Swarup, Vikas « Les Sept Vies extraordinaires de Devi Kumari » (2025) 400 pages

Swarup, Vikas « Les Sept Vies extraordinaires de Devi Kumari » (2025) 400 pages

Auteur : Né le 23 juin 1963 à Allahabad, en Inde, Vikas Swarup est un écrivain et diplomate indien. Après avoir été en poste en Turquie, aux Etats-Unis, en Ethiopie, en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud, il est actuellement consul général de l’Inde à Osaka, au Japon. Après « Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire » adapté en film sous le titre de « Slumdog Millionaire ») et « Meurtre dans un jardin indien » (2010), « Pour quelques milliards et une roupie » est son troisième livre traduit en français. En 2025 il publie « Les Sept Vies extraordinaires de Devi Kumari »
( les deux titres en italique ont été lus avant la création du blog)

Belfond – 16.10.2025 – 400 pages (traduit par Sarah Tardy)

Résumé :
Des ruelles labyrinthiques de Delhi aux terres sacrées du Pendjab, des paysages enchanteurs du Kerala aux rivages ensoleillés de Goa, en passant par les rues vibrantes de Mumbai, une odyssée étourdissante au coeur de l’Inde d’aujourd’hui. Par l’auteur de l’inoubliable Slumdog Millionaire , une comédie noire irrésistible, un page-turner made in Bollywood. Victime d’un enlèvement en pleine rue, la jeune Devi est retenue prisonnière dans un sous-sol par un homme dont elle ignore l’identité.
Pour ajouter encore à sa terreur, son geôlier exige d’elle qu’elle confesse des crimes dont elle n’a aucune idée. Si elle n’avoue pas, au petit matin, elle mourra. Alors, Devi va raconter sa vie. Celle d’une enfant des bidonvilles qui, à force de courage et de détermination, a changé sa destinée. Ses talents de conteuse lui permettront-ils de survivre à la nuit la plus longue de son existence ?

Mon avis: 

J’avais aimé les trois premiers romans de cet auteur et j’ai retrouvé l’ambiance de ses livres précédents. C’est inventif, drôle par moments, coloré, entrainant mais profondément humain et cela nous entraine dans une Inde vivante et grouillante de personnages et de problématiques bien spécifiques. Je ne me suis pas ennuyée une seconde et j’ai beaucoup aimé le personnage principal ( et le chien…) . Très bon moment de lecture et une magnifique évasion qui vous emporte…

L’Inde est mystérieuse et multiple, à l’image de l’héroïne du roman.
Tout commence par une vente aux enchères bien particulière qui va nous amener à traverser l’Inde – on part de Mumbai et on finit à Mumbai -, suivre la vie hors norme de Devi/ Munni  (à la naissance) alias Deepa, Deeba, Dasmeet, Deepthi, Diana ou Dolly , vu qu’elle va changer de noms autant que de vies et d’endroits.  On la découvre enfant, puis on va la suivre dans son adolescence et dans sa vie de femme. Devi, c’est un prénom de déesse. C’est même la mère déesse.  C’ est le mot sanskrit pour « déesse »
Revivre les sept vies de Devi va permettre de visiter sept régions de l’Inde passer de Mumbai à New Dehli, Muskan (il y a un centre de détention pour filles) , Pendjab, le Kerala (Trivandrum, capitale du Kerala et Cochin )…  Comme un chat, elle finit par retomber sur ses pattes … mais jusqu’à quand ?

On va vivre dans les bidonvilles et s’apercevoir qu’on y connait tous les habitants, et dans bien d’autres endroits.. Et je ne vous en dit pas davantage pour vous faire profiter pleinement du voyage…

Coté social: les dysfonctionnements du système comme la corruption de la police et des autres, le problème des castes, les différences de traitements selon qu’on est pauvre ou riche, la problématique des soins hospitaliers… et bien entendu le problème majeur : être une femme… et bien d’autres 

Extraits:

L’avantage, quand on habite dans un bidonville, c’est qu’on a déjà touché le fond. Vous ne pouvez pas tomber plus bas. La promiscuité, les égouts bouchés, les trottoirs jonchés d’excréments, les rats dans les canalisations, tout ça, vous ne le voyez même plus. L’eau croupie, les chiens enragés, la diarrhée, la malaria – nous vivions de si peu que nous pouvions tout affronter.

— Parce qu’un nom de famille trahit ta jati, ta caste. Et nous appartenons à la caste la plus basse. Pourquoi crois-tu que j’ai quitté mon village ? À cause de ces salauds des castes supérieures qui nous pourrissaient la vie. Ils nous obligeaient à habiter à l’écart, nous interdisaient de mettre les pieds au temple de Kali et même de puiser l’eau du puits. La ville, ce n’est pas l’idéal, mais au moins, personne ne te demande d’où tu viens, ici. Tu peux aller où tu veux, faire ce que tu veux. Alors arrête avec tes histoires de nom de famille.

Vise la lune si tu veux, moi, je garde les pieds sur terre.

— Rien n’est impossible. Je crois en un principe simple : si tu peux l’imaginer, tu peux y arriver.

Je n’ai rien appris de mon père, rien appris de ma mère. J’ai tout appris devant l’écran.
Mon seul reproche serait que la télévision nous faisait croire à des rêves impossibles.

Moi aussi, j’avais vécu la souffrance et la misère de toutes ces filles. Ce que nous avions en commun, c’est que nous étions toutes pauvres et démunies. Nous venions de foyers brisés, de familles dysfonctionnelles, de passés marqués par le chaos. Nous étions orphelines, fugueuses, mendiantes, voleuses à la petite semaine, prostituées de rue – les déchets que la société bien-pensante voulait ignorer. Mais souvent, nous étions arrêtées uniquement parce que nous étions des filles, et que l’État ne nous jugeait pas capables de nous occuper de nous-mêmes.

L’opposé de l’amour n’est pas la haine, vois-tu. C’est l’indifférence. Tomber dans l’indifférence est le pire sort que puisse connaître un politicien. Si quelqu’un te hait en revanche, cela signifie qu’il se soucie encore de toi. 

En feuilletant un livre sur son histoire, j’ai appris que les Britanniques avaient ouvert la première imprimerie du Kerala à Kottayam, et que la ville était très vite devenue le centre du développement de la langue malayalam et de l’éducation des femmes.

Enfant, je trouvais les livres intimidants, mais désormais, vivre entourée de ces milliers d’ouvrages, respirer leur odeur poussiéreuse était devenu pour moi à la fois source d’inspiration et de réconfort. Je m’émerveillais de découvrir que chacun de ces livres renfermait une histoire ou une vérité. Et évoluer au milieu de tout ce savoir m’offrait une myriade de possibilités. Forte de mon nouvel environnement, j’ai décidé de me plonger dans la lecture pour la première fois de ma vie.

« Il n’y a que deux options dans la vie : la réussite ou la survie. Et pour réussir, il faut prendre des risques. Sinon, tu restes dans l’impasse, à te contenter de survivre. Sans mourir – mais sans prospérer non plus. Tu me suis ? »

Joyce était la seule à ne pas être intéressée par le mariage. Comme elle le disait si bien : « Qui voudrait d’un foutu mari quand on a une connexion haut débit ! »

Au Kerala, j’appréciais en particulier les grandes fêtes. La plus impressionnante s’appelait Onam, et se tenait sur dix jours. Elle célébrait l’apparition de l’avatar nain de Vishnu, Vamana, ainsi que le retour légendaire du roi Mahabali chez lui. Et ce que j’adorais par-dessus tout, c’était l’Onam Sadhya, un festin de vingt-six plats servis sur une feuille de bananier, tellement succulents qu’il était impossible de ne pas en redemander.

La vie m’en avait appris assez sur les hommes pour savoir qu’il en existait deux sortes : les loups et les moutons – et je n’avais envie d’avoir affaire ni à l’un ni à l’autre.

L’amour était une bombe, en réalité – une bombe qui vous explosait dans la poitrine sans que vous vous y attendiez le moins du monde, et qui chamboulait tout sur son passage, comme un glissement de terrain remodèle le paysage.

LA PREMIÈRE CHOSE qu’ils vous apprennent à l’école d’infirmières, ce sont les six règles d’or de la profession, sous la forme des six C : « Care, Compassion, Courage, Communication, Constance, Compétence ».

Cependant, le passé n’est pas une chose que l’on balaie d’un revers de main. Vous aurez beau tout faire pour le fuir, il finit toujours par vous rattraper.

Info:
Pays de Dieu : Surnom donné à l’État du Kerala, réputé pour être le centre spirituel et culturel de l’Inde. L’expression « God’s Own Country » (le pays de Dieu) est également associée à la beauté naturelle exceptionnelle de la région, qui crée une atmosphère presque divine.

Image : Kerala ( photo perso)

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