Gautier, Théophile « Le Capitaine Fracasse » (1863)

Gautier, Théophile « Le Capitaine Fracasse » (1863)

Auteur : Jules Pierre Théophile Gautier, né à Tarbes le 30 août 1811 et mort à Neuilly-sur-Seine le 23 octobre 1872, est un poète, romancier et critique d’art français.

Lorsqu’il écrit Le Capitaine Fracasse, Gautier vient d’avoir cinquante ans.
Artiste accompli et journaliste influent, il souffre des nostalgies de l’homme arrivé. Cette célébration de l’audace bouffonne et de l’héroïsme au grand coeur, qui idéalise la belle, pourfend l’injustice et ridiculise les conformismes, lui sera prétexte à poursuivre lui-même une aventure aux sources du temps où il menait, impasse du Doyenné, une vie de bohème.

Romans : Gautier a écrit huit romans, tous publiés de son vivant : Mademoiselle de Maupin. Double amour (1835) – L’Eldorado, devenu, très vite, Fortunio (1837-1838) – Militona (1847) – Les Roués innocents (1847) – Les Deux étoiles (1848), devenu Partie carrée (1851), et, enfin, La Belle Jenny (1865) – Jean et Jeannette (1850) – Le Roman de la momie (1858) – Le Capitaine Fracasse (1863).

Le Capitaine Fracasse est un roman de cape et d’épée de Théophile Gautier, paru en 1863, qui a fait l’objet de nombreuses adaptations à la scène, à la télévision et au cinéma.

Les classiques peuvent se télécharger gratuitement sur le net. Pensez-y si vous souhaitez le lire. j’ai lu le livre en le téléchargeant dans le site : Une édition BIBEBOOK – www.bibebook.com )
Il existe au Livre de poche – 537 pages –

Résumé : Le baron de Sigognac mène une vie solitaire dans son manoir en ruine. Une nuit, il y accueille une troupe de comédiens ambulants et décide de tout quitter pour les beaux yeux d’Isabelle. Pour l’amour de l’ingénue de cette troupe de comédiens nomades, le jeune baron de Sigognac, qui se morfondait au château de la Misère, part à l’aventure sur les routes de France. Il prend le nom de capitaine Fracasse, suit la troupe à Paris et dispute Isabelle à son déloyal et puissant rival, le duc de Vallombreuse. Duels, traquenards, enlèvement : le jeune homme n’a plus le temps de s’ennuyer !

Mon avis : Quel bonheur de relire un classique. J’avais dejà relu il y a quelques années avec plaisir « Le roman de la momie » et j’ai eu un plaisir fou à relire les aventures du Baron de Sigognac. Faut dire que les romans qui se situent au XVIIème siècle, j’adore ça. Alliant le romantisme, l’aventure, l’amour, la description de la vie des comédiens, de la noblesse, du peuple au XVIIème siècle, le roman va de rebondissements en rebondissements. Et pour qui aime la langue du XVIIème siècle, c’est un festival. J’étais jeune quand j’ai fait la connaissance du Capitaine Fracasse (hommage à M. Jean Marais…) et j’ai toujours aimé les récits de cape et d’épée. Alors je ne pouvais que me passionner pour le destin du Baron de Sigognac. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser découvrir. C’est aussi l’éloge des vertus du théâtre, des cœurs bien nés, de l’honneur, de la patience, du respect… mais sans coté moralisateur. Le récit est vif, on ne s’ennuie pas un seul instant..

Certes il n’est pas inutile d’avoir un dictionnaire à portée de main, car même si j’ai lu bon nombre de romans historiques qui font revivre cette époque  (D’Aillon, Jean – Les aventures de Louis Fronsac (XVIIème siècle)  je dois dire que jamais je n’avais rencontré autant de mots et expressions qui m’étaient inconnues (voir en bas de l’article quelques informations sur la langue de l’auteur). L’utilisation du dictionnaire vaut aussi si vous avez des lacunes en matière de mythologie par exemple ( Penthésilée : une des reine des Amazones..) et bien d’autres…

Extraits :

Les ronces, aux ergots épineux, se croisaient d’un bord à l’autre des sentiers et vous accrochaient au passage pour vous empêcher d’aller plus loin et vous dérober ce mystère de tristesse et de désolation. La solitude n’aime pas être surprise en déshabillé et sème autour d’elle toutes sortes d’obstacles.

Rien n’est plus triste que ces portraits oubliés dans ces chambres désertes ; reproductions à demi effacées elles-mêmes de formes depuis longtemps dissoutes sous terre.
Tels qu’ils étaient, ces fantômes peints étaient des hôtes bien appropriés à la solitude désolée du logis. Des habitants réels eussent paru trop vivants pour cette maison morte.

Ainsi attifée, Sérafina avait une mine de Penthésilée et de Marphise très propre aux aventures et aux comédies de cape et d’épée.

L’artifice de l’écrivain a cette infériorité sur celui du peintre qu’il ne peut montrer les objets que successivement. Un coup d’œil suffirait à saisir dans un tableau où l’artiste les aurait groupées autour de la table les diverses figures dont le dessin vient d’être donné ; on les y verrait avec les ombres, les lumières, les attitudes contrastées, le coloris propre à chacun et une infinité de détails d’ajustement qui manquent à cette description, cependant déjà trop longue, bien qu’on ait tâché de la faire la plus brève possible

Le commencement du repas fut silencieux ; les grands appétits sont muets comme les grandes passions !

Il s’était approché, profitant de l’ombre, ventre à terre, et tellement aplati que les jointures de ses pattes formaient des coudes au-dessus de son corps, comme une panthère noire guettant une gazelle, sans que personne eût pris garde à lui. Parvenu jusqu’à la chaise du baron de Sigognac, il s’était redressé et, pour attirer l’attention du maître, il lui jouait sur le genou un air de guitare avec ses dix griffes.

Sigognac, resté seul, éprouva la sensation des gens qui s’embarquent et que leurs amis quittent sur la jetée du port ; c’est peut-être le moment le plus amer du départ ; le monde où vous viviez se retire, et vous vous hâtez de rejoindre vos compagnons de voyage, tant l’âme se sent dénuée et triste, et tant les yeux ont besoin de l’aspect d’un visage humain

Foin du passé ! c’est le désespoir et le jeûne ; le futur, au moins, permet à l’estomac des rêveries agréables.

Malgré le grincement affreux des roues, qui sanglotaient, miaulaient, rauquaient, râlaient, tout le monde s’endormit d’un sommeil pénible, entremêlé de rêves incohérents et bizarres, où les bruits du chariot se transformaient en ululations de bêtes féroces ou en cris d’enfants égorgés.

C’était le parc, qui s’étendait au loin, vaste, ombreux, profond, seigneurial, attestant la prévoyance et la richesse des ancêtres. Car l’or peut faire pousser rapidement des édifices, mais il ne saurait accélérer la croissance des arbres, dont peu à peu les rameaux s’augmentent comme ceux de l’arbre généalogique des maisons qu’ils couvrent et protègent de leur ombre.

En effet, le théâtre n’est-il pas la vie en raccourci, le véritable microcosme que cherchent les philosophes en leurs rêvasseries hermétiques ? Ne renferme-t-il pas dans son cercle l’ensemble des choses et les diverses fortunes humaines représentées au vif par fictions congruantes ?

Entre les morceaux disjoints les coutures riaient aux éclats et montraient leurs dents de fil. Des reprises perdues, mais retrouvées depuis longtemps, bouchaient les trous avec des grillages compliqués comme ceux des judas de prison ou de portes espagnoles.

La modestie, ce fard intérieur, lui manquait totalement. Parmi les pots de sa toilette, il n’y avait pas de ce rouge-là.

L’écrivain qui fait un roman porte naturellement au doigt l’anneau de Gygès, lequel rend invisible.

une actrice est comme un tableau qu’il faut contempler à distance et sous le jour propice. Si vous approchez, le prestige se dissipe.

Les paroles sont femelles, les actions mâles, et la lessive de l’honneur ne se coule qu’avec du sang, comme disent les Espagnols.

J’avais trop affaire d’esquiver la machine roulante pour voir si elle était historiée de lions léopardés ou issants, d’alérions ou de merlettes, de besans ou de tourteaux, de croix cléchées ou vivrées, ou de tous autres emblèmes.

De longs cheveux bruns encadraient ce visage mort attristé par un incurable ennui, un ennui espagnol, à la Philippe II, comme l’Escurial seul peut en mitonner dans son silence et sa solitude.

Et d’ailleurs la volupté amollit le courage, et les plus grands capitaines se sont repentis de s’être trop adonnés aux femmes. Témoin Hercule avec sa Déjanire, Samson avec sa Dalila, Marc-Antoine avec sa Cléopâtre, sans compter les autres dont je ne me souviens pas, car on a cueilli bien des fois les prunes depuis que j’ai fait mes classes.

Les heures endormies ne s’étaient pas donné la peine de retourner leur sablier plein de poussière.

il se sentait à l’aise dans ce vêtement usé dont ses habitudes avaient formé les plis.

Si la langue de Gautier vous intéresse (Merci à Richard de m’avoir signalé cette publication) : Entre la lettre et l’esprit : Gautier et la langue de Corneille : Le Capitaine Fracasse, un « ricochet qui fait bouquet » par Françoise Court-Perez  ( lire article )

Quelques termes de vocabulaire  ( mais pour vous régaler lisez le roman !)
le niellage est la technique d’orfèvrerie qui consiste à appliquer le nielle (ou niello, du latin nigellus, « noirci »), un sulfure métallique de couleur noire qui inclut du cuivre, de l’argent et souvent même du plomb ou du borax, employé comme matière de remplissage dans la marqueterie de métaux. Le métal gravé est rempli avec cet alliage fondu le long des traits produits par la gravure au burin, ensuite la surface niellée est polie pour éliminer le dépassement de métal ajouté.
faire carousse (carrousse) : Vx et/ou fam. Réunion, partie de plaisir où l’on boit copieusement. – boire sec –
Viédaze : Vx. Personne idiote, bête. Synon. con. (franc viédaze : un vrai con)
quidditative : adj f (philosophie) relative à la quiddité, à l’essence d’une chose
jayet : 1 variété de lignite d’un noir luisant qu’on peut travailler et dont on fait des bijoux – 2 verre teinté en noir, « faux jais » utilisé en joaillerie – 3 couleur noire profonde  (jayet est un autre nom pour désigner le jais)
Guenipe: coureuse, femme de mauvaise vie
Roquet : – Ancien manteau (Un roquet de bourracan rouge complétait cet ajustement qui eut fait honte à un cueilleur de pommes du Perche)

 

9 Replies to “Gautier, Théophile « Le Capitaine Fracasse » (1863)”

  1. Parmi les lectures emblématiques de son enfance, Marcel Proust, dans la préface de « sa » traduction de « Sésame et les lys », de John Ruskin, dans son roman inachevé, « Jean Santeuil, dans sa correspondance et évidemment dans son cycle romanesque majeur « À la recherche du temps perdu », Marcel Proust cite régulièrement un livre qui a accompagné son enfance : c’est « Le Capitaine Fracasse », de Théophile Gautier.
    Avec semblable référence, Catherine, il ne te reste plus, après avoir lu et apprécié cette oeuvre de Gautier, d’entamer la rédaction de ton propre roman …

    1. C’est cela oui… 😉
      Mon cher Richard, je prends un plaisir immense à lire , pendant des années j’ai pris plaisir à traduire, mais écrire… c’est autre chose… et puis il me reste encore à lire un jour « À la recherche du temps perdu » …

  2. Tout le monde sait que tu es une dévoreuse, Cat, mais « un jour » comme tu l’écris, pour avaler les 2400 pages de la « Recherche », cela me paraît fort peu réaliste … ou alors ce sera un jour et une nuit.

    1. Il faut dire que j’ai une intégrale (Quarto Galllimard) et dès que je le regarde, les bras m’en tombent! Alors c’est mal parti …
      je triche car j’ai aussi en tomes séparés…
      Allez … ce sera le classique 2021… ( pas la totale …)

      1. D’autant plus que 2021, ainsi que je l’ai dernièrement écrit sur ma propre page FB, célébrera, – fastueusement, j’espère, au niveau de nouvelles publications -, le 150ème anniversaire de la naissance de Proust. Avec notamment, déjà annoncé pour janvier, un « Cahier de l’Herne » exceptionnel, sous la direction de Jean-Yves Tadié, fort attendu par les « proustophiles ».

  3. Épées, fleurets, oui-da, j’arrive, attirée par le fracas des lames…
    Par contre, je n’aime pas trop les duels aux sabres.
    Longtemps que je n’ai plus lu un bon roman de capes et d’épée…
    Peut-être bien je me retournerai vers Sigognac et Gautier, Soeurette 😉

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