Mogliasso, Rosa – «Si belle, mais si morte» (2017)

Mogliasso, Rosa – «Si belle, mais si morte» (2017)

Auteur : Née en 1960 à Turin. Après un diplôme en Histoire du Cinéma, Rosa Mogliasso s’est consacrée au théâtre. C’est par le biais du théâtre qu’elle est arrivée à l’écriture. Elle a d’abord écrit pour la scène et pour la radio, puis des nouvelles parues en revues, avant de publier son premier roman en 2010. Rosa Mogliasso est l’auteure d’une série de romans policiers remarquée par la critique. « L’assassino qualcosa lascia » (L’assassin a oublié quelque chose) (2010) est le premier opus d’une série policière dont le héros est la Commissaire Barbara Gillo. Il sera suivi de trois autres volumes, remarqués par la presse et par les Prix italiens consacrés à la littérature policière. Si belle, mais si morte (2015) est son premier roman traduit en français.

Finitude Eds – 20.04. 2017 –– 128 p. (Joseph Incardona Traducteur) / Points 06.09.2018 – 129 p.

Résumé : Un chemin sur la berge d’un fleuve. Ils sont nombreux à l’emprunter chaque matin : une jeune femme y promène son chien, un couple de lycéens s’y cache pour sécher les cours, un clochard y traîne sa folie, un jeune boulanger aime y méditer. Mais ce jour-là, au bord de l’eau, une femme aux escarpins rouges est allongée. Morte. Tous passeront devant elle, tous la verront, aucun n’interviendra. Personne n’appellera la police, personne n’en parlera.

Ils ont tous d’excellentes raisons de l’ignorer et de tenter de se convaincre qu’un autre s’en chargera. Mais il n’est pas si facile de vivre avec cette lâcheté, cette indifférence, cet égoïsme. Chez chacun d’eux, la confrontation avec la belle morte causera un séisme intime. Et leur vie s’en trouvera radicalement changée. Un roman efficace et malin, qui mêle avec naturel réflexion sociologique et comédie à l’italienne.

Mon avis : Tous l’ont vue morte, qui préfèrent tourner la tête et faire comme s’ils n’ont rien vu pour ne pas déranger leur petite vie et leur petit confort médiocre. Personne n’a couru avertir la police… Un livre sur l’égoïsme profond des personnes, sur la peur aussi d’être peut-être accusés, de devoir rendre des comptes. Ce corps sur la berge du fleuve les force aussi à examiner leur propre petite vie étriquée. Le jeune couple, la femme au petit chien, le vagabond, le masseur… tous ceux qui ont pris la fuite en voyant le cadavre vont voir les répercussions de cette découverte sur leur mode de vie… Tout va de travers quand on est perturbés par une chose qu’on aurait dû faire et qu’on a pas faite… Je vous laisse découvrir. J’ai beaucoup aimé ce petit livre court, avec de l’humour et qui appuie là ou ça peut faire mal. Moralité : ne soyez pas lâche.

Extraits :

Lui n’était pas comme ça. Lui était quelqu’un qui acceptait de vieillir, surtout à trente ans lorsque la vieillesse est synonyme de maturité, et non pas de déclin.

L’anxiété était un petit animal qui se trémoussait dans son ventre. Pour la première fois, au cours de cette journée qui avait mal commencé et allait empirant, elle songea à prendre quelques gouttes de Xanax : la vie lui faisait un croche-pied, elle était au bord d’une crise de panique.

À cet instant, elle aurait souhaité avoir le garçon à ses côtés, elle désirait simplement un peu de tendresse. Pourquoi Renato ne lui caressait-il jamais les cheveux ? Réponse : parce qu’elle ne voulait pas être décoiffée.

Sa mère l’avait avertie, pourtant : on ne choisit pas un homme par amour. « Ne mise surtout pas sur l’amour, ma fille, jamais, parce que l’amour prend fin tôt ou tard, et rien n’est plus mort qu’un amour mort. Un amour mort est une carcasse avec laquelle tu devras vivre au quotidien, jour après jour, partager sa chambre et son lit, respirer son odeur de putréfaction comme celle d’une encombrante dépouille. »

Depuis maintenant, je veux changer, bouger, je ne veux plus être comme une fleur abandonnée dans un vase. Je veux être quelqu’un d’autre, je veux m’exprimer autrement, faire des choses différentes, je veux arrêter les antidépresseurs.

« Dieu pardonne tout si on se repent, et moi je me repens, je me repens, oh oui, si je me repens », psalmodia-t-elle.
En attendant, il lui fallait une bonne nuit de sommeil.
« Demain est un autre jour ».
C’est ça.
Et, sur cette phrase toute faite, elle éteignit la lumière.

Ne jamais hésiter.

Et pourtant, pensa-t-il, l’hésitation était ce qui distinguait l’homme de toute autre forme de vie : dans la nature, l’homme est celui qui doute, il n’est pas tenu à se limiter au simple automatisme « stimulus-réaction ». Au cours des siècles, l’être humain a conquis le droit de réfléchir. Après tout, c’était ce principe même d’incertitude qui avait permis le développement de la civilisation, non ? Réfléchir et agir. Ou ne pas agir, parce qu’on a justement évalué le pour et le contre…

Si les êtres humains s’étaient limités à affronter ou fuir le danger, si leur marge de manœuvre se réduisait à la fuite ou à l’attaque, alors les hommes n’auraient jamais construit de cathédrales ou décoré des couverts ; en d’autres termes, ils n’auraient jamais fait quelque chose de gratuit et de beau. Gratuit, ouais… Ça, c’est une autre affaire, déconne pas… Bref, qu’était la pensée sinon un examen des choix possibles ?

Mue par un vague sens de gratitude et de soulagement, elle avait mis le paquet dans la dramatisation d’un plaisir très théâtral, hyperréaliste et sonore, poussant des gémissements plus proches de l’éviscération que de la jouissance.

Et comme ça, mon père a acheté un minuscule appartement sur la Côte d’Azur. Là-bas, ils appellent ça un studio, quinze mètres carrés en tout et pour tout, si tu prépares une sauce tomate, t’as plus qu’à repeindre les quatre murs…

Fuir, mettre du temps et de l’espace entre lui et son démon, entre lui et sa tendance maladive à répéter ses erreurs. Il l’avait lu dans ce livre sur ces femmes qui aiment trop, voilà ce qu’il était : une femme qui aimait trop ! Asservi, avili, effrayé et pourtant dépendant.

Info : pour ceux qui ne connaissent pas l’Affaire Genovese : je vous conseille de lire le livre de Jahn, Ryan David «De bons voisins» (2012)

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