roman qui devrait plaire à Laurence, CatW , Corinne, Marie-Josèphe, Béabab et aussi à ceux qui aiment les romans de société. Plongez d’abord et lisez les critiques après… Donc STOP et rendez vous après la lecture…

Résumé : Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit.

Mon avis : En lisant le titre j’avais pensé petit coté polar… et bien non. Roman psychologique, social, sur la lutte des classes, sur le rapport père/fils, riche/ouvrier. Tout en finesse. De fait un sujet sur les réactions des braves gens face à des promoteurs véreux. Sur le sens de l’honneur, la honte, la crédulité, sur l’hermétisme des marins bretons. C’est le cheminement sinueux intérieur d’un homme. Deux personnages : un juge à l’écoute et la confession d’un homme qui se fait piéger par un rêve au-dessus de sa condition, mais c’est moins un échange qu’un monologue. C’est un livre sur la confiance… le style est en adéquation avec le mental du meurtrier. je n’en dis pas plus car je ne veux rien déflorer…

Extraits :

tout, à cet instant, s’écrivait à l’encre noire dans l’œil d’un autre.

Je crois que c’est à ce moment-là qu’il a commencé à pleuvoir un peu, une bruine sans vent qui ne fait pas de bruit quand elle touche le sol et même enveloppe l’air d’une sorte de douceur étrange à force de pénétrer la matière et comme la faisant taire.

un couteau dans une plaie qu’il rouvrait en moi sans que je distingue s’il le faisait par amusement ou si seulement il suivait la ligne droite des faits, si la ligne droite des faits, c’était aussi la somme des omissions et renoncements et choses inaccomplies, si la ligne droite des faits, c’était comme l’enchaînement de mauvaises réponses à un grand questionnaire.

elle a commencé à trouver que je passais trop de temps à la maison, comme quoi nous, les hommes, il vaut mieux qu’on soit très occupés, sinon visiblement on devient insupportables, en tout cas les femmes elles nous trouvent vite insupportables

si on pouvait seulement entrevoir le démon dans le cœur des gens, si on pouvait voir ça au lieu d’une peau bien lisse et souriante, cela se saurait, n’est-ce pas ?

alors il s’est débrouillé avec ce qu’il pouvait, avec des « c’est-à-dire », des « enfin » et des « vous voyez », pourvu qu’à la fin, je comprenne que « servitude », ça ne voulait peut-être pas dire esclave, mais enfin ça voulait quand même dire « épine dans le pied ».

ce n’est jamais bon signe de croiser deux fois dans la même journée un gars qu’on ne connaissait pas la veille.

le premier qui s’approche et rompt la solitude, on s’en fiche de savoir qui c’est, pourvu que tout s’engouffre et s’encastre en vous comme une pièce de puzzle que vous auriez découpée exprès pour qu’elle épouse les contours de votre âme.

Parce que c’est un problème insoluble, de savoir quand quelqu’un comme lui s’approche de vous, de savoir à quel instant la piqûre a eu lieu.

Il y a eu une faille en moi et il y est entré comme le vent, parce qu’il soufflait autant que le vent, toujours prêt à se jeter dans toute brèche ou fissure du faux mur que j’avais pourtant essayé de faire passer pour de la brique, mais enfin je ne suis pas en granit.

c’est comme si le capitaine qui était censé habiter avec moi dans mon cerveau, c’est comme s’il avait déserté le navire avant même le début du naufrage.

Ce n’est pas qu’il y ait long en distance du cerveau vers les lèvres mais quelquefois quand même ça peut vous paraître des kilomètres, que le trajet pour une phrase, ce serait comme traverser un territoire en guerre avec un sac de cailloux sur l’épaule, au point qu’à un moment la pensée pourtant ferme et solide et ruminée cent fois, elle préfère se retrancher comme derrière des sacs de sable.

Maintenant je demande : est-ce que le silence, c’est comme l’obscurité ? Un trop bon climat pour les champignons et les mauvaises pensées ? Maintenant c’est sûr que je dirais volontiers ça, que les vraies plantes et les fleurs, elles s’épanouissent en plein jour, et qu’il faut parler, oui, il faut parler et faire de la lumière partout, oui, dans toutes les enfances, il ne faut pas laisser la nuit ni l’inquiétude gagner.

Peut-être que la mémoire ce n’est rien d’autre que ça, les bords coupants des images intérieures, je veux dire, pas les images elles-mêmes mais le ballottement déchirant des images à l’intérieur de nous, comme serrées par des chaînes qui les empêchent de se détacher, mais les frottements qui les tendent et les retiennent, ça fait comme un vautour qui vous déchire les chairs, et qu’alors s’il n’y a pas un démon ou un dieu pour vous libérer, le supplice peut durer des années.

Les gens comme moi, ils ont besoin de logique, et la logique voudrait qu’un gars méchant soit méchant tout le temps, pas seulement un tiers du temps.

l’alcool et le vent qui faisaient comme deux serre-livres qui nous maintenaient droits, parfaitement droits dans la nuit claire.

Il y a toujours cela, un jour et une heure où les choses basculent et alors on ne peut plus faire comme si – je veux dire, comme si ça n’avait pas eu lieu. Ce n’est peut-être qu’un grain de plus qui tombe dans le sablier, mais enfin c’est le grain de trop, après quoi plus rien n’est pareil, tout s’écroule ou se succède, les événements tombent les uns sur les autres comme les vers d’un poème.

je n’ai pas tourné la tête d’un centième vers lui quand dans le silence on partageait bien assez nos pensées, quand le langage lui-même est un luxe inutile, puisqu’il n’y avait rien de plus à dire, rien de plus à comprendre, du moins si comprendre c’est faire une phrase qui justement s’articule et s’éclaire avec des « donc » et des « alors »

j’ai essayé de faire le point comme on peut faire quelquefois dans sa vie, à vouloir en reprendre toutes les coordonnées, comme au compas sur une carte marine mesurer les distances des amers et conclure d’une petite croix faite au crayon de papier « voilà, j’en suis là »

 

Photo : mouette (Lago Nahuel Huapí / Patagonie)

Groff, Lauren «Les Furies» (2017)

L’auteur : Lauren Groff, née le 23 juillet 1978 à Cooperstown dans l’État de New York, est une écrivaine américaine. Pour le roman « Les furies » Lauren Groff a reçu un courrier officiel de Barack Obama estimant «  l’un des livres plus intéressants qu’il ait lu cette année » (2015)[
Parution française aux Editions de L’Olivier – 05 janvier 2017 – 432 pages – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau.

Résumé : « Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n’a jamais menti. Elle s’est contentée de ne pas en parler. »
Ils se rencontrent à l’université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. À vingt-deux ans, Lotto et Mathilde sont beaux, séduisants, follement amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l’ombre, l’a toujours soutenu. Le couple qu’ils forment est l’image-type d’un partenariat réussi.
Mais les histoires d’amour parfaites cachent souvent des secrets qu’il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d’être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises.

Mon avis : Sans le petit coup de pouce d’Obama et l’avis de Beabab, je ne sais pas si ce livre aurait retenu mon attention… Mais merci à eux deux ! Un début un peu chaotique ( comme la jeunesse des personnages) mais après j’ai accroché et je n’ai plus laché !
Le roman commence par la partie « Lancelot (Lotto) Satterwhite », fils d’une « sirène » et d’un entrepreneur richissime qui décède alors que son fils est encore bien jeune. Il va lui falloir se construire sans père et avec une mère absente qui va l’envoyer à l’autre bout du pays pour le soustraire à de mauvaises fréquentations et va ensuite le laisser livré à lui-même ( et sans un sous) pour le punir d’avoir épousé une fille qui ne correspondait pas à ses intentions d’union. Le chemin va être long pour passer du statut d’enfant (Lotto) à celui d’adulte (Lancelot). Après quelques années d’adolescence et de jeunesse du style « sexe et folies », des rêves de gloire non concrétisés car son envie de devenir comédien n’est pas couronnée de succès, le jeune homme deviendra auteur dramaturge. Mais un vide demeura toujours au fond de lui : celui d’avoir échoué dans son rêve de devenir comédien. A ses côtés, une jeune femme, Mathilde qui va tout faire pour l’aider à réussir sa vie.
On passe ensuite à Mathilde, à Aurélie…
C’est un roman sur les oppositions : la beauté et la laideur, la force et la faiblesse, solitude et la foule, le Nord et le Sud, l’argent et la misère, la réussite et l’échec, la stabilité et l’intermittence, le visible et le dissimulé, les mots et le silence, la ville et la nature, le ciel et la mer, le noir et les couleurs, le sombre et la clarté … C’est un roman sur les affres et les angoisses de l’artiste, du créateur… A fleur de peau, constitué de tous ses manques et de tous ses doutes. Que l’on crée avec des mots ou avec des notes, l’enfermement dans la phase créatrice est une souffrance, une communion avec la nature…
Le livre est aussi l’histoire de la difficulté de vivre avec son passé, avec ses silences, avec sa rancœur, avec ses secrets, mais surtout besoin de reconnaissance et d’amour qui peuvent amener à la vengeance. Clarté et ombre, le recto et le verso des personnages, le passé et le présent, le dit et le non-dit et la puissance de l’amour fou: l’amour qui sublime, qui dicte les actions dans la vie et au-delà de la mort. Amour et haine sont les moteurs de la vie et plus les pages se tournent, plus la force du caractère de Mathilde s’impose et donne un petit côté « polar » à ce texte magnifique sur le doute, la création, l’amour, la vie quoi… et au final une question : un passé bien enfoui, une cicatrice antérieure, est-ce une trahison ???
Shakespeare, Racine, Beckett, St Exupéry, le théâtre font partie intégrante de la vie des personnages, avec leur drame de solitude, leurs ténèbres…

 

Extraits : ( et je vous dis pas le tri )

Il se représentait une vie entière à baiser sur la plage avant de devenir un de ces vieux couples pratiquant la marche nordique le matin, dont la peau est comme de la pâte de noix laquée. Même vieux, il la ferait valser dans les dunes et assouvirait son désir pour sa fine ossature d’oiseau sexy, avec prothèses de hanches et genoux bioniques.

Il voyait à travers elle, jusqu’à sa bonté intérieure. Mais le verre était fragile, il lui faudrait prendre des précautions.

Les gens pouvaient être soustraits au monde à cause d’un mauvais calcul rapide. Si l’on risquait de mourir à tout moment, alors il fallait vivre !

Une porte se refermait derrière lui. Une autre, beaucoup plus intéressante, s’ouvrait grand.

Pendant des mois, de là-haut, il avait observé un tournesol en mesurant à quel point il était à l’image de l’existence humaine : sortant de terre avec éclat, plein d’espoir, magnifique ; large et fort, sa corolle parfaitement épanouie dûment tournée vers le soleil ; sa tête si alourdie de pensées mûres qu’elle ployait vers le sol, brunissait, perdait ses pétales vifs, la tige ramollie ; fauché en prévision du long hiver.

Les êtres nés pour la musique sont les plus aimés de tous. Leur corps est le réceptacle de l’esprit qui l’anime ; le meilleur en eux, c’est la musique, le reste n’est qu’instrument de chair et d’os.

La neige tombait doucement. Il faisait trop froid pour rester longtemps dehors. Monde sans couleur, paysage de rêve, page blanche

le soleil s’était levé et l’éclat des rayons sur la neige, la glace, donnaient l’impression que le monde était sculpté dans la pierre, le marbre, le mica

Derrière les rideaux, la forêt aurait pu être de verre, vu comme elle étincelait dans le clair de lune. En pleine nuit, il avait fortement gelé, les champs et les arbres étaient nappés d’une couche de résine époxy.

les franges de sa mémoire s’effilochaient, cela ressemblait si peu à son vieux moi à la mémoire d’éléphant.

Sur son quai intérieur, le grand vaisseau à bord duquel il voulait embarquer pour voguer au loin actionna sa sirène. Les amarres furent larguées.

Bon, la radio n’avait pas tué le théâtre, ensuite le cinéma n’avait pas tué le théâtre, la télévision non plus, alors c’était un peu fort de café de croire que l’Internet, malgré tous ses attraits, allait tuer le théâtre, non ?

elle avait l’air toute de sucre et d’air, mais en son cœur il y avait une amande amère et noire

Un jour, il avait lu que le sommeil a le même effet sur le cervelet que les vagues sur l’océan. Le sommeil déclenche une série de pulsations qui parcourent les réseaux de neurones comme des vagues ; elles emportent avec elles tout ce qui est inutile, ne laissant derrière elles que l’essentiel.

« Où sont les hommes ? reprit enfin le Petit Prince. On est un peu seul dans le désert…

– On est seul aussi chez les hommes », dit le serpent.

Le loup décrivit des cercles, puis il s’installa en elle, dans sa poitrine, et se mit à ronfler.

Pourquoi ne pas le laisser vivre dans l’illusion ? Ça le rendait heureux. Et elle adorait le rendre heureux.

c’était un conteur-né. Il transformait la réalité en une vérité autre.

Des années plus tard, au sommet du bonheur, elle songerait à cette fille solitaire, les yeux baissés comme une putain de campanule timide, alors qu’à l’intérieur une tornade l’habitait.

– Une erreur de jeunesse.
– On a tous connu ça. J’adore les erreurs de jeunesse. »

Lancelot Satterwhite baignait dans l’adoration comme un canard dans sa mare. Il voulait juste nager dans un océan d’adoration, mais sans jamais se mouiller, en restant à la surface.

il y a des non-vérités fondées sur des mots et d’autres sur des silences,

« Nous sommes bien solitaires, ici-bas, reprit-il. C’est vrai. Mais nous ne sommes pas seuls. »

Mais son amour pour lui était neuf, et celui qu’elle éprouvait pour elle-même, ancien, or elle n’avait eu personne d’autre qu’elle-même pendant si longtemps. Elle était lasse d’affronter le monde seule.

Ils avaient tellement de choses à faire, tout le temps débordés, et les week-ends, c’était leur temps à eux, les précieuses petites heures qu’ils partageaient ensemble à se rappeler pourquoi ils s’étaient mariés !

Elle se surprit à penser que la vie avait une forme conique, le passé s’évasait à mesure qu’il s’éloignait du moment présent, à la pointe du cône. Plus on vivait, plus la base s’élargissait, de sorte que des blessures et des trahisons, quasi imperceptibles au moment où elles s’étaient produites, s’étiraient comme des points minuscules sur un ballon de baudruche qu’on gonfle peu à peu. Une petite tache sur l’enfant frêle se transformait en une difformité énorme sur l’adulte, impossible à franchir et aux bords effrangés.

Un miracle, cette capacité à prendre une âme et à l’implanter tout entière dans une autre personne, ne serait-ce que pour quelques heures. Toutes ces pièces étaient des fragments qui, ensemble, formaient un tout.

De grands vides aussi : une dentelle du tissu de sa vie. Dieu merci, le pire avait sombré dans les trous.

Les théâtres vides sont plus silencieux que tout autre lieu désert. Quand ils dorment, ils rêvent de bruit, de lumière, de mouvement.

Image : la petite sirène du lac Léman ( eh oui… ) – photo prise par moi

Copleton, Jackie «La Voix des vagues» (RL2106)

Auteur : Jackie Copleton a enseigné l’anglais pendant plusieurs années à Nagasaki et à Sapporo. Elle vit désormais avec son mari à Newcastle, au Royaume-Uni.

Résumé : Lorsqu’un homme horriblement défiguré frappe à la porte d’Amaterasu Takahashi et qu’il prétend être son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu est bouleversée. Elle aimerait tellement le croire, mais comment savoir s’il dit la vérité ?

Ce qu’elle sait c’est que sa fille et son petit-fils sont forcément morts le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki ; elle sait aussi qu’elle a fouillé sa ville en ruine à la recherche des siens pendant des semaines. Avec l’arrivée de cet homme, Amaterasu doit se replonger dans un passé douloureux dominé par le chagrin, la perte et le remord.

Elle qui a quitté son pays natal, le Japon, pour les États-Unis se remémore ce qu’elle a voulu oublier : son pays, sa jeunesse et sa relation compliquée avec sa fille. L’apparition de l’étranger sort Amaterasu de sa mélancolie et ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs qu’elle a laissé derrière elle …

Mon avis : Ce livre m’a été chaudement recommandé et si je comprends bien qu’il est beau et qu’il touche une période particulièrement atroce, je suis restée totalement extérieure à l’histoire et l’auteur ne m’a transmis aucune émotion. C’est très souvent avec les auteurs imprégnés par la culture nippone. C’est très bien écrit, très documenté, très détaillé mais c’est froid… Aucune empathie avec les personnages, que ce soit avec ce pauvre jeune homme défiguré, pour qui la romancière a choisi le prénom de Hideo ; mauvaise pioche… je suis allée voir la signification, outre l’Excellent homme, il est indiqué : Hideo est chevaleresque, il allie à merveille le charme et la puissance. Moi dès le début, j’y ai associé le qualificatif « hideux ». Alors oui de nombreux thèmes importants, l’amour, la maternité, la paternité, le passé, la culpabilité, la perte d’un enfant… tout y est bien expliqué, décortiqué, analysé et peu ressenti. J’ai assisté à l’autopsie, à l’explication, à la dissection, mais sans les sentiments. Tout est bien mis à plat : froid et analytique… J’ai tout compris mais je n’ai pas été touchée au cœur.

Je pense que ce qui a beaucoup empêché l’émotion de s’installer en moi fut le découpage en chapitre avec à chaque fois une explication détaillé sur une notion de la vie japonaise. C’est fort intéressant mais cela m’a cassé le rythme. Je ne vais pas m’étendre sur ce commentaire mais je sais que des voix vont se lever pour dire le contraire de ce que je dis… et je le comprends parfaitement. Il y a matière à émouvoir mais la façon de présenter ce drame de l’explosion nucléaire qui a détruit la ville de Nagasaki et toutes les atrocités qui y sont liées ne m’a pas convenu. Je suis passée à coté …  Le sujet est bon mais comme souvent avec les livres en relation avec l’Asie et en général surtout les auteurs de par là-bas , cela ne suscite en moi aucune émotion, aucune empathie.. Je reste en bordure, comme non concernée.. Pas de chaleur humaine… Mais je le répète je passe très régulièrement à coté de tout ce qui et japonisant … trop ciselé, trop cadré, trop carré pour moi… (Je suis jardin de curé et pas ikébana… si vous voyez ce que je veux dire… )

Extraits :

la plus grande cruauté de la mort est de réclamer les mauvaises victimes.

Je détestais ce mot, « courageuse ». Il impliquait un choix.

C’était ça, le chagrin du survivant : on attendait de vous de faire montre de reconnaissance.

Au Japon, le jaune avait été la couleur de l’amour perdu, ici, il devenait la lumière du soleil.

rouge, la couleur du bonheur et de la vie, la couleur de la matrice.

Farine, nouilles, savon. Trois mots. Qui laissaient en imaginer des milliers.

Nous mangeons, excrétons, dormons et nous levons, c’est là notre monde. Tout ce qu’il nous reste à faire ensuite – c’est mourir.

Si je ferme les yeux, je vois tout, verrouillé à l’intérieur d’elle. Un tout qui semblait se charger de signification et de devenir.

Je savais comment feindre la satisfaction et parvenais à sourire lorsque les gens me disaient bonjour et me demandaient comment j’allais. Je me raccrochais au mot « bien » comme à une ancre en faisant mine d’être toujours très occupée.

Je pensais qu’il allait doucement se laisser aller, mais à la toute fin, il réussit malgré tout à revenir à la vie, pour un dernier regard.

« Tu sens mon cœur qui bat ? Tu le sens ? C’est le sang qui fait battre le cœur, pas l’amour. Est-ce que tu comprends ? Nous faisons avec, petite. C’est tout, il n’y a pas d’autre solution. Nous faisons avec. »

 Les femmes ne sont pas sur cette Terre pour aimer. Quelle folie que tout ce romanesque.

Il vaut mieux que les secrets restent ce qu’ils sont, des secrets. Le passé est le passé. Rien de bon ne peut sortir de ce ratissage de charbons déjà consumés.

Je crois que c’est en cet instant que la pensée a pris forme, un noyau d’espoir, de possibilité. À mesure que les jours passaient, cette graine a commencé à grandir dans mon esprit avant d’éclater pour se frayer un chemin jusqu’à la lumière et ainsi devenir plus qu’une pousse de possibilité : une nouvelle vie fragile mais réelle dans un sol mort

— Te souviens-tu du nom de ta mère ?
Il a réfléchi un instant.
— Je l’appelais maman.

« Je suis heureux quand je vous vois, vous me manquez quand vous n’êtes pas là. Vous me mettez face à mes manques mais vous me montrez aussi comment je pourrais être meilleur. N’est-ce pas ça l’amour ? »

 Le papier de riz était noué de fils d’or et décoré de motifs de grues et de tortues, signes de longévité.

L’art nous rappelle tout ce que nous n’avons pas le temps de voir.

Les heures se délavaient doucement et si peu de choses s’étaient résolues.

Nous nous racontons des histoires, et ensuite, elles deviennent notre histoire personnelle. Je suis incapable de dire si c’est la réalité.

le prénom de Hideo. Excellent homme

mon cœur si vivant soudain que j’ai craint qu’il ne s’échappe de ma poitrine

 L’amour est émerveillement, arcs-en-ciel, soleil sur une cascade, rosée sur un pétale, cheval sauvage galopant sur une plage déserte.

je n’étais que le fruit de son imagination, un esprit de la nuit évoqué par l’alcool au coucher du soleil, car je n’existais plus à la lumière du jour.

J’ai honte de l’avouer mais je sens toujours monter en moi une sensation de dégoût lorsque je vois quelqu’un afficher sa détresse, en particulier quand il s’agit d’un être qui m’est cher. Les signes de faiblesse m’effraient.