Perrin, Valérie « Changer l’eau des fleurs » (2018)

Perrin, Valérie « Changer l’eau des fleurs » (2018)

Auteure : Française, née à Gueugnon , 1967, Valérie Perrin est une photographe, scénariste et écrivaine. Elle travaille aux côtés de son mari, le réalisateur Claude Lelouch (1937).
Son premier roman, « Les oubliés du dimanche » (2015), a reçu de nombreux prix, dont celui de Lire Élire 2016 et de Poulet-Malassis 2016. En 2018, elle a reçu le prix Maison de la Presse pour son deuxième roman « Changer l’eau des fleurs » (Albin Michel, 2018).

Albin Michel – 28/02/2018 – Prix Maison de la presse – 578 pages

Résumé : Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires, se révèlent lumineuses.
Après l’émotion et le succès des Oubliés du dimanche, Valérie Perrin nous fait partager l’histoire intense d’une femme qui, malgré les épreuves, croit obstinément au bonheur. Avec ce talent si rare de rendre l’ordinaire exceptionnel, Valérie Perrin crée autour de cette fée du quotidien un monde plein de poésie et d’humanité. Un hymne au merveilleux des choses simples.

 Mon avis : J’ai adoré ce roman. Un livre qui devrait enchanter toutes celles et ceux qui aiment les romans d’Agnès Ledig (voir Auteurs E – L) ou de Barbara Constantine (« Et puis Paulette.. »). Ces romans sensibles, tendres et doux, avec des personnages attachants.

Gardienne de cimetière ? A priori pas folichon… Mais ce livre rayonne d’humanité. Violette est l’élément qui dédramatise la mort et la vie par la même occasion. Violette est là, elle vous écoute, elle est humaine. Et pourtant si vous connaissiez sa vie, vous en pleureriez ! Une très belle rencontre. Violette qui vous fait du bien, vous pousse à faire un pas après l’autre, à croire au positif et en l’avenir. Et il n’y a pas de mélodrame, pas de tristesse même s’il y a des drames. La vie est faite de rencontres, de coïncidences, de choix, de croisements… Saisissez les occasions d’etre heureux quand elles passent… Et pour croire en la vie, les petits plaisirs simples, les amis, la chaleur humaine, les livres, la compagnie des animaux, la nature…

Extraits :

Que veux tu que je devienne si je n’entends plus ton pas, est-ce ta vie ou la mienne qui s’en va, je ne sais pas.

Le sang des vignes de Porto. Je ferme les yeux. Et je savoure. Une seule gorgée suffit à égayer ma soirée. Deux dés à coudre parce que j’aime l’ivresse mais pas l’alcool.

Mais comme je n’ai jamais eu le goût du malheur, j’ai décidé que ça ne durerait pas. Le malheur, il faut bien que ça s’arrête un jour.

Moi, il n’y a qu’une étoile que je voulais attraper : la bonne.

C’est sans doute pour cela qu’il y a des épitaphes plein les cimetières. Pour conjurer le sort du temps qui passe. S’accrocher aux souvenirs. Celle que je préfère est : « La mort commence lorsque personne ne peut plus rêver de vous. »

Le malheur, ça coupe la parole. Ou bien ça fait dire n’importe quoi. Puis, peu à peu, elle avait retrouvé le chemin qu’il faut prendre pour faire des phrases simples, demander des nouvelles des autres, des nouvelles des vivants.

Ces gens qui viennent chaque jour sur les tombes, ce sont eux qui ressemblent à des fantômes. Qui sont entre la vie et la mort.

C’est important de mettre des photos sur les tombes. Sinon, on n’est plus qu’un nom. La mort emporte aussi les visages.

Parler de toi, c’est te faire exister, ne rien dire serait t’oublier.

Un jour, deux jours, puis trois. Ensuite, tout se confond. Les jours sont collés les uns aux autres. Comme un train dont ma mémoire ne distingue plus les wagons. Seul reste le souvenir du voyage.

Il y a plus fort que la mort, c’est le souvenir des absents dans la mémoire des vivants.

Si Dieu n’est qu’amour, il trahit forcément : le propre de l’amour, c’est la trahison.

J’ai pensé qu’elle avait fait son deuil. Parce que la plupart du temps, on finit par faire son deuil. Le temps détricote le chagrin. Aussi immense soit-il.

S’il poussait une fleur à chacune de mes pensées pour toi, la terre serait un immense jardin.

Pourquoi va-t-on vers des livres comme on va vers des gens ? Pourquoi sommes-nous attirés par des couvertures comme nous le sommes par un regard, une voix qui nous paraît familière, déjà entendue, une voix qui nous détourne de notre chemin, nous fait lever les yeux, attire notre attention et va peut-être changer le cours de notre existence ?

Certaines personnes communiquent avec les morts et je les pense sincères, mais quand un être est mort, il est mort. S’il revient, c’est un vivant qui le fait revenir par la pensée. S’il parle, c’est un vivant qui lui prête sa voix, s’il apparaît, c’est un vivant qui le projette avec son esprit, comme un hologramme, une imprimante en trois dimensions.

Le manque, la douleur, l’insupportable peuvent faire vivre et ressentir des choses qui dépassent l’imaginaire. Quand quelqu’un est parti, il est parti. Sauf dans l’esprit de ceux qui restent. Et l’esprit d’un seul homme est bien plus grand que l’univers.

s’il y a une clé sur la porte de nos armoires, c’est pour que personne ne les ouvre.

Si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage, au moins, semons des fleurs.

Nous n’avions absolument rien à nous dire. Nous ne serions jamais amies. Nous resterions deux vies qui se frôlaient chaque jour.

Dans le roman de la veille, elle avait lu qu’un fil invisible relie ceux qui sont destinés à se rencontrer, que ce fil peut s’emmêler, mais jamais se briser.

Les autres, ceux pour qui on quitte quelqu’un, ce sont des prétextes, des alibis. On quitte les gens à cause des gens, faut pas chercher plus loin.

Je ne dormais pas, je n’étais pas éveillée non plus. Je flottais dans une sorte de brume épaisse, un état second de cauchemar permanent où tous les sens sont anesthésiés, tout sauf la douleur. Comme ces gens qu’on immobilise pendant une opération mais qui ressentent tous les gestes du chirurgien. Le curseur du chagrin qui me broyait les os était poussé au maximum de l’insupportable. Respirer me faisait mal.

On croit que la mort est une absence quand elle est une présence secrète.

– Que sont les « larmoyances » ?
– C’est un mot que j’ai inventé pour réunir la mélancolie, la culpabilité, les regrets, les marches avant et les marches arrière. Tout ce qui nous emmerde dans la vie, quoi. Ce qui nous empêche d’avancer.

– Épouser ou mettre en garde à vue, ça revient au même, non ?

Doux sont les souvenirs qui jamais ne se fanent.

Les gens sont drôles. Ils ne supportent pas de regarder une mère qui a perdu son enfant dans les yeux, mais ils s’étonnent encore plus de la voir se relever, s’habiller, se pomponner.
J’ai appris la crème de jour, la crème de nuit, les roses poudrées comme d’autres apprennent à faire la cuisine.

Un souvenir ne meurt jamais, il s’endort simplement.

La mort d’une mère est le premier chagrin qu’on pleure sans elle.

Là où mon cœur demeurera, le tien continuera de battre.

le passé est le poison du maintenant. Ressasser, c’est mourir un peu.

Seule la cloche de l’église qui sonnait chaque heure lui rappelait, de son timbre lugubre, que le temps passait et qu’il ne se passait rien.

Novembre est éternel, la vie est presque belle, les souvenirs sont des impasses que sans cesse on ressasse.

 

 

 

 

 

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