Moreau, Christiana «Cachemire rouge» (2019)

Moreau, Christiana «Cachemire rouge» (2019)

Autrice :  Christiana Moreau est une artiste peintre, sculptrice et écrivain, de nationalité belge, née à Seraing. Après un recueil de poésie, « Poesimage » (2014), En 2017, elle publie « La Sonate oubliée», son premier roman suivi de  « Cachemire rouge » en 2019.

Editions Préludes – 24.04.2019 – 272 pages

Résumé : Trois destins liés par un fil rouge, celui d’un précieux cachemire tissé de manière ancestrale. Toscane. Alessandra est fière de la qualité des pulls et étoffes qu’elle vend dans sa boutique de Florence. Une fois par an, elle va s’approvisionner en Asie. Jusqu’à ce coup de foudre pour le cachemire rouge filé par une jeune fille, Bolormaa. Dans les steppes de Mongolie, celle-ci mène une existence nomade avec sa famille, en communion avec la nature. Mais, lorsqu’un hiver glacial décime leur troupeau de chèvres, elle doit quitter ses montagnes pour travailler à l’usine en Chine. C’est là qu’elle rencontre XiaoLi. Bientôt, dans l’espoir de se construire un avenir meilleur, les deux amies font le choix du départ. De l’Asie à l’Europe, du Transsibérien jusqu’en Italie, elles braveront tous les dangers pour prendre leur destinée en main et tenter de réaliser leur rêve.

Avec humanité et un grand sens du romanesque, Christiana Moreau compose une histoire vibrante, véritable ode à l’amitié et au courage

Mon avis :

J’ai adoré ce livre tout en finesse et en émotions. Tout en couleurs aussi ! Les paysages de Mongolie, les couleurs chatoyantes du cachemire, les couleurs de Toscane, la résurrection du peintre par l’association des nuances de la flamboyance.

J’ai voyagé avec ce livre. En Mongolie tout d’abord : j’ai voyagé au rythme lent et profond des traditions des éleveurs mongols en accompagnant Bolormaa et sa famille lors de sa dernière traversée, au moment où ils se sont trouvés dans l’obligation de renier tout ce qui était leur vie, le nomadisme dans les steppes aux couleurs magnifiques, sous les cieux étoilés et leurs croyances pour se sédentariser dans des villes grises et inhumaines.

 Christiana Moreau dénonce les méfaits de la mainmise des chinois sur le cachemire, les conditions de travail dans des ateliers chinois, en Chine mais aussi en Italie .J’ai fui avec Bolormaa et son amie XiaoLi ; j’ai traversé les grands espaces à bord du Transsibérien (que j’avais déjà pris pour mon plus grand plaisir en compagnie de Sylvie Germain dans «Un monde sans vous ») , assisté à la rencontre avec une Babouchka « qui a connu la guerre et le communisme » , voyagé clandestinement pour enfin arriver à Prato, une ville de Toscane coupée en deux , avec la partie italienne et la partie chinoise, j’ai revu les fresques de Filippo Lippi…

C’est un livre sur le refus de renoncer à ses rêves, sur l’importance de croire en son destin et en ses dons, sur l’amitié qui permet de tout surmonter et d’aller de l’avant. Un livre plein d’espoir. Car il n’y a pas que la ténacité du binôme Bolormaa- XiaoLi ; il y a aussi la volonté de ne rien lâcher d’Alessandra, qui la première a reconnu le talent de Bolormaa et celle de la directrice de la galerie de peinture qui croit encore et toujours en son peintre et ami. Un livre qui sublime la création artistique, dénonce la grisaille que ce soit celle des paysages ou des vêtements, pour faire exploser la couleur ! Il faut oser ! Oser les couleurs, oser ses rêves, oser se révéler, pour sortir du lot, attirer l’attention et aller au bout de son rêve !

Le livre de Christiana Moreau m’a emballé par le côté visuel et artistique de sa palette de couleurs. Et si je puis me permettre une petite suggestion de dernière minute : ces trois destins m’ont fait immédiatement penser au livre « La tresse » de Laeticia Colombani que j’avais beaucoup aimé également

Extraits :

« Un homme naît sous la yourte, et meurt dans la steppe »

Le bonheur est un cristal qui se brise au moment de son plus grand éclat. Cristal, c’est la signification de son prénom mongol : Bolormaa.

Dans ce moment de remise en question, maintenant que toute sa vie va changer, Batbayr voit ses souvenirs défiler à l’envers et il est plein de regrets pour ce temps révolu où son avenir se déroulait en un long ruban lisse, sans le moindre nuage noir.

Chaque rivière, chaque caillou, plante ou animal, la terre et les défunts représentent un esprit.

— À quoi bon avoir un don si c’est pour le sacrifier ? C’est une offense aux dieux qui me l’ont transmis.

« De même que le serpent se débarrasse de sa peau, nous devons constamment nous débarrasser de notre passé »

Elle a l’impression familière d’être un personnage florentin du quattrocento découpé sur le fond d’un tableau.

Comme tous les nomades, on lui a appris à être fière de son peuple et de ses racines, à porter haut ses couleurs et, soudain, elle tombe des nues en découvrant que l’on peut concevoir du dédain pour ses prestigieux ancêtres.

Le chemin le plus long est celui où l’on marche seul

La forme ronde de la yourte qui évoque la voûte céleste avec ses piliers centraux symbolisant l’axe cosmique, la liaison entre la terre et le ciel qui est la base de toute pratique spirituelle

Qui veut gravir une montagne commence par le bas.

si on ne peut empêcher les oiseaux du malheur de voler au-dessus de nos têtes, on peut les empêcher de faire leurs nids dans nos cheveux.

Un bouquet de regrets dans les yeux, elle s’imprègne tant qu’elle le peut de la beauté du spectacle, de la plénitude de l’instant parfait qui s’échappe à jamais.

Devenir européenne n’est pas son but. Il lui faudrait pour cela s’intégrer et il lui paraît impossible d’attraper la mentalité des Occidentaux… comme on attraperait une maladie !

Comme un arbre, l’amitié grandit au fil du temps. Ses racines prennent de la vigueur et lui permettent de devenir immense et forte. Même une feuille de papier est moins lourde quand on la porte à deux.

il a jeté l’éponge avec l’étincelle qui s’est éteinte en lui. De désillusion en tricherie, de mépris envers lui-même en lassitude, son esprit créatif est devenu sec comme du bois mort.

Il fait chanter la toile du bout du pinceau, en accord final des tons, petit à petit, il pose les lumières, étale les ombres, soigne les détails.

Un mot venu du cœur tient chaud durant plusieurs hivers.

Info (Wikipedia) : Le Cachemire (variante orthographique : Kachmir) est une région montagneuse du sous-continent indien. On désigne sous ce vocable, depuis la partition des Indes et la disparition de l’État princier du Jammu-et-Cachemire, l’ensemble du territoire qui constituait ce dernier.
Depuis le déclenchement de la première guerre indo-pakistanaise en 1947, le Cachemire est de facto partagé entre l’Inde, le Pakistan et la Chine qui administrent l’État du Jammu-et-Cachemire pour l’Inde, les territoires de l’Azad Cachemire et du Gilgit-Baltistan pour le Pakistan ainsi que la région de l’Aksai Chin et la vallée de Shaksgam pour la Chine.
L’Inde continue de réclamer l’intégralité du Cachemire historique, à savoir l’Aksai Chin, la vallée de Shaksgam, le Gilgit-Baltistan et l’Azad Cachemire en plus des territoires qu’elle contrôle déjà.
Le Pakistan revendique le Jammu-et-Cachemire contrôlé par l’Inde.
La Chine contrôle l’intégralité des territoires qu’elle revendique dans cette région, à savoir l’Aksai Chin et la vallée de Shaksgam. Ces deux territoires chinois ont été cédés par le Pakistan, qui ne les revendique donc plus.

7 Replies to “Moreau, Christiana «Cachemire rouge» (2019)”

  1. Arrête de me donner autant d’envies de lectures 🙂 pas assez de temps !!! mais celle-ci étant une autrice de ma région, je pense bien que je ne vais pas résister…

  2. Merci pour cette belle chronique très complète. Vous avez bien su saisir l’essence de mon roman en mettant l’accent sur les couleurs. Vous êtes une des rares (la seule?) à parler du personnage du peintre qui est pourtant pour moi un chapitre essentiel et un tournant du livre. Concernant la région du Kashmir, il est vrai que l’on élève les chèvres au pied de l’Himalaya mais ce n’est pas la région dont je parle dans mon roman car les chèvres cachemire sont élevées à plusieurs d’autres endroits: Chine, Mongolie… l’important est le froid intense en hiver pour provoquer l’épaississement du sous-poil qui protège les chèvres. Merci pour votre chronique, cordialement,
    Christiana Moreau.

    1. Un très grand merci d’avoir pris la peine de mettre un mot sur mon blog. Effectivement le peintre a tout de suite été important pour moi. Il est le lien entre les personnages, sa relation avec le pull est un moment essentiel et le rapport aux couleurs est juste sublime tout au long du roman.

  3. Je ne sais où Christiana a trouvé cette histoire mais il faut reconnaître qu’elle a fait mouche car cela n’était pas évident à imaginer et conter, surtout après un premier roman dont le violoncelle était le personnage principal.
    Quant à toi, Catherine, tu fais mouche également dans cette belle chronique, maitrisée, moins longue que la mienne à la sortie du livre dans Babelio, mais suffisante pour mettre en appétit.
    De plus, Catherine, tu deviens une amatrice éclairée de peinture, tu soulignes un passage du roman, important dans la pensée de Christiana. La fin du livre nous fait découvrir un peintre dont la vision de la couleur éclatante du cachemire relance la carrière.
    C’est vrai, le roman, au-delà de ses qualités sur l’amitié, le courage, la persévérance, est un livre de peintre.

    Alain

  4. Je termine Cashemire rouge… j ai également adoré cette histoire si prenante et touchante. Tu as tout dit mon amie!!! Bravo encore pour ton commentaire si juste.

  5. Pas grand chose à ajouter à tout ce qui a été dit plus haut…
    J’ai bien aimé aussi bien sûr mais j’ai quand même une préférence pour « La sonate oubliée » qui m’a plus touchée

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