Desjours, Ingrid «Sa vie dans les yeux d’une poupée» (2013)

Desjours, Ingrid «Sa vie dans les yeux d’une poupée» (2013)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

 

Résumé : Deux écorchés vifs. Deux rêves de seconde chance. Un regard pour renaître…

Provocateur, cynique et misogyne, Marc est affecté à la brigade des mœurs après un grave accident.

Quand, dans le cadre d’une enquête, il croise la douce Barbara, le policier est troublé par son regard presque candide, touché par cette fragilité que partagent ceux qui reviennent de loin. Ému. Au point de croire de nouveau en l’avenir.

Mais il est aussi persuadé qu’elle est la pièce manquante, le pion à manipuler pour démasquer le psychopathe qu’il traque.

Et s’il se trompait ?

Le pire des monstres est parfois celui qui s’ignore, quand bien même il rêve sa vie dans les yeux d’une poupée…

 » Une aventure haletante, violente, psychologiquement marquante : du bon et vrai thriller !  » (Marina Carrère d’Encausse)

 

Pocket 2014 (352 pages)

 

Mon avis : Alors heureusement que ce n’est pas le premier livre de cette auteure que je lis car je ne sais pas si j’aurai continué car le début est d’une rare violence ! Dès les premières pages, on plonge dans l’horreur avec une scène de viol hyper réaliste et extrêmement brutale. Ce livre raconte la descente aux enfers d’une jeune femme qui est victime depuis toujours et qui, à force de solitude (ce n’est pas qu’elle est seule physiquement c’est qu’elle ne peut pas parler avec les personnes qui l’entourent), intériorise tout et arrange sa vie à sa sauce. Elle va traverser la vie en étant à la fois victime et bourreau (comme les autres personnages principaux du roman d’ailleurs qui ont tous un côté sombre et un coté paumé)

J’ai beaucoup apprécié la description de la colère (début du chapitre 8) ; une fois encore le livre est très psychologique et on voit les personnages avec et sans masque. Ce qui fait que les pires personnalités en deviennent attachantes car on ne s’arrête jamais à ce qu’on voit avec Ingrid Desjours . Et la face cachée n’est pas la plus noire… Car ce sont des personnages qui vivent avec un tel poids sur les épaules, un tel vécu. Tant Barbara que sa mère ou le flic sont des écorchés vifs, qui sont conditionnés par leur amours déçues et leur passé ; ils ont envie d’aimer et d’être aimés mais ils en ont une peur panique.  Alors ils se défendent en attaquant par peur d’avoir mal. Un roman dur, qui dérange, qui mêle folie et violence… et qui montre surtout que les maltraitances de l’enfance font des adultes déstabilisés, malheureux, imprévisibles et dangereux. Et cette part d’innocence qui fait qu’elle fait pitié, peur et horreur à la fois… Je n’ai pas regretté ma lecture même si faut s’accrocher avec les uppercuts qu’elle nous décoche.

Extraits :

Moi, je l’aime bien, cette odeur. Même si elle appartient déjà au passé… Peut-être pour ça, d’ailleurs. Elle est d’un autre temps, comme moi. D’un temps où on savait la patience, où l’attente était délicieuse, où il ne suffisait pas de mitrailler un sourire cent fois pour espérer tomber sur une perle… Un temps où la photogénie n’était pas affaire de probabilités.

Le temps s’est arrêté. Dans sa tête, ça bute, ça lutte, comme le diamant d’un tourne-disque arrivé en bout de course.

Seule compte sa réalité et qu’elle puisse s’y raccrocher, oublier sa peur et la douleur.

Elle avait poussé tant bien que mal, comme une rose bardée d’épines, comme un oiseau tombé du nid trop tôt et qui volait comme il pouvait.

Rien n’est jamais aussi désirable que ce qu’on est en train de perdre.

L’hiver a gelé ses espoirs, le printemps a grêlé ses envies, l’été a fini de l’assécher. Trois saisons déjà, et l’automne qui s’annonce aussi morne que le reste. Une année en quatre temps qui s’étirera avec la même implacable indifférence que les suivantes, une année après l’autre pour la faire valser sans passion jusqu’à sa tombe.

Notre petit secret. Ces trois mots lui faisaient un effet dingue. Ils étaient doux comme une promesse d’amour inconditionnel, et durs comme une plongée brutale dans une eau glacée, comme l’immersion prématurée d’une gamine dans le monde des adultes. Notre petit secret. Une formule si dangereuse et si familière…

Et lui c’était Patrik. Il disait que pour un flic, c’est mieux d’être sensé que sans cas.

Parce que finalement, même si la convalescence du cœur était possible, il n’en voudrait pas. De même, ses cicatrices, il y tient. Elles lui rappellent d’où il vient et ce qu’il a traversé. Ce qu’il ne veut plus jamais connaître

Elle a le regard vide des voyageurs qui prennent le train et choisissent d’ignorer le paysage.

Une peur qui paralyse parce qu’elle est pleine de tristesse. Une peur qui désempare, qui donne envie de sangloter, de hurler STOP ! Pouce ! Comme quand on est enfant et que tous les problèmes s’effacent alors comme par magie.

J’ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j’ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublier des personnes inoubliables.

« L’humour est la politesse du désespoir », disait Boris Vian. Et le pli amer qui creuse chacune de ses joues en dit long sur la capacité d’autodérision qu’il lui faudra développer…

Plus que les coups, ce sont les mots qui lui font mal. Toujours les mêmes, injustes, insultants, remplis de haine.

Tous les tueurs ou violeurs en série commencent par s’exercer sur des animaux, ou des objets symboliques pour eux.

Oscar Wilde disait que les deux choses les plus émouvantes en ce monde sont la laideur qui se sait et la beauté qui s’ignore.

Mais au bout du compte elle sait bien qu’on passe sa vie à sauter d’un paquet de corvées et d’habitudes à l’autre, comme on joue à saute-mouton, jusqu’au bouquet final.

La colère, même rentrée, ça se nourrit de ce qu’on a en soi. Ça noircit tout, rend chaque chose aigre, vous fait cynique, agressif et violent.

L’espoir. C’est terrible, l’espoir. On s’y accroche de toutes ses forces parce que, au final, c’est tout ce qu’on a et que, sans ce sentiment pourtant si fragile qu’un simple silence peut le briser, on n’est rien, on est mort.

« Les morts sont des invisibles, ce ne sont pas des absents. »

 

 

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