Lynch, Paul « Au-delà de la mer » (RL2021)

Lynch, Paul « Au-delà de la mer » (RL2021)

Auteur : Paul Lynch est un auteur irlandais est né en 1977 à Limerick dans le Donegal et vit aujourd’hui à Dublin. Il a été journaliste et critique de cinéma à Sunday Tribune de 2007 à 2011 et a écrit régulièrement dans le Sunday Times. Il est actuellement écrivain à temps plein.
Son premier roman, « Un ciel rouge, le matin » (Albin Michel, 2014), a été unanimement salué par la presse comme une révélation et finaliste du Prix du Meilleur Livre étranger. A suivi « La Neige noire » (Albin Michel, 2015), récompensé par le Prix Libr’à Nous et largement plébiscité par les lecteurs. Il publie « Grace » en 2019, « Au-delà de la mer » (RL2021)

 

Albin-Michel – 18.08.2021 – 240 pages  (traduit par Marina Boraso)

Résumé : « Muets de saisissement, Hector et lui regardent le monde se recomposer dans une magnificence de couleurs. Comme s’ils étaient les premiers à contempler des ciels pareils. Chacun commence à entrevoir la vérité de l’autre, à deviner qu’ils sont tous les deux pareillement démunis au cœur de la vérité des choses. Et qu’au sein d’une telle immensité, ce qu’un homme porte en son cœur n’a plus guère de poids. »

Malgré l’annonce d’une tempête, Bolivar, un pêcheur sud-américain, convainc le jeune Hector de prendre la mer avec lui. Tous deux se retrouvent vite à la merci des éléments, prisonniers de l’immensité de l’océan Pacifique. Unis par cette terrifiante intimité forcée et sans issue, ils se heurtent aux limites de la foi et de l’espoir, à l’essence de la vie et de la mort, à leur propre conscience.
Dans ce face-à-face d’une intensité spectaculaire, Paul Lynch explore la condition humaine avec une force digne d’Hemingway ou de Camus, et s’impose définitivement comme un virtuose des lettres irlandaises.

Mon avis : Un très grand merci aux Editions Albin Michel de m’avoir permis de découvrir en avant-première ce roman saisissant et époustouflant d’un auteur magistral.
Bolivar part en mer alors qu’une tempête est annoncée, accompagné d’un ado, Hector, qui, malgré ses dires, ne semble pas avoir une solide expérience de marin. Et comme prévu, une tempête déferle, d’une violence hallucinante ; Hector manque de passer au jus, Bolivar le rattrape in extrémis … et c’est le début du cauchemar. La radio rend l’âme, le moteur aussi. La lutte pour la survie commence, au milieu des éléments déchainés ou pendant les périodes de clame plat…  L’attente au fil des jours, puis des semaines … le système D, les cadeaux de la mer… Des descriptions à couper le souffle, et sur le rafiot, deux êtres aussi dissemblables que possible … un semblant de fatalité s’installe ; les êtres se dédoublent (ici et ailleurs – passé et présent – dans le rêve et dans la réalité) . Plus ils se sentent libérés des contraintes, livrés au ballotement des vagues, au gré des vents, plus ils vivent de l’intérieur : les souvenirs remontent, la vie d’avant, les confidences … Une amitié se crée entre les deux naufragés, mais des bouffées de haine parsèment leur cohabitation. Le temps se fige : ce n’est ni la vie, ni la mort, c’est un semblant de rêve, un éternel recommencement, une perte totale de repères : une vie à l’arrête, des rêves immobiles, et parallèlement une sorte de paix s’installe en eux.   Hector va basculer dans la foi, puis la perdre : ses moments de paix sont ceux où il nage, au mépris d’une présence éventuelle de requins. Lui qui a soi-disant la foi se laisse couler face aux événements, se persuade qu’il est une charge pour la société, qu’il expie les erreurs de sa courte vie. Il a tout de celui qui renonce, alors que Bolivar qui n’a pas la foi croit en la survie, en l’avenir, se veut vivant face aux éléments. Et fait tout pour maintenir le jeune à flot, l’exhorte à ne pas se laisser couler, ne pas abandonner, s’accrocher à la vie.
On passe par tous les stades : haine, culpabilité, amitié, découragement, solitude, espoir, abattement folie, hallucinations, rage, compréhension, envie de sauver et envies de tuer.
Les nuits se succèdent : la nuit étoilée, la nuit de tempête, la nuit extérieure et la nuit intérieure qui envahit l’esprit des naufragés. J’ai été bouleversée par les dialogues des deux hommes, entre eux, avec eux-mêmes, avec les autres, l’importance d’exister pour soi et pour les autres.
A la fin du livre il y a une description du silence qui m’a beaucoup touché.
Une fois encore l’auteur est un peintre :avec ses mots il dépeint les paysages, donne vie aux êtres, à la nature, à l’âme. Il a le talent de fait communier entre eux les êtres et l’eau, la mer, les éléments, le ciel, le jour, la nuit…il fait fusionner l’intérieur et l’extérieur, le vrai et le faux, le réel et irréel …
Un coup de cœur une fois encore pour cet auteur qui, au fil des ans, prend une place incontournable dans la liste de mes auteurs préférés.

Extraits :

La mer, en vérité, rassemble toutes les couleurs, et ainsi tout est contenue en elle.

Pendant deux jours et deux nuits, il a considéré sa vie depuis une cellule obscure à l’intérieur de sa tête. L’éternité contenue dans chaque minute d’attente.

L’espoir, ce n’est rie -n qu’une petite flamme, pense Bolivar. On le nourrit d’une petite chose, et puis d’une autre. C’est ainsi que nous vivons.

Chaque jour, je regarde une partie de moi qui ne fait pas partie de moi. C’est juste celle qui se trouve ici. Toutes les autres, elles sont ailleurs. Elles sont restées là-bas – c’est difficile à expliquer.

La partie de moi qui est ici n’y est pas pour de vrai. C’est là-bas qu’elle est. Du coup, je ne suis rien. Mais celui que j’étais là-bas, il n’existe pas non plus. Il est devenu quelqu’un d’autre, et je ne sais pas ce qu’il est.

Toujours occupés à attendre quelque chose. Et si on accueillait plutôt ce qui nous est offert ?

Le temps n’est plus le temps, il reste immobile au lieu de s’écouler. Les jours se succèdent au sein d’un temps figé. Parfois, il lui semble aussi que le temps file sans lui, qu’il le contourne ou passe au-dessus de lui, ou peut-être au-dessous, mais jamais en lui.

L’aveuglement est une forme de vision, tu ne crois pas ? Ne sommes-nous pas aveugles dans nos rêves ? Cela ne nous empêche pourtant pas de voir. Parfois, nous voyons même les choses très nettement. Le rêve te révèle ce que tu crains de regarder en face. La pensée que tu n’oses pas affronter. Combien de gens cherchent la réalité à travers le rêve ?

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