Hågensen Lisa «Ses yeux bleus» (2018)

Hågensen Lisa «Ses yeux bleus» (2018)

Auteure : Née en 1966 à Ljungskile, en Suède, l’auteur Lisa Hågensen a été professeure et éleveuse de chevaux. *Ses yeux bleus* est le tome inaugural d’une trilogie.

Actes noirs – 06. 2018 – 368 pages

Résumé : Raili Rydell, bibliothécaire célibataire de quarante ans mal dans sa peau, passe l’été dans son chalet au bord d’un petit lac de la forêt de Lövaren. Elle y rencontre Olofsson, un ours solitaire qui vit sur la rive opposée. Il lui raconte d’étranges histoires au sujet des habitants du coin, notamment celle du couple voisin dont l’un des enfants a disparu du jour au lendemain sans que personne ne semble s’en préoccuper, comme s’il n’avait jamais existé. Il évoque également un chien qu’il est persuadé d’avoir eu et qui se serait volatilisé sans laisser la moindre trace – ayant même disparu de ses albums photos. Raili est à la fois fascinée et sceptique : son nouvel ami est-il mythomane ? Ou n’a-t-il simplement pas toute sa tête ? Mais lorsque Olofsson est retrouvé noyé dans le lac, elle comprend que quelque chose ne tourne vraiment pas rond dans ce petit “havre de paix”.
Ovni parfaitement addictif, Ses yeux bleus met en scène un personnage haut en couleur, sorte de délicieux croisement entre Bridget Jones et Hercule Poirot, qui se trouve aspiré dans un cauchemar délirant, digne d’un roman de Stephen King.

Mon avis : Entre polar et surnaturel, le malaise est garanti… On ne se sent pas trop à l’aise au bord de ce joli lac, pas loin d’une forêt qui est tout sauf accueillante. Les habitants du coin sont aussi bien étranges ; pourtant au premier abord, ils semblaient bien accueillants et on se sentait si bien en leur compagnie, dans l’atmosphère chaude de leurs cuisines où il fait bon vivre et partager un café ou un thé. Sous des apparences bien lisses et joviales se cachent de drôles de vies, des secrets et des non-dits ; les ours mal léchés qui racontent des histoires glauques, les histoires de sorcières… Une fois que la magie maléfique de cette forêt nous a enveloppée, il devient vite angoissant de respirer. Les habitants de ce bord de lac semblent dérangés depuis des générations et les femmes sont plus particulièrement affectées par les phénomènes mystérieux qui se produisent dans la région. Des personnes disparaissent, des enfants sont retrouvés morts ou dépecés … les adultes sont trucidés, les maisons brulent…

Un monde de sorcières maléfiques ? Que c’est-il passé dans les années 1750 ? et en octobre 1670 ? Quel mal frappe les femmes du bord du lac ? et ces maléfices qui frappent les personnes qui s’aventurent dans la forêt ? Ces événements bizarres, ces morts inexpliquées…

Quand Raili décide de mener l’enquête, à la fois sur le décès qu’elle considère comme suspect de son ami Olofsson et sur le passé d’une personne dont elle tombe amoureuse pour savoir si ce qu’on lui a dit sur lui est vrai ou pas, elle ne sait pas dans quoi elle met les bottes… ce qui est certain c’est qu’elle va remuer la boue, s’enfoncer dans les tourbières, faire remonter des histoires que les habitants du coin souhaitent laisser reposer ( en paix ou non mais reposer)… et que parmi ce monde de personnes plus fêlées que normales, elle va finir par s’attirer de sérieux ennuis … et pas qu’à elle… Et à la fin du livre, on se dit vivement le tome deux de cette trilogie…

Un roman original, angoissant, surprenant

Extraits :

Elle était vieille et ça se voyait, mais elle était tellement noyée au milieu des lilas, des pommiers et d’autres buissons et fleurs dont les noms m’échappaient qu’on aurait dit une cabane de conte de fées.

Je vis selon la devise : Seul, on est fort. Je n’ai pourtant pas toujours vécu seule. Mais j’ai malgré tout une raison de vouloir vivre seule à présent, si on veut.

On s’accroche. Un jour après l’autre. On va travailler, on fait des courses pour une personne, on se rend compte qu’on n’a plus les moyens de continuer à habiter la maison, on la vend, on loue un deux-pièces en ville et on achète un petit chalet avec la plus-value de la vente et on décide que plus jamais. Plus jamais on ne me quittera, plus jamais je ne m’abîmerai dans une telle peine.

Le but des vacances, c’est de se reposer. En tout cas, c’est mon avis. Je suis absolument contre l’idée de chercher sans cesse de nouvelles activités, se développer, voir de nouveaux endroits et se stresser à tourner en rond comme un lapin Duracell.

Le rêve s’est dilué avant de s’évanouir, comme ont tendance à le faire les rêves quand on essaie de s’en souvenir.

On a tôt fait de s’imaginer des choses. Pas étonnant que les gens aient cru aux trolls et aux elfes, autrefois.

— C’est bizarre, ce qu’on devient, le métier qu’on fait…
J’avais réfléchi à la question.
— Je veux dire, est-ce qu’on se réveille un jour, quand on est ado, en se disant : Eurêka, je vais être un de ceux qui peignent les lignes blanches sur les routes nouvellement asphaltées ?
— Raili, des fois, je ne te comprends pas du tout.
— Je veux dire que c’est presque toujours le hasard qui nous fait devenir ce que nous sommes.

Mes jambes marchaient, mais je n’arrivais nulle part. C’était exactement comme un tapis roulant.

Le lac était absolument calme et lisse. Pas comme un miroir, plutôt comme du métal. Un métal luisant et noir.

Être amoureuse n’est pas tout rose comme dans les films. C’est source d’angoisse, d’inquiétude et dévastateur pour l’âme.

On a dû brûler entre deux cent cinquante et trois cents sorcières en Suède dans les années 1660 et 1670.

L’épreuve de l’eau était abondamment utilisée. Ils attachaient dans le dos les mains et les pieds des femmes soupçonnées de sorcellerie, ja, et ils les jetaient à l’eau. J’ai entendu dire que, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, cette position facilitait la flottaison et que les jupes matelassées des femmes fonctionnaient un peu comme des gilets de sauvetage, mais tout ça n’a pas été historiquement établi. Tu sais que si elles flottaient, on croyait que c’était le diable qui les empêchait de se noyer, ja ?

La vie, quand on n’est pas en vacances, est faite de lundis et de vendredis. Lundi, vendredi, lundi, vendredi, lundi, vendredi. Au fond, il faudrait veiller à avoir quelque chose de vraiment sympa à faire les lundis et les vendredis, car ainsi on n’arrêterait jamais.

Parfois, je me demande si j’ai une personnalité multiple, ou si c’est normal d’avoir comme ça plusieurs individus qui dialoguent dans son cerveau.

Le chagrin est égoïste. Je l’avais déjà compris à la mort de ma mère.
Mais c’est à moi qu’elle manque. Elle, elle est morte. Rien ne lui manque. Je pense.

Mes yeux débordaient de larmes. L’enterrement de maman m’est revenu, tous les enterrements auxquels j’avais assisté me sont revenus, car on y chante toujours Jour après jour, toujours. Ma gorge serrée me faisait tellement mal que les mots s’y coinçaient.

Mais comment efface-t-on un souvenir de la tête de quelqu’un ? Et pourquoi ?

Dans les polars, le commissaire de police dit toujours qu’il ne croit pas au hasard. À moins que ce soit Sherlock Holmes ?

“Autrefois, on considérait le sureau comme bénéfique contre les sorts et les maladies. L’infusion de sureau était prescrite contre les troubles nerveux, l’angoisse et les problèmes de sommeil.”

“Le millepertuis était utilisé pour le traitement des plaies, les affections des poumons et des reins, ainsi que pour les dépressions et les problèmes de sommeil.” Ça alors. Apparemment, il y a toute une flore pharmaceutique qui pousse autour de ces ruines.

Les maisons vides sont désolées. Sans âme. Fantomatiques, même.

INFO : Tradition enfantine suédoise qui remonte aux procès en sorcellerie du XVIIe siècle : les sorcières étaient réputées partir sur leur balai le Jeudi saint pour un sabbat sur la Colline Bleue, dont elles revenaient le jour de Pâques. Depuis au moins le début du XIXe siècle, les enfants se déguisent en sorciers à Pâques, puis vont distribuer des petits cadeaux et quémander des bonbons dans le voisinage.

 

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