Bouysse, Franck «Oxymort » – . Limoges : requiem en sous sol» (2014) 224 pages

Bouysse, Franck «Oxymort » – . Limoges : requiem en sous sol» (2014) 224 pages

Auteur : né le 5 septembre 1965 à Brive-la-Gaillarde, écrivain français, auteur de nombreux romans policiers. Professeur de biologie et d’horticulture auprès de personnes en réorientation, l’auteur fait partie de cette nouvelle génération d’écrivains en France, influencés par de grands auteurs américains, qui sortent du polar citadin pour créer des intrigues au cœur de la France profonde, un peu oubliée où la nature est maître.

Romans :  Trilogie H.(Le Mystère H- Lhondres ou Les Ruelles sans étoiles – La Huitième Lettre) L’Entomologiste, Noire porcelaine, Vagabond, Oxymort. Limoges : requiem en sous-solPur-SangGrossir le cielPlateauGlaiseNé d’aucune femme (2019),Orphelines (2020),  Buveurs de vent (RL2020)

Editions Geste-Le Geste Noir-15 Mars 2014 / Moussons Noires –12.03.2019 – 276 pages / J’ai lu – 4.3.2020 – 224 pages

Résumé : Une intrigue psychologique au coeur de Limoges.

Un homme se réveille enchaîné sur le sol de ce qui semble être une cave humide. La sensation d’être un animal piégé… Il est incapable de se rappeler pourquoi il est là. Il se souvient juste du coup sur la tête qu’il a reçu deux jours auparavant, alors qu’il entrait dans sa voiture. Il décide donc de remonter le temps jusqu’au grain sable qui l’a entraîné dans cette folie. Le lecteur navigue donc de piste de piste. Comment ce professeur, bien sous tous rapport, se retrouve séquestré ? Est-ce à cause de l’étudiante qu’il fréquente ? Est-ce son voisin, amoureux fou de sa collègue qui serait devenu jaloux de lui ? Chaque détail du quotidien devient suspicieux.

Un homme s’éveille, enchaîné sur la terre battue d’une cave. Engourdissement, incompréhension. Qui ? Pour- quoi ? La seule façon de repousser son désespoir, de lutter : Remonter le temps, errer dans les corridors de sa mémoire et chercher à comprendre pour tenir en laisse la folie. Guetter l’apparition d’une femme, au moment où les ombres s’étirent dans le crépuscule. Jouer la musique de sa survie.

Première phrase : « Nuit horizontale. Nuit verticale. Pas vu la lumière depuis deux jours. Deux jours que je me réveille avec un terrible mal de crâne, que je ne sais pas pourquoi je suis enfermé ici, dans une pièce froide et humide, que je n’ai aucune idée de ce que j’ai mangé, que l’odeur de ma sueur ne parvient plus jusqu’à mes narines, que mes doigts n’ont rencontré que des murs. Deux jours que je pisse et chie dans un seau rempli d’eau de javel. Deux jours que je suis réduit à un animal piégé au fond d’un trou»

Mon avis : Il est souvent difficile de se souvenir après un énorme coup de coeur  (Buveur de vent) qu’il y avait eu un avant. Mais comme j’affectionne tout particulièrement la plume de cet auteur, même si ce n’est pas mon préféré, je ne regrette pas ma lecture. En soi le sujet de la personne enfermée sans savoir pourquoi n’est pas totalement originale. Il y a eu Karine Giebel et ses «Morsures de l’ombre », Sandrine Collette et ses «Des nœuds d’acier» , Thilliez, Franck  et son «Vertige» pour ne citer que ces trois-là…

Oxymort : Un oxymore est une Figure de style qui consiste à allier deux mots de sens contradictoires… et pourtant occis et mort vont dans le même sens… occire est un verbe qui est synonyme d’assassiner ou de tuer et mort en est le résultat… le sens contradictoire se situerait-il dans le temps ?

Un huis-clos bien noir !  Il se retrouve enfermé, sans savoir pourquoi, il va tâcher de comprendre pourquoi il est là. Pour ne pas devenir fou, il va tout faire pour occuper le temps qui passe, remonter le temps pour tenter de découvrir une raison à ce cauchemar qui se cache dans son passé. Il va revivre sa vie, et ne rien lâcher. Et dans les souvenirs des thèmes s’invitent : les ombres, l’obscurité, les sons, la solitude, le rejet, la jalousie, les deux faces de l’amour – le destructeur et le lumineux…
On est comme l’enfermé : on étouffe vite et un élément très angoissant s’invite : l’indifférence, le ton froid et détaché du ravisseur, son manque total d’expression.
Il y a aussi des personnages secondaires : et aucun n’est dans la lumière …
Ce n’est pas mon préféré de cet auteur mais on retrouve déjà la noirceur et la profondeur qui caractérise cet auteur. Et sa façon d’écrire, sa manière de ciseler les phrases… Même si elles sont encore courtes et ne donnent pas les ambiances à la « buveurs de vent » j’ai beaucoup aimé le style qui colle à la moiteur et à la glauquitude (!) de la situation…
Ce qui commence mal ne finit guère mieux. Entre noir foncé et noir clair donc…

Extraits :

C’était tout de même pas si difficile que ça de mourir. Quelque chose qu’il fallait faire un jour ou l’autre.

Fermer les yeux et constater qu’il existe plusieurs sortes d’obscurité. L’obscurité imposée est noire, insondable, sans espoir. L’obscurité volontaire constitue le rendez-vous des souvenirs, et nourrit l’espoir. Mes sens se donnent rendez-vous dans l’une et dans l’autre, à tour de rôle.

Bovary n’est pas son vrai nom. Je l’ai baptisée ainsi parce qu’elle arbore en permanence l’intense jovialité des gens infiniment tristes au-dedans.

Enfer… mé.
La pire des choses à vivre pour un homme. Une forme de damnation. Normalement, un sort réservé aux morts – selon l’idée qu’on m’a inculquée enfant, pendant les heures de catéchisme.

Des perles de lumière dansent dans l’obscurité. Quand les obscurités superposées de mon sommeil s’annulent, elles laissent apparaître des fragments de lumière, comme des fragments de mémoire.

Moi non plus, je n’ai pas vu le soleil depuis longtemps. L’immense obscurité de la mort, c’est quelque chose comme ça ? La vie, c’est la lumière. En quoi puis-je croire encore ? Malgré l’absence de lumière, je suis encore en vie.

— Trop d’amour ?
— Je suppose qu’elle voulait compenser le manque par l’excès. Tu sais, je ne pense pas que l’amour soit une arme, et il en faut pourtant quelques-unes pour débuter dans la vie.

Je compris que j’étais moi aussi une ombre et que le royaume des ombres, c’était le néant.

Ce que je pense aussi, c’est que la psychologie a toujours un coup de retard sur l’échiquier des drames humains.

L’adolescence sonne le glas de l’enfance. La difficulté, c’est de refuser les schémas promis, tout en sachant qu’on n’y échappera pas à long terme. Cet aveu d’impuissance-là, cette défaite-là, cette lucidité-là. Alors, à quoi bon passer à l’âge adulte et constater son échec ?

Elle constata rapidement qu’il n’y avait pas plus de priorité dans ses actes que d’intonation dans sa voix. Un mode de fonctionnement désarmant. Une parfaite application de la théorie des fractales sur la propre vie du jeune homme.
Et l’indifférence était venue. Il s’en foutait pas mal de son indifférence à elle. Tant qu’elle restait, car il n’imaginait pas un seul instant qu’elle pourrait le quitter. Inconcevable.

Impossible de me concentrer suffisamment pour remonter le temps. Les souvenirs, en cet instant, comme du sel sur une plaie ouverte.

Il a le sentiment que quelque chose d’important se passe dans ce bar, et il en est le témoin. De cette rencontre qui s’éternise, des mains qui se touchent, juste après les yeux. De la magie qui surplombe la beauté, sur un à-pic vertigineux. Ça crève les yeux. La foudre.

La possibilité d’une promenade, de deux vies réunies en une seule. Pas deux vies distinctes. C’est trop con, deux vies.

 

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