Collette, Sandrine «Les Larmes noires sur la terre» (2017 )

Auteur : Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient chargée de cours à l’université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

Elle décide de composer une fiction et sur les conseils d’une amie, elle adresse son manuscrit aux éditions Denoël, décidées à relancer, après de longues années de silence, la collection « Sueurs froides », qui publia Boileau-Narcejac et Sébastien Japrisot. Il s’agit « Des nœuds d’acier », publié en 2013 et qui obtiendra le grand prix de littérature policière ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le roman raconte l’histoire d’un prisonnier libéré qui se retrouve piégé et enfermé par deux frères pour devenir leur esclave. En 2014, Sandrine Collette publie son second roman : « Un vent de cendres » (chez Denoël). Le roman commence par un tragique accident de voiture et se poursuit, des années plus tard, pendant les vendanges en Champagne. Le roman revisite le conte La Belle et la Bête. Pour la revue Lire, « les réussites successives Des nœuds d’acier et d’Un vent de cendres n’étaient donc pas un coup du hasard : Sandrine Collette est bel et bien devenue l’un des grands noms du thriller français. Une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches »2015) « Il reste la poussière » obtient le Prix Landerneau du polar 2016. En 2017, elle publie « Les Larmes noires sur la terre ».

Editions Denoël, coll. « Sueurs froides », 336 pages, janvier 2017.

Résumé : Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?
Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.

Mon avis : Bluffée ! J’y allais a reculons car je n’avais pas été emballée par les deux premiers qui me mettaient mal à l’aise avec leur violence gratuite et une cruauté malsaine. J’avais dit que je n’allais pas lire d’autres livres de cette auteure.. J’ai eu tort et je vais lire ceux que j’ai ignorés 😉

Gros coup de poing et de cœur ! Ce n’est pas un polar mais un roman avec des personnages splendides. L’histoire de six femmes qui vont former une sorte de fratrie pour s’épauler dans une sorte de bidonville/camp de réfugiés prison dans un futur plus ou moins proche. Ce n’est pas de l’anticipation mais c’est ce qui pourrait bien se passer. Des personnages forts et faibles, qui se dévoilent peu à peu … Il faut se battre, il faut survivre, il faut y croire…à la fois dans le monde libre et en monde clos… Il ne faut pas se fier aux apparences, et quand petit à petit les filles se dévoilent. On ouvre les yeux sur la misère et la méchanceté… Sur la bonté et la solidarité aussi … Tout comme le magnifique Patrick Manoukian « Le échoués » un regard sur la société qui fait froid dans le dos et invite à tendre la main avant qu’il ne soit trop tard… et surtout il faut toujours aller de l’avant…

Extraits :

Pas de regrets, pas de remords, puisque de toute façon c’est trop tard.

Autant aller de l’avant. Regarder en arrière, écoute-moi bien : ça sert à rien.
Elle disait aussi : Faut réfléchir avant. Y a que ça.

L’enfant est un tableau endormi, se jouant des lumières de la nuit qui ne s’éteint pas, du jour qui ne se lève pas.

Elle sait à quel point les réveils sont douloureux, refuse de céder à la douceur des rêves. Dans son sommeil le chant des merles la poursuit, et le soleil sur l’herbe quand la rosée fait des milliers de perles. Elle tressaille, agite la main pour repousser les visions délicieuses ; cela ne sert à rien d’être heureux la nuit. Il sera temps, plus tard – quand elle sera sûre.

Bien, la chanson ou le passé, aucune d’elles ne le précise, quelle importance – la chanson ou le passé, cela s’est enfui. Et elles ont à nouveau le nez levé vers le ciel et les escarbilles, comme un quart d’heure auparavant, les mêmes filles exactement, sauf que tous les yeux sont brillants de larmes à présent. Une vieille nostalgie qu’il aurait mieux valu ne pas réveiller tant cela fait mal; mais se sentir humain, enfin.

Et elle l’a si mal enterré, son passé, qu’elle le traîne comme un boulet, à ruminer sur ce qui l’a amenée ici, et les erreurs, et les folies, et les directions manquées.

N’a pas sombré – ou pas au point que cela se voie, ou pas trop, ou peut-être certains soirs d’ivresse, quand le vide se fait trop crochu au fond du ventre, à vous empoigner et à vous tirer dans un coin de vous-même. Alors quand on se rend, une heure ou une nuit, on pourrait remplir l’univers de sa détresse, parfois cela est arrivé elle s’en souvient, et chaque fois elle a colmaté, avec de l’alcool et des sanglots, chaque fois repartie, au petit matin, au travail.

le souvenir de ces années de vagabondage se compte moins en argent qu’en rencontres, et c’est cela qu’elle se rappelle

Poser ses affaires, c’est renoncer. S’installer, c’est s’attacher

Quand tout va bien, ce à quoi tu penses, c’est que ça ne va pas durer.

il ne reste que la survie ; qu’on parle de gourmandise, d’envie et de paresse, du corps d’un homme, de la peau d’un bébé, elles ne le supportent pas, voudraient avoir tout

oublié pour ne pas sentir le manque jusqu’au fond de leurs entrailles, si seulement elles ne savaient pas.

rien n’est oublié, rien ne redeviendra comme avant, quand cela n’était pas advenu, il restera les traces, dans sa mémoire et dans son corps, et les cauchemars, et les peurs.

elle est devenue, un fantôme, une absente, quelqu’un qu’on n’entend pas quand il discute, qu’on ne remarque pas quand il se déplace – une transparence. Plusieurs fois depuis cette nuit-là, elle a fait l’expérience de ce terrible estompement, soit qu’on lui coupe la parole, exactement comme si elle n’était pas en train de parler, soit qu’on la bouscule parce qu’on ne l’a pas vue

Mais la méthode. Simuler.
Forcer le destin. À se remettre debout chaque fois en le regardant bien droit dans les yeux, même pas mal, il finira par se lasser, comme les massacres et les épidémies, à un moment tout s’arrête sans que personne ne sache pourquoi, tout reflue, la vie reprend.

— Mais ce sont des enfants…
— Non. La vie les a déjà corrompus. Ils sont plus proches des bêtes que des hommes, ne respectent que la loi du plus fort. Ne les regarde pas comme des enfants, ce serait une erreur.

Demain, ça ira mieux. Il faut se méfier de ces journées où on s’écroule, on fait des choses qu’on regrette toute sa vie.

C’est comme lire un livre ou aller au cinéma : après, il faut reprendre pied. On peut bien se couper du monde le temps d’une image ou d’une histoire, raconter mille fois le passé, le ressasser, le triturer dans tous les sens ; au bout du compte, il n’y a rien de pire que le présent.

Pauvre petite chose qui vit comme on remonte une vieille mécanique usée, obligée de bouger, saccadée, dévastée.

Interview : https://www.tdg.ch/culture/livres/Je-raconte-l-enfer-dune-societe-qui-existe-deja/story/21574298

 

 

Mey, Louise «Les Ravagé(e)s» (2016)

Auteur : Après Les Ravagé(e)s (2016), elle vient de publier son deuxième roman Embruns (voir article) . La suite de « Les Ravag(é)es est prévue pour 2018
Fleuvenoir 432 pages (2016) Pocket (2017) 448 pages

Résumé : Andréa est une silhouette chancelante après un énième samedi soir alcoolisé. Ses amies ont prolongé la fête, les taxis ont déserté la place, le vide a empli l’espace et on a qu’une envie, ici et maintenant : faire passer le temps plus vite. Mais pas le choix. Il s’agit d’être pragmatique : mettre un pied devant l’autre, entendre le bruit de ses pas en triple exemplaire et trouver ça normal, fixer la lumière, un point de civilisation. Ne pas tomber.
Pourtant, cette nuit-là ne ressemble pas aux autres. La tête collée au bitume, dans l’urine et la poussière, Andréa a mal.
Alex est flic et mère célibataire. Elle officie aux crimes et délits sexuels d’un commissariat du nord de Paris. Chaque jour, elle voit défiler les plaintes pour viol, harcèlement, atteinte à la pudeur. L’ambiance est à l’anesthésie générale et il faut parfois lutter pour continuer à compatir. Ses parades pour éviter de sombrer : la bière, sa fille et les statistiques.
Sauf quand deux affaires viennent perturber la donne.

Contexte social : le Conseil constitutionnel venait d’annuler la loi sur le harcèlement sexuel. Ce qui invalidait de facto les procédures en cours et laissait des dizaines de victimes désemparées.

Mon avis : Premier opus d’une future série de cette équipe de flics parisiens. Beaucoup aimé. J’avais lu juste avant le deuxième livre de cette jeune auteure, qui est un huis clos « Embruns » (voir article) et donc n’est pas dans la lignée de celui-ci. Bluffée par les deux romans. Ici on entre dans le quotidien d’une inspectrice de police Alex, confrontée au sordide et au machisme. Une enquête qui vous colle à la peau dans le monde du viol, de la violence urbaine. Au fil de l’enquête, on va évoquer plusieurs volets de la traque : les fausses pistes, le rôle des médias, le machisme, le refus de coopérer, le manque de moyens, l’envie – ou pas – de mener à bien certaines enquêtes, l’alcoolisme, la collaboration entre polices. Suspense jusqu’au bout. J’ai eu à plusieurs reprises des fausses intuitions… je me suis fait mener en bateau avec maestria. Dans une ambiance grise et noire comme l’hiver pluvieux et venteux en région parisienne. De plus, j’ai aimé les personnages, les dialogues, l’humour et le sens de la répartie. Vivement la suite de cette équipe.
Seule petite remarque : pour qui ne vit pas en France, il est parfois difficile de connaître la signification des sigles utilisés..

Extraits :

C’est quoi, un zeugma ? demanda Martin.
— Quand tu utilises le même verbe ou le même adjectif pour relier deux idées qui n’ont pas grand-chose à voir l’une avec l’autre,

Elle gardait son énergie pour les choses qui lui semblaient en valoir la peine – et il y en avait peu.

Des fois j’ai l’impression que tu t’en fous.
— Ne dis pas de conneries. C’est juste ça ; je mets de la distance
À petits coups de pinceau, elle étalait le mélange couleur cyan tout en diluant sa journée dans l’oubli.

L’avantage des zones résidentielles, personne ne t’entend hurler…

Alex se demanda si c’était la personnalité qui appelait la profession ou la profession qui modelait la personnalité.

Alex se demanda soudain comment, au fin fond du deuil, au fin fond de la détresse, au fin fond du malheur, les gens continuaient à offrir aux visiteurs l’apparence d’une bienséance cordiale. Distanciation ? Préservation ?

Tu sais bien qu’il va nous appeler en panique le 24 au matin en expliquant qu’il ne savait pas que Noël tombait à cette date-là cette année et qu’il lui faut absolument une idée de cadeau

Si je devais faire un foin à chaque fois qu’un Parisien me met une main aux fesses, il me resterait très peu de temps pour le reste.

Tu m’étonnes qu’il organise les trucs. Si quand c’est trop le bordel il tue des gens, moi aussi à sa place je mettrais tout sous classeur, en ordre alphabétique.

… avait la quarantaine, des lunettes, les cheveux blonds, un pull en grosse laine roulé aux manches qui devait coûter cher et un paquet de récriminations.

Le préfet actuel était connu pour avoir deux centres d’intérêt exclusifs. En premier : lui ; et immédiatement derrière : ce qui pouvait lui être utile.

Et puis ils étaient intervenus dans ce que l’on continuait d’appeler pudiquement des « différends familiaux », comme si la violence conjugale n’était qu’un léger malentendu.

Mais il est 11 h 30, tu déjeunes déjà ?
— Je reviens… tiens-toi à quelque chose : je reviens du sport.
— L’apocalypse est proche.

Elle était à la limite exacte entre la tête légère et l’ivresse profonde ; entre l’envie d’aimer la Terre entière, de faire confiance et de croire en tout, et celle de sombrer et de mâcher son dégoût de l’espèce humaine. Danseuse, équilibriste, elle aimait ce moment où elle pouvait savourer l’illusion du choix.

Ce moment d’attente, ce moment où ce que l’on désire est si proche. La tarte fumante posée sur la table ; le gratin que sa mère laissait dans le four en annonçant « Encore cinq petites minutes »

Elle referma doucement la porte d’entrée derrière lui, et alla se coucher. Sans prendre de douche. Gardant sur elle son odeur, comme un drap supplémentaire, une couche en plus entre elle et le monde. Protégée.

Le jour était déjà tombé, mais elle doutait maintenant qu’il se soit levé aujourd’hui.

Selon un de ces principes de réalité tordus qui président parfois aux sociétés humaines, les femmes, c’était une chose. Les mères, une autre. Il avait protégé la sienne et gagné le droit de s’appuyer sur un mur compact de témoins muets.

Je ne suis jamais sûre de ce que tu sous-entends quand tu dis qu’une femme a du caractère, mais j’ai rarement l’impression que c’est un compliment…

— Je vais chercher à manger ?
— Tu auras ma reconnaissance éternelle.
— Tu veux quoi ?
— Un sandwich au paracétamol.

Apparemment, l’amour aussi était pavé de bonnes intentions.

Ils se demandèrent pourquoi on leur fourrait dans les pattes un expert de gens morts depuis des siècles pour démêler des agressions de gens abîmés, mais bien vivants.

« Ah oui ? Tu veux me montrer la Musulmanie sur une carte […] ? »

J’ai cinq solutions face au conflit, […] : la fuite, la soumission, l’affrontement, le dialogue, et la métacommunication. Ou l’art de faire passer son message de manière détournée.

Elle passait assez de temps à décortiquer ce qui n’allait pas ; elle n’allait pas en plus se mettre à décortiquer ce qui allait bien.

[…] un mois de janvier en « -el » : bilans annuels, analyses prévisionnelles et perspectives trimestrielles.

C’est drôle comme certaines phrases veulent dire le contraire de ce qu’on dit. « T’inquiète. » « Pas de problème. » « Barre-toi, je m’en fous. »

Je me murge responsable, moi, madame, je vais finir avec une cirrhose certifiée Écolabel, je suis AB, Alcoolique et Bio.

Comme chaque année, le froid en hiver était une énorme surprise. RER, trains et bus déclaraient forfait. De l’autre côté de l’Atlantique, les Québécois et leurs moins quarante-cinq degrés se marraient.

Je déteste le mois de mars. Ça n’en finit pas, il fait toujours un temps pourri… On a l’impression que l’hiver va s’étirer pour toujours.

N’importe quel abruti connaissait la règle pour faire oublier une affaire bancale : profil bas et patience. La roue tournait, les catastrophes se succédaient ; une une dramatique chassant l’autre.

Internet, c’est comme dehors, mais avec la protection de l’anonymat. Il y en a que ça excite un peu.

Il a cette espèce de truc bizarre des vrais machos : quelque part, il est tellement persuadé que les femmes, et par extension, les victimes, sont des êtres diminués qui ont besoin de protection, qu’il se révèle extrêmement attentionné.

— … Entre.
— Non. Je ne veux pas entrer chez toi. J’en ai marre. J’en peux plus. J’en peux plus de rester sur le bord. De rien avoir. D’être personne. J’en peux plus de rentrer chez toi. Je veux entrer dedans, dans ta vie.

Jónasson, Ragnar «Mörk» (2017)

Auteur : Islandais, né à Reykjavik , 1976. Ila découvert à 13 ans les livres d’Agatha Christie et a commencé à les traduire en islandais à 17 ans! Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór, et où a grandi son père. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers «Iceland Noir ».

C’est l’agent d’Henning Mankell qui a découvert Ragnar Jónasson et vendu les droits de ses livres dans quinze pays. Mörk a été élu « Meilleur polar de l’année 2016 » selon le SundayExpress et le Daily Express, et a reçu le Dead Good Reader Award en Angleterre.

Série Dark Iceland : 2ème tome (Sorti en mars 2017 aux Editions de la Martinière) – Après Snjór (Neige), Mörk (Frontière)

 

Résumé : Quand le crime à l’anglaise rencontre les terres gelées de l’Islande. Cluedo au pays des fjords…

À Siglufjördur, à l’approche de l’hiver, le soleil disparaît derrière les montagnes pour ne réapparaître que deux mois plus tard. Ce village perdu du nord de l’Islande plonge alors dans une obscurité totale… Le jeune policier Ari Thór veille sur la petite communauté sans histoires. Mais son collègue, l’inspecteur Herjólfur, est assassiné alors qu’il enquêtait aux abords d’une vieille maison abandonnée. L’illusion d’innocence tombe. Tous les habitants n’avaient-ils pas, au fond, une bonne raison de semer le chaos ? Elín, qui fuit un passé violent. Gunnar, maire du village, qui cache d’étranges secrets… Pour reconstituer le puzzle, il faudra aussi écouter cette voix qui murmure, enfermée derrière les cloisons d’un hôpital psychiatrique, et qui tient peut-être la clé de l’énigme.

Mon avis : J’ai enchainé sur le tome 2.

Changement de saison, il mouille… On n’a pas les deux jambes dans la gadoue mais on patauge (au propre et au figuré). Coté amourettes, ce n’est pas top… aussi glauque que l’ambiance… Bienvenue dans le monde des trahisons et des secrets.. Comme dans le premier, on évolue dans le malaise … C’est bien fait…

Dans un pays sans crimes, ou la moitié de la population est armée, le silence est maître. Et les clés des affaires non résolues, les secrets du passé, sont cachées bien profondément dans les mémoires des vieilles personnes… Vont-elles parler !? Personne ne semble bien net… que ce soient les policiers, les politiques… et tous ces gens qui vivent en vase clos, amis ou parents tous liés par l’inavouable… tous ces gens qui vivent en vase clos, amis ou parents tous complices, liés ou à la merci de secrets – qu’il vaut mieux laisser dormir, passer sous silence par gain de paix à défaut de résoudre les problèmes…

Siglufjördur se désenclave, s’ouvre au tourisme… mais est-ce une bonne chose ? et à qui appartient cette voix off, présente en permanence, cette voix qui se fait entendre depuis un asile psychiatrique !? une voix du passé, du présent ? La problématique sous-jacente est la violence larvée, souterraine, enfouie… Le moins qu’on puisse dire c’est que cette ambiance ne ressemble à aucune autre…

Extraits :

La pluie aveuglante ajoutait à l’austérité des murs couleur plomb. Ici, l’automne n’était pas une véritable saison, plutôt un état d’esprit. Il semblait s’être perdu en route, quelque part vers le nord, quand, fin septembre, début octobre, l’hiver avait promptement succédé à l’été.

l’hiver et sa pénombre qui se lovait autour du monde comme un chat géant

Certaines choses sont tellement grises et froides qu’aucune couleur sur aucune page ne pourrait leur donner vie.

il ne comprenait pas ce qu’il pouvait y avoir d’enchanteur dans le froid, la solitude et l’isolement.

Un étranger dans un endroit où les gens étaient tous liés les uns aux autres, sans qu’aucun ne se fasse réellement confiance.

Elle s’était prise à aimer la pluie et le vent, comme aujourd’hui. Ils renforçaient son sentiment d’être en vie.

Impossible de bien s’entendre avec des gens qui ne sourient pas.

Tous les hommes ont une qualité qui les rachète aux yeux du monde.

Le moment est peut-être venu de souffler la poussière sur quelques vieux secrets. Peut-être…

Le pire, c’était le silence. Le silence qui précédait chaque coup. Comme une accalmie avant la tempête.

… cela me libère de pouvoir l’écrire.

Elle s’éloigne à sa façon, se recroqueville dans sa coquille. Elle a renoncé, et ça, ça n’est pas tolérable.

Ce que je peux te dire, c’est que la violence est partout, pas seulement chez la racaille, mais aussi chez les hommes les plus respectables : les chefs de famille qui occupent des postes à responsabilité, les citoyens exemplaires à tout point de vue, sauf quand ils utilisent leurs poings contre leur femme et leurs enfants.

– Parfois, il vaut mieux laisser les chiens dormir tranquillement. Les gens doivent à tout prix faire confiance à leur police.

L’idée du rendez-vous avait été plus excitante que le dîner lui-même, avec un homme pourtant séduisant.

 

 

 

 

Bilal, Parker «Les ombres du désert» (2017)

Auteur : Parker Bilal est le pseudonyme de Jamal Mahjoub, Anglo-Soudanais également auteur de six romans non policiers. Né à Londres et diplômé en géologie de l’université de Sheffield, il a vécu au Caire, au Soudan et au Danemark et à Barcelone avant de s’établir à Amsterdam.

Dans un article du journal suisse « Le Temps » on nous le présente ainsi : Les polars de Parker Bilal ont le Caire pour décor et l’Egypte pour théâtre. Une rareté. Portés par un souffle lyrique et une écriture baroque, ses livres nous emmènent dans un tourbillon de sensations, de rebondissements rocambolesques et d’émotions. Ils nous font sentir la ville, son sol, sa poussière, son brouhaha, son histoire et ses tragédies. A travers le sympathique et assez mystérieux détective Makana – un ex-officier de la police soudanaise en exil dans la capitale égyptienne et qui vit sur une awama, une sorte de péniche déglinguée amarrée au bord du Nil – ils nous font sauter de toit en toit à la poursuite d’un coupable ou nous invitent dans une incroyable gargote pour déguster rognons frits, saucisses grillées, kebab et côtes d’agneaux.   (voir l’article complet : https://www.letemps.ch/culture/2016/04/08/parker-bilal-homme-caire-un-polar)

Les enquêtes de Makana – Les ombres du désert (la troisième enquête de Makana, détective privé pas comme les autres)

Les enquêtes de Makana : ( il prévoit une dizaine de tomes, entre 2001 (le 11 septembre) et 2011, année des printemps arabes et de la chute de Moubarak )

Les écailles d’orMeurtres rituels à ImbabaLes ombres du désert

 

Résumé : Début 2002, peu après le 11 Septembre. Alors que les Israéliens assiègent Ramallah, une forte tension agite les rues du Caire, où Makana file tant bien que mal la Bentley de Me Ragab, que sa femme pressent d’adultère. En réalité, l’avocat va voir sa protégée, Karima, une jeune fille gravement brûlée dans l’incendie de son domicile. La police croit à un accident, il soupçonne un crime d’honneur commis par le père de la victime, un djihadiste en cavale. Makana se rend à Siwa, oasis à la lisière du désert libyen, pour se renseigner sur la famille de Karima, mais il s’y heurte à l’hostilité des autorités, qui appliquent la loi à leur manière et se méfient des étrangers. Pire, il est accusé de deux meurtres barbares qui l’éclairent sur une donnée majeure de l’équilibre local : la présence de gisements de gaz…

À travers le personnage d’une femme membre de l’Association pour la protection des droits des Égyptiennes, la série « Makana » s’enrichit d’une nouvelle perspective : la condition des femmes et l’islam.

 

Mon avis : Entre le Caire et l’Oasis de Siwa, proche de la frontière avec la Lybie. Ce que j’aime tout particulièrement dans les aventures de Makana, c’est l’atmosphère du Caire (en proie à des manifestations pro-palestiniennes et anti-Israël) et du désert. Une fois de plus on est en train de baigner dans l’histoire actuelle de l’Egypte. On est au début de la lutte anti-terroriste, au cœur des problèmes de société, la condition de la femme en Egypte par exemple. Historie, traditions, aventure, politique, romanesque sont une fois de plus au programme. Makana, le policier soudanais devenu détective suite à sa fuite et son exil au Caire est de plus en plus attachant. Quand Makana apparait, il relie les fantômes du passé au cadavres du présent, remue la boue, exhume les secrets de famille… Au fil des années et des enquêtes, on retrouve ses ennemis de toujours ; toujours poursuivi par la haine féroce de ses anciens collègues du Soudan, étranger partout où il est (au Caire ou à Siwa) il cristallise les angoisses et la défiance. Un nouvel opus qui allie la connaissance de l’Egypte et la maitrise de l’intrigue. Ses personnages sont bien décrits et les temps morts inexistants. On est loin de la civilisation, dans une ville où l’on vit dans le passé, une oasis perdue loin de la civilisation. C’est le conflit entre la modernité et la tradition ; ici il traite les « crimes d’honneur » (qui ne sont pas punis par l’Islam) et la condition féminine au cœur du monde musulman. Zahra est à la fois moderne (active dans les droits de la femme) et traditionnelle (port du voile). Orient et Occident se confrontent dans cette série de romans. On approche le monde arabe par le biais du roman et il nous l’explique par l’exemple, dans toute sa complexité. Cette série a pour objectif de nous familiariser avec la vie en Egypte.

L’Oasis de Siwa ne nous est pas décrite comme un paradis touristique, loin de là. C’est l’enfer au cœur du désert ; un seul docteur, qui est rongé par la vie et l’alcool, des policiers corrompus, des bandits, des dangers à chaque coin de rue… Entre chape de soleil de plomb et chape de lourds secrets, l’ambiance est lourde et pesante.

Mais prenez la route de l’Egypte actuelle avec Makana et vous n’allez pas le regretter.

 

Extraits :

On aurait dit que le 11 Septembre avait libéré une haine qui, depuis toujours, couvait sous la surface.

Ils n’avaient aucune notion de ce qu’était le monde réel, au-delà de leur territoire de conte de fées.

Parfois, la solitude lui pesait tellement qu’il se demandait si la mort ne serait pas une meilleure solution.

une banque de données aussi obscures qu’hétéroclites s’était constituée dans sa mémoire, tel un banc de sable formé dans le Nil au fil des siècles

tenter de convaincre Makana de voir le monde de la même manière que la plupart des gens revenait à essayer d’inverser le cours du Nil.

Il avait un visage qu’on pouvait seulement décrire comme marqué par l’expérience : toutes les nuits blanches, tous les soucis y étaient gravés.

Contrairement à la croyance populaire, l’argent n’achète pas le sens du devoir. Il achète l’obéissance, l’engagement envers le payeur… mais pas envers la tâche à accomplir. Le sens du devoir est une denrée que l’amour ou l’argent ne peuvent procurer.

1989 était l’année où tout avait basculé pour lui. Un nouveau régime était arrivé au pouvoir et, soudain, sa position d’inspecteur de police à Khartoum s’était trouvée remise en cause. Et il n’y avait pas eu que le Soudan. En Allemagne, le mur de Berlin s’effondrait. En Chine, les étudiants en colère occupaient la place Tian’anmen. En Afghanistan, les dernières troupes soviétiques se retiraient du pays.

Vous avez besoin de travailler, comme nous tous. C’est la seule chose qui ait un sens dans ce monde de fous

Il nota qu’elle l’observait, examinant ses vêtements et son allure générale. Il se fit l’effet d’un lapin sur une table de dissection.

Vous avez grandi par ici ?
– Moi ? s’esclaffa-t-elle. Non. J’ai grandi loin, très loin, dans un monde d’illusion. »

Certains prisonniers sont retenus dans des prisons secrètes qu’on appelle “Black Sites”. Personne n’en connaît l’emplacement exact. Ces gens-là sont efficacement retirés de la circulation. »

Alexandre le Grand, disait-on, avait emprunté ce même itinéraire, suivant un vol d’oiseaux qui l’avait conduit à l’oasis. Le désert avait jadis englouti Cambyse II et la totalité de son armée. La route correspondait à l’ancienne piste des caravanes.

le football, langue universelle pour communiquer.

Les maisons délabrées et abandonnées offraient un aspect fantomatique, comme si les esprits de cette lointaine époque veillaient encore sur le présent.

Vous êtes un citadin. Les gens abandonnent leur identité quand ils partent pour la ville. Ils s’égarent dans une transe de bruits et de lumières criardes. Ici, nous n’oublions pas d’où nous venons. »

C’est un sujet sensible et ils ne veulent pas marcher sur les pieds de qui que ce soit.
– Quels sont les pieds qui les préoccupent ?

Tel un djinn impétueux, elle courait partout, soutenant une conversation ininterrompue avec son mari, lequel semblait condamné à une existence silencieuse dans un univers parallèle où tout bougeait beaucoup plus lentement.

Il se trouva aussitôt plongé dans le silence, que seul troublait le léger sifflement du vent. Regardant vers le sud, il vit la poussière se soulever et former un cône qui s’éleva dans les airs en tourbillonnant. Un djinn du désert.

Toute société, à plus forte raison quand c’est une petite communauté, est remplie de crainte ou d’espoir quand un étranger débarque en son sein. Crainte qu’il n’apporte du changement… et espoir qu’il en apporte.

– On ne peut pas retrouver son chemin dans le passé.
– Parce qu’il est révolu ?
– Parce qu’il est toujours là, avec nous. »

L’espace d’un bref instant, ils flottèrent sur un nuage de leur propre fabrication.

J’avais l’impression que le passé avait bondi sur moi pour m’engloutir.

Kalonsha émergea des ténèbres, tableau issu d’un rêve fantasmagorique, cauchemar habité par des esprits oubliés dans ce désert au fil des siècles. Les hommes qui y déambulaient auraient pu être les homologues modernes des guerriers de l’armée de Cambyse II, engloutis jadis par une tempête de sable.

Dans le crépuscule, il vit passer un héron solitaire qui flottait sur un radeau en papyrus et ressemblait à s’y méprendre à un hiéroglyphe animé.

 

Info : Sioua (en berbère : ⵉⵙⵉⵡⴰⵏ Isiwan (Issiouane) ; en arabe : واحة سيوة Ouahat Siouah) est une oasis de l’ouest de l’Égypte, proche de la frontière libyenne et à 560 km du Caire. « Sioua », « Syouah » ou « Siouah » sont des translittérations synonymes pour désigner cette même oasis également connue sous le nom plus ancien d’«oasis d’Ammon» (ou Amon). Aucun lien n’est avéré entre Sioua et le reste de l’Égypte antique avant la XXVIe dynastie. À cette époque une nécropole y est construite.
C’est à proximité qu’aurait disparu vers 500 av. J.-C. l’armée perdue de Cambyse II.
C’est au temple d’Amon dans l’oasis de Sioua qu’Alexandre le Grand rencontre l’oracle qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon, le confortant dans son statut de pharaon.
En 708, les arabo-musulmans se heurtent à la résistance de cette oasis berbère dont la population ne s’est d’ailleurs pas convertie à l’islam avant le XIIe siècle. La commercialisation de produits du palmier dattier avec les caravanes (des routes transsahariennes) est très ancienne : Sioua a connu un isolement relatif, on y venait sans vraiment y séjourner. Depuis la route goudronnée en 1984 liant l’oasis à Marsa Matrouh (sur le littoral à 300 km), on note un début d’ouverture au tourisme égyptien et international, bien qu’encore très modéré.
La société siwie, très pénétrée par un islam rigoriste — en particulier sur la liberté de mouvement des femmes —, pourrait connaître bientôt un réveil identitaire berbère à travers un intérêt croissant pour ses particularismes culturels.

 

Photo : Siwa

 

 

 

 

Germain, Sylvie «A la table des hommes» (01.2016)

Auteur : coup de cœur (voir article)

Résumé : Son obscure naissance au cœur d’une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S’il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l’espèce animale, dont une corneille qui l’accompagne depuis l’origine.

À la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain. Comme Magnus, c’est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d’un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission.

« A la table des hommes » sélectionné pour le Prix Cazes Brasserie Lipp 2016, ainsi que pour le Prix Cabourg du Roman.

Publié chez Albin Michel (272 pages)

 

Mon avis : (étayé par l’écoute d’une interview de l’auteure) Sylvie Germain est je pense mon auteur (femme) préféré. Alors à chaque lecture je me fends d’une jolie critique/analyse… pour faire durer le plaisir … et peut-être vous donner envie d’approfondir…

Ce roman est une sorte de fable fantastique à la gloire de l’humain dont le fil rouge est un enfant et sa corneille (réputée pour être l’un des animaux les plus intelligents) . Sylvie Germain n’a pas fait des études de philosophie pour rien et ce livre transpire la sagesse … Il traite de la vie, de la mort (qui est d’ailleurs le début de la fable), de la lutte pour la survie, du désir de vie de l’humain ; l’homme et l’animal vont aller jusqu’à se fondre l’un dans l’autre pour la survie de l’un (cela fait penser aux greffes où la mort de l’un permet la vie de l’autre : une vie contre deux morts). Cette fable sur l’animalité met en avant le point commun entre l’homme et l’animal : le refus de la mort. On y parle aussi de la guerre. Même si elle ne dit pas de quelle guerre il s’agit, on penche pour la guerre en ex-Yougoslavie. Et souvenons-nous … le même thème était déjà celui de son premier roman « Le livre des nuits » ; la guerre arrive, détruit tout sur son passage, fait tout basculer dans l’horreur. Tout commence par une explosion : une bombe, deux survivants … Une femme et un petit porcelet. Ils vont fuir ensemble, se tenir chaud, s’aider au mieux jusqu’à la mort de la femme. L’entraide va continuer pour tenir le petit porcelet en vie : les différentes espèces d’animaux forment une chaine de survie ; une daine, puis d’autres. A la différence des hommes qui même frères s’entretuent, les animaux s’entraident.

Dans la première partie du livre nous sommes dans la peau d’un petit cochon qui lutte pour vivre ; son arme : l’odorat très développé qui lui donne les informations pour appréhender le monde et lui donne l’alerte en cas de danger.

Puis le cochonnet se transforme en adolescent et à son réveil, il va devoir vivre sa différence et faire se rencontrer la part humaine et la part animale qui compose les êtres humains. La souffrance qui rend les hommes violents et mauvais ; contrairement aux animaux qui, si ils agissent d’instinct, ne veulent pas se venger, ne vont pas nuire juste pour nuire…

Seule la corneille (constance du roman) semble ne pas se formaliser de l’évolution de l’espèce, de la transformation de l’animale en homme (il passe de la position 4 pattes à la position debout, puis apprend la communication orale) ; le changement lui importe peu ; seule la présence et l’amitié ont de l’importance.

Le langage et les mots ont d’ailleurs une place très importante dans le récit (ainsi que les nuances de couleurs, les ombres et le soleil, comme dans tous les livres de Sylvie Germain) : le vocabulaire de l’insulte qui utilise les noms d’animaux, l’enfant qui sera le bouc-émissaire ; l’hôtel avec ses références à la lecture, le dictionnaire – passerelle entre les mots et les notions – ; Importance aussi du nom …. Babel, l’enfant sauvage (symbole de confusion) va apprendre à devenir un être humain (comme on dit …). Il a une mémoire vierge de tout souvenir de ses premières années de vie. Pour les gens qu’il rencontre, il est possible que cette amnésie soit consécutive à un choc, à une trop forte douleur ; ce peut aussi être de la dissimulation (il vient de l’autre côté de la frontière, il est étranger et c’est la raison pour laquelle il ne parle pas la langue). Quand il perdra son caractère fractionné pour se « compacter » il se transformera en Abel (symbole de l’innocence, première victime d’une lutte fratricide). Devenu adulte, il posera un regard sur l’humanité, façonné par sa dualité. Et Dieu dans tout cela ? Je vous laisse lire le livre : il en est question ; de jolie manière, à la manière du « Dieu inconnu » qui représenterait tous les Dieux, qui rassemblerait au lieu de diviser et annihilerait toute guerre au nom d’un Dieu spécifique..

A la table de hommes… il y a des hommes et des animaux… mais malheureusement, l’animal est plus souvent sur la table … Ce livre est une merveille… C’est le livre des opposés qui se complètent ( jour/nuit, inné/appris, animal/homme, solaire/lunaire ) Un coup de cœur, comme tous les Sylvie Germain

Lire aussi : Entretien avec Sylvie Germain à propos de son roman A la table des hommes  : http://www.babelio.com/auteur/Sylvie-Germain/5325

Extraits :

Elle marche au ralenti, comme un automate dont les ressorts seraient relâchés.

Elle ne réfléchit pas, ses pieds la mènent ainsi que le font les sabots des bêtes au soir quand la faim, la soif, la fatigue les conduisent vers leur mangeoire, l’abreuvoir, l’étable ou l’écurie. Mais elle n’a pas de lieu d’ancrage, de repos, en vue.

Tout corps, même pris de folie, garde un savoir de ses limites ; celui de la femme s’arrête lorsqu’il vacille d’épuisement.

Une main, aussi légère qu’une feuille, se pose sur sa tête, et quelques mots de la berceuse bruissent, non chantés. Ils se détachent un à un comme des gouttelettes quand fondent des cristaux de givre, presque inaudibles.

Leur silence est écoute et manducation de la vie en eux, autour d’eux. Ils sont en placide accord avec la terre, ils font corps avec elle.

Ils ne croient pas aux mêmes mythes, ils échafaudent des interprétations mensongères de l’histoire, ils ont des revendications indues. Ils se révèlent une menace. Trop de différences, et trop de dangers, visibles ou non ; les plus discrets sont les pires.

appartenir à la terre, de respirer l’espace, de faire peau avec les éléments, chair avec le monde.

Être et se maintenir un vivant est un parcours de combattant, mais ce labeur toujours reste scandé de moments d’ébattements, de jeux, de délassement, de simple et ample volupté.

Les odeurs si diverses des bêtes qui furent vivantes se confondent en une seule, la même, toujours la même, douceâtre et métallique, entêtante, celle du sang déversé hors du corps et qui stagne en flaques visqueuses, brunissantes.

Babel a l’impression que ses paroles se fondent dans la fumée de ses cigarettes, qu’elles s’envolent en spirales bleutées qui se fanent, s’effacent, et sans cesse se renouvellent. Des paroles aromatiques, chaudes, à goût de cire et de pain d’épice, et qui reviennent en boucle.

Commence alors une lente dérive vers l’insignifiance, il ressent une sensation de fadeur, une impression de vide. Il découvre l’étrangeté de l’ennui, dont il ne comprend pas la cause, et qu’il ne sait pas nommer.

Ce qui grésille en lui, ce sont les mots. Le peu de vocabulaire qu’il avait acquis s’est disloqué sous le choc de l’agression, puis dissous dans la fièvre, et des lambeaux de vocables flottent dans sa tête, s’y heurtent les uns aux autres. Tous ces mots concassés, il veut les ressaisir, les reformer, les affûter, et surtout les multiplier, il lui faut compenser l’amenuisement de son odorat en s’emparant du langage comme d’un instrument d’exploration des choses et des gens, en faire une faculté de perception, un sixième sens qui ramasse et concentre les cinq autres. Une arme pour comprendre tout ce qui se dit, et ce qui se trame dans ces dires.

Il veut aussi pouvoir nommer les choses, les sensations, les sentiments, et plus encore ce qui échappe aux sens, à la saisie immédiate, à l’évidence.

Il vit dans la plénitude du présent au sein d’une rondeur temporelle chaque jour renouvelée, non dans l’étendue indéfinie du temps.

Les seules démarcations qu’il connaisse sont celles qui serpentent entre le ciel et la terre, un cours d’eau et ses berges, la forêt et ses lisières, et celles, plus incertaines encore, qui se faufilent entre le jour et la nuit, entre hier et aujourd’hui, entre les mots et ce qu’ils nomment ; et enfin celle, qu’il vient de découvrir, entre la veille et le rêve. Mais ces lignes-là n’instaurent pas de véritable séparation, elles sont souples, poreuses, et personne ne les surveille.

La voiture s’engage dans une allée bordée de platanes élagués, plantés à distance régulière. Des centenaires qui dressent leurs branches en équerre comme des bras de lutteurs aux coudes renflés et aux poings énormes hérissés de bourgeons.

Bibliotel. Il avait donné au rez-de-chaussée et aux étages le nom de « tomes », aux chambres celui de « chapitres », les couloirs s’appelaient « marges », les portes « pages de garde », les lits « in-folio », les draps et les taies d’oreillers « buvards », car selon lui s’y imprégnaient les rêves, les gémissements, les souffles et les humeurs des corps des dormeurs. Aux miroirs qui ornaient les murs des chambres en abondance, revenait le titre de « palimpsestes », les reflets de tous ceux et celles qui s’y étaient un instant profilés se recouvrant les uns les autres en strates impalpables. Les fenêtres étaient qualifiées de « pupitres », le jour y déposant des feuillets de lumière, la pluie des signes follets, le brouillard des touffes d’ombre, la nuit un volume noir.

La compagnie de la corneille, et celle des bêtes qu’il croisait, parfois côtoyait dans la forêt, lui manquent d’un coup terriblement. Jamais, auprès d’elles, il n’a connu l’angoisse, la méfiance, la déception ou la solitude, si l’une est hostile, agressive, la menace est manifeste, si l’une se laisse approcher, amadouer, son innocuité est réelle, elles ne feignent pas, ne trichent pas.

Ils se flairent du regard, ils s’inspectent droit dans les yeux sans ciller, sans embarras, leur curiosité a l’effronterie placide de la candeur.

Ils ne décèlent rien qui puisse les mettre en garde, pas de danger embusqué dans un recoin mental du vis-à-vis, ils ne sentent l’un chez l’autre que du vide en émoi, que du rêve en alarme, que des murmures en attente d’un lever d’élocution.

Le lunaire Babel, en lieu et place de l’éclatante Zelda. Comme il a autrefois troqué la guérilla contre une vie rangée, sédentaire, auprès d’un frère somnambulique.

Sa force, peut-être, résulte de cette indifférence à son passé inconnu, englouti dans la guerre, à cette part abolie de sa mémoire. S’il se retournait, il risquerait d’être saisi de vertige, de dégringoler dans le gouffre qui bée derrière lui.

J’ai appris que nous avons la même origine, nous, les vivants, tous les vivants. La terre, les éléments.

Il était effacé à l’extrême, un homme-ombre qui ne faisait aucun bruit.

Certains jours, en prenant connaissance de l’actualité ou de bas faits du passé, il ressent une honte cuisante d’appartenir à l’espèce humaine. La plus féroce des bêtes sauvages paraît inoffensive en comparaison, sa nuisance reste limitée et dénuée de calcul, d’orgueil et de duplicité.

Ce recours aux animaux pour défouler sa rage, sa peur ou son mépris, et tout autant pour les exciter, s’il est diffus dans le langage quotidien, se concentre à l’excès dans certains films d’horreur et jeux vidéo où telle espèce d’oiseaux, telle catégorie d’insectes ou de mammifères allant du chat au singe est diabolisée.

Il n’aime pas être agressé par le fracas du monde dès son lever, ou plombé juste avant d’aller dormir par le poids des mauvaises nouvelles dont regorgent les informations.

Ne pas dire la mort, ne pas la nommer, pour tenter d’en limiter la portée, de contenir la douleur.

Et il faut vaille que vaille essayer de sauvegarder une capacité d’émerveillement devant le monde, et d’amitié entre humains.

Il a reçu sa part de fraternité, des destructeurs la lui ont arrachée, mais sous la douleur de ce rapt, il conserve la joie d’avoir un jour reçu cette part d’amour et d’amitié, et cette joie, personne ne pourra la lui retirer.

 

Voir aussi : Auteur coup de cœur (article)

Desjours, Ingrid «Sa vie dans les yeux d’une poupée» (2013)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

 

Résumé : Deux écorchés vifs. Deux rêves de seconde chance. Un regard pour renaître…

Provocateur, cynique et misogyne, Marc est affecté à la brigade des mœurs après un grave accident.

Quand, dans le cadre d’une enquête, il croise la douce Barbara, le policier est troublé par son regard presque candide, touché par cette fragilité que partagent ceux qui reviennent de loin. Ému. Au point de croire de nouveau en l’avenir.

Mais il est aussi persuadé qu’elle est la pièce manquante, le pion à manipuler pour démasquer le psychopathe qu’il traque.

Et s’il se trompait ?

Le pire des monstres est parfois celui qui s’ignore, quand bien même il rêve sa vie dans les yeux d’une poupée…

 » Une aventure haletante, violente, psychologiquement marquante : du bon et vrai thriller !  » (Marina Carrère d’Encausse)

 

Pocket 2014 (352 pages)

 

Mon avis : Alors heureusement que ce n’est pas le premier livre de cette auteure que je lis car je ne sais pas si j’aurai continué car le début est d’une rare violence ! Dès les premières pages, on plonge dans l’horreur avec une scène de viol hyper réaliste et extrêmement brutale. Ce livre raconte la descente aux enfers d’une jeune femme qui est victime depuis toujours et qui, à force de solitude (ce n’est pas qu’elle est seule physiquement c’est qu’elle ne peut pas parler avec les personnes qui l’entourent), intériorise tout et arrange sa vie à sa sauce. Elle va traverser la vie en étant à la fois victime et bourreau (comme les autres personnages principaux du roman d’ailleurs qui ont tous un côté sombre et un coté paumé)

J’ai beaucoup apprécié la description de la colère (début du chapitre 8) ; une fois encore le livre est très psychologique et on voit les personnages avec et sans masque. Ce qui fait que les pires personnalités en deviennent attachantes car on ne s’arrête jamais à ce qu’on voit avec Ingrid Desjours . Et la face cachée n’est pas la plus noire… Car ce sont des personnages qui vivent avec un tel poids sur les épaules, un tel vécu. Tant Barbara que sa mère ou le flic sont des écorchés vifs, qui sont conditionnés par leur amours déçues et leur passé ; ils ont envie d’aimer et d’être aimés mais ils en ont une peur panique.  Alors ils se défendent en attaquant par peur d’avoir mal. Un roman dur, qui dérange, qui mêle folie et violence… et qui montre surtout que les maltraitances de l’enfance font des adultes déstabilisés, malheureux, imprévisibles et dangereux. Et cette part d’innocence qui fait qu’elle fait pitié, peur et horreur à la fois… Je n’ai pas regretté ma lecture même si faut s’accrocher avec les uppercuts qu’elle nous décoche.

Extraits :

Moi, je l’aime bien, cette odeur. Même si elle appartient déjà au passé… Peut-être pour ça, d’ailleurs. Elle est d’un autre temps, comme moi. D’un temps où on savait la patience, où l’attente était délicieuse, où il ne suffisait pas de mitrailler un sourire cent fois pour espérer tomber sur une perle… Un temps où la photogénie n’était pas affaire de probabilités.

Le temps s’est arrêté. Dans sa tête, ça bute, ça lutte, comme le diamant d’un tourne-disque arrivé en bout de course.

Seule compte sa réalité et qu’elle puisse s’y raccrocher, oublier sa peur et la douleur.

Elle avait poussé tant bien que mal, comme une rose bardée d’épines, comme un oiseau tombé du nid trop tôt et qui volait comme il pouvait.

Rien n’est jamais aussi désirable que ce qu’on est en train de perdre.

L’hiver a gelé ses espoirs, le printemps a grêlé ses envies, l’été a fini de l’assécher. Trois saisons déjà, et l’automne qui s’annonce aussi morne que le reste. Une année en quatre temps qui s’étirera avec la même implacable indifférence que les suivantes, une année après l’autre pour la faire valser sans passion jusqu’à sa tombe.

Notre petit secret. Ces trois mots lui faisaient un effet dingue. Ils étaient doux comme une promesse d’amour inconditionnel, et durs comme une plongée brutale dans une eau glacée, comme l’immersion prématurée d’une gamine dans le monde des adultes. Notre petit secret. Une formule si dangereuse et si familière…

Et lui c’était Patrik. Il disait que pour un flic, c’est mieux d’être sensé que sans cas.

Parce que finalement, même si la convalescence du cœur était possible, il n’en voudrait pas. De même, ses cicatrices, il y tient. Elles lui rappellent d’où il vient et ce qu’il a traversé. Ce qu’il ne veut plus jamais connaître

Elle a le regard vide des voyageurs qui prennent le train et choisissent d’ignorer le paysage.

Une peur qui paralyse parce qu’elle est pleine de tristesse. Une peur qui désempare, qui donne envie de sangloter, de hurler STOP ! Pouce ! Comme quand on est enfant et que tous les problèmes s’effacent alors comme par magie.

J’ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j’ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublier des personnes inoubliables.

« L’humour est la politesse du désespoir », disait Boris Vian. Et le pli amer qui creuse chacune de ses joues en dit long sur la capacité d’autodérision qu’il lui faudra développer…

Plus que les coups, ce sont les mots qui lui font mal. Toujours les mêmes, injustes, insultants, remplis de haine.

Tous les tueurs ou violeurs en série commencent par s’exercer sur des animaux, ou des objets symboliques pour eux.

Oscar Wilde disait que les deux choses les plus émouvantes en ce monde sont la laideur qui se sait et la beauté qui s’ignore.

Mais au bout du compte elle sait bien qu’on passe sa vie à sauter d’un paquet de corvées et d’habitudes à l’autre, comme on joue à saute-mouton, jusqu’au bouquet final.

La colère, même rentrée, ça se nourrit de ce qu’on a en soi. Ça noircit tout, rend chaque chose aigre, vous fait cynique, agressif et violent.

L’espoir. C’est terrible, l’espoir. On s’y accroche de toutes ses forces parce que, au final, c’est tout ce qu’on a et que, sans ce sentiment pourtant si fragile qu’un simple silence peut le briser, on n’est rien, on est mort.

« Les morts sont des invisibles, ce ne sont pas des absents. »

 

 

Di Fulvio, Luca «Le gang des rêves» (2016)

Editions Slatkine et Cie (02/06/2016) – 720 pages (premier tome d’une trilogie)

Résumé : – Manhattan, 1909 : Cetta et son fils, renommé Christmas par les fonctionnaires d’Ellis Island, s’élancent dans le rêve américain, fuyant la misère de leur Italie natale…

– New Jersey – Manhattan. 1922 : Ruth, treize ans, fait le mur avec le jardinier pour s’émanciper des mœurs bourgeoises de sa famille…

– Manhattan, 1922 : Les Diamond Dogs, le Gang de Christmas a désormais un nom…

Ce gros roman qui se lit d’un trait nous a bouleversé par son écriture aussi efficace qu’éprouvante. Le style de Di Fulvio ne prend pas le temps de se chausser pour courir mais tous ses personnages prennent corps, même, et surtout, les personnages secondaires. Réflexion sur la violence faite aux femmes, sur l’identité malheureuse, le racisme et l’incommunicabilité sociale, ce roman noir, étouffant dégage une violence animale et rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la pitié, garder l’illusion de la pureté.

Mon avis : 720 pages. 3 jours. Vous me croyez si je vous dis que je n’ai pas lâché le livre (ou presque ?) En le lisant j’avais l’impression d’être au cinéma… de voir l’histoire se dérouler sous mes yeux. Direction le pays de l’espoir, là où tout est possible (enfin où tout était possible au XXème siècle… espérons que ce sera toujours le cas en 2017…) Palpitant, émouvant, attachant… Merci Loup et CatW de m’avoir conseillé cette fresque que j’ai adorée !

Poussons ensemble les portes du fameux « Rêve américain » si cher à tous ceux qui ont quitté l’Europe pour l’Amérique dans les années 20… « Je ne suis pas Italien, je suis Américain » … Point de départ L’Italie, direction l’Amérique : arrivée Lower East Side … visite de Brooklyn… de Manhattan, de Harlem… de la Californie…

Faisons connaissance des immigrés juifs, italiens, polonais… des blancs, des presque blancs, des « nègres ». Explorons le monde de la rue, les beaux quartiers. Le monde de la création aussi : le théâtre, la radio, le cinéma…

Confrontation du monde du cœur et de celui de l’argent. Des pauvres qui agissent spontanément et des riches qui ne savent pas dire merci autrement qu’en payant. La pègre à tous les niveaux : la mafia… Les parrains sensibles et les durs de durs… Un peu comme dans la série « Les Sopranos » … Et l’importance des rencontres, des bonnes comme des mauvaises…

Et la peur… la peur intérieure et extérieure, le mur que l’on construit pour se protéger et au final nous isole. La peur du bonheur, la peur de la solitude. L’influence de l’argent et de la réussite…

Et une fois encore (c’est marrant de rapport à l’image dans beaucoup de livres que j’ai lus récemment) la photo qui révèle le fond des êtres… L’importance aussi des éléments ; les personnages sont renversés par des vagues, des ouragans, des tempêtes … de peur, de frissons, de vie quoi… Alors il ne faut pas hésiter : Plongez … Parfois vous aurez l’impression de couler, de vous noyer… de vous faire aspirer vers le bas… mais quand on touche le fond, on remonte et la lumière est encore plus belle quand on crève la surface… Faut juste y croire… Et y croire encore…

On passe de l’obscurité à la lumière, guidés par le vert émeraude des yeux et le blond soleil des cheveux…

Extraits :

Elle n’était pas attirée par lui mais s’enchantait de ce rire qui éclatait sans que nul n’en comprenne la raison, et qui venait violer, profaner l’atmosphère sinistre de la maison.

Et lorsqu’elle se leva du divan, elle avait dans le regard une douleur et une haine qu’elle avait pourtant cru trop profondément ensevelies pour jamais pouvoir être exhumées

Cetta n’aurait jamais imaginé qu’il puisse exister autant de peuples ni de langues. Elle n’aurait jamais cru que des hommes et des femmes puissent être si petits et d’autres si grands, ni avoir tant de couleurs d’yeux et de cheveux différentes. Elle n’avait pas idée que des gens puissent être si forts ou si faibles, si naïfs ou si fourbes, si riches ou si pauvres – et être tous mélangés. Comme dans la tour de Babel dont le curé parlait à la messe, au village.

Elle l’avait effacé par sa seule volonté, par sa seule pensée: le passé n’existait plus.

«Ne me compare jamais plus à un mort! lança-t-il d’une voix menaçante. Ça porte malheur!»

un monde intérieur qui la tenait éloignée de tout – qui ne la protégeait pas, mais la tenait éloignée.

Les explications ne l’intéressaient pas. Les choses étaient ce qu’elles étaient. Et pourtant, rien ni personne ne pourrait la soumettre. Cetta, tout simplement, ne leur appartenait pas. Elle n’appartenait à personne.

Ils avaient tous des faces de rats, même ceux qui étaient grands et forts. Parce qu’ils venaient des égouts et vivaient dans les égouts.

Mais il adorait menacer les gens. C’était comme tirer avec un pistolet. Mais au lieu de voir le sang jaillir d’une blessure, on le voyait injecter les yeux.

Or, l’amour, ça enflammait, ça consumait, ça faisait devenir beau mais laid aussi. L’amour changeait les gens, ce n’était pas une fable. La vie n’était pas une fable.

Il les entendait parler du ciel et du soleil de leur pays natal, qu’ils avaient fui sans pouvoir s’en débarrasser et gardaient accroché à leurs épaules comme un parasite ou une malédiction;

Quand il est arrivé ici, il n’avait rien. Il a rencontré une femme qui n’avait rien non plus, ils se sont mariés et ils ont continué à n’avoir rien ensemble. Puis je suis né et, pour la première fois, ils ont eu un truc.

Oui, c’était vraiment un autre monde. Et pourtant, c’était aussi le même. Rempli de gens qui n’y arrivaient pas.

Quand on devient adulte, on trouve que tout est moche?»

Certaines questions n’appelaient pas de réponses, parce que la réponse serait aussi pénible que la question.

Le hasard, c’est un coup de pied dans le cul que la vie te donne pour te faire avancer. Le hasard, dans le monde des adultes, c’est une possibilité qu’il ne faut pas gâcher.

«Je ne veux pas vivre comme un malade pour mourir en bonne santé!»

Elle n’avait pas réussi à verser la moindre larme. C’était comme si, en un instant, son corps tout entier s’était transformé en glace.

«Tu sais ce que c’est, l’amour? fit-elle. C’est réussir à voir ce que personne d’autre ne peut voir. Et laisser voir ce que tu ne voudrais faire voir à personne d’autre.»

«L’amour des jeunes, c’est comme un orage d’été, soupira-t-elle d’un ton las. En un instant, l’eau sèche au soleil, et bientôt on ne sait même plus qu’il a plu.»

Un voyou. Et il deviendrait un assassin. Parce que, quand on pense que sa propre vie ne vaut rien, quand on n’a pas de respect pour soi-même, les autres finissent par compter pour du beurre.

Il était passé d’une jeunesse insouciante à une jeunesse désespérée, sans que ni l’une ni l’autre ne laisse de trace en lui.

il comprit qu’il était comme tous les garçons des rues: sans avenir, sans rêves. Seulement plein de rage.

Et il retrouva brusquement ses propres rêves, comme s’ils n’étaient jamais morts mais avaient simplement été mis de côté

Il n’y avait rien, en Californie, qui ne contienne un peu de jaune. Le jaune de l’or que les chercheurs de pépites avaient trouvé, le jaune du soleil qui chauffait le moindre recoin, ou encore le jaune clair, presque blanc, des plages qui faisaient face à l’océan.

Dans l’obscurité de la chambre noire, les sujets photographiés apparaissaient sur le papier comme de nébuleux fantômes.

Pour le moment, je me contente de pleurer.
Mais pleurer ainsi, c’est une libération, tu sais! Pouvoir pleurer toutes les larmes de mon corps, sans les arrêter, sans qu’elles soient prisonnières de ma glace intérieure et sans craindre que ma vie, à son tour, ne rompe toutes ses digues.

Pardonne-moi d’avoir été incapable de grandir et d’être simplement devenue vieille.

Notre rêve doit commencer à rapporter, sinon…
— Sinon, c’est qu’un rêve.

les Indiens ont peut-être raison lorsqu’ils disent que les photos volent l’âme.

À force de poursuivre ses rêves orgueilleux d’accomplissement, il s’était perdu en route.

Avoir peur, c’est pas être lâche. Mais mentir, si!

Il n’y a qu’un crétin qui n’aurait pas peur d’escalader une tour avec une trompette et une épée en bois accrochées à la ceinture!

Tu es un ouragan. Et pour ta gouverne, sache qu’un ouragan, c’est pire qu’une simple catastrophe!

Or, en ce moment, l’Amérique réclame quelque chose de différent. Elle veut du sang, de la vie, des héros négatifs… parce que tout a aussi un côté sombre. L’important c’est qu’à la fin, la lumière triomphe. Vous, dans vos histoires, vous évoquez à la fois la lumière et l’obscurité.

Pour le moment, ce n’est qu’un morceau de papier blanc. Rien d’autre. Mais sur cette page, toi tu peux inscrire tes mots. Et tes mots vont faire naître un personnage. Un homme, une femme, un enfant… Tu vas attribuer un destin à ce personnage. Gloire, tragédie, succès ou défaite.

La première lettre d’un mot. La première lettre d’une phrase. La première lettre d’un destin, d’une vie qui ne dépendrait plus uniquement de lui.

Il n’y avait plus ni questions ni explications. Ce qui avait pu se produire auparavant, le passé, les pensées et les inquiétudes, tout ne semblait qu’un dessin d’enfant sur la plage, effacé en un instant par la réalité impétueuse des vagues de l’océan. Et c’était eux, l’océan. Sans début et sans fin.

elle se sentit submergée par un incontrôlable et périlleux sentiment de bonheur. Voilà ce qui la terrorisait, la suffoquait et lui coupait le souffle. L’écrasait, l’envahissait et la déchirait. La détruisait. Elle était ravagée par une tempête, un fleuve en crue.

Ses yeux se noyèrent de pleurs devant ce bonheur plus grand qu’elle, plus grand que son cœur et que son âme.

Parce qu’elle n’était pas née pour le bonheur, se dit-elle. Parce que le bonheur ressemblait de plus en plus à la violence. Ni l’un ni l’autre n’avaient de limites. Ni l’un ni l’autre n’avaient de périmètre, de clôture. Ils ne pouvaient survivre en captivité. Tous deux étaient sauvages. Des bêtes féroces.

On aurait dit que, tout à coup, le monde lui paraissait une affaire sérieuse, et que le succès et l’argent, au lieu d’accroître sa hardiesse, l’avaient rendu plus prudent. Comme si, maintenant qu’il avait quelque chose à perdre, il n’avait plus le courage de prendre des risques.

On aurait dit que quelque chose en lui s’était tu. Ou que le monde autour de lui s’était tu. À moins qu’il n’ait élevé un mur entre le monde et lui. Comme s’il avait endossé une cuirasse qui l’aurait incroyablement endurci.

Or, dans le silence de sa solitude, elle vivait tout un tumulte de souvenirs et de sensations, anciennes et nouvelles.

 

 

Appanah, Nathacha « Tropique de la violence » (08.2016)

Auteur :

Auteur : Ayant le créole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d’« engagés » indiens immigrés à Maurice, écrit en français. Elle travaille d’abord à l’île Maurice comme journaliste pour Le Mauricien et Week-End Scope. Elle s’installe en 1998 en France, où elle poursuit sa carrière de journaliste dans la presse écrite et en radio. Ses articles sont publiés dans Géo Magazine, Air France Magazine, Viva Magazine et elle fait des reportages pour la Radio suisse romande, RFI, France Culture.
Son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, publié en 2003 aux Éditions Gallimard raconte l’épopée des travailleurs indiens venus remplacer les esclaves dans les champs de canne à sucre à l’île Maurice. Son deuxième roman Blue Bay Palace (Gallimard, 2004) donne à voir la schizophrénie d’une île Maurice entre l’image de la carte postale et une société très marquée par les classes, les castes et les préjugés.
Dans La Noce d’Anna, publié en 2005 aux éditions Gallimard, la narratrice, tout en vivant la journée du mariage de sa fille, Anna, s’interroge sur la transmission entre mère et fille.
Le Dernier Frère, publié en 2007, aux éditions de l’Olivier, raconte l’histoire de Raj, un garçon mauricien et de David, un jeune juif qui se retrouve enfermé à la prison de Beau-Bassin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Dernier Frère a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix du roman Fnac 2007, le prix des lecteurs de L’Express 2008, le prix de la Fondation France-Israël. Il a été traduit dans plus de quinze langues. En 2015, parution de En attendant demain (Gallimard 2105)
Paru en 2016, son roman Tropique de la violence est issu de l’expérience de son séjour à Mayotte où elle découvre une jeunesse à la dérive . Et toujours en 2016, «Petit éloge des fantômes» , 7 petites nouvelles.

Résumé : «Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré ? Ils viennent pour toi. »

Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.  (Collection Blanche, Gallimard)

Mon avis : En 2015, le coup de poing est venu avec Pascal Manoukian et « les échoués ». Et bien celui de 2016, il est là… Mayotte… c’est la France… Moi qui imaginais Mayotte comme le paradis…cela remet sacrément les choses en place et les idées reçues en question… Moins de 200 pages.. mais quelles pages…

Il y a Marie, Moïse, Bruce, Bosco le chien, Stéphane (le bénévole de l’ONG) et Olivier (le policier) … Et Mayotte : ses plages, ses poissons multicolores et ses dugongs (lamentins), mais aussi l’envers du décor, la misère, la violence, les bidons villes et en particulier celui qui est rebaptisé «Gaza» et qui n’a rien à envier à l’original.. il ne manque que les bombes.

Il y avait le passé, la vie tranquille de Moïse avec sa Maman adoptive, Marie. Le jour où Marie meurt, la vie de Moïse bascule… Sous l’influence de « Bruce », le chef de bande de la racaille de la banlieue, il va vivre l’horreur… Passif, gentil, bien élevé, la violence de l’environnement va le détruire. Son refuge ? un livre qu’il relit et relit encore, des images du passé… Bruce, chef de gang, agit par peur d’être destitué car il n’a pas un mauvais fond ; il est juste contraint à être violent et impitoyable pour rester à la tête des bandes de voyous. S’il en est arrivé là, c’est la faute à l’instruction qu’il n’a jamais pu avoir, les professeurs ayant décrété qu’il n’était pas assez intelligent pour continuer des études normales. Rejeté par sa famille, il s’est improvisé caïd. Dans cette ile ou les légendes et les coutumes font partie de la vie, Mo, né avec un œil brun et un œil vert est un être à part, qu’il faut conjurer… pour la population à majorité musulmane, il existe des êtres invisibles : ce sont les djinns; les contes relatent leurs interventions dans la vie des Mahorais qui n’hésitent pas à les accuser en cas de difficultés dans la vie quotidienne. Raison pour laquelle il est important de ne pas  laisser « grandir » MO… Lui, doux et cultivé va finir par tuer et … je ne vous en dis pas plus… plongez dans les eaux bleues et vertes de Mayotte… et surtout n’oubliez pas … Mayotte, c’est la France… avec ses enfants abandonnés, ses arrivages massifs de migrants… et l’indifférence générale…

Le thème : les mineurs isolés, enfants de rues.. issus d’une immigration massive … qui engendre la violence… Mayotte c’est la « Grèce » de l’immigration.. L’Etat français est tenu par la loi de garder les mineurs.. et ils s’empilent et engendrent la tension… vus par les yeux de jeunes adolescents… De fait c’est la voix de 5 personnes qui donnent leur avis, tous amoureux de l’île qui est abandonnée par la France… Mayotte c’est un paysage avec plusieurs cultures, à la marge de l’Africanité… le premier pas vers la survie…

Le tout raconté dans une langue poétique… En route pour un prix littéraire … je le lui souhaite en tous cas. Le fond et la forme…

Extraits ( il y en a beaucoup mais je vous dis pas le nombre de phrases encore notées dans mon carnet !)

Je ne me souviens pas de toute ma vie car ici ne subsistent que le bord des choses et le bruit de ce qui n’est plus

j’aime regarder la nuit de notre balcon. Elle est bleue par endroits, noire à d’autres. Les étoiles sont agglutinées par centaines dans le ciel

je ferme mon livre et peut-être que ce soir-là, j’oublie de fermer mon cœur

J’ai envie de vivre cette vie-là qui est douce et que je bois à petites gorgées pour ne pas la gaspiller

J’aime lui dire qu’il est né dans mon cœur, que j’ai traversé les continents et les mers pour le retrouver et que je l’ai attendu longtemps

je mets Barbara comme ma mère, autrefois. C’est étrange comme ça nous rattrape ces choses-là. Quand vient L’aigle noir, nous attendons la partie que nous préférons de cette chanson et là, en chœur, moi dans la cuisine, lui dans le salon, nous entonnons à voix haute Dis l’oiseau, oh dis, emmène-moi. Retournons au pays d’autrefois, comme avant, dans mes rêves d’enfant, pour cueillir en tremblant des étoiles, des étoiles. Comme avant, dans mes rêves d’enfant, comme avant, sur un nuage blanc, comme avant, allumer le soleil, être faiseur de pluies et faire des merveilles

Qu’est-ce qu’on sait de nos cœurs et de ces choses de notre enfance qui nous rattrapent par la cheville et nous retournent brusquement

Mes propres paroles tournent autour de moi comme de grands oiseaux aux ailes démesurées et il n’y a jamais rien eu de plus vrai dans ma vie

La nuit était silencieuse, épaisse et chaude. Elle se pressait contre moi et j’ai eu l’impression qu’elle pourrait m’avaler et que ce serait sans douleur et tout doucement

Il m’est arrivé d’espérer quand il y a eu le petit Syrien échoué sur une plage turque. Je me suis dit que quelqu’un, quelque part, se souviendrait de cette île française et dirait qu’ici aussi les enfants meurent sur les plages

Pourtant, il n’y a jamais rien qui change et j’ai parfois l’impression de vivre dans une dimension parallèle où ce qui se passe ici ne traverse jamais l’océan et n’atteint jamais personne. Nous sommes seuls. D’en haut et de loin, c’est vrai que ce n’est qu’une poussière ici mais cette poussière existe, elle est quelque chose. Quelque chose avec son envers et son endroit, son soleil et son ombre, sa vérité et son mensonge. Les vies sur cette terre valent autant que toutes les vies sur les autres terres, n’est-ce pas

L’histoire d’un pays qui brille de mille feux et que tout le monde veut rejoindre. Il y a des mots pour ça : eldorado, mirage, paradis, chimère, utopie, Lampedusa. C’est l’histoire de ces bateaux qu’on appelle ici kwassas kwassas, ailleurs barque ou pirogue ou navire, et qui existent depuis la nuit des temps pour faire traverser les hommes pour ou contre leur gré. C’est l’histoire de ces êtres humains qui se retrouvent sur ces bateaux et on leur a donné de ces noms à ces gens-là, depuis la nuit des temps : esclaves, engagés, pestiférés, bagnards, rapatriés, Juifs, boat people, réfugiés, sans-papiers, clandestins.

Je me dis que mes paroles de morte peuvent se mêler aux vapeurs de ses rêves et qu’en se réveillant pour de bon, tout à l’heure, il pourra peut-être s’en souvenir

J’ai eu l’impression que si je ne sortais pas, moi aussi, si je ne me présentais pas dehors, au jour, au matin, si je ne répondais pas présent, la vie continuerait sans moi

J’ai fermé les yeux. J’aurais voulu pouvoir voler, regarder ce foutu monde de haut, de très haut, être inatteignable, inattaquable, invincible, invisible. J’aurais aimé être un homme oiseau, non j’aurais aimé être un oiseau tout court et piailler ici et partout. J’ai imaginé mes os et mon corps rétrécir, mes pores s’ouvrir pour laisser sortir des plumes vertes du même vert que mon œil, j’ai senti ma cicatrice disparaître, mes yeux s’arrondir et devenir hypermobiles, mon visage s’allonger, ma bouche se transformer en un bec pointu, noir et luisant, mon cerveau se ramasser en un petit pois, mes souvenirs s’envoler en fumée, mes pattes décoller, mes ailes s’ouvrir et alors, je vole, je me pose sur la grande branche solide et épaisse du flamboyant. Je suis léger et puissant à la fois. Je chante. J’allume le soleil, je suis faiseur de pluies, je fais des merveilles

ce livre-là était comme un talisman qui me protégeait du monde réel, que les mots de ce livre que je connaissais par cœur étaient comme une prière que je disais et redisais et peut-être que personne ne m’entendait, peut-être que ça ne servait à rien mais qu’importe. Ouvrir ce livre c’était comme ouvrir ma propre vie

Photo : Bandrakouni (Mayotte)