Dicker, Joël « L’affaire Alaska Sanders » (2022)

Dicker, Joël « L’affaire Alaska Sanders » (2022)

Auteur : Joël Dicker est né à Genève en 1985. Son premier roman, Les Derniers Jours de nos pères, a reçu les Prix des écrivains genevois en 2010. Il a publié en 2012 La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, qui a obtenu successivement le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le 25e Prix Goncourt des Lycéens. En 2015 il a publié Le Livre des Baltimore et en 2018 « La disparition de Stéphanie Mailer », en 2020 « L’énigme de la chambre 622 » , en 2022 « L’affaire Alaska Sanders » .

Editions Rosie & Wolfe – 03.03.2022 – 574 pages

Résumé :
La suite de Harry Quebert Avril 1999. Mount Pleasant, une paisible petite bourgade du New Hampshire, est bouleversée par un meurtre. Le corps d’Alaska Sanders, arrivée depuis peu dans la ville, est retrouvé au bord d’un lac. L’enquête est rapidement bouclée, puis classée, même si sa conclusion est marquée par un nouvel épisode tragique. Mais onze ans plus tard, l’affaire rebondit. Début 2010, le sergent Perry Gahalowood, de la police d’Etat du New Hampshire, persuadé d’avoir élucidé le crime à l’époque, reçoit une lettre anonyme qui le trouble.
Et s’il avait suivi une fausse piste ? Son ami l’écrivain Marcus Goldman, qui vient de remporter un immense succès avec La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, va lui prêter main forte pour découvrir la vérité. Les fantômes du passé vont resurgir, et parmi eux celui de Harry Quebert.

Mon avis :
Alors c’est clairement une  déception ! et pourtant j’aime bien cet auteur originaire de Genève et que j’avais bien aimé les deux premiers volumes.
Le livre commence en avril 2010.  Le meurtre d’Alaska a eu lieu en avril 1999 : c’est donc une affaire non résolue ou un soupçon d’erreur judiciaire qui conclut cette trilogie.
Après 50 pages… cela semble enfin commencer à démarrer un peu … Avant c’est une resucée de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert dont le titre est cité un nombre impressionnant de fois… on dirait une publicité pour le bouquin qui ne cesse de se répéter.. lassant…  et au passage aussi le rappel de son deuxième livre de la saga ( Ce livre n’a pas vocation à raconter le destin des Goldman-de-Baltimore, mais je dois les mentionner ici car je me rends compte aujourd’hui que c’est probablement cette nuit-là, à Harbour Island, que s’instilla, dans mon cerveau d’écrivain, l’idée de leur consacrer un livre que j’écrirais finalement deux ans plus tard : Le Livre des Baltimore.)
Mais il faut encore attendre une bonne centaine de pages avant d’être dans l’action…
Et encore là je me demande toujours pourquoi ces références à Harry qui ne m’apportent pas grand-chose. Mais là cela commence à bouger et à devenir intéressant au niveau de l’enquête et des multiples pistes et fausses pistes…

Alors oui il y a de l’idée, mais le style racoleur du style « lisez-moi », les clichés, le style qui n’en est pas un (à part le recours aux appels récurrents au lecteur pour l’appeler et lui rappeler qu’il est l’écrivain, les « Attention il va se passer un truc »  et les « vous n’avez pas oublié que » qui prennent le lecteur par la main au cas où il ne serait pas assez intelligent ou pas assez intéressé sont lassants ( il faut quand même dire que les allers-retours du type flash-back de séries télévisées sont parfois perturbants dans le déroulé de l’enquête car ils n’apportent pas grand chose au niveau action mais sont surtout des réflexions d’ordre personnel)  Le coté polar est sympa mais les digressions à la « Dallas » ou « Dynastie » coupe le rythme .. Faudrait savoir … il écrit un polar ou une saga familiale ???  Alors oui il y a de jolies phrases, de belles idées… mais…
Je suis déçue mais comme il est dans les gros vendeurs de livres, je ne pense pas que mon avis plutôt négatif – et je le regrette car l’enquête est bien ficelée – va porter un coup à ses finances, alors je me permets..

Extraits :

Vous aimez les souvenirs que vous avez ici, ça s’appelle la nostalgie. La nostalgie est notre capacité à nous convaincre que notre passé a été pour l’essentiel heureux, et que par conséquent nos choix ont été les bons. Chaque fois qu’on évoque un souvenir et qu’on se dit « c’était bien », c’est en fait notre cerveau malade qui distille de la nostalgie pour nous persuader que ce que nous avons vécu n’a pas été vain, que nous n’avons pas perdu notre temps. Parce que perdre son temps, c’est perdre sa vie.

On ne rencontre pas un ami, il se révèle à vous.

Walter ne ferait pas de mal à une mouche. Enfin, une mouche si : il adore la pêche.

Le piège de l’argent, Marcus, c’est qu’il peut acheter toutes les sensations, mais jamais de véritable sentiment. Il peut donner l’illusion d’être heureux sans l’être vraiment, d’être aimé sans l’être réellement. L’argent peut acheter un toit, mais pas la sérénité d’un chez-soi.

Nous n’apprivoisons pas assez la mort. N’oublions pas qu’elle est inhérente à la vie. Il faut parler des disparus pour qu’ils restent vivants. Si, par pudeur, on évite d’évoquer leur mémoire, alors on les enterre pour de bon.

« La grande faiblesse de la mort, c’est qu’elle ne peut venir à bout que de la matière. Elle ne peut rien contre les souvenirs et les sentiments. Au contraire, elle les ravive et les ancre en nous pour toujours, comme pour se faire pardonner en nous disant : C’est vrai, je vous enlève beaucoup, mais regardez tout ce que je vous laisse. »

Nous commandâmes du vin et nous passâmes rapidement à des sujets plus futiles. Nos goûts de lecture, de films, de séries télé. Ce fut une soirée agréable, un peu badine. Nous flirtions à mots couverts.

J’ai ma petite réserve secrète. Tu sais ce qu’on dit : ce qui n’apparaît pas sur le relevé de la carte de crédit n’a jamais existé.

La difficulté avec un secret, ce n’est pas tant de le taire, que de vivre avec.

Et puis vous savez, c’est le problème de tous les artistes : on les admire tant qu’ils sont méconnus, et quand ils réussissent, on les dédaigne car on découvre qu’ils sont comme tout le monde.

Le problème avec certains secrets, c’est qu’on en vient à les oublier soi-même. Un beau jour, ils remontent à la surface, comme des égouts qui débordent.

Aurait-elle pu tout inventer ?
— Non, j’en doute, répondit Bradburd. Les affabulations sont destinées à être partagées, pour provoquer une réaction chez autrui.

Bien sûr, je l’aimais plus que tout. Bien sûr, je l’ai demandée en mariage parce que je me voyais faire ma vie avec elle. Bien sûr, malgré les hauts et les bas, je n’ai jamais douté de mon amour. Mais vous savez ce que cela signifie quand on dit qu’une personne est « la bonne » ? Cela signifie que, quand elle meurt, vous vous rendez compte que vous auriez voulu mourir avec elle. Votre monde s’écroule. Vous ne fonctionnez plus sans elle. Je me sens comme une machine cassée, l’écrivain. En perdant Helen, j’ai perdu mon propre mode d’emploi.

Un ami, c’est quelqu’un que l’on connaît bien et que l’on aime quand même.

Je regardais cet homme comme un étranger. Je voulais tirer un trait. C’est fou notre capacité à construire des relations, puis à les saccager en un rien de temps. La politique de la terre brûlée.

3 Replies to “Dicker, Joël « L’affaire Alaska Sanders » (2022)”

  1. Soeurette, il est sur ma PAL… Comme j’ai bien apprécié les précédents romans, je n’ai pas hésité, surtout que j’avais lu des critiques plutôt positives.
    Toutefois, pas encore lu… Suis en compagnie de Sylvie Yvert et de Lamartine 🙂

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