Giebel, Karine «Toutes blessent la dernière tue» (2018)

Giebel, Karine «Toutes blessent la dernière tue» (2018)

Auteur : Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar ». Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014),  De force est son premier roman à paraître chez Belfond. ; D’ombre et de silence (contient 8 nouvelles) parait en 2017, Toutes blessent la dernière tue en 2018

 (Maîtres du jeu : nouvelles. : contient 2 nouvelles : Post mortem suivi de J’aime votre peur – Pocket Thriller n° 15671, septembre 2013)

et des nouvelles dans les Pockets   « 13 à table «  en vente pour les restos du Cœur en chaque fin d’année ( dès novembre )

Belfond – 29.03.2018 – 744 pages

Résumé : Je connais l’enfer dans ses moindres recoins. Je pourrais le dessiner les yeux fermés. Je pourrais en parler pendant des heures. Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler… Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin… Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres. Les tuer tous, jusqu’au dernier. Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures. Un homme dangereux. Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite ! Parce que bientôt, tu seras morte.

 

Mon avis : Dans la même veine que « Meurtres pour rédemption ». On plonge dans une réalité sordide, on ouvre les yeux sur un univers qui nous est totalement étranger, et on n’a peine à imaginer que cela peut encore exister de nos jours ! Alors non je ne vais rien vous dire. Je vais vous laisser vous indigner, et remercier l’auteure de mettre le doigt sur des problèmes de société qui demeurent cachés … On a peine à imaginer que des témoignages réels sont à la base du roman
Un livre sur l’espoir, la résilience, le pouvoir de l’Amour avec un grand « A » et l’importance des livres pour continuer à vivre et s’évader.
Lors d’une interview, l’auteure explique :  Un mot sur le titre : « Toutes blessent, la dernière tue » est la traduction d’une expression latine, « Vulnerant omnes, ultima necat ». Référence au temps qui passe, cette formule est affichée sur les cadrans d’horloge et les cadrans solaires. C’est aussi une manière de rappeler que la dernière heure peut arriver à tout moment pour chaque individu… Une précision qui rappelle que ce roman, tout en parlant de la société qui nous entoure et de la psychologie humaine, est avant tout un thriller. (Culturebox : https://culturebox.francetvinfo.fr/livres/policier/l-esclavage-moderne-au-coeur-du-nouveau-thriller-de-karine-giebel-273011)
Un pavé de près de 750 pages qui se lit d’une traite et dont je suis ressortie assommée. Nul doute que comme « Meurtres pour rédemption », ce livre restera gravé dans ma mémoire. Quand la réalité est plus forte que le thriller… cela marque, forcément. Et elle fait très fort ; oui c’est un roman noir, oui c’est du suspense, du thriller, mais c’est aussi une formidable étude de société qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page.

 

Extraits :

C’est un joli prénom, Sefana. Ça veut dire la perle.

Mais il avait le temps. Ce temps qui ne comptait plus. Qui ne servait qu’à faire croire que la douleur et les souvenirs sont éternels.

À cette époque-là, je m’endormais en souriant.
Sans doute parce que j’ignorais tout du monde.

À chaque livre, j’ai l’impression qu’une porte s’ouvre quelque part dans ma tête. Les verrous cèdent, les uns après les autres. Un livre, c’est comme un voyage, dans l’espace ou le temps. Dans l’âme des hommes, dans la lumière ou les ténèbres.

Car il n’y a que dans son sommeil qu’elle trouve le courage de s’enfuir.

Je me quitte et je m’envole, tel un oiseau, vers des contrées lointaines.

J’ai lu un livre sur les volcans… J’ai l’impression que de la lave incandescente bouillonne au fond de mon ventre et qu’elle va jaillir à la première occasion. L’impression que je vais exploser et tuer tous ceux qui m’entourent.

Lui parler, encore et encore. Pour qu’elle ne disparaisse pas vraiment.

Les hommes sont fous, je crois. Mais leur folie est passionnante.

Peut-être devrait-elle appeler au secours ? Mais pour appeler au secours, il faut exister. Exister quelque part, exister pour quelqu’un.

Mes doigts se sont fermés sur une indicible souffrance et ne se sont pas rouverts depuis.

L’après-midi commençait et de lourds nuages s’entassaient au-dessus des monts cévenols, prêts à passer à l’attaque.

C’est fou le nombre de synonymes qu’il y a pour tuer, tu ne trouves pas ? Il y en a bien plus que pour le verbe aimer

Il écouta les autres.
Parler de leur vie, car ils en avaient encore une.
Parler de leurs amis, car ils croyaient en avoir.
Parler de leur avenir, comme s’ils étaient immortels.

Elle se levait tôt, se couchait tard. Elle disait que dormir, c’est perdre du temps. Parce que la vie est courte. Moi, je la trouve trop longue.

J’apprends à ne rien faire. J’apprends que j’en ai le droit.

J’ai toujours cette impression étrange d’évoluer dans un conte de fées. L’impression qu’une page va se tourner et que je vais brusquement replonger dans la sordide réalité. J’ai le sentiment de ne pas mériter de vivre ce rêve. Le sentiment de ne pas être à ma place.

Vivre, c’est avoir peur, avoir mal. Vivre, c’est risquer. Vivre, c’est rapide et dangereux.
Autrement, ça s’appelle survivre.

Comment pouvait-on oublier ça ?
Peut-être quand on refusait de s’en souvenir. Quand c’était trop difficile de s’en souvenir.

Être regardé, c’était être vivant.
Inspirer la peur, c’était être vivant.

L’été va bientôt m’abandonner, j’appréhende le retour de l’hiver. Car quelque part dans mon cœur, il fera toujours froid, désormais.

son visage ressemblait à une carte en relief menant à un trésor : son regard.

Elle s’est bien gardée de me dire qu’il y a des croix qu’on porte sur son dos toute la vie. Qu’on devienne un homme ou pas.

Je me dis que l’amour, c’est peut-être ça. Ne pas poser de questions.

Sans passé, on n’a plus grand-chose à perdre. Mais si ses souvenirs avaient disparu, son instinct de survie, lui, était encore intact, ancré dans ses gènes.

Que c’est dans l’amour qu’elle me porte que je puiserai la force de devenir un homme. Un vrai.
Un homme qui n’aura plus peur, à chaque seconde, de perdre tout ce qu’il possède.

C’est fou comme la peur rend dangereux…

Disons que si certains souvenirs font trop mal, ton cerveau a peut-être choisi de les occulter pour le moment. Comme si tu mettais un voile sur ce que tu ne veux plus voir… Une sorte de réflexe de défense.

Aucun repère, aucun souvenir auquel me raccrocher, qu’il soit bon ou mauvais… Aucune racine pour m’attacher à cette vie.

Marcher sans avoir l’impression d’avancer.
Regarder derrière, puisque l’avenir a disparu.

La vie n’est qu’une série de questions… Espérons que la mort sera une série de réponses.

Il faut du temps pour casser ses chaînes. Il faut du temps et parfois, il faut de l’aide.

Elle était les échines courbées, les rêves brisés, les détresses silencieuses, les longues nuits de solitude.

Ce sont des pensées sauvages. Chaque année, elles fleuriront au début de l’été. Et avec le temps, elles formeront un tapis de fleurs… Un parterre de pensées.

Mais le passé ne s’efface jamais.
Il faut tenter de le surmonter, de le dompter.
Ou de le redessiner.

 

 

Infos : OIECM, l’Organisation internationale contre l’esclavage moderne :  http://www.oicem.org/accueil/

Travail forcé, esclavage moderne et traite des êtres humains

 

3 Replies to “Giebel, Karine «Toutes blessent la dernière tue» (2018)”

  1. Une bonne centaine de pages, c’est très dur. Mais au-delà d’une histoire qui arrache les tripes, je ne vois pas : une écriture. Peut-être se dessinera-t-elle plus tard ? Ou c’est juste (guillemets appuyés) « juste » une histoire barbare, cruelle sur l’esclavage moderne. L’alliance de ces deux mots m’a toujours interpellée ! Une contradiction, un anachronisme…

    Bon, plus j’avance et plus ce sentiment grandit. Je vais essayer de m’expliquer clairement. Que Giebel avec ce livre veut livrer des images fortes pour dénoncer l’esclavage moderne, je le conçois, c’est une réalité de notre monde, nous connaissons dans l’actualité des histoires vraies qui en parlent. Mais là, elle en fait trop, elle force le trait, les situations qui se succèdent sont excessives, et cette avalanche de situations cruelles, barbares, que Tama croise sur sa route uniquement des personnes dénuées d’humanité, cela n’est plus crédible à mes yeux. J’ai presque un sentiment de malaise comme si Giebel se délectait de me mettre dans la position du « voyeur ». Je me sens manipulée de manière grossière. C’est quoi son but à Karine Giebel ?!? Créer un thriller sur le dos de Tama ?!? Bon je l’arrête, ça m’est insupportable.

    Tu vois Cath, je viens de lire de façon plus approfondi ton commentaire et je comprends qu’elle ait voulu dénoncer ces horreurs qui existent, je suis bien d’accord. Le travail incessant de plus de 15 heures par jour, les brimades, la violence physique, morale, l’humiliation quotidienne, les viols, oui évidemment que cela existe, je ne ferme pas les yeux, je les ai malheureusement bien ouverts, déçue dans le plus profond de mon être de la capacité de l’être humain à commettre l’indicible. Mais Giebel en fait trop, je confirme qu’elle nuit à la transmission de ce message, oui je sais, je vais un peu fort peut-être mais c’est le cas. Je ne crois pas à la capacité d’une gamine de 9 ans à apprendre à lire toute seule après ses 15 heures de travail avec un petit livre d’initiation à la lecture mais je crois à ces 15 heures de labeur par jour. Je ne crois pas à la multiplication des personnes rencontrées qui dessinent ce même schéma : violence, torture. Et vas-y que je te casse la main avec un marteau, vas-y que je te cloue la main, vas-y que je te brûle la main sur le poêle, vas-y que je te brûle les omoplates avec le fer à repasser par une autre personne. Et puis comment se fait-il que Tama n’en parle pas, ne se confie pas à la vieille dame avec laquelle cela se passe bien alors qu’elle retente le coup avec Izri. Bref, pour moi, c’est pas le trop car le trop existe mais c’est bien comment elle met en scène ce trop qui nuit à ce message.
    Mais je trouve agréable d’en parler avec toi et d’avoir des avis si contrastés.

  2. Il n’y aurait pas eu le mot « roman » et Giebel aurait publié un essai sur l’esclavage des enfants … il serait passé inaperçu ou presque.
    Alors elle dénonce des faits qui existent ( il y a eu un cas il n’y a pas si longtemps en Suisse qui a été révélé au grand jour)
    Et comme elle a beaucoup de lecteurs, le problème est sorti de l’ombre.
    Comme elle avait fait dans son livre « Meurtres pour rédemption » dans lequel elle met en lumière les prions pour femmes et oui… le sujet dérange … et au final c’est à nouveau le fond qui m’a fait tenir jusqu’au bout et pas la forme…

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