Ogawa, Ito « La République du bonheur » (2020)

Ogawa, Ito « La République du bonheur » (2020)

Autrice Ecrivaine japonaise, originaire de la ville de Yamagata, dans la préfecture du même nom au Japon, Ito Ogawa se rend à Tokyo pour poursuivre des études de Japonais classique à l’université. Elle est connue pour ses rédactions de chansons, notamment pour le groupe Fairlife, et ses livres illustrés pour les enfants.

Œuvres traduites en français : Le Restaurant de l’amour retrouvé (2013) – Le Ruban (2016) – Le Jardin arc-en-ciel (2016) – La Papeterie Tsubaki (2018) – La République du bonheur (2020)

Editions Philippe Picquier – 20.08.2020 – 281 pages / – traduction par Myriam Dartois-Ako

Résumé :

La vie est douce à Kamakura. Amis et clients se pressent dans la petite papeterie où Hatoko exerce ses talents d’écrivain public. Tendres, drôles ou tragiques, les destins se croisent sous son pinceau. Hatoko s’est mariée et découvre, en compagnie de Mitsurô et de sa petite fille, les joies d’être mère au sein de leur famille recomposée : elle enseigne à l’enfant l’art de la calligraphie comme le faisait sa grand-mère et partage avec elle ses recettes des boulettes à l’armoise ou du thé vert fait maison.
Mais si Hatoko excelle dans l’art difficile d’écrire pour les autres, le moment viendra pour elle d’écrire ce qui brille au fond de son coeur. Après « La Papeterie Tsubaki » se dévoile une fois de plus tout le talent d’Ogawa Ito pour nous révéler les sources invisibles du bonheur.

Mon avis :

J’ai lu récemment «  Le Jardin arc-en-ciel  » de la même romancière et je retrouve ici sa sensibilité. Une nouvelle fois le thème de la famille choisie (pas de sang donc) est au cœur du roman, la filiation par l’amour et non par les gênes.
Au cœur de la vie de Hatoko, écrivaine publique il y a l’humanité, le sens de l’écoute et du partage, le don de soi, l’importance de donner de l’amour, de briser la solitude et de faire vivre l’espoir. Il semble que ce soit la suite de à « La Papeterie Tsubaki », que je n’ai pas encore lu, mais cela ne m’a pas empêché s’apprécier celui-ci (et je vais m’empresser de lire le précédent)- Le récit met en valeur les plaisirs de la vie, l’importance des êtres chers, de la notion de famille, de la cohésion sociale, des rapports avec les êtres chers, vivants ou disparus.
Il y a aussi l’amour des mots, de l’écriture, de la calligraphie, des traditions, des racines, de la transmission, du bonheur …

Extraits :

Je ne suis pas encore habituée à mon nouveau patronyme, mais comme la pluie du premier kanji de mon nom de jeune fille (ame) s’est juste transformée en forêt (mori), les pigeons de mon prénom (hato) doivent être contents

Mais un plat n’a pas le même goût selon qu’on le mange tout seul, en silence, ou avec des êtres chers, en bavardant gaiement. Bien manger à table avec ceux qu’on aime : rien ne surpasse un tel moment de bonheur et de luxe.

Le jaune, c’est une couleur porteuse d’espoir.

les murs ont des oreilles, les cloisons tendues de papier ont des yeux et tout se sait.

Moi, ma plus grande crainte, c’est de voir disparaître les boîtes aux lettres. Si plus personne n’écrit, un jour, il n’y en aura peut-être plus, de la même façon qu’avec la diffusion du portable, les cabines téléphoniques ont progressivement disparu.

— Répondre par la négative, ça demande du courage mais ça doit soulager, ai-je remarqué.

J’avais l’impression que sa colère était telle qu’elle paralysait son vrai moi, empêtré dedans.

Est-il permis de construire son bonheur avec ce qui nous tombe sous la main ? Mais on ne peut quand même pas rencontrer le monde entier, parler et sortir avec tout le monde pour choisir l’homme ou la femme de sa vie, c’est impossible.

Et puis, le cercle, ou plus précisément l’ensô comme on l’appelle, relève de la tradition zen. On dit qu’il représente la plénitude du monde, qu’il symbolise la vérité et l’éveil.

Les choses sur lesquelles on passe en riant au début deviennent insupportables au fil des ans et on n’arrive plus à les pardonner. On s’en veut de ne pas y arriver, et on se trouve impardonnable de ne pas pardonner.

i on peut quitter le partenaire qu’on a choisi de son plein gré, pourquoi les liens du sang nous interdisent-ils de quitter une famille qu’on n’a pas choisie ?

— Peut-être est-ce à votre insu, mais blesser quelqu’un involontairement est encore plus grave que le faire de façon délibérée. C’est trop facile de se dédouaner en disant qu’on ne pensait pas à mal. Votre intention ne change rien au fait que vous l’avez blessée.

L’eau, c’est comme le feu, on ne se lasse pas de l’admirer.

Sur une machine à écrire, chaque touche est reliée à une lettre, un peu comme sur un piano. Le piano joue une mélodie, tandis que la machine à écrire aligne des mots.

Elle s’exprimait comme le ferait un petit oiseau.
Mais en réalité, peut-être extirpait-elle de son corps une pelote de paroles emmêlées, qu’elle régurgitait mot à mot, dans la souffrance, en se fourrant un doigt dans la gorge.

[…] ses mots m’étaient apparus dans des tons verts.
Le vert, c’est une couleur fréquente dans la nature. Et ses sentiments à elle étaient naturels. L’amour né dans son cœur était pur comme les plantes qui poussent. La nature ne ment pas, ni à elle-même ni à autrui.

je ne suis pas la seule en ce bas monde à porter ma solitude à bout de bras. Tout ce que j’espère, c’est être moi aussi, pour toi, un canapé confortable.

Sais-tu ce que signifie la grande pimprenelle, en langage des fleurs ?
C’est ce message que j’ai très envie de t’envoyer aujourd’hui.
Quel bonheur ce serait de pouvoir, un jour, parcourir la forêt main dans la main avec toi!

Plutôt que de rechercher ce qu’on a perdu, mieux vaut prendre soin de ce qui nous reste.

Je voudrais que ceux que j’aime vivent avec le sourire. S’ils devaient m’oublier au fil de ces jours heureux, alors tant pis. Sans doute souhaiterais-je qu’ils se tournent vers l’avenir, plutôt que de rester prisonniers du passé.

Le kanji du vivant est un caractère pictographique qui représente la végétation surgissant de terre et dont l’étymologie puiserait son origine dans l’expression de la vie. C’est de là que viennent ses significations variées et ses multiples prononciations : shô ou sei (vie), ikasu (garder en vie), ikiru (vivre), ikeru (arranger des fleurs), umareru (naître), umu (donner la vie), o.u (pousser), ki (brut), nama (cru), haeru (pousser), hayasu (faire pousser), entre autres.

Le matin, quand je me réveille, je leur dis bonjour, et quand je contemple un paysage comme tout à l’heure, je m’adresse à elles, je leur dis que c’est beau. Tant que je suis en vie, les disparus continuent eux aussi à vivre en moi, je le ressens profondément depuis quelque temps. Ce ne sont pas que des paroles, j’ai vraiment la sensation de leur présence concrète.

C’est un peu comme un creuset culturel : dans la marmite, de multiples ingrédients à l’identité forte unissent leurs ressources, se complétant et s’effaçant tour à tour pour composer un nouvel univers. Chaque gorgée du bouillon vous réchauffe de l’intérieur.

on se coupe les ongles après les avoir trempés dans l’eau des sept herbes sauvages, on passera toute l’année en bonne santé.

Ici, chaque année, une cérémonie d’adieu aux pinceaux est organisée le 25 janvier. On brûle pinceaux et crayons à papier usés pour leur rendre grâce.

Dans la nouvelle Le bonheur d’une personne, il a écrit ceci :
Si au cours d’une vie, on parvient à faire le bonheur ne serait-ce que d’une seule personne, on est heureux.

 

Infos (Tradition – mythologie)  :

Tanabata : ( « La septième nuit [du septième mois] »), ou le Hoshi matsuri « Fête des Étoiles »), est une fête japonaise provenant des traditions O-Bon et de la fête des étoiles chinoise, Qīxī. La fête a généralement lieu le 7 juillet ou le 7 août, et célèbre la rencontre d’Orihime (Alpha Lyrae/Véga) et Hiko-boshi (Alpha Aquilae/Altaïr). La Voie lactée, une rivière d’étoiles qui traverse le ciel, sépare les deux amants célestes, mais il leur est tout de même permis de se rencontrer une fois l’an. Ce jour particulier est le septième jour du septième mois lunaire du calendrier luni-solaire.

La fête du Jizô noir : jizô, protecteur des voyageurs – Jizô bosatsu est un boddhisatva, c’est-à-dire qu’il a atteint l’éveil mais a choisi de rester parmi les humains pour les accompagner vers leur propre salvation. Plus spécifiquement, il a fait le vœu de ne devenir bouddha qu’une fois les enfers vidés, c’est-à-dire toutes les âmes sauvées. Au Japon, Jizô bosatsu revêt des significations bien spécifiques : il est le protecteur des enfants, mais aussi des voyageurs. ( source web : vivre le Japon)

Les sept divinités du bonheur : sept divinités de la bonne fortune dans la mythologie japonaise.
Chacune d’entre elles possède des particularités traditionnelles :
– Ebisu, divinité des pêcheurs, des marchands et de la prospérité, souvent représentée transportant une morue ou un bar ;
– Daikokuten ou Daikoku, divinité de la richesse, du commerce et des échanges. Ebisu et Daikoku sont souvent appariées et représentées sous forme de masques ou de sculptures sur les murs de petites échoppes ;
– Bishamonten, divinité des guerriers et dieu protecteur de la loi bouddhique et de la prospérité ;
– Benzaiten ou Benten, divinité du savoir, de l’art et de la beauté, de l’éloquence, de la musique, de la littérature, des arts et des sciences, de la vertu et de la sagesse, de la prospérité et de la longévité ;
– Fukurokuju, divinité du bonheur, de la richesse et de la longévité, de la virilité et de la sagesse ;
– Hotei, divinité de l’abondance et de la bonne santé, du contentement et du commerce ;
– Jurōjin, divinité de la longévité et de la prospérité.
– Une autre divinité, Kichijōten (ou Kisshōten, Kudokuten ; sanskrit : Laksmi, Mahasri), divinité de la richesse représentée avec le joyau (mani) qui exauce les désirs, est parfois décrite avec les sept divinités traditionnelles.

Yasunari Kawabata né le 11 juin 18991 à Osaka, et mort le 16 avril 1972 à Zushi, est un écrivain japonais, prix Nobel de littérature en 1968.
Considéré comme un écrivain majeur du xxe siècle et obsédé par la quête du beau, la solitude et la mort, il a écrit en particulier des récits très courts, d’un dépouillement stylistique extrême, regroupés plus tard en recueils, mais ses œuvres les plus connues internationalement sont ses romans comme Pays de neige (1935-1947), Le Grondement de la montagne2 (1954), Les Belles Endormies (1960-1961) ou Kyôto (1962).

Ecritures traditionnelles : Les hiraganas (littéralement « kanas lisses ») sont un syllabaire japonais et une des quatre écritures du japonais avec les katakanas, les rōmajis et les kanjis.

Image : la grande pimprenelle

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.