Gallay, Claudie «Seule Venise» (2005)

Gallay, Claudie «Seule Venise» (2005)

Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L’Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2005, prix Folies d’encre et prix du Salon d’Ambronay), Dans l’or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux éditions Actes Sud : L’amour est une île (2010), Une part de ciel (2013), Détails d’Opalka (2014), La Beauté des jours (2017)

(lu en 2011 et sur la base de mes notes de lecture)

Résumé : A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C’est l’hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l’arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l’attente du désir et de l’autre. Dans une langue ajustée aux émotions et à la détresse de son personnage, Claudie Gallay dépeint la transformation intérieure d’une femme à la recherche d’un nouveau souffle de vie. Et médite, dans le décor d’une Venise troublante et révélatrice, sur l’enjeu de la création et sur la force du sentiment amoureux.

 

Mon avis : L’autre Venise. La Venise d’hiver, loin des touristes, des fastes des lumières et des masques. La Venise glauque et qui peine à émerger du brouillard, la Venise des vieux vénitiens qui vivent dans la ville et que cette ville habite. Une Venise intemporelle, couleur sépia, avec des personnages qui se fondent dans le décor… Des personnages profonds, qui se dévoilent par petites touches, une Venise « impressionniste »… Un roman sur le manque : tous les personnages vivent dans l’absence d’un être, dans le souvenir du passé, dans le manque de lumière. Tout comme cette Venise hivernale et décolorée ; et petit à petit la vie renait… par le dialogue, par l’amour des livres. Une fois encore les couleurs … un livre tout en clair-obscur, en nuances, ou la ville accompagne les personnages, se reflète en eux. Une Venise délavée, embrumée, comme les protagonistes du roman. Une fois encore, la ville est un des personnages… et peut-être le plus attachant du livre…

Quelle idée de débarquer à Venise quand on n’a pas le moral ! Et pourtant ! Une fois encore le point de départ du livre est la rupture, la solitude du coeur, la déconstruction du personnage … et le départ cette fois vers Venise, l’autre, la réelle, la non touristique, à l’unisson d’un coeur à la dérive… Venise hivernale, brumeuse, glauque … Venise la cachée et les rencontres de Venise intime sont des rencontres profondes… Une fois de plus, l’endroit est personnage dans le récit de C. Gallay. Et les rencontres participent à la reconstruction … Touche apres touche… Elle qui flâne dans une Venise vide et déserte va apporter des touches de vie à un vieux russe en exil, coincé dans la chambre de la pension dans laquelle il habite… La rencontre avec un vieux libraire qui attend la visite d’une fillette qui viendra …peut-être…

Venise c’est l’attente, c’est les contrastes, c’est la vie et c’est la désespérance. Venise c’est une ville magique… qui se révèle ou pas, qui accompagne ou pas. J’aime la Venise des non touristes, celle qui se dévoile dans l’intimité… Celle qui existe si on va la chercher derrière les masques et les paillettes. J’ai aimé ce livre et ce portrait de la ville qui redonne espoir et vie.

 

Extraits :

Je reviens sur mes pas. Dans le dedans de la ville. Les ruelles. Les venelles. Tout ici ramène vers l’intérieur. Toujours. Même les culs-de-sac.

Il est des êtres dont c’est le destin de se croiser. Où qu’ils soient. Où qu’ils aillent. Un jour ils se rencontrent.

Je suis une solitaire. De la pire espèce. Celle des taupes. Une inadaptée. J’ai besoin de ma tanière, mon trou de terre.
Je reprends du café, une tasse pleine. Je la porte à mes lèvres. Je pense à vous. Le mariage n’a rien à voir avec l’amour. L’amour est ailleurs. Brutal. Insensé. Hors de toute logique.

 

 

One Reply to “Gallay, Claudie «Seule Venise» (2005)”

  1. J’ai aussi beaucoup aimé ce roman que tu analyses fort bien . je l’ai lu il y a déjà longtemps mais j’en garde le souvenir d’une grande délicatesse , tant pour le style que pour les personnages .

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