Loevenbruck, Henri «L’apothicaire» (2011)

Loevenbruck, Henri «L’apothicaire» (2011)

Auteur : né le 21 mars 1972 à Paris, est un écrivain, chanteur et compositeur français, D’origine autrichienne et allemande. Après une jeunesse partagée entre le 11e arrondissement de Paris et l’Angleterre, Henri Lœvenbruck fait une khâgne au lycée Chaptal à Paris, une maîtrise d’anglais à la Sorbonne, puis se lance dans le journalisme et la musique. Il publie son premier roman en 1998 aux éditions Baleine, sous le pseudonyme de Philippe Machine.
Auteur de thrillers, de romans d’aventure et de fantasy, il est traduit dans plus de quinze langues. Auteur-compositeur-interprète, il écrit des chansons pour lui-même et pour d’autres artistes français.

Flammarion – 12.10.2011 – 603 pages /J’ai lu 3.4.2013 – 797 pages

Résumé : « Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… » Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée… Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires.
L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir jusqu’au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Age et les tréfonds de l’âme humaine.

Mon avis : Cela faisait longtemps que je l’avais dans ma pile car j’adore les romans historiques mais le terme thriller ésotérique ne faisait un peu hésiter.  J’ai bien fait de me lancer : J’ai beaucoup aimé l’histoire mais la façon d’écrire avec les phrases du style « si le lecteur se souvient » m’a empêché de rentrer dans l’histoire… je ne sais pas trop comment expliquer… je ne m’implique pas quand on vient vers moi pour me dire « je t’explique » l’histoire est passionnante…c’est juste que je n’ai pas eu l’impression de faire partie du voyage comme je l’aurais voulu.
J’ai adoré tout le reste. Le contexte historique (toujours été interessée par les Templiers, l’Inquisition, la persécution des Juifs marqués par les cocardes jaunes par l’ordonnance de Saint-Louis dès le XIIIème siècle) , les explications (histoire, botanique, parfums), l’emploi de mots peu usités ( cacositie : du grec ancien kakositía (« dégoût des aliments »).
De fait il y a au départ deux histoires : celle d’Andreas et Robin et celle d’Aalis qui présentent des points communs : pour échapper à ceux qui leur veulent du mal, une seule solution : fuir sur les chemins, seuls, en allant le plus vite et le plus loin possible, en se cachant, pour rejoindre une destination bien précise. Le pèlerinage de Compostelle avec la description des villes qui jalonnent le parcours est une invitation au voyage que nous allons entreprendre. Les personnages sont attachants, j’ai vibré avec eux, mais comme je l’ai déjà mentionné, souvent une petite phrase venant me sortir du chemin et me remettre à ma place de lecteur, ce qui m’a souvent enlevé le contact avec les personnages. Dommage … sinon c’est certain que cela aurait été un coup de cœur. Rester sur le bord de la route lors d’un pèlerinage … c’est frustrant !
La générosité est le fait de personnes simples (paysans, putes) qui ne vont pas hésiter à risquer leur vie sans poser de questions pour aider les fuyards s’oppose aux Grands de ce monde et leur soif de pouvoir à n’importe quel prix. Coté philosophique, il y a de belles réflexions sur la religion, le pardon, l’amour, l’amitié ; Il y a aussi les échanges entre personnes érudites, tout ce qui touche à la gnose.
Au final, je dirais que c’est un roman historique complet, sur la quête d’identité, le Moyen Age, un roman d’aventure, d’amour, d’amitié, avec du mystère, de l’action, des échanges instructifs.

Extraits :

L’imbécile voit dans la torture la marque d’une sauvagerie ou d’une animalité qui serait indigne de l’homme, alors qu’en réalité, elle est justement la plus éclatante affirmation de la singularité de l’espèce humaine, ne trouvez-vous pas ? La chose est tout simplement prodigieuse : l’homme a certainement consacré plus d’intelligence et de science au développement de la torture qu’il n’en a consacré, par exemple, à celui de la médecine.

Les médecins n’y connaissent rien, à la médecine. Alors que les bourreaux, eux, s’il vous plaît ! Il est fort rare qu’un client reparte insatisfait, concédez-le !

Se croire nécessairement au cœur des pensées d’autrui est le propre du sot, ou celui de l’infatué.

Comme on nous chasse de partout, nous marchons, nous foulons des terres qui ne nous appartiennent pas – qui devraient, d’ailleurs, n’appartenir qu’à elles-mêmes – et nous dépendons de l’accueil que l’on veut bien nous réserver en chemin.

Tu peux choisir de traîner les pieds, de marcher sur le bas-côté, tu peux choisir de suivre le troupeau sans lever le front, ou bien tu peux chercher ton propre chemin, sans te soucier de celui qu’on veut t’obliger à prendre. Décider que nul autre ne peut marcher à ta place. C’est à toi de voir. Tu as deux routes possibles, mon enfant. Celle qu’on ouvre pour toi, ou celle que tu te dessineras toi-même.

les putains faisaient survivre la tradition des diseuses de dit, ces femmes qui, au temps jadis, contre un petit bout de pain, colportaient les nouvelles du coin. Les rumeurs que l’on venait chercher auprès d’elles étaient, de toute évidence, bien différentes de celles qu’on échangeait sur le parvis des églises au sortir de l’office dominical.

Le cul d’une putain, c’est une abbaye qui ne chômera jamais faute de moines.

Depuis la nuit des temps il existait à Paris une hanse – entendez une association – dite des marchands sur l’eau, qui détenait le monopole de l’approvisionnement par voie fluviale. Or, le commerce fluvial ayant pris au cours des derniers siècles une importance fort grande, ladite association devint la plus puissante de la capitale et finit par se charger non seulement de la réglementation de tout le commerce parisien, mais aussi de l’administration de la municipalité. Ainsi, à la fin du XIIIe siècle, le dirigeant de la hanse fut nommé « prévôt des marchands » et obtint le privilège de l’ordonnance des cérémonies publiques, de l’entretien de la voierie, du percement des rues, de la construction des monuments, et cætera. Le rôle politique de la hanse devint de plus en plus conséquent, qui défendait les privilèges de la bourgeoisie près du roi. On notera, pour l’anecdote, qu’au temps d’Andreas, la hanse, dirigée par un certain Guillaume Pisdoe, tenait ses réunions au Parloir aux bourgeois, près du Châtelet, mais que le dit parloir fut ensuite transféré place de Grève et prit le nom d’Hôtel de Ville. Le lecteur comprendra aussi sans doute pourquoi le blason de la ville de Paris représente un navire marchand, avec sa devise Fluctuat nec mergitur.

 Euclide disait que ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve.

une d’hellébore noire.
Andreas hocha la tête en signe d’assentiment.
— Quels sont les autres noms de cette plante ?
— La rose de Noël ou l’herbe aux fous.
— Entre autres. On l’appelle aussi le pied de griffon, la patte d’ours ou la rose de serpent.

Sophocle ne disait-il pas que le savoir est, de beaucoup, la portion la plus considérable du bonheur, et Virgile qu’on se lasse de tout, excepté d’apprendre ?

Nous vivons une drôle d’époque où l’on sanctifie celui qui égorge allègrement les infidèles et où l’on brûle celui qui pédique.

Détrompez-vous, l’intolérance n’a pas d’âge et ne finira jamais. Chaque siècle a connu et connaîtra ses inquisiteurs et ses hérétiques.

les parfums de la médecine n’exhalent pas toujours de bonnes odeurs. Il en est de fort agréables et de fort désagréables, mais tous ne tendent qu’à apporter quelque soulagement aux malades. Les espèces de parfums sont d’une étendue considérable, mais pour les mieux connaître, il convient de les diviser en deux catégories : les parfums liquides, telles les eaux de senteur ou les cassolettes, et les parfums secs, comme les pastilles, les baies ou les bois de genièvre que l’on fait brûler dans les chambres des malades pour corriger le mauvais air.

Tu sais, c’est parfois plus facile de s’inventer une douleur physique, histoire d’en oublier une autre, qui est dans la tête

Et moi, j’aime bien cette idée que les mauvaises pierres, elles ne sont pas si mauvaises que ça. On ne les jette pas, tu vois. On les ramasse, et on en fait des murs solides. Toutes peuvent trouver leur place.

Chercher le pardon, parfois, ce n’est pas la bonne solution. Ce serait trop facile. Alors tu vas devoir apprendre à vivre avec, et recommencer une vie nouvelle.
— Et comment ?
— È, pichòta, il va te falloir tout reconstruire. Tu vois ce mur qu’on fait ensemble ? Si on avait fait une erreur à sa base, en mettant mal une pierre, ça ne servirait à rien d’essayer de le rattraper plus tard avec d’autres pierres, de le raccommoder ; il finirait par s’écrouler. Le mieux, c’est de tout recommencer.

Le pouvoir désinfectant de l’alcool est plus grand quand il est dilué. Il faut sept doses d’alcool pour trois d’eau.

Entre la destruction des bibliothèques de Thèbes, deux mille ans avant notre ère, et les brûlements des bibliothèques des Juifs auxquels nous assistons encore de nos jours à Paris même, l’histoire regorge de terribles autodafés.

vous semblez penser que tout livre qui disparaît, c’est un peu d’humanité qui s’en va.

C’est le propre des légendes que d’entrer en résonance avec la vie de celui qui les écoute.

Depuis le XIIIe siècle, les Juifs et tous leurs biens avaient été déclarés propriété des seigneurs sur les terres desquels ils habitaient. Mais, comme si cette spoliation n’eût point suffi, on les obligea aussi à porter un signe extérieur qui permettait de les discriminer.

Je le savais, oui, mais à présent, je m’en souviens. Ce n’est pas la même chose.

Il y a ce que l’on sait, il y a ce que l’on ignore, et il y a ce que l’on s’efforce d’ignorer. Un être est la somme de tout cela. Un homme ne se résume pas seulement à ce qu’il sait, et pour nous, gnostiques, le salut se pose sur celui qui parvient à réunir ces trois parties de son être. La gnose révèle à l’homme le secret de sa descente en ce monde et lui donne le chemin de son retour à l’origine.

La mélancolie… Cet état délicat où l’on se complaît à être triste, dont on dit parfois qu’il est à l’origine même de la philosophie parce qu’il nous confronte à la solitude profonde de l’être et donc au questionnement du sens que l’on donne à cette solitude, à la vie même.

La tristesse, chez l’homme, a ceci de magnifique qu’elle se peut partager. La mélancolie, non.

Les visages étaient si sombres qu’ils se mariaient parfaitement aux pierres grises des tristes bâtiments

Comme en toute quête, le trajet que l’on fait est au moins aussi instructif que la destination.

Sachez qu’il existe deux chemins pour venir à Compostelle, et ces chemins, on les prend immanquablement l’un et l’autre, et en même temps. Le premier est bien réel, il est fait de cailloux, de montagnes à gravir et de fleuves à traverser, le second est intérieur, mais il est tout autant fait d’efforts, d’embûches, qui sont des épreuves de passage, des initiations, et alors le cheminant s’élève et devient digne de recevoir ce que renferme vraiment l’ultime destination.

la tradition du pèlerinage symbolise sur terre le parcours céleste de l’âme. Or, vous le savez peut-être, dans toutes les traditions, le chemin des origines est toujours dirigé vers l’ouest.
— C’est le parcours que fait le soleil.

Ce n’est pas de mourir qui me fait peur, mon garçon, c’est de cesser de vivre.

Infos :
– Drachme (unité de mesure)  : voir article
– Abraxas panthée : le sceau des Templiers : voir article
– Compostelle (Asseconia, Campus stellarum)

One Reply to “Loevenbruck, Henri «L’apothicaire» (2011)”

  1. Content que tu aies aimé ce roman. Moi j’ai adoré et son style d’écriture ne m’a pas gêné. Il est vrai que j’aime bien les romans historiques un peu thrillers ésotériques !

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