Aubert, Charles «Tala Yuna» (2022)

Aubert, Charles «Tala Yuna» (2022)

Auteur : Charles Aubert est diplômé de la Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille (1985-1991). Responsable des assurances professionnelles à Generali France (1993-2006), il était directeur commercial d’une société d’assurances, de 2006 à 2012.À la faveur d’un plan social, il décide de quitter la ville et s’installe au sud de Montpellier, avec femme et enfants. Il choisit une cabane au bord de l’étang des Moures. En 2012, il crée le Canotage, atelier de fabrication de bracelets pour montres. Comme ses personnages, Charles Aubert s’est retiré dans une partie secrète de l’étang des Moures où ne vont jamais les touristes, entre sel et mer, pas très loin de Sète, un peu en-dessous de Montpellier. Après « Bleu Calypso« , « Rouge Tango« , « Vert Samba » (2021). Après la série des couleurs, «Tala Yuna» est son nouveau roman (2022)

Slatkine & Cie – 06.05.2022 – 320 pages

Résumé :
Jonas Duval est un écrivain à succès.
Il part à la recherche d’un père qu’il n’a pas connu et qui aurait été vu pour la dernière fois sur l’île Indigo.
Au rythme d’une tempête annoncée, il découvre une nature  fascinante, se confronte à la violence des hommes et rencontre une  femme étrange et sauvage qui va changer sa vie.
Entre aventure, quête initiatique et suspense, ce roman subtil et  poétique est un voyage entre terre et mer où la beauté du monde et  la profondeur des êtres finissent par se révéler.

Mon avis :

Je ne pensais pas possible d’être davantage sous le charme de cet auteur que je ne l’avais été avec sa série des couleurs ! Et bien si ! C’est possible !
C’est mon énormissime coup de cœur ! Une de mes plus belles lectures de l’année. Un livre à lire et relire, pour le message qu’il envoie, pour le contenu, pour la philosophie qu’il véhicule, pour l’amour des mots, de la littérature, de la musique, pour la poésie, pour le plaisir des sens, pour la sensibilité…
Au départ il y a la quête du père… un père qui est parti deux jours avant la naissance et qui s’est volatilisé… Celui qui est parti à sa recherche, c’est Jonas, un écrivain qui se cherche…
Puis il y a le voilier, le Tala Yuna et les deux frères qui forment l’équipage. Sam, le renfermé et Ringo, le colosse aux pieds d’argile, un peu différent et tellement attachant. Et … je vous laisse découvrir …

Ce livre est aussi un hommage aux écrivains, aux textes magnifiques de la littérature, aux œuvres picturales aussi, aux couleurs, à la vibration des choses et des êtres, des arbres et des fleurs. C’est aussi un hommage aux marins, aux voileux en particulier et un vrai cours de technique…
Et aussi cette approche de la nature qui nous vient des civilisations anciennes, qui consiste à honorer le vivant – animal, minéral, végétal -, le ciel, les éléments… Et les manières de communier avec le reste de l’univers, avec les esprits de la nature, avec les âmes, par la danse, la musique, le silence…Et la faculté de communiquer de la jeune lakota est un véritable ressourcement, une main tendue vers l’harmonie, vers les certitudes ancestrales, un hymne à la communion …

Alors je vous laisse voguer avec Jonas (au nom prédestiné), Sam, Tom, Ringo ; essuyer les tempêtes, qu’elles soient naturelles ou intérieures… Ombre et lumière se mêlent, tout comme passé et présent, amour et haine, esprits et vivants… et frôler par moments Marc Aurèle, Hemingway, Albert Cohen, Harrison, Rimbaud, Emily Dickinson ou dans un autre registre El Greco, Klimt ou Rothko…

Il me fait un peu ressurgir un livre que j’avais lu il y a des années, « le don de Qâ » de Jean-Marc Pasquet et qui est toujours resté dans un coin de mon cœur. Un vrai chant d’amour et de tolérance, une quête de soi, un récit initiatique, doublé d’un roman à suspense, d’amour, de passion, d’action…

En un mot ce livre est juste un enchantement …

Et un très grand merci aux Editions Slatkine de m’avoir offert l’opportunité de découvrir cet auteur et ce livre en particulier.

Extraits :

Un sourire transformait toute l’architecture de son curieux visage, ses yeux se plissaient jusqu’à disparaître alors que ses lèvres, dans un mouvement inverse, paraissaient s’ouvrir comme les pétales d’une fleur exotique. Il y avait chez lui quelque chose d’un clown. Pas un clown blanc, pas un auguste. Plutôt un contre-pitre, celui qui a le cœur bon et les intentions pures.

Je crois que c’est un truc propre aux écrivains. On est des inadaptés sociaux. On comprend tellement rien aux rapports humains qu’on construit son propre univers en miniature. On dresse les décors, on crée les personnages, on lance des situations et on regarde comme ils se débrouillent. Après, on essaye d’en tirer quelques enseignements qu’on s’attache à mettre en application dans son quotidien.

Vous savez que cette île fait partie du vaste archipel qui ferme la baie au nord. Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. C’est l’archipel Bleu. Et ce réseau d’îles a deux particularités. Une amusante et l’autre qui l’est beaucoup moins. Chacune des îles qui le composent porte le nom d’une nuance de bleu. Il y a l’île principale qui s’appelle l’île Bleue bien entendu. Puis il y a les îles Saphir, Céleste, Cobalt, Outremer, Klein et plus d’une dizaine d’autres, comme autant de sommets d’une chaîne de montagnes engloutie. Ça, c’est pour le côté sympa. La seconde particularité va nous poser plus de problèmes. L’archipel Bleu est connu pour être l’endroit le plus sauvage de la région.

J’ai cru qu’on serait comme un couple de loups. Vous savez « Tala » signifie « louve » en amérindien. Et quand ils se sont choisis, les loups s’unissent pour la vie. Ils sont fidèles et se protègent l’un l’autre, quoi qu’il arrive. J’espérais un loup ivre de liberté, il cherchait une chienne à tenir en laisse.

J’avais toujours eu besoin de tuteurs pour me maintenir droit. La littérature en était un. L’amour aussi.

Il ne faut rien forcer. Juste accueillir. C’est une ouverture du cœur, un désir de rencontre. Il faut être dans une attitude de grande humilité face au vivant. Honorer et remercier tous les éléments, la terre, l’eau, le feu, l’air. Honorer et remercier tous les règnes, le minéral, le végétal et l’animal. Honorer et remercier tous les astres, le soleil, la lune et les étoiles.

Elle m’a souri aussi, mais c’était un sourire flou, un sourire qui ressemblait à un nuage fugace qui s’effiloche.

un ailleurs. C’est le bon mot. Les âmes ne meurent pas, mais elles ne sont déjà plus nous. Vous aurez remarqué que nous sommes plus qu’une âme. Nous sommes aussi des corps. Quand je vous parlais de l’instant, je parlais de ce que nous sommes actuellement. Ce qui est ici et maintenant. Et ce n’est que dans l’instant présent qu’on a accès à la grande Vie.

Tiens, tu vois, pour représenter quelqu’un, il suffit de peindre les ombres de son visage.
Elle m’a fixé en louchant un peu.
— Moi, je crois que je préférerais peindre la lumière qu’il y a en eux.

J’utilisais mes sens différemment. Je voyais, je sentais, je touchais, j’entendais plus large. Les couleurs, les odeurs, les bruits et les textures étaient différents. Je croyais à l’invisible et je comprenais mieux le visible. Avant, quand on me demandait si j’aimais la nature, je m’empressais de répondre oui. En réalité, je n’aimais pas la nature. J’aimais l’idée de la nature. Et c’était pareil avec l’amour. Je n’aimais pas l’amour. J’aimais l’idée de l’amour. J’étais un de ces types pleins de certitude, un écologiste des villes qui n’avait jamais vraiment vu un arbre, un amoureux triste qui n’avait jamais dansé dans l’eau.

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