Beuglet, Nicolas «Complot» (2018)

Beuglet, Nicolas «Complot» (2018)

Auteur : Après quinze années passées chez M6, Nicolas Beuglet a choisi de se consacrer à l’écriture de scénarios et de romans.1er roman paru sous le nom de  Nicolas Sker : ‘Le premier crâne’ (2011). En 2016 il publie « Le cri » et en 2018 « Complot » et  une nouvelle dans le recueil « Phobia »  (J’ai Lu 14/03/2018). « L’île du diable » paraît en 2019

Editeur XO – 16.05.2018 – 496 pages

Résumé : Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d’une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux. Quand l’inspectrice Sarah Geringën, escortée par les forces spéciales, apprend l’identité de la victime, c’est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre. Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Que cachait-elle sur cette île, dans un sanctuaire en béton enfoui au pied du phare ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d’une terrifiante série meurtrière.

Dans son enquête, curieusement, quelqu’un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées… De la Norvège à la vieille cité de Byblos, et jusqu’au coeur même du Vatican, c’est l’odeur d’un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas. Et dans cette lutte à mort, Sarah va devoir faire face à ses peurs les plus profondes, à ses vérités les plus enfouies… Etayé par les dernières découvertes de la science et de l’histoire, Complot explore les secrets premiers de l’humanité.

Un thriller époustouflant. Et une révélation bouleversante sur ce que fut, il y a fort longtemps, le pouvoir des femmes.

L’auteur le dit : sur le Blog « Emotions – Blog littéraire et musical)    https://gruznamur.wordpress.com/2018/06/05/interview-1-livre-en-5-questions-complot-nicolas-beuglet/   Toutes les sources sont historiques, les interprétations sont en revanche le fait des personnages.

Mon avis : Un des meilleurs thrillers que j’ai lu cette année. “Complot”, c’est une documentation étalée sur une dizaine d’années. Comme j’aime la mythologie et l’histoire, je ne pouvais qu’apprécier. C’est également un livre à la gloire des femmes.

Mais commençons par le commencement. J’ai retrouvé avec plaisir les deux personnages (trois si je compte Simon) de la série qui commençait par « le cri ». Sarah Geringën et ses zones d’ombre, et Christopher qui l’aime d’un amour total et va se trouver dans une situation bien délicate quand il va devoir accepter le fait que sous l’amour il y a des secrets qui semblent bien plus lourds à porter qu’un simple jardin secret). Un thriller qui nous fait parcourir le monde, les époques. Il nous parle de découvertes archéologiques et historiques, de mythologie, de politique, de réalisations scientifiques, de religion…

Bref il ratisse large. Je ne l’ai pas lâché ; beaucoup d’action, de suspense, de questions, de révélations.  J’ai beaucoup aimé, comme je l’ai dejà dit !

Extraits :

Il se rappela avec quelle éloquence elle avait un jour répondu à l’un de ses copains qui avait déclaré que flic était quand même plutôt un métier d’homme que de femme. Allant jusqu’à prétendre, avec l’assurance de ceux qui sont persuadés de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, que les nanas n’étaient pas faites pour ça.

— Pas faite pour quoi au juste ? avait répliqué Sarah. Maîtriser la loi et les procédures ? Être intègre et juste ? Faire preuve de patience, de rigueur, de persévérance, de sang-froid ? Savoir s’adapter rapidement, mettre de côté l’émotion, la colère, le dégoût ? Il me semble que toutes ces compétences sont partagées par les hommes et les femmes, non ? Comme la bêtise, l’arrogance et le mépris, qui font de très mauvais flics d’ailleurs. Comme quoi c’est bien que vous ayez choisi d’être journaliste.

Et elle savait mieux que personne combien un simple contact physique, même furtif, créait un lien entre deux individus, un lien qui les influençait mutuellement sans même qu’ils s’en rendent compte.

Céder à la pression d’un supérieur, quel qu’il soit, c’était obéir à une volonté qui ne se maîtrisait pas.

Quand l’un tremblait, l’autre n’avait pas peur ou en tout cas, il ne le montrait pas. Ce n’était pas un mensonge, plutôt une conscience aiguë du besoin de chacun.

son cerveau avait jeté ses inquiétudes les unes contre les autres à la façon d’une boule de flipper coincée entre deux bumpers.

l’une des règles du journalisme d’investigation : flatter le témoin indécis pour transformer sa culpabilité en fierté. Faire de lui un héros alors qu’il croit être un traître.

D’où lui venait cette urgence qui, aux yeux de certains, la rendait forte, mais qui en réalité l’épuisait un peu plus chaque jour ?

Vêtu d’un costume bleu marine bien taillé et d’une cravate, il dégageait un étrange mélange de ministre calculateur et de prédateur impulsif.

Il avait l’impression qu’il aimerait cette femme quoi qu’il apprenne sur elle. C’est en tout cas ce qu’il espérait et redoutait à la fois.

elle a commencé par mettre la main devant ses lèvres. Dans mes interrogatoires, j’ai souvent remarqué que les gens faisaient ça quand ils mentaient, comme s’ils voulaient éviter que la vérité ne sorte de leur bouche.

Le taureau a toujours été associé à la divinité féminine, parce qu’il est considéré comme un animal fertile, et l’arbre, ou même le tronc d’arbre, est lui aussi le symbole du féminin parce qu’il représente la vie qui sort du ventre de la terre.

Je ne citerai que les déesses mères les plus connues de l’antiquité : la déesse Nekhbèt, en Égypte, était considérée comme une démiurge qui aurait créé le monde en prononçant sept paroles et en lançant sept flèches, et ce bien avant l’avènement du dieu soleil Amon. Cybèle, officiellement appelée la magna mater, la mère des dieux, et dont le culte à Éphèse (dans l’actuelle Turquie) a rayonné sur tout l’Empire romain, jusqu’en Gaule, sans qu’aucun Dieu masculin vienne lui faire de l’ombre. Ishtar, chez les Sumériens, fut la grande déesse de vie, de fertilité et réunissait pas moins de quinze sanctuaires. Mari, la déesse primordiale des Basques, dont le nom est encore présent dans la culture du pays, la géante Gaïa, ancêtre maternelle de tous les dieux du panthéon grec, Brigit, la déesse la plus puissante de la mythologie celtique, Asherah, la déesse mère des peuples de Canaan et des premiers Israélites, etc.

Et comprenez bien que ces déesses n’étaient pas des divinités parmi d’autres. Non, elles étaient uniques et régnaient seules, sans aucun dieu à leurs côtés.

La mythologie grecque offre également un exposé limpide du conditionnement psychologique des masses à travers ses récits. Pour commencer, Échidna, qui en grec veut dire “femelle vipère”, mi-femme mi-serpent, était connue comme “la mère de tous les monstres” de la mythologie grecque.

— L’humour n’a pas toujours raison. Surtout si avoir de l’humour consiste à rabaisser un groupe de personnes réuni en fonction de sa couleur de cheveux, ou de je ne sais quel autre critère réducteur.

— Mais tu sais qu’il y a plein de femmes qui font des blagues sur les blondes et qui se traitent elles-mêmes de blondes quand elles font un truc idiot.

— Je sais et je pense qu’elles sont victimes de ce que tu disais tout à l’heure : du rituel d’intégration. Si elles ne le font pas, elles craignent inconsciemment de passer pour des rabat-joie et d’être exclues par le groupe dominant, à savoir les hommes. Elles préfèrent donc s’autodétruire pour correspondre à ce que la société masculiniste attend d’elles : la soumission.

L’hypothalamus régule tout ce qui est instinctif chez les mammifères et l’humain : l’appétit, la fabrication d’hormones, la peur…

l’indice de Manning, qui permet de différencier les hommes et les femmes en fonction de leurs mains. Les femmes ont en effet tendance à avoir l’index et l’annulaire de même taille alors que les hommes ont l’annulaire plus grand que l’index.

Car l’intelligence n’est héréditaire qu’à 40 % ou 50 %, c’est ensuite l’éducation, la stimulation de l’enfant qui font les 60 % à 50 % restants.

À part l’abyssale sensation de vide et de solitude qui s’ouvrait en lui, il ne ressentait rien. Ou plutôt, il écrasait de toutes ses forces les doutes qu’il sentait monter en lui et qui ne tarderaient pas à le tourmenter.

elle se demandait dans quelle mesure un ordre opprimé pouvait rétablir la justice sans violence. Puisque, par définition, le groupe qui domine exerce une violence sur le dominé, comment ce dernier peut-il se libérer sans affrontement ?

Violent, agressif, le féminisme pouvait être tout ce qu’on voulait, mais il n’avait jamais tué personne. Contrairement au masculinisme qui, non content de dominer, tuait tous les jours.

En anglais, Pâques se dit Easter, du nom de la déesse anglo-saxonne de la fertilité, appellation qui provient elle-même de la grande déesse Ishtar de Mésopotamie et que l’on prononçait d’ailleurs easter en langue sémitique.

le logo de la marque Starbucks. Cette femme aux seins nus recouverts par de longs cheveux qui tient ses deux queues de sirène entre les mains, c’est Mélusine. Une femme aux propriétés magiques qui se transformait en sirène ou en femme à queue de serpent lorsqu’elle se baignait.

En savoir plus sur :

–          le site de Cliffs End Farms : https://www.wessexarch.co.uk/our-work/cliffs-end-farm

–          Echidna : https://fr.wikipedia.org/wiki/Échidna

One Reply to “Beuglet, Nicolas «Complot» (2018)”

  1. Tu en as si bien parlé que je ne vois rien à rajouter . Des 3 romans de cette trilogie, c’est mon préféré sans doute en raison des recherches qui montrent comment les hommes ont dépossédé les femmes de leurs prérogatives depuis l’Antiquité – et continuent de le faire d’ailleurs! Ce n’est pas souvent qu’on a un thriller aussi féministe et s’appuyant sur des recherches historiques. J’ai beaucoup aimé aussi l’enquête aussi, les échecs successifs nous ramènent à une dimension humaine des personnages , cette fois ci  » les méchants » en plus de très méchants sont forts. Et la scène avec les serpents est tétanisante . Le coup de théâtre final et l’interrogation de Sarah est très émouvante .

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