Arikawa, Hiro «Au prochain arrêt» (2021)

Arikawa, Hiro «Au prochain arrêt» (2021)

Autrice : Hiro Arikawa née le 9 juin 1972 est une écrivaine japonaise originaire de la préfecture de Kōchi. Hiro Arikawa remporte le 10e grand prix du roman Dengeki pour écrivains débutants avec Shio no Machi: Wish on My Precious en 2003, et le livre est publié l’année suivante. Le livre est salué pour son histoire d’amour entre une héroïne et un héros séparés par l’âge et le statut social, et pour sa description des structures militaires. Bien qu’elle soit un auteur de light novels, ses titres suivants sont publiés en édition reliée en compagnie d’ouvrages plus littéraires, son éditeur MediaWorks lui réservant une considération appropriée. Shio no Machi est plus tard également publié en édition reliée. Son light novel Toshokan Sensō (The Library War) de 2006 est nommé numéro 1 du Hon no Zasshi pour la distraction pour le premier semestre de 2006, et atteint la 5e place du Honya Taishō pour cette année, en compétition avec des romans ordinaires. Elle écrit souvent à propos des forces japonaises d’autodéfense (JSDF) et ses trois premiers romans relatifs à ses trois branches sont appelés Jieitai Sanbusaku (« la Trilogie SDF »); elle a également écrit sur la fictional Library Forces (?) dans la série Toshokan Sensō. Raintree no Kuni, d’abord paru comme livre au sein d’un livre dans Toshokan Nairan a ensuite été publié par Arikawa comme un dérivé avec un autre éditeur.
Ses romans: «Les Mémoires d’un chat» (2017) – «Au prochain arrêt» (2021)

Actes Sud Littérature – Lettres japonaises – 05.05.2021 – 183 pages

Résumé :

Au Japon, sur la ligne reliant Takarazuka à Nishinomiya, au gré des huit gares que dessert le train aux wagons rouges, plusieurs passagers montent et descendent, chacun avec son histoire, chacun perdu dans ses pensées et dans les nœuds de son existence. Nous les rencontrons à l’aller, nous les retrouverons quelques mois plus tard au retour.
Dans ce décor invariable, et pourtant mouvant, des vies vont ainsi s’entrechoquer et être profondément changées… pour le meilleur. À chaque arrêt, de nouveaux passagers s’installent, se parlent, se lient. Et, d’un trajet à l’autre comme d’une saison à l’autre, le lecteur se fait l’observateur des paysages nouveaux et des multiples trajectoires qu’auront prises ces destins croisés. Tels les wagons attachés les uns aux autres dans l’alignement parfait des rails, le livre se construit sur une chaîne d’événements où tous les personnages finissent par être durablement connectés d’une manière ou d’une autre.
Plus qu’une ode au voyage, ce roman choral de Hiro Arikawa est une invitation à l’arrêt sur soi-même, en même temps qu’un éloge de l ’imprévisible. Et de ces rencontres qui, si l’on ne s’en défend pas, font que des êtres de passage peuvent bouleverser le cours de nos vies.
Ce roman de l’auteure des « Mémoires d’un chat » suit le trajet de la ligne Imazu de la compagnie de chemin de fer privée Hankyû. Organisé en deux parties de huit chapitres chacune (comme les huit arrêts du train), il se déroule au printemps dans le sens Takarazuka-Nishinomiya, et en automne pour le retour. A chaque arrêt, de nouveaux passagers montent, se parlent, s’observent. Et, d’un trajet à l’autre comme d’une saison à l’autre, le lecteur se fait l’observateur des paysages changeants, des multiples trajectoires de la vie et surtout de l’évolution de chacun des personnages montés à bord.

Mon avis :

Alors ce roman de l’auteure des « Mémoires d’un chat » n’a pas été le coup de cœur absolu comme le précédent mais il s’en dégage un charme indéfinissable qui m’a beaucoup plu.

Une ligne de train, 8 gares, et des rencontres …
Des rencontres intergénérationnelles qui mettent en valeur des femmes qui n’ont pas peur de dire ce qu’elles pensent. Des rencontres éphémères mais qui conditionnent la suite des vies. Des réflexions acides prononcées doucement et de manière suave, qui font mouche. Des conseils pertinents offerts gratuitement au gré d’un court trajet.
Il y a la femme qui se retrouve abandonnée après une relation de cinq années à la presque veille de son mariage, il y a la grand-mère, il y a la jeune étudiante qui fréquente un jeune homme peu instruit ; il y a la jeune femme qui se fait maltraiter par son ami mais qui n’a pas encore eu le cran de le quitter, il y a la fillette qui est maltraitée par ses camarades de classe..
Toutes ces vies se croisent, se recroisent, se rapprochent et s’éloignent le long de cette ligne de chemin de fer et dans les gares qui la jalonnent.
J’ai passé un très joli moment en montant et descendant cette ligne qui relie Takarazuka à Nishinomiya (Préfecture de Hyōgo). Un regard, un mot, une question, une phrase prononcée par un ou une inconnue et la vie des personnes change de trajet, la direction que prenait leur vie se modifie, comme le paysage qui défile et se modifie en fonction du rythme du train et des saisons.
A la fois doux, réaliste, profond, mais surtout humain et plein de bon sens. Avec des petites pointes qui pimentent le récit. Très joli périple en train au Japon. Finesse et subtilité, sensibilité, hasard et destinée, jamais de mièvrerie.

Extraits :

Le caractère de “vie” associé au mot “bière” signifie “bière pression”.

Elle résolut de ne plus y penser. Inutile de réfléchir à des choses sur lesquelles on ne peut plus revenir.

Elle avait la tête de quelqu’un qui vient de tuer, mais elle aussi avait été blessée. Ses paroles, qui auraient pu être interprétées comme des vantardises, étaient le sang qui coulait de ses blessures.

Elle ne lui avait jamais rien refusé. Parce que si elle le faisait, il se mettait en colère. Elle le savait et ne lui disait jamais non.
De peur qu’il l’accuse de ne pas l’aimer.

Aimer, cela veut dire ne pas faire ce que l’autre ne veut pas.

Découvrir des choses qu’on ne connaît pas, c’est agréable, non ? C’est pour ça que je m’arrange toujours pour regarder dehors quand je prends le train.

Le train se lança avec sa cargaison d’histoires sur son parcours qui n’était pas infini.

— Grandes marques, petites manières…

Elle était fatiguée.
Lasse de ces querelles constantes, qui ne l’attristaient même plus.
Gagnée par le découragement, le désespoir, un sentiment de vide.

on n’a jamais rien à gagner à fréquenter des gens qui ne partagent pas vos valeurs. On risque même d’en oublier les siennes.

Quand on vieillit, le temps passe plus vite. Une année s’écoule sans qu’on s’en rende compte, six mois comme une journée.

Je comprends que vous utilisiez des parfums coûteux, mais je ne suis pas sûre que vous le fassiez de la bonne façon. Une goutte derrière l’oreille ou le poignet suffit, vous savez. Nul besoin de s’en asperger comme d’un déodorant.

Les humains ont un avantage sur les chiens. Même s’ils font plus de bruit qu’eux, on ne les met jamais en cage !

2 Replies to “Arikawa, Hiro «Au prochain arrêt» (2021)”

  1. Petit voyage en train sur une ligne privée reliant plusieurs petites villes du Japon et ne comptez pas sur moi pour avoir retenu le nom des villes ou le nom des quais d’ailleurs ce n’est pas le but de livre juste un prétexte de trame narrative de 8 chapitres qui ponctuent 8 arrêts sur l’aller au printemps et sur le retour en automne. C’est plutôt original comme construction et cela permet de revoir les protagonistes dans leur évolution  2 saisons après et de juger du changement. 
    L’écriture est sans fioritures, épurée, presque naïve et sans personnalité. Cela apporte une douceur sans aspérités qui elles sont présentes par les petites histoires racontées, reliées entre elles par le regard des uns et des autres en tant que spectateurs puis ensuite acteurs. 
    Donc vous comprendrez que ce n’est pas ce qui m’a séduite. 
    Ce qui m’a plu c’est qu’on pourrait retenir la leçon de cette histoire comme autant de fables qui pourraient avoir en même écho la résonance de  certains mots, une petite phrase jetée par une inconnu(e) qui fait son propre chemin chez l’autre, un déclic sur des évidences déniées ou pas conscientes qui par magie se révèlent à vous. Le regard de l’autre qui ouvre le vôtre c’est ce que je vais retenir de ce livre. C’est plaisant mais ce n’est surement pas un coup de cœur.
    On en parle ici en podcast https://www.francebleu.fr/emis…oup-de-coeur-des-libraires-165

    1. J’avais eu le coup de coeur absolu pour son roman précédent « Mémoires d’un chat » : ce n’est clairement pas le cas pour celui-ci mais il aborde des thèmes intéressants

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