Tuti, Ilaria «A la lumière de la nuit» (2021)

Tuti, Ilaria «A la lumière de la nuit» (2021)

Auteure : Née le 26 avril 1976, Ilaria Tuti vit à Gemona del Friuli, au nord-est de l’Italie. Passionnée de photographie et de peinture, elle a étudié l’économie et a travaillé comme illustratrice.
Série Teresa Battaglia : Véritable phénomène dans son pays, « Sur le toit de l’enfer » (« Fiori sopra l’inferno »)  premier volet de sa série autour de Teresa Battaglia, lui a valu d’être surnommée par la presse italienne la « Donato Carrisi au féminin ». Le tome deux « La nymphe endormie » (« Ninfa dormiente ») parait en 2018 (2019 pour la traduction française), le tome trois « A la lumière de la nuit » (Luce della notte) en 2021 , suivi de Figlia della cenere (2021)
Autres romans : En 2020 parait en Italien « Fiore di roccia »

Robert Laffont ( La Bête noire) – 14.10.2021 – 227 pages (Traducteur Johan Frederik Hel-Guedj)

Résumé :
L’obscurité mène au néant, la clarté, à la justice. Le nouveau roman d’Ilaria Tuti, la révélation du polar italien. Atteinte d’une maladie rare et condamnée à l’obscurité, Chiara, huit ans, fait des rêves aussi étranges qu’effrayants : dans la forêt qui jouxte sa maison, elle voit un arbre couvert de mystérieuses inscriptions au pied duquel repose un coeur d’enfant. Chiara est convaincue que son rêve fait écho à des événements réels.
Terrifiés, ses parents contactent la police, lançant la commissaire Battiglia sur les traces d’un passé tourmenté. Dans cette région d’Italie où la terre est brûlante, seuls peuvent enquêter ceux qui survivent à la lumière de la nuit…
 » Une écriture d’une grande force visuelle et sensorielle.  » La Stampa

Mon avis :
Tout est parti d’un rêve. Un rêve fait par une petite fille et qui l’a terrifiée. Un rêve ou quelque chose quelle aurait vu dans le bois, la nuit, derrière chez elle ?  Une petite fille très spéciale qui s’appelle Chiara (Claire) et ne supporte pas la lumière du jour. Une petite fille qui vit cloitrée dans la maison de ces parents, qui a peur des gens. Qui d’autre que Teresa Battaglia, la commissaire douée d’une rare empathie, pourrait la comprendre, essayer de mener une enquête pour la rassurer, même si cette enquête n’est pas très autorisée… Enquêter à partir du rêve d’une petite fille ? Teresa va le faire, quitte à se mettre en danger, avec son fidèle inspecteur, Marini et le reste de sa brigade qui la suit une fois de plus, lui faisant aveuglément confiance.
J’aime beaucoup le personnage de Teresa Battaglia, la Commissaire qui avoisine la soixantaine, profondément humaine, forte et fragile à la fois, qui se sait rattrapée par la vieillesse et la maladie Alzheimer, qui ressent les gens…
Ce récit va déboucher sur une véritable enquête sur des faits qui se sont déroulés il y a une vingtaine d’année, pendant la guerre entre la Serbie et la Bosnie. Un livre qui mélange la réalité et le rêve, le fantastique, la fantaisie, l’obscurité et la lumière…
Et je m’arrête là pour ne pas risquer de vous en dire trop …

Khalil Gibran dit en exergue « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. » C’est tout à fait la citation qu’il convient pour ce livre.

Extraits :

C’était incroyable comme les souvenirs récents s’effritaient facilement et d’autres plus anciens se calcifiaient en elle comme un nouveau squelette.

— Chiara est atteinte d’une maladie génétique rare. Son corps déclenche des réactions violentes dès qu’il est exposé à la lumière du soleil : érythèmes, conjonctivites, prurit, elle finit par être couverte de plaies. Chiara est condamnée à l’obscurité.

— La vérité, c’est que Chiara appartient à la nuit. Quand je songe au prénom que nous lui avons donné, je le trouve bizarre.

Les psychotiques dansent sur une musique qui n’appartient qu’à eux.

— J’ai vieilli.
Elle se l’était murmuré à elle-même, éprouvant de la honte pour une chose qui ne dépendait même pas d’elle, qui ne pourrait jamais constituer une faute.

les enfants sont des éponges. Ils écoutent tout, tout le temps, même quand ils semblent absorbés par autre chose, et ils laissent plus tard ressurgir ce qu’ils ont appris, souvent sur un mode transformé et fantasmé, sans bien savoir pourquoi ils le font et où ils ont puisé cette information.

— L’inconscient ne sait pas raconter […]. Voilà pourquoi dans les rêves nous ne sommes pas capables de composer un numéro de téléphone que nous connaissons pourtant par cœur, ou d’en écrire un, même tout simple.

Le désespoir et l’espoir, la peur et le soulagement se mêlaient à l’air qu’elle respirait, comme un fruit sucré déjà un peu entamé par la putréfaction. Une pulpe juteuse, mais avec des vers.

— Nulle part, c’est fréquemment là qu’on aboutit, inspecteur, et c’est seulement maintenant que tu t’en aperçois ? Mais notre travail n’est pas de trouver : c’est principalement de chercher.

Elle s’accroupit, les coudes sur les genoux, les mains contre le front, comme pour soutenir des pensées trop lourdes.

— Les frontières sont des fractures, dit-elle.
Elles couraient sur la terre, fragmentaient le territoire.
[…]
— Oui, ce sont des coupures dans le tissu économique et social, sans parler de la dimension politique. Et on ne construit pas toujours des ponts qui enjambent de telles coupures.
Certainement pas. On érigeait des murs. Cette terre en avait supporté le poids.

— Une brigade est un milieu vivant, qui réagit.
— Qui réagit, en effet, en éliminant quiconque est pris en tort, ou qui serre les rangs pour le protéger, tout dépend de qui la dirige, et des valeurs auxquelles son chef est attaché.

Elle se leva, plus endolorie que lorsqu’elle s’était assise pour se reposer. Elle était comme ces anciens diesels, il lui fallait du temps pour se mettre en marche, et voilà pourquoi elle ne s’arrêtait qu’à contrecœur. Pour elle, redémarrer, c’était encore pire que de passer sous un train.

— Beaucoup de gens s’imaginent que le deuil est réservé à ceux que nous aimons, à quelqu’un d’extérieur à nous, j’entends. Mais nous nous aimons aussi nous-mêmes, ou du moins nous devrions. Construire sa vieillesse suppose de traverser le deuil, cela impose de se confronter à une quantité de disparitions, et en fin de compte avec la perte de la vie. Et l’une des premières étapes du deuil, c’est la colère. Beaucoup de gens, pleins de cette colère, désirent faire souffrir ceux qui survivent, et détruire des vies. Pense aux parents qui refusent de se réconcilier avec leurs enfants au seuil de la mort, ou réciproquement.

Information :
Dans la mythologie grecque, Protée (en grec ancien Πρωτεύς / Prôteús, de l’égyptien Prouti) est une divinité marine, mentionnée en particulier par Homère dans l’Odyssée comme « Vieillard de la Mer » et gardien des troupeaux de phoques de Poséidon. Il est doté du don de prophétie et du pouvoir de se métamorphoser.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.