Desjours, Ingrid «La prunelle de ses yeux» (RL/10.2016)

Desjours, Ingrid «La prunelle de ses yeux» (RL/10.2016)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

Paru chez Robert Laffont dans la collection : « La Bête noire. » – 320 pages

Résumé : Il est aveugle. Elle est ses yeux. Elle pense le guider vers la lumière. Il va l’entraîner dans ses ténèbres.

Gabriel a tout perdu en une nuit. Son fils de dix-sept ans, sauvagement assassiné. Ses yeux. Sa vie… Les années ont passé et l’aveugle n’a pas renoncé à recouvrer la vue. Encore moins à faire la lumière sur la mort de son enfant.

Quand un nouvel élément le met enfin sur la piste du meurtrier, c’est une évidence : il fera justice lui-même. Mais pour entreprendre ce long et éprouvant voyage, Gabriel a besoin de trouver un guide. Il recrute alors Maya, une jeune femme solitaire et mélancolique, sans lui avouer ses véritables intentions…

La cécité de conversion est une pathologie aussi méconnue qu’effrayante : suite à un profond traumatisme psychologique, vous êtes aveugle. C’est ce qui est arrivé au personnage principal de ce roman.

 

Mon avis : Merci à Lau d’avoir attiré mon attention sur ce livre par son commentaire de lecture. C’est le premier roman de cette auteure que je lis et je vais m’empresser de lire les précédents 😉

Un thriller psychologique comme je les aime. Mais pas que… En plus des personnages qui sont à la fois machiavéliques et paumés, et de la partie thriller qui est magnifiquement amenée et dans un contexte médical particulier et fort bien documenté ( la cécité de conversion) qui m’a ouvert les yeux 😉 sur une maladie que j’ignorais totalement il y a une vraie étude de la société. Il y a le poids de l’appartenance à une religion, à un niveau social et qui vont tout faire/tout accepter pour se faire aimer de ceux qui sont nés riches, français, blancs… Le mal-être des jeunes qui se sentent écrasés par les parents. Le manque de communication entre parents et enfants, la peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur, la peur de parler enfin crée une spirale d’incompréhension et de violence qui finit par tourner au drame. Ce n’est pas facile d’être soi-même et de l’assumer … Il y a également une nette critique des grandes écoles et de leur mépris de l’humain. Tout commence par un jeune homme de 17 ans, mal dans sa peau, qui joue un rôle dans sa vie et qui veut faire la lumière sur l’envers du décor des grandes écoles ( bizutage, pression, lutte des classes, pression, racisme, sexisme)

Il y a aussi dans ce livre – qui est un chef d’œuvre de manipulation à tous les niveaux – une mise en garde politique. En effet Tancrède, le jeune tyran, marche tranquillement dans les pas de l’extrême droite populiste, blanc dehors et très très noir dedans…

Un livre sur les non-dits, sur la haine, sur la vengeance, et sur l’amour… De la noirceur va naître la lueur, puis la lumière :  l’amour et la tolérance sont dans les cœurs… il suffit de se laisser guider par l’intuition et le bout du cœur… Il y a aussi la problématique de la place de la femme dans la société, le problème de l’alcoolisme (féminin) ; il y a aussi le bizutage, le harcèlement… et ce que cela génère dans la vie et le comportement des personnes qui en souffrent…

Plongez dans le côté obscur – à tous les points de vue – des relations entre les êtres, ne vous laisser pas aveugler ou éblouir par les apparences… elles sont souvent trompeuses… Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir 😉 et revenez me dire ce que vous en avez pensé …

Extraits :

Dans la discutable expression « discrimination positive », ici, on a surtout retenu le premier terme…

— Quel dommage d’avoir des yeux en parfait état et de les utiliser aussi mal !

La beauté a ceci de magique qu’elle peut apparaître comme une évidence ou bien nécessiter une initiation à ce qui constitue l’essence de son être, pour mieux se révéler.

Peut-être parce que celui qui n’a plus rien à perdre peut paradoxalement se permettre de tout vivre.

Vous serez mes yeux, vous mettrez de la lumière sur mes ombres en quelque sorte.

Je ne ressens jamais aussi bien la mer que lorsqu’elle est démontée !

Lui, jusqu’à présent si avenant avec elle, si solaire, est devenu semblable aux rochers qui les entourent : dur, abrupt, glacial.

… trahir une promesse qu’on se fait à soi-même, ça n’a aucun sens

La pression, c’est un révélateur pour certains, et c’est destructeur pour d’autres…

— Nous portons tous des masques…
— Mais vient un temps où on ne peut plus les retirer sans s’arracher la peau.

Il n’est pas donné gagnant, mais il compte sur la lassitude des Français, leur déception massive et leur méfiance à l’égard de la classe politique classique pour leur proposer une alternative qui aura, à leurs yeux, le charme d’une utopie.

Mais chaque retour à la réalité est plus cruel que le précédent, si bien qu’il finit par haïr autant qu’il a aimé cet idéal inaccessible, à lui en vouloir de n’exister que dans ses fantasmes d’enfant.

Leur premier succès sera leur pire malédiction : ils deviendront le jeune espoir qui ne peut pas décevoir, ils devront assurer un peu plus l’année suivante afin de pouvoir payer leurs impôts, ils estimeront avoir un standing à tenir et se lanceront dans la course effrénée aux apparences.

Tu ne dois pas chercher à être obéi, fils. Tu dois faire en sorte qu’on ait envie de te suivre.

Mais taire son existence, c’est comme l’enterrer une seconde fois.

… l’impression d’évoluer à l’intérieur d’une photo couleur sépia, l’emplit d’une tristesse supplémentaire comme si la sienne propre ne suffisait pas.

Comment aimer les autres quand on n’arrive pas à s’estimer soi-même ?

Que ce soit à cause  d’un décès ou d’une rupture, on sait rarement qu’on voit une personne pour la dernière fois, que ce sera notre dernier échange, et qu’après plus rien ne sera jamais comme avant. C’est là tout le drame et la magie de notre condition humaine, de ce nécessaire déni de l’impermanence des choses sans lequel la vie serait juste insupportable. On normalise, on banalise, on ne prête pas suffisamment attention à l’autre dont on ne peut imaginer qu’il pourrait mourir un jour.

Je me suis senti enseveli, étouffé, amputé, détruit, ampli de néant, comme passé dans une déchiqueteuse qui avait brisé ma volonté, mes os, mon âme. J’étais en enfer et les émotions se bousculaient : la haine, un intense sentiment d’injustice, mon impuissance à le ramener à la vie, le découragement, la peine comme un puits sans fond…

Ensemble, nous nous donnons une longue accolade qui semble exprimer tout ce que nous n’arrivons qu’à taire.

J’ai rêvé que tu me prennes dans tes bras, de me blottir dans cet abri, protégée moi aussi par cette forteresse que tu n’aurais ouverte que pour moi.

Mais on a beau chasser certaines idées, elles ont la fâcheuse manie de s’imposer tout de même.

Lorsqu’on perd ceux qui nous sont le plus proches, qu’on réalise le caractère éphémère des choses, la fragilité des liens qui nous unissent et nous retiennent à la vie, on reconsidère ce qui est important, on finit par comprendre que le regard des autres n’a aucune valeur, pas plus que les normes sociales ou même les rancunes mesquines qui nous tirent vers le bas.

 

8 Replies to “Desjours, Ingrid «La prunelle de ses yeux» (RL/10.2016)”

  1. Coucou,

    J’ai aussi adoré ce livre. Ingrid Desjours à l’art de nous emmener là où elle veut exactement avec un parallèle qu’on ne peut pas s’empêcher d’effectuer.
    Un vrai coup de coeur pour moi aussi.

    Hermy

  2. Vous n’auriez pas dû citer les extraits: ils donnent envie de…ne pas en lire davantage. Un catalogue de clichés de café du commerce! Et pas la moindre étincelle stylisti que. Je passerai donc mon chemin.

    1. Je vous remercie de votre commentaire. Il s’agit d’un thriller psychologique et non pas de littérature à proprement parler même si le livre est sorti en période de RL2016… Comme dans tous mes commentaires je mets des extraits.. Cela permet justement de se faire une opinion. Et pour ma part, le contenu de ce thriller m’a beaucoup plu. Et il n’est pas mieux ni moins bien écrit que la plupart des « polars ». Je maintiens mon coup de cœur. c’est un excellent polar mais ce n’est pas une œuvre littéraire, c’est certain.

  3. Catherine : « Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir  »
    Oui en effet, cela est très bien illustré dans le livre et sous différents aspects.

    Je t’ai suivi dans cette recommandation et je n’ai pas été déçue, j’ai franchement bien aimé mais ce n’est pas une oeuvre littéraire, est-ce utile de le préciser ? comme une excuse afin de se prémunir d’éventuelles critiques, c’est un thriller, un bon thriller point barre.

    Je te donne mon avis plus détaillé :
    Bon thriller avec une tension constante tout le long du roman dans une écriture fluide et rythmée. Elle se pare de douceur quand elle y raconte l’histoire entre Maya et Gabriel que l’on suit dans le présent et à travers eux sur des années passant de 2003 à 2016. Ils se découvrent et nous les découvrons, c’est bien fait et bien construit.
    Il y a une crédibilité dans l’histoire avec un bémol notamment dans la dernière partie où il semble que le suspens ait été entretenu dans un élan qui s’essouffle et en même temps contradictoirement une fin qui se précipite.
    Mais les qualités du thriller sont là : rythme, suspens, noirceur. Certaines scènes sont particulièrement éprouvantes émotionnellement notamment celle du cimetière avec Victor (yeux embués…)
    Différents thèmes sont abordés :
    – relation père, fils, ce que l’on ne s’est pas dit et quand il est trop tard pour se les dire.
    – L’univers des élites (dont elle a pour moi forcé un peu trop le trait) ses castes, ses écoles à travers celle de Métis où l’auteure décrit très bien la rivalité des ambitions et les dérapages qu’elle entraîne dans le bizutage.

    Elle parle de l’expérience de Milgram que beaucoup connaissent et à travers elle ce que peut entraîner le fait d’obéir à une autorité et de ne plus exercer sa libre pensée (elle s’illustre différemment dans le livre mais c’est un parallèle cohérent quand on parle de bizutage ou de viols en réunion, les autres n’exercent plus leur pensée critique et se laissent entraîner par le meneur )

    1. Merci pour ce commentaire CatW. Comme je sais que les polars ne sont pas ta tasse de thé, je vois que je ne me suis pas trompée en te suggérant de tenter de lire celui-ci..

  4. J’ai été emportée par ce livre et je l’ai dévoré ! Cette histoire m’a réellement émue. Je me réjouis de découvrir d’autres titres de cette auteure

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