Varesi, Valerio «La maison du Commandant» (2021)

Varesi, Valerio «La maison du Commandant» (2021)

Auteur : Valério Varesi est né à Turin le 8 août 1959 de parents parmesans. Diplômé en philosophie de l’Université de Bologne après une thèse sur Kierkegaard, il devient journaliste en 1985. Il est l’auteur de onze romans au héros récurrent, dont « Le Fleuve des brumes » nominé au prestigieux prix littéraire italien Strega ainsi qu’au Gold Dagger Award en Grande Bretagne. Les enquêtes du commissaire Soneri, amateur de bonne chère et de bons vins parmesans, sont traduites en huit langues. Admirateur de Giorgio Scerbanenco (Scerbanenco : voir auteur lettre « S »)

 Les enquêtes du Commissaire Soneri 
9ème tome de la série des enquêtes du commissaire Soneri (6ème traduit en français) – Le Fleuve des brumes (2016) – La pension de la Via Saffi (2017) prix Violetta Negra –  Les ombres de Montelupo (2018) – Les mains vides (2019) – Or, encens et poussière (2020) – La maison du Commandant (2021)

Editeur Agullo – 06.05.2021 – 320 pages (– traduction : Florence Rigollet) – Paru sous le titre « La casa del Comandante » (2008)

Résumé :  » La Bassa est une terre de visions et de monstres.  » Sixième volet des aventures du commissaire Soneri, qui nous ramène sur les rives du Pô où le brouillard cache de lourds secrets datant de la Seconde Guerre mondiale. Dans le paysage d’eau et de brume de la Bassa, la basse plaine du Pô, le commissaire Soneri est à l’aise. Avec les anciens du coin, il est le seul à bien connaître cette partie du fleuve, à savoir se déplacer entre les rives, les plaines inondables, les fermes éparpillées dans une terre qui semble désormais habitée par des fantômes.
Alors quand deux cadavres surgissent soudainement, c’est lui qui est chargé de l’affaire. La première victime est un jeune Hongrois, trouvé dans la boue de la rivière tué d’une balle dans la tête ; le second, un ancien commandant partisan, mort peut-être de vieillesse et de solitude dans sa maison isolée au milieu des peupliers. Deux histoires différentes, mais liées par un fil. Il faudra un certain temps à Soneri pour le retrouver, au cours d’une enquête qui le conduit dans les eaux troubles du nouveau terrorisme rouge, mais aussi dans le passé, au moment de l’occupation allemande…
Il croisera au cours de ses pérégrinations, et pour notre plus grand plaisir, quelques personnages inoubliables des bords du fleuve, dont Carega, un professeur à la retraite à la sagesse de philosophe. Prix Violeta Negra 2017 Prix roman noir 813

Mon Avis :  Un plaisir renouvelé que ce rendez-vous estival avec Soneri et la Plaine du Pô. Les ingrédients sont au rendez-vous : paysages sur la brume, mélancolie, poésie… Au programme, un cadavre, les étrangers qui gravitent autour du fleuve, le passé qui ressurgit, le monde qui change – et pas en bien aux dires de Soneri.
Et toujours le fleuve – personnage à part entière dont l’humeur s’accorde à celle du Commissaire Soneri. J’ai retrouvé le Pô en crue, les remises en question de ce cher Soneri, sa relation amoureuse avec l’Angela de son cœur… Et comme à chaque fois, l’enquête est certes intéressante mais elle passe encore une fois après le fleuve, l’ambiance, les états d’âme et les réflexions de Soneri sur la société qui évolue, les classes sociales, les jeunes, la technologie… Plongée dans le passé, réflexions sur un monde qui disparait, souvenirs de ses anciens compagnons, retour sur la politique italienne et la période communiste, sur le pillage des ressources du fleuve, sur la cupidité des hommes, sur la misère sociale et la solitude des vieux…
J’ai bien aimé la place qu’Angela se crée dans l’histoire et le personnage de Lumén, un vieux qui vit au bord du fleuve, et qui circule la nuit en chaise roulante. Soneri est profondément humain et c’est ce qui le rend si attachant. Et les dialogues avec ses contemporains sont empreints de sagesse, de bon sens.
L’importance des sens, de la vue, de l’odorat, le tout sur un air de Verdi …
Rendez-vous l’an prochain…

Extraits :

un homme qui avait fait le choix d’ennemis plus grands que lui : la misère, les Allemands et le courant du Pô, la débâcle du monde.

Un doute lui effleura l’esprit : et s’il poursuivait un fantôme ? Le paysage était tellement évocateur, et tout compte fait, il n’écoutait que son instinct. Cette sorte de connaissance humaine privée de science et de méthode que l’on acquiert avec le temps, parce qu’un visage est un alphabet difficile.

Il faut un peu d’inconscience, dans la vie. La sagesse empêche l’initiative. Sans inconscience, t’en branles pas une.

— Parfois, ce sont les choses qui ne veulent rien dire qui comptent le plus. On n’est pas qu’un cerveau, on a aussi des émotions, murmura-t-il.

Ils furent accueillis par une humidité poisseuse et une obscurité hostile.
— Je suis sûr qu’Ulysse a éprouvé la même chose quand il a quitté son île pour aller au-devant des emmerdes, dit le commissaire à voix basse.
— Tout dépend si tu cherches des émotions ou des certitudes, répondit-elle en se collant à lui.
— Moi, avec toi, je voudrais des certitudes.
— Offre-moi des émotions, tu les auras.

Le fleuve nous survivra. Malgré les dragues qui lui dévorent le lit, c’est quand même lui qui gagne. Plus on essaye d’en modifier le cours, plus on essaye de le brider, plus il devient furieux. Alors qu’il nous faudrait l’accompagner pour le dompter, et faire preuve d’indulgence. Comme font les femmes avec les hommes. C’est ça, la loi.

— Vous avez l’air d’un type bien, c’est pour ça que je vous parle. Si vous voulez un conseil de vieux, remerciez la nuit, elle nous permet d’imaginer et de faire marcher sa tête sans se laisser distraire par ce qu’on voit à la lumière du jour.

On n’est pas obligé d’avoir faim pour aller mal. Il suffit de manquer de motivations. Il y en a même qui endossent les problèmes des autres pour remplir leur existence, dans le bien ou dans le mal.

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