Feuz, Nicolas «Le Miroir des âmes» (RL2018)

Feuz, Nicolas «Le Miroir des âmes» (RL2018)

 Auteur : Né en 1971, Nicolas Feuz a exercé les professions d’avocat et de juge d’instruction. Il est actuellement procureur de la République du canton de Neuchâtel, en Suisse. Depuis plus de 16 ans, il s’est spécialisé. dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Nicolas Feuz a étudié le droit à l’Université et obtenu le brevet d’avocat, avant d’être élu en 1999 comme juge d’instruction, puis en 2008 comme président du collège des juges d’instruction, et enfin en 2011 comme procureur de cette petite République helvétique. En 2010, il s’est lancé dans l’écriture de romans noirs, mêlant librement réalité du terrain et fictions obscures.

Il est l’auteur de sept polars publiés à compte d’auteur: La trilogie Massaï (ILMORAN, l’avènement du guerrier (2010) – ILAYOK, le berceau de la folie (2011) – ILPAYIANI, le crépuscule massaï (2012) -) La septième vigne (2013) – EMORATA, pour quelques grammes de chair (2014) – Les Bouches (2015) – Horrora borealis (2016) – EUNOTO, les noces de sang (2017) – Le Miroir des âmes (23.08.2018)

Slatkine – 23.08.2018 – 261 pages

Résumé : Un attentat sans commanditaire, des meurtres sans mobile apparent, l’auteur est à son affaire, il est procureur du Canton de Neuchâtel. Dans ce polar essoufflant, il fait endosser à son personnage principal la robe d’un magistrat qui pourrait être son double si tout n’était précisément double et trouble dans ce Miroir des âmes : les flics, les filles, les politiques, les juges et jusqu’à ce mystérieux tueur en série que la police a surnommé Le Vénitien parce qu’il coule du verre de Murano dans la gorge de ses victimes. Le style est au couteau, l’efficacité radicale. Implacable et précis, comme un détonateur.

Mon avis : Court et terriblement efficace ! une fois de plus pas de temps morts dans cette nouvelle enquête en territoire helvétique !

Entre le terrorisme, la mafia albanaise, les réseaux de prostitution… on n’a pas le temps de se poser cinq minutes ! Ça explose bien ! Ça trucide ! et ça embrasse parfois ! Il s’en passe des choses pas nettes dans cette petite Suisse… dans ce canton bien paisible … Il n’y a pas que les prostituées qui se font tabasser… La police, la justice, les politiques : tout le monde en prend plein la figure… Une explosion, un  coup de teaser, un charcutage au couteau, un petit coup de tronçonneuse,  une petite giclée de verre en fusion…  Notre procureur ne fait pas dans la dentelle…

Celui qui peut dire que la Suisse est « bien propre en ordre » après la lecture de ce livre serait de mauvaise fois !

Deux petites réflexions : Je regrette toujours de ne pas en savoir plus sur les personnages : des noms, une petite description, pas vraiment moyen de s’y attacher ; en même temps ils ne durent pas si longtemps que cela et aussitôt arrivés, aussitôt désintégrés pour la plupart. Dans cette atmosphère glauque et trouble, ils ne détonnent pas en étant des enveloppes charnelles et non des êtres de chair et de sang… De fait la détonation est ailleurs : chair et le sang s’éparpillent et sortent de l’enveloppe corporelle. Je rectifie… ce sont bien des êtres de chair et de sang, au sens premier du terme… c’est le coté psychologique qui est me manque un peu… bien que les tendances principales se dessinent … Mais comme quelques-uns sont encore vivants à la fin, on a peut-être des chances de les voir continuer à exister dans une prochaine aventure et prendre de la consistance au fil des apparitions…

Parfois difficile de s’y retrouver avec toutes les abréviations relatives aux corps de Police et Justice régionaux. Et pourtant l’auteur se fend de nous donner l’explication de sigles. J’ai retenu COUGAR … faut dire que chaque canton à son appellation (entre Lynx, Barracuda, Tigris, Skorpion et j’en passe… c’est une vraie ménagerie en Suisse..)

Extraits :

Ses souvenirs étaient disloqués, fragmentés, comme les pans d’une réalité posée à plat sur le papier, un tableau cubiste, Braque, Picasso. Le procureur eut le flash de ces collages bistres qu’il avait vus à une exposition et de ce qu’il avait lu dans le catalogue. Pendant la Grande guerre, on avait demandé aux peintres cubistes de dessiner des toiles de camouflage pour dissimuler la vue des tanks aux premiers aviateurs. Aucun relief, la confusion totale, tout au même plan, c’est exactement ce que ressentait le magistrat.

Ma mémoire fonctionne comme un vieux vinyle rayé. Je veux savoir. Comprendre.

Dans le reste du monde, le cougar désigne un fauve dangereux ou une femme se nourrissant de chair fraîche. À Neuchâtel, le Cougar – Courage Organisation Unité Groupe Action Rapide – est le groupe d’intervention de la police, un commando de l’ombre qui réveille en sursaut les voyous et hante les cauchemars des criminels. Ses hommes sont des spectres noirs, les croquemitaines de la pègre. Lorsque l’on voit un homme du Cougar, c’est que l’intervention est terminée. La cagoule sert à garantir leur anonymat. Le reste – casque, gilet pare-balles, ceinture de charge et armement – se passe d’explication.

En une fraction de seconde, il fut retourné comme une crêpe et se retrouva sur le ventre, les deux bras dans le dos. Dans un ultime élan de défense, il voulut résister, mais un coup de genou placé entre deux côtes le détendit. Les menottes se refermèrent autour de ses poignets.

Sa mémoire avait provoqué un arrêt sur image. Il était le seul à pouvoir évoluer dans ce décor figé.
Entre les cubes de pierre, d’autres éléments flottaient dans l’espace. De la terre et des lames de feu. Du fer et des billes de verre. Des bras, des jambes et des morceaux indéfinis de chair humaine.
La poussière obscurcissait le soleil, comme le choc avait obscurci ses souvenirs.
Le film se rembobinait au ralenti. Petit à petit, les objets firent marche arrière pour reprendre leur place. Les flammes s’estompèrent. La terre et les pavés rebouchèrent le cratère. Les bouts de ferraille se soudèrent pour réinstaller la terrasse, avec ses tables, ses chaises et ses parasols. Les corps se rassemblèrent. La vie reprit. Le soleil réapparut.

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