Piacentini, Elena «Aux vents mauvais» (2017)

Piacentini, Elena «Aux vents mauvais» (2017)

Auteure : Elena Piacentini est corse et vit à Lille, comme le héros de ses livres, Leoni, commandant de police en charge de la section homicide de la PJ. Ses aventures sont relatées dans Un Corse à Lille (2017), Art brut (2018), Carrières noires (2012), Le Cimetière des chimères (2013, prix Calibre 47 et prix Soleil noir), Des forêts et des âmes (2014, finaliste des sélections du prix des lecteurs Quais du polar/20 minutes et du grand prix de littérature policière) et Aux vents mauvais (2017) parus aux Editions Au-delà du raisonnable. Elle est également l’auteur de Comme de longs échos (Fleuve Editions, 2017, récompensé du Prix Transfuge du Meilleur polar français et Plume d’or ; dans la sélection Le Point des 20 romans de l’année) et du Dernier Homme (Editions In8, 2018).

Série : Pierre-Arsène Leoni – 7ème enquête

Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmesAux vents mauvais (2017) –

Au-delà du raisonnable 5.01. 2017 – 280 pages / Pocket – 14.06.2018 – 344 pages

Résumé : Lorsque le corps d’une jeune femme est retrouvé dans la cave d’une maison sur le point d’être démolie, la liaison avec la disparition de Jessica, 17 ans, enfant de la DDASS, est très vite faite. Sur le banc des accusés : trois jeunes qui ont déjà prouvé la bêtise et la violence dont ils sont capables. Mais si le commandant Leoni peut arrêter l’un des trois pour viol, il est obligé de se rendre à l’évidence : le meurtrier est ailleurs.

Mon avis :

Plus je lis les romans de cette auteure et plus je trouve que la qualité est au rendez-vous. Cette fois la réalité historique du scandale des réunionnais de la Creuse sert de point de départ. Cela m’a en plus permis de creuser sur ce drame que j’ignorais complètement. Par le biais de son intrigue, l’auteure dénonce un pan de l’histoire de France. C’est une fiction mais une fiction intelligente qui laisse une trace historique en plus du plaisir de l’enquête. C’est un roman noir, qui permet de montrer la société dans laquelle on vit.
Trois histoires vont s’entremêler dans le roman : celle de Thierry, celle de Jean-Toussaint et celle de Jessica
Les rapports humains sont très présents de même que les rapports hommes /animaux qui brisent les solitudes (loutre, cheval)
C’est aussi un réquisitoire contre les personnes racistes et violentes qui se croient tout permis et se croient supérieures alors qu’elles ne sont rien du tout.
Les grand-mères ont la part belle dans le roman : Mémé Angèle, MamiLouise et Colette ancienne prof de mathématiques surnommée Pythagore.
Leoni me plait de plus en plus. Flic oui, mais humain surtout. On continue aussi à découvrir l’histoire de sa petite équipe : ses collaborateurs sont à la fois des enquêteurs de police et des personnes au passé bien difficile. Dans ce livre d’ailleurs, un des enquêteurs de sa petite équipe est à la recherche de son passé dans une des trois enquêtes qui se déroulent en parallèle.
En comme j’aime bien la façon d’écrire d’Elena Piacentini, cela augmente mon plaisir de lecture.
Mais place au racisme, à la haine, à l’amour, à l’amitié, aux rapports familiaux… et j’espère que comme moi vous n’allez pas lâcher le livre une fois que vous l’aurez commencé.

Extraits :

Coupable d’avoir abrité un désir trop grand pour lui. Un désir qui l’a calciné en dedans, dispersé par-delà l’océan et dont la rémanence le brûle encore.

Est-ce que j’ai l’air du type qui croit encore aux lutins et à la poussière de fée ? Parce que, dans le monde réel, un faux témoignage dans une affaire d’homicide, ça peut vous valoir un paquet d’embêtements du type passage par la case prison, vous me suivez ?

De sa main gantée, elle lui souffla un baiser qu’il attrapa en pensée, réprimant son envie de l’enlacer.

Il était revenu au point de départ. Englué dans ce sentiment poisseux de n’être à sa place nulle part. Les muscles électrisés par une hargne qui n’avait pas pris un coquard. Cabossé de l’intérieur. À vif.

Il l’avait embrassée, mordue. Ça lui avait fait l’effet de croquer dans un souvenir.

Si on se blinde, ça finit par vous pétrifier de l’intérieur. Sinon, c’est comme gratter tous les jours la même croûte. À force, c’est un peu de notre âme qui vient sous les ongles.

L’accablement lui crocheta le coeur, libérant ses fantômes.

Elle est de la race qui fait pousser le mal en nous. Toutes, elles crachent un levain des enfers.

– Juste je t’informe, c’est ça ?
– Juste. C’est une condition nécessaire et suffisante.
– Et c’est vraiment tout ?
– Il n’y a pas d’à-peu-près en mathématiques. Ou c’est juste ou c’est faux. Enfin… Parfois, c’est relatif.

Ce visage face au sien, bosselé et heurté d’accidents, lui disait des guérillas jumelles des siennes. De celles que l’on mène pour en sauver d’autres de l’écroulement. Parce que c’est en définitive la seule façon que l’on ait trouvée pour rester soi-même debout et l’unique raison de supporter d’appartenir au monde des hommes.

ce sont au pire de futurs délinquants, au mieux de futurs paumés.

Mais la violence, la vraie, c’est de considérer que ces gamins sont nés foutus ! Les tordus, je vais vous dire, ils ne sont pas toujours où on croit qu’ils sont.

L’idée dérange sans que le coeur ne soit touché. La compassion des gens du coin n’avait pas trouvé de point d’ancrage.

Il est des jours où la conscience de soi devient prison.

Le temps qui essore la mémoire, rétrécit les souvenirs et fait des trous dans le passé.

Il n’était plus temps de revenir en arrière. Mais peut-être était-il encore possible d’en rester là. Même si c’était nulle part.

Dans la grande famille de l’homo sapiens, les adolescents constituaient une sous-espèce au comportement fascinant.

Plus le temps passera et plus vous serez fatigué, à bout de nerfs. Vous vous imaginerez qu’en leur apportant les réponses qu’ils espèrent vous en aurez plus vite fini, mais c’est faux. Être en garde à vue, c’est jouer au poker sans main face à des truqueurs patentés.

La fuite est un produit frelaté aux effets secondaires ravageurs. Dissolution de l’estime de soi et impossibilité de vivre l’instant. Il s’était cru capable de distancer le passé. De s’en affranchir. Il avait seulement traîné ses chaînes plus loin.

Il n’y a pas de « prends garde » avant les grands désastres.

La moitié de son coeur saignait, l’autre moitié souriait. Le jour et la nuit dans une seule larme.

Il s’étonnait d’avoir encore des larmes, sans savoir si elles lui venaient de la nostalgie des hiers, de la tristesse de l’instant ou du deuil des demains.

 

Sur le même sujet : le livre d’Ariane Bois : « L’île aux enfants »  Parution chez Belfond  2019

Info  : Pour en savoir plus sur les réunionnais de la Creuse

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