Coulon, Cécile «Trois saisons d’orage» (2017)

Coulon, Cécile «Trois saisons d’orage» (2017)

Auteur : Cécile Coulon, née le 13 juin 1990 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), est une romancière, nouvelliste et poétesse française. À l’âge de 16 ans, elle publie son premier roman intitulé Le Voleur de vie. Elle passe un baccalauréat option Cinéma. Après une hypokhâgne et une khâgne au lycée Blaise Pascal à Clermont-Ferrand, elle poursuit ses études en lettres modernes. En 2016, elle prépare sa thèse dont le sujet est Le Sport et le corps dans la littérature française contemporaine.
Ses romans : Le Voleur de vie (2007) – Méfiez-vous des enfants sages, (2010) – Le roi n’a pas sommeil (2012) – Le Rire du grand blessé (2013) – Le Cœur du Pélican (2015). À 26 ans, elle publie son huitième livre, le roman « Trois saisons d’orage« , qui obtient le prix des libraires 2017.

Résumé : Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d’une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu’il en reste.

Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis.

Cécile Coulon renoue ici avec ses thèmes de prédilection – la campagne opposée à la ville, la lutte sans merci entre l’homme et la nature –, qui sont les battements de cœur du très grand succès que fut Le Roi n’a pas sommeil

Ce roman a reçu le Prix des Libraires 2017.

Éd. Viviane Hamy, 05.01.2017, 272 pages / Points Poche- N° 4815 – 07 Juin 2018, 288 pages

 

Mon avis : Trois-Gueules, un pays enseveli sous la poussière de craie… Au sortir de la Guerre, André fuit l’inutilité, le bruit de la ville et n’aspire qu’au silence et au besoin de soigner. Il va aller s’installer dans un petit village qui inspire la peur et qui vit renfermé sur lui-même. Il va tomber amoureux de l’endroit et d’une maison. C’est l’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille Bérangère. Trois êtres qui se fondent dans la vie du village mais qui restent des étrangers, même si ils semblent intégrés.. sauf Bérangère qui est née là-bas. C’est l’histoire de leur famille sur trois générations. La vie dans ce petit village en opposition avec la vie à la ville,  l’opposition du monde des paysans/ouvriers et de la vie des nantis.  La campagne face à la ville, les investisseurs peuvent-ils envahir un monde qui se refuse à eux ? Deux mondes qui vivent l’un à coté de l’autre mais qui ne peuvent pas se mélanger, malgré les affinités, les expériences communes… Le malheur va-t-il souder les êtres ou les séparer à jamais ? C’est enfin et surtout un livre sur l’amour, sur le désir… Le désir est-il plus fort que l’amour ? Dans un univers clos ou tout le monde sait tout sur tout le monde, les secrets finissent toujours par ressortir…

C’est le deuxième livre de Cécile Coulon que je lis. Une plume magnifique. Un univers que j’aime énormément.

 

Extraits : 

 un village avec un médecin à demeure est un endroit rassurant.

 Quand il n’y avait personne pour prendre soin des paysans. Des ouvriers. Que les campagnes, désertées par les garçons, les hommes et ceux qui les soignaient, mouraient par manque de soins.

 Les lieux doivent être nettoyés du chagrin des autres, les lieux, eux aussi, doivent respirer. S’en remettre.

 Il avait couché avec cette fille comme on boit un grand verre d’alcool fort après un moment difficile. Pour faire passer un mauvais goût. Pour oublier.

De celles à qui on n’ose pas parler, de peur qu’elles se brisent en morceaux.

Ils s’entendaient avec le ciel comme on s’habitue à un ami peu recommandable.

Elle eut soudain la nostalgie d’un lieu qu’elle n’avait pas connu.

 ll connaîtrait le vertige et l’apaisement, l’orage et les nuits froides, il appréhenderait le monde comme un ensemble de forces qui se relaient, se fracassent les unes contre les autres.

Il ne comprenait pas tout, mais son père le rassurait en lui promettant qu’un jour ce serait « clair dans sa tête ». Qu’il lui donnait très tôt des clés pour ouvrir des portes encore trop lourdes à pousser pour lui.

Les premiers temps, quand elle était arrivée en ville, elle ne pensait qu’à faire l’amour, le désir la suivait partout, comme un animal domestique.

Le sexe ne l’avait pas déçue, simplement contentée. Comme on apprécie une glace en plein été, un chocolat chaud au coin du feu. Ça lui avait suffi.

Être séduite était sans doute plus agréable que de passer à l’acte.

Les Trois-Gueules étaient un lieu divin pour qui acceptait de ne pas avoir de secret.
Tout se savait. Absolument tout.
Au début, l’immensité des lieux protégeait les habitants des regards extérieurs. Néanmoins, si vous donniez un coup de pied dans un caillou au bord d’un chemin désert, quelqu’un demandait le lendemain matin :
– Alors, toujours en colère ?

elle se demanda si c’était ça, vieillir, abandonner ses principes, quand on endosse la responsabilité d’un enfant.

Elle imaginait le monde comme un cube dont les faces changeaient d’aspect, de couleur, d’opacité. Tout était question de perspective.

Sa fille devrait choisir.
Comme elle. Choisir qui aimer, où travailler, où vivre. Quelles erreurs commettre.

Avec le temps, elle dériva dans ses textes. Pour rien au monde, elle n’aurait laissé filer ces moments de grâce, où, solitaire, elle déambulait de livre en livre, visualisait les hommes et les femmes dont parlaient les anthropologues célèbres, les tribus lointaines, les villes énormes et carnassières, les déserts, les forêts inondées. Les images déferlaient en elle, sans qu’elle tente d’échapper à la noyade.

les nuits de retrouvailles, ils dormaient peu, s’enlaçaient naturellement, comme les racines d’un même arbre.

Ni insolente, ni gâtée, elle jouissait de la force de ceux qui ne croient pas en l’avenir parce que l’avenir ne leur fait pas peur. L’avenir est une notion abstraite qu’ils dédaignent parce qu’ils savent d’emblée que tout ira bien.

N’ayant jamais entendu le son de sa voix, il l’imaginait à la fois douce et tranchante, comme les pages d’un cahier neuf.

La meilleure façon de comprendre ceux qui ne parlent pas la même langue, c’est de les regarder.

les gestes, le regard de celui qui se trouve en face de nous en disent parfois plus long qu’un paragraphe.

Les peuples partagent un langage commun, celui du corps. Il suffit de regarder les animaux, ceux qui ne sont pas de la même espèce se comprennent.

Perdu dans sa course à l’amour impossible, il n’avait posé aucune question, soulevé aucune pierre du passé pour voir ce qui dormait en dessous.

Il ne pouvait pas parler, il ne pouvait pas dire, parce qu’il savait qu’énoncer les choses les rendrait plus terribles encore.

2 Replies to “Coulon, Cécile «Trois saisons d’orage» (2017)”

  1. Ton résumé est dense et si juste, une image qui reflète si bien le livre.
    Je trouve ta phrase « le désir est-il plus fort que l’amour ? » Quelle pertinence dans cette question. Ce thème est traité avec maestria de la part de Cécile Coulon. Tu as lu comme elle distille cette ambiance si particulière. Un désir comme une colère qui monte, qui gronde, que rien ne peut arrêter ni la raison, ni la morale. Le désir emporte tout, renverse tout…J’ai particulièrement aimé cette effervescence que l’on ressent, une tension comme le drame qui en va naître. Heureuse qu’il t’ait plu.

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