Giebel, Karine «Meurtres pour rédemption» (2010)

Giebel, Karine «Meurtres pour rédemption» (2010)

Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar « . Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014), De force est son premier roman à paraître chez Belfond. ; D’ombre et de silence (contient 8 nouvelles) parait en 2017, Toutes blessent la dernière tue en 2018

Résumé : Marianne, vingt ans. Les barreaux comme seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière.

Indomptable, incontrôlable, Marianne se dresse contre la haine, la brutalité et les humiliations quotidiennes.

Aucun espoir de fuir cet enfer, ou seulement en rêve, grâce à la drogue, aux livres, au roulis des trains qui emporte l’esprit au-delà des grilles. Grâce à l’amitié et à la passion qui portent la lumière au cœur des ténèbres.

Pourtant, un jour, une porte s’ouvre. Une chance de liberté.

Mais le prix à payer est terrifiant pour Marianne qui n’aspire qu’à la rédemption…

 

Mon avis : Pas loin de 1000 pages en Pocket 989 pour être exacte) .. en deux jours.. Il était dans la pile depuis longtemps… le premier Giebel acheté en fait.. il attendait son heure.. Et c’est l’heure de Giebel chez moi.. 4 livres en quelques mois.. J’ai été hypnotisée par ce livre.. Pendant que je lisais ce livre, j’ai entendu une petite voix qui me chantait.. «  Que Marianne était jolie »… Tristesse du calendrier, Michel Delpech vient de s’éteindre …

Livre hallucinant… L’univers carcéral (français) des deux côtés des grilles… La haine, la rage, la noirceur, l’innommable… mais aussi la force de caractère, la lumière, l’entraide.. Le noir et le gris…

Et les trafics, le chantage, les magouilles…

Une fois encore le train est un personnage dans ce livre de Karine Giebel… il est l’espoir, l’évasion…

Il faut avoir le cœur bien accroché. Mais c’est un livre magnifique. Je découvre l’univers de Karine Giebel et il ne ressemble à aucun autre. Beaucoup de psychologie, des personnages hors du commun, fracassés, hors du commun, mais debout. Accrochez-vous aux barreaux, au coin de ciel, à l’avenir… Vous allez en prendre pour perpète… ou pas… mais vous n’allez pas le regretter. L’humanité est au bout de l’horreur… Juste un petit bémol coté écriture.. on pourrait faire mieux… Mais le fond qu’elle dénonce est effarant et c’est une bonne idée de le mettre en lumière au travers d’un roman.

Extraits :

Une voix rêche, à vous balafrer les tympans. Un ton toujours autoritaire mais jamais déplacé.

Faut bien occuper le temps qui semble s’être coincé, qui prend un malin plaisir à s’éterniser. Qui s’égrène le long des murs sombres et moisis. S’accroche à tous les barreaux, emprunte les chemins les plus tortueux pour passer. Le sablier doit être obstrué, pas possible que ce soit si long.

Elle avait le don de dissocier son esprit de son corps, de le laisser partir très loin. Parfois trop loin. Les voyages n’étaient pas toujours agréables. Mais au moins, elle voyageait. Dans l’espace ou le temps. Dans l’imaginaire tendre ou la dure réalité. Dans les rêves d’un avenir qu’elle n’avait plus, dans les affres d’un passé qu’elle avait perdu.

Elle adorait entendre l’averse pendant ses insomnies. Comme une présence rassurante.

Un détenu désespéré, c’est une arme chargée constamment braquée sur nous. Elle, c’est même une arme de guerre ! On nous l’a refourguée parce qu’on ne savait plus quoi en faire !

Sa tête ressemblait à un carambolage monstre d’images, d’émois, de troubles. Enchevêtrement de colère, de douleurs et de jouissance.

Elle leva les yeux sur lui. Prunelles vénéneuses d’une plante carnivore.

Les nerfs de Marianne vibraient telles les cordes d’une Fender sous les doigts d’un guitariste bourré de coke.

Arriver à donner était une puissance bien supérieure à la rage, la haine ou le pouvoir. Elle venait simplement de comprendre que la force ne se résumait pas à donner des coups ou à les encaisser en serrant les dents.

Trop intime, trop personnel. Trop enfoui au fond d’elle, comme un secret indicible. Livrer ses émotions, déshabiller son âme..

Tant de choses qu’il aurait voulu lui déclarer. Tant de choses qu’elle aurait aimé lui avouer. Mais les mots étaient superflus. Langage universel de deux regards qui se croisent ou de deux corps qui se touchent.

Il vit deux soleils noirs s’immerger doucement dans l’eau salée.

— Tu crois me connaître parce que tu as épluché mon dossier ? Tu crois que je me résume à quelques pages ?

Un autre manque. Une nouvelle peur. Oui, maintenant qu’ils étaient séparés, elle était inquiète. Pour lui. Sentiment inédit. Souffrir pour quelqu’un Aimer, simplement.

Sa vie venait de partir en fumée. Son avenir était du passé. Parce qu’elle s’était envolée. Il lui restait juste l’amour. Et l’espoir un peu fou qu’elle réussirait. Car plus rien d’autre ne comptait.

Chaque amour est différent. Tu n’aimeras plus jamais personne comme ça. Mais autrement, différemment. L’amour est fonction de soi et de la personne qu’on aime… Il peut être passionnel, égoïste, fidèle, rassurant… Ou même effrayant ! Tu aimeras à nouveau, pas de la même manière. Mais ce sera tout aussi fort.

Je ne serai jamais libre nulle part. Il y aura toujours ces chaînes autour de moi, autour de mon cou… Celles qui m’étranglent… Perpétuité, c’est pour toujours…

La liberté, elle est à l’intérieur de toi… Là, dans ta tête… Pas besoin d’aller loin pour la trouver…

Vivre sans lui, ce n’est pas la liberté, c’est l’enfermement dans la douleur, une nouvelle perpétuité

3 Replies to “Giebel, Karine «Meurtres pour rédemption» (2010)”

  1. Presque 1000 pages… et quelles pages ! On n’en sort pas indemne…

    De fait, on est pris aux tripes par cette descente en enfer… aux enfers…
    Car il s’agit d’enfers, au pluriel: l’enfer de la culpabilité, l’enfer du monde carcéral, l’enfer du manque, l’enfer qu’on se crée et l’enfer des autres…

    Puissant, féroce, cruel, « avec des personnages hors du commun, fracassés mais debout », comme l’a écrit C@t.
    Et prenant aussi… au point qu’on a du mal à lâcher le livre… ce qui m’a valu quelques heures de sommeil en moins.

    Merci pour cette découverte, Soeurette !

  2. Pas trop d’accord avec vous, les filles !

    Malgré un nombre de pages impressionnant, l’écriture est facile et la lecture rapide. Si j’en avais eu le temps, je l’aurais lu d’une traite ou presque. On pourrait donc s’attendre à ce que je sois emballée par les mésaventures de Marianne de Gréville et pourtant, curieusement, non, pas autant que ça.

    D’abord parce que j’ai eu l’impression de lire une mauvaise variante du Nikita de Luc Besson.

    Ensuite parce que la violence répétée devient lassante. Marianne frappe puis se fait tabasser, injurie, se vend pour de la drogue et des cigarettes, se fait violer… et ça recommence encore et encore au point que j’ai fini par m’ennuyer. Puis, parce que le maton qui lui sert de fournisseur lui accorde un peu de tendresse, Marianne en tombe follement amoureuse. Et, chose encore plus improbable, le sentiment est réciproque. Nous avons alors droit, entre les murs de la prison, à une bluette rapidement menacée par une gardienne très méchante et très jalouse. Fin de la première partie.

    Marianne tombe ensuite entre les griffes de policiers qui l’entraînent dans une histoire à dormir debout ! Et là, ça recommence, Marianne frappe, prend des raclées…

    J’aurai probablement été plus tolérante avec ce roman s’il avait eu 400 pages de moins et des personnages plus crédibles.

  3. Je partage tout à fait le commentaire de Catherine,et c’est vrai qu’il faut avoir le cœur bien accroché. Mais il y a toujours un peu d’humanité qui se perçoit malgré tout.

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