Beuglet, Nicolas « Le dernier message » (RL2020)

Beuglet, Nicolas « Le dernier message » (RL2020)

Auteur : Après quinze années passées chez M6, Nicolas Beuglet a choisi de se consacrer à l’écriture de scénarios et de romans.1er roman paru sous le nom de  Nicolas Sker : «Le premier crâne» (2011). En 2016 il publie « Le cri » et en 2018 « Complot » et  une nouvelle dans le recueil « Phobia »  (J’ai Lu 14/03/2018) . « L’île du diable » paraît en 2019. Une nouvelle «Ca n’arrivera pas» parait en 2020 sur le thème de la pandémie. En 2020 il crée la série Grace Campbell  « Le dernier message » (2020), suivi de «Le passager sans visage» (2021)

Editeur XO – 17.09.2020 – 400 pages

Série : Grace Campbell – tome 1

Résumé :

Ile d’Iona, à l’ouest de l’Ecosse. Des plaines d’herbes brunes parsemées de roches noires. Et au bout du  » Chemin des morts « , la silhouette grise du monastère. Derrière ces murs suppliciés par le vent, un pensionnaire vient d’être retrouvé assassiné. Son corps mutilé de la plus étrange des façons. C’est l’inspectrice écossaise Grace Campbell qui est chargée de l’enquête. Après un an de mise à l’écart, elle joue sa carrière, elle le sait.
Sous une pluie battante, Grace pousse la lourde porte du monastère. Elle affronte les regards fuyants des cinq moines présents. De la victime, ils ne connaissent que le nom, Anton. Tous savent, en revanche, qu’il possédait un cabinet de travail secret aménagé dans les murs. Un cabinet constellé de formules savantes… Que cherchait Anton ? Pourquoi l’avoir éliminé avec une telle sauvagerie ? Alors qu’elle tente encore de retrouver confiance en elle, Grace ignore que la résolution d’une des énigmes les plus vertigineuses de l’humanité repose tout entière sur ses épaules…

Mon avis :

Gros coup de cœur, je le dis de suite !
Ce roman nous entraine aux confins de l’univers, dans le domaine de l’astrophysique, on remonte à la création du monde, aux notions de trous noirs, de big-bang..
Quand un roman se situe en Ecosse, c’est dejà un petit plus pour moi car j’adore ce pays et j’ai découvert des endroits des Highlands que je ne connaissais pas ; quand en plus il intègre la mythologie (Hadès, Olympe, Léthé, Métis), l’amour des livres, le savoir, la connaissance, les interrogations sur le monde passé, présent et à venir,
Quand il intègre en plus le mystère, l’action, la psychologie, l’amitié, le côté humain…  le vrai coup de cœur se profile. Immédiatement j’ai ressenti un vrai intérêt pour le personnage de Grace, une véritable empathie et un grand attachement à la presque totalité
Intéressante aussi la réflexion centrée sur la baisse de l’intelligence humaine due à l’utilisation abusive des écrans, les stratégies des pourvoyeurs de programmes, la relation avec l’économie, la religion, la politique, la destruction de l’imaginaire, de l’imagination, de la création, de la faculté d’inventer.
Cela commence à devenir une habitude : je m’intéresse aux prénoms des personnages. Ici le duo composé par Grace et Naïs est important, car Naïs – du nom d’une naïade de la mythologie grecque, vient de l’hébreu Hannah, qui signifie « Grâce »- et on peut donc les considérer comme des doubles.
Un régal !

 

Extraits :

À l’exception d’une paroi de la largeur d’une porte couverte par un rideau, chaque mur n’était qu’une bibliothèque aux rayonnages emplis de livres dont l’odeur rassurante de vieux papier imprégnait la pièce. Grace balaya du regard chaque étagère, savourant la présence silencieuse des seules vies qu’elle avait autorisées à partager la sienne. Les volumes s’étaient même invités sur des planches fixées à la porte d’entrée, comme autant de gardiens de son foyer.

 

sa taille était plus féminine que magazine comme elle s’amusait à le penser parfois.

Mais une petite voix qui aurait pu ressembler à un miaulement l’encouragea à réfléchir par elle-même.

Le crépuscule abandonnait le combat et les terres mouraient dans un triste halo gris assiégé de toutes parts par l’obscurité.

Elle savait les Highlands connues pour la pureté de leurs nuits étoilées, mais comment aurait-elle pu imaginer un tel choc ?
Des plus hautes sphères des espaces infinis, une main invisible avait saupoudré le ciel d’encre d’une neige de diamants, d’émeraudes et de saphirs dans le spectacle le plus enchanteur qu’il fut offert à l’homme sur cette terre.

— Ah… moi, je n’aime pas lire. Ma copine essaie de m’encourager, mais ça ne prend pas. Je m’ennuie dès que j’ouvre un bouquin.
— C’est parce que vous n’avez pas encore trouvé celui qui vous emportera.

Connaître vraiment quelqu’un, c’est surtout connaître ses aspects les plus sombres, justement parce qu’il les cache aux autres, non ?

Que se préparait-il de si terrible pour que soit amassée une légion de cercueils produits à la chaîne comme on fabriquerait des Tupperware funèbres ? Une pandémie dévastatrice ? Une guerre ravageuse ? Une épouvantable catastrophe naturelle ?

Hadès.
Le sceptre à deux fourches gravé sur les portes de l’entrepôt était effectivement celui du dieu des Enfers de la mythologie grecque.

Vous pensez peut-être que je craquerai vite sous la torture, mais ne vous fiez pas aux apparences… tous les vécus ne se lisent pas sur les visages.

Je pense que c’est un manque de politesse de faire subir aux autres l’agitation ou la colère qui peuvent être les nôtres.

Réflexe de lectrice assidue, elle ne put s’empêcher de filer la métaphore en comparant sa vie à ces collines arrondies sur lesquelles avait surgi de nulle part une ombre aussi menaçante que ces sinistres aiguilles qui perçaient le ciel de plomb.

« Fin du monde » est le nom d’un lieu très particulier de la vieille ville d’Édimbourg, à l’angle de St Mary’s Street et de High Street. Il y a même un pub à cet endroit, qui s’appelle ainsi.
— Et pourquoi « Fin du monde » ?
— Ça vous intéresse vraiment ?
— Surtout si je n’ai pas été capable de le comprendre.
— Eh bien, ça remonte au XVIe siècle, lorsqu’on a construit des remparts autour de la ville pour se protéger des Anglais. Il y avait une seule porte dans ces murailles et il fallait payer une belle somme d’argent pour avoir le droit de sortir, mais aussi pour entrer. Les habitants les plus pauvres d’Édimbourg, qui représentaient la majorité de la population, n’avaient pas les moyens de s’acquitter de cette taxe. Ne pouvant jamais quitter la ville, leur monde s’arrêtait donc au pied de cette muraille. Voilà pourquoi ils ont surnommé cet endroit « Fin du monde ».

Cette baisse de QI va également accroître le pouvoir des idéologies les plus extrêmes. En période de détresse économique, beaucoup d’individus chercheront à faire payer des coupables imaginaires pour leur malheur. Toutes celles et tous ceux qui n’auront plus l’intelligence de se forger une vision complexe et informée du monde (et qui seront donc de plus en plus nombreux) vont en effet devenir des proies idéales pour tous les mouvements politiques et religieux binaires, simplistes, qui leur offriront du prêt-à-penser facile.

Au cours de l’histoire, l’espèce humaine n’a cessé de voir son intelligence croître, et depuis une vingtaine d’années, on assiste effectivement à une chute.

— Léthé, c’est le fleuve des enfers dont les morts boivent les eaux pour oublier leur vie passée. Et Métis est la déesse de l’intelligence.
— La mort, l’oubli et l’intelligence, résuma Naïs.

Le daimôn en grec a effectivement donné le mot « démon » en français, mais à l’époque de la Grèce antique, il n’avait pas sa connotation maléfique. Il décrivait une sorte d’esprit divin, un souffle supérieur qui habitait certains êtres humains et leur conférait des facultés intellectuelles ou artistiques d’une puissance hors du commun. L’homme ou la femme habités par un daimôn s’élevaient au-dessus des mortels pour voir au-delà de ce que l’espèce humaine était capable de concevoir. Jadis, on disait que ces daimones étaient les héros de l’âge d’or que Zeus avait transformés en esprits pour aider les mortels à « grandir ». […]
— Les daimones sont, en quelque sorte, des anges du savoir, murmura-t-elle.
— C’est joliment dit.
— Mais c’est surtout la définition de la notion de génie, non ? […]
— Plus tard, lut-elle à haute voix, pour donner raison à sa coéquipière, les Romains adapteront le terme de daimôn en genius, qui vient du verbe gignere signifiant générer, engendrer, qui a donné le mot gène, ou génital. Le genius est bien celui qui donne naissance, celui qui crée à partir de rien. Qui est à l’origine d’une idée, d’une œuvre n’ayant jamais existé auparavant.

Image : Iona

2 Replies to “Beuglet, Nicolas « Le dernier message » (RL2020)”

  1. Un thriller bien ficelé et glaçant , addictif . A l’enquête autour d’un meurtre commis de façon surprenante , se mêle des découvertes autour de 2 thématiques très intéressantes même si j’ai dû m’accrocher pour suivre celle qui concerne l’Univers et la question autour du big bang . Quant à celle de la fabrication du crétin digital dés le plus jeune âge et de la captation de nos cerveaux par les réseaux sociaux et autres plateformes , pas besoin d’être Einstein pour comprendre !
    Les très belles descriptions des paysages écossais ou groenlandais participent à l’ambiance et au suspense , ce n’est pas du tourisme plan plan !
    Alors que l’enquête tourne à 200 à l’heure, que les thèmes abordée sont ambitieux et bien ancrés dans notre société , j’ai eu une légère frustration quant aux personnages que je trouve survolés, y compris celui de Grace dont le passé semble douloureux , c’est classique mais quand même ! quelques explications auraient été bienvenues . Sans doute y aura-t-il une suite …

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