Whitehead, Colson «Underground railroad» (2017)

Whitehead, Colson «Underground railroad» (2017)

Auteur: Colson Whitehead (son nom complet est Arch Colson Chipp Whitehead), né le 6 novembre 1969 à New York, est un romancier américain. Colson Whitehead fréquente la Trinity School de New York, puis est diplômé de l’université Harvard en 1991. Journaliste, ses travaux paraissent dans de nombreuses publications, dont le The New York Times, Salon et The Village Voice. Il est lauréat du Prix Pulitzer de littérature 2017 pour son roman Underground Railroad, déjà élu meilleur roman de l’année 2016 par la presse américaine.

Albin Michel – 23.08.2017 – 397 pages / Livre de poche – 27.03.2019 – 408 pages – Prix Pulitzer de littérature 2017 – National Book Award – Fiction 2016 – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Serge Chauvin.

Résumé : Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les Etats libres du Nord, elle accepte. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.
Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquérir sa liberté. Exploration des fondements et de la mécanique du racisme, récit saisissant d’un combat poignant, Underground Railroad est une oeuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Une fiction éblouissante. Nathalie Crom, Télérama. Un envoûtement. Colson Whitehead est entré dans la grande Histoire.

Mon avis : Le « Underground Rail Road » donne le titre au roman : c’est un réseau clandestin qui permet aux esclaves de rejoindre le Nord des Etats Unis ; ce n’est pas un train mais un réseau, un ensemble de moyens d’aide à la fuite.
Plongée dans l’esclavage aux Amériques au XIXème siècle, (principalement le Sud du pays) avec pour point de départ la Géorgie. Cora, jeune esclave, se retrouve très jeune seule dans la plantation : elle fait partie de la troisième génération d’esclaves, sa grand-mère, Ajarry est celle qui est venue d’Afrique ; Cora reste seule suite à la fuite de sa mère, rare esclave à s’être enfuie et à ne pas avoir été retrouvée et qui, de ce fait, reste dans les mémoires comme une sorte de « miracle » et de défi à abattre pour les chasseurs d’esclaves et les propriétaires d’esclaves. Ajarry, puis Mabel possédaient un trésor :  un lopin de terre de 3 mètres carrés. Cora va se battre bec et ongles pour garder son petit héritage: dès son adolescence sa réaction quand on cherche à le lui voler va nous éclairer sur le caractère de la jeune Cora.
C’est à la fois un roman historique sur l’histoire de l’esclavage aux États-Unis, un roman d’aventure, le portrait d’une femme d’exception mais aussi celui de la vie des noirs à l’époque :  une quête de liberté, la traversée du pays au XIXème siècle, un magnifique moment, passionnant au niveau historique.  C’est aussi l’évocation de pratiques sordides, chirurgicales ou autres (« La Caroline du Sud, expliqua-t-il, avait lancé un vaste programme de santé publique pour instruire la population d’une nouvelle méthode chirurgicale consistant à sectionner les trompes d’une femme pour empêcher la conception d’un bébé » ; le vol des cadavres pour approvisionner les cours d’anatomie ).

Alors prenez le train de la solidarité, de l’entraide et en avant vers la liberté… Suivez la fuite en avant de Cora, traversez plusieurs Etats avec elle et essayez comme elle de survivre, d’échapper aux pisteurs d’esclaves, apprenez à vivre, à faire confiance, à aimer… Il a juste manqué un petit je ne sais quoi  pour en faire un coup de cœur… je n’ai pas réussi à m’attacher à l’héroïne.

Il a juste manqué un petit je ne sais quoi  pour en faire un coup de cœur… je n’ai pas réussi à m’attacher à l’héroïne. Le roman de Tracy Chevalier « La dernière fugitive » parlait déjà de ce « chemin de fer clandestin » et là j’avais eu un vrai coup de cœur pour l’héroïne.

Extraits :

La bizarrerie de l’Amérique, c’était qu’ici les gens étaient des choses.

Une jeune esclave qui pondait des petits était comme une presse à billets : de l’argent qui engendrait de l’argent. Quand on était une chose – une charrette, un cheval, un esclave –, on avait une valeur qui déterminait ce qu’on pouvait espérer.

Les esclaves s’écartèrent, évaluant soigneusement la distance qui représenterait la juste proportion de crainte et de respect.

Mais la terreur était déjà à leurs trousses, comme chaque jour à la plantation, et elle avançait à leur rythme.

Chaque fois qu’ils achevaient un segment de leur voyage, une nouvelle étape inattendue débutait. La grange aux chaînes, le trou dans la terre, le wagon branlant : le chemin de fer clandestin faisait route vers le bizarre.

Elle ne comprenait pas bien les histoires d’argent, mais quand il s’agissait de vendre des gens elle savait de quoi il était question.

Il parlait petit-nègre, mélange d’une langue africaine perdue et du patois d’esclave.

Ça restait le Sud, et le diable avait de longs doigts agiles. Et puis, après tout ce que le monde leur avait enseigné, comment ne pas reconnaître des chaînes quand on les leur fixait aux poignets et aux chevilles… Celles de Caroline du Sud étaient de facture nouvelle – avec des clefs et des cadenas typiques de la région – mais elles n’en remplissaient pas moins leur fonction de chaînes. Ils n’étaient pas allés bien loin.

Elle l’aspira aussi goulûment que si ç’avait été de l’eau : le ciel nocturne était le meilleur repas qu’elle ait jamais goûté, ses étoiles succulentes et mûres après tout ce temps passé sous terre.

Elle sourit un moment, avant que la réalité de sa nouvelle cellule ne reprenne ses droits. Elle grattait entre quatre murs comme un rat. Aux champs, sous terre ou dans un grenier, l’Amérique restait sa geôlière.

Ces gens s’étiolaient au fil de leur parcours échevelé, regardaient de part et d’autre, jamais devant eux. Comme pour éviter les regards de tous les fantômes, ceux des morts qui avaient bâti leur ville.

Le registre de l’esclavage n’était qu’une longue succession de listes. D’abord les noms recueillis sur la côte africaine, sur des dizaines de milliers de manifestes et de livres de bord. Toute cette cargaison humaine. Les noms des morts importaient autant que ceux des vivants, car chaque perte, par maladie ou suicide – ou autres motifs malheureux qualifiés ainsi pour simplifier la comptabilité –, devait être justifiée auprès des armateurs. À la vente aux enchères, on recensait les âmes pour chacun des achats, et dans les plantations les régisseurs conservaient les noms des cueilleurs en colonnes serrées d’écriture cursive. Chaque nom était un investissement, un capital vivant, le profit fait chair.

« Je suis ce que les botanistes appellent un hybride, dit-il la première fois que Cora l’entendit discourir. Un croisement de deux familles différentes. Quand il s’agit de fleurs, un tel mélange est un régal pour l’œil. Quand cette hybridation prend une forme de chair et de sang, certains s’en offensent. Dans cette pièce, nous reconnaissons ce métissage pour ce qu’il est : une nouvelle beauté née au monde, et qui fleurit tout autour de nous. »

« Un Noir libre ne marche pas pareil qu’un esclave, disait-il. Les Blancs le sentent immédiatement, même si ce n’est pas conscient. Il ne marche pas pareil, ne parle pas pareil, ne se tient pas pareil. C’est dans les os. »

« Le maître répétait souvent que la seule chose qui soit plus dangereuse qu’un nègre avec un fusil, leur dit-il, c’était un nègre avec un livre. Alors ici ça doit être un vrai arsenal de poudre noire ! »

S’ils peuvent tuer un esclave parce qu’il apprend à lire, que vont-ils donc penser d’une bibliothèque ? Nous sommes dans une pièce qui déborde d’idées. Trop d’idées pour un homme de couleur. Ou une femme.

Ce mal s’infiltre dans le sol. Certains disent qu’il s’y enracine et s’y fortifie.

Et l’Amérique est également une illusion, la plus grandiose de toutes. La race blanche croit, croit de tout son cœur, qu’elle a le droit de confisquer la terre. De tuer les Indiens. De faire la guerre. D’asservir ses frères. S’il y avait une justice en ce monde, cette nation ne devrait pas exister, car elle est fondée sur le meurtre, le vol et la cruauté.

Les femmes, c’est comme les bêtes, disait-il, il suffit de les plier une fois. Après, elles restent pliées.

Info : Esclavage (Wikipedia)  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *