Tackian, Niko « Solitudes » (RLH2021)

Tackian, Niko « Solitudes » (RLH2021)

Auteur : né en 1973, est un scénariste, réalisateur et romancier français. Il a notamment créé avec Franck Thilliez la série Alex Hugo pour France 2.
Romans:  « Quelque part avant l’enfer » est paru en 2015 (Prix Polar du public des bibliothèques au Festival Polar de Cognac) En 2016 il publie « La nuit n’est jamais complète» (Prix Polar Sud-Ouest 2017. Festival Lire en poche de Gradignan). Viennent ensuite « Avalanche Hôtel » (2019), « Solitudes » (2021)

Série Tomar Khan : « Toxique » (2017).  « Fantazmë » (2018). « Celle qui pleurait sous l’eau » (2020)

Calmann-Lévy noir – 06.01-2021 – 319 pages

Résumé : Aussi épaisses soient les brumes qui les protègent, certaines vérités ne peuvent être oubliées. Elie Martins est garde nature dans le massif du Vercors. Il y a douze ans, une blessure par balle l’a laissé totalement amnésique. Depuis, il s’est reconstruit une vie dans cette région aux hivers impitoyables, aux brumes si opaques qu’elles vous égarent en deux pas. Alors qu’une tempête de neige s’abat sur le Vercors, des traces étranges mènent Elie jusqu’à l' »arbre taillé », un pin gigantesque dressé comme un phare au milieu de l’immensité blanche.
Une femme nue est pendue à ses branches. Cette macabre découverte anime quelque chose sur la toile vierge des souvenirs d’Elie. La victime est un message a son intention, il en est certain. Et il est terrifié.

Dans les remerciements petite réflexion de l’auteur : « le livre s’est écrit en trois mois, trois mois de confinement à cause de la Covid 19. C’est donc un auteur à huis clos qui vous livre son huis clos à ciel ouvert ! »

Mon avis : Ce que j’aime avec cet auteur, c’est qu’on ne perd pas une seconde ! Immédiatement plongés dans le bain ! en l’occurrence dans la neige !
Et pour être glaçant, c’est glaçant : le décor et les ombres qui s’y déplacent…
Personnages pétris de solitude, aussi sauvages que l’environnement, ravagés par la vie et qui ont trouvé dans cet environnement sauvage un refuge et une sorte de sérénité, en communion avec la nature. Et la montagne du Vercors, en plein hiver et au beau milieu d’une tempête de neige… c’est peu dire que c’est sauvage et angoissant. D’ailleurs si vous ne voulez pas baigner dans l’angoisse, passez votre chemin…
Le personnage principal pourrait être la montagne, habitée par des fantômes, des êtres hantés par leur passé, des solitaires.
Il y a tout d’abord Elie, le garde-nature celui qui n’est jamais vraiment mort (telle est la signification de son prénom) est là pour nous accueillir.
Il y a Réda, l’Indien qui a été initié par des chamans.
Il y a Jacques, l’aveugle qui ressent les ondes lumineuses qui se dégagent des individus.
Il y a Nina, l’inspectrice qui a fuit Paris pour tenter de vivre avec un drame qui la hante.
Les thèmes principaux sont la mémoire, le passé, les origines, les drames qui hantent les esprits, la solitude. La mort est partout et l’atmosphère oppressante à souhait… Quand ce n’est pas les conditions climatiques qui nous font frissonner, on tremble à cause des ombres qui rôdent et assassinent…
Je vous invite vivement à chausser des raquettes, à emprunter des routes verglacées et des pistes enneigées pour vous perdre dans le grand blanc et le noir obscur, à la recherche de la vérité, à la poursuite du diable indigo… tout en baignant dans des nuances de bleu, de vert et de rouge sang.
Et moi je vais continuer à découvrir les romans de cet auteur…

Extraits :

Il faisait un froid de marmotte et les flocons avaient déjà recouvert une partie du bitume, rendant les déplacements plus aléatoires.

Cela résonnait sans doute avec ses propres origines, lui, fils d’immigré algérien ayant grandi dans un pays où l’intégration n’était qu’un mythe.

Il avait retrouvé l’univers rassurant de son foyer, la chaleur du feu qui crépitait dans l’âtre. Mais les flammes ne le réchauffaient pas, un froid métaphysique le congelait de l’intérieur.

La neige n’était pas vraiment une alliée en matière criminelle, il suffisait qu’elle fonde et les preuves disparaissaient dans les flots de l’oubli.

Élie Martins semblait à moitié là, comme si une partie de lui s’était échappée ailleurs, dans un endroit d’une terrible solitude.

Mais il y avait des silences bruissant de paroles et celui-là confirmait bien que son protégé avait morflé, et beaucoup plus souvent qu’à son tour.

À vingt ans, sa vie s’était effacée comme une trace dans la neige.

Comment était-il possible de vivre avec ça ? On portait tous nos cicatrices. Certaines plus voyantes que d’autres.

Pour les Indiens mohawks, l’homme possède deux âmes. L’une est libre de toute attache et peut quitter le corps pendant le sommeil ou la maladie. L’autre se trouve irrémédiablement chevillée à son vaisseau de chair. Après la mort, la première âme gagne immédiatement le monde immatériel et rejoint Wakan Tanka, le Grand Esprit. Mais la seconde âme, celle du corps, subit le même sort que son hôte et lui reste attachée tant qu’on ne lui a pas rendu honneur, subsistant parmi les vivants pour les hanter.

Jacques aurait eu bien du mal à expliquer ce phénomène à un esprit rationnel, mais pour lui les émotions humaines continuaient d’exister au-delà de leurs hôtes. Il en restait des bribes, des traces aussi réelles que peuvent l’être des pas dans la neige.

Il n’y a pas de passé qui ne surgisse et ne provoque une sensation de joie. La joie tragique d’avoir retrouvé le perdu.

À mesure que son cortex cérébral refroidissait, les souvenirs de sa vie commençaient à s’estomper pour disparaître dans le néant.

Est-ce que vous pensez qu’on est libre ou que tout est écrit pour nous ?

Bientôt il aurait su lire les pentes et les crêtes comme les lignes d’une phrase, et la montagne serait devenue le livre de sa vie.

Le monde face à lui était un dégradé de blancs tombant en gros flocons et se perdant dans le gris à mesure que le regard portait. Tout au fond, le noir intense de la forêt fermait ce tableau hivernal.

La vérité pour les autres et pour soi-même. La vérité pour effacer le visage des fantômes et apporter la lumière sans laquelle aucune vie ne pouvait se développer.

Ce loup ne pouvait pas être un hasard. Pas ici, pas cette nuit alors qu’il venait de retrouver en rêve les rites ancestraux qui avaient changé sa vie. Non, c’était autre chose, un message qui LUI était destiné. Un appel peut-être ?

Il se souvenait très bien des paroles que le chaman mohawk avait prononcées le jour de son départ de la communauté : Accroche-toi à ce qui est bon, même si c’est une poignée de terre. Accroche-toi à ce que tu crois, même si c’est un arbre solitaire. Accroche-toi à ce que tu sens, même si tu dois partir loin d’ici…

On ne peut pas changer le passé, mais on peut le réécrire par des actes.

 

Challenge défi lecture  Catégorie 31 – Un livre contenant le mot bibliothèque (en dehors du titre) :
L’émotion lui fit monter les larmes aux yeux et il referma l’album pour le ranger dans sa bibliothèque personnelle. Plusieurs volumes traitaient des rites et coutumes amérindiens, et il se dit qu’ils devaient forcément contenir un rituel capable d’apaiser la situation qu’il pressentait.

 

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