Di Fulvio, Luca « Mamma Roma » (RL2021)

Di Fulvio, Luca « Mamma Roma » (RL2021)

Auteur : Luca Di Fulvio est un homme de théâtre et un écrivain italien, auteur de roman policier, de fantastique et de littérature d’enfance et de jeunesse. Il est devenu l’un des nouveaux phénomènes littéraires à suivre avec la sortie de « Le gang des rêves » (« La gang dei sogni », 2008) publié en France en juin 2016 chez Slatkine & Cie et premier tome d’une forme de trilogie. Plébiscité par les libraires et les lecteurs, le livre, qui raconte le New York des années 20 par les yeux d’un jeune Italien, s’est lentement mais sûrement transformé en best-seller. Suivra, un an plus tard, « Les enfants de Venise » (La ragazza che toccava il cielo, 2013) puis « Le soleil des rebelles » (Il bambino che trovò il sole di notte 2015), « Les prisonniers de la liberté » (la figlia della libertà 2018) RL2019, « Mamma Roma » (La ballata della città eterna 2020) (RL2021)

En 2020 il publie son premier roman jeunesse «Les aventuriers de l’autre monde» (I ragazzi dell’altro mare)

Slatkine & Cie – 09.09.2021 – 688 pages – Traduit de l’italien par Elsa Damien

Résumé : Après New York, Venise ou Buenos Aires, Luca Di Fulvio a choisi Rome pour décor, sa ville natale, l’endroit où il écrit tous ses livres. L’action se passe en 1870, l’année où est née l’Italie. Dans cette ville-monde encore occupée par les troupes françaises, où s’affrontent monarchistes et républicains, trois personnages se croisent, se perdent et se retrouvent. Il y a Pietro, qui veut changer la vie avec un appareil photo, Marta, l’enfant de la balle, et Nella, l’improbable comtesse républicaine. Pietro et Nella sont orphelins. Rome va les adopter.
Tous les chemins mènent à Luca Di Fulvio Un orphelin qui veut changer le monde avec son appareil-photo. Une artiste de cirque passionnée de politique. Une comtesse aux aspirations républicaines. Trois personnes que le destin conduit à Rome en 1870, coeur battant de l’Italie. Leurs chemins se croisent au milieu de cette ville prometteuse, et leurs rêves apparaissent comme un lien magique. Mais Rome l’éblouissante, l’insaisissable, présente des défis inattendus à ses nouveaux admirateurs.
Jusqu’au jour où un événement dramatique secoue la Ville éternelle…

Mon avis :
Un roman foisonnant et historique (la prise de Rome en 1870 – la brèche de la Porta Pia – l’annexion de la ville à l’Italie), un roman d’aventure et d’amour qui se déroule pendant les mois qui précèdent la prise de Rome – du 5 mars au 29 septembre 1870 et s’achève juste après) .
Un roman qui met en scène de nombreux protagonistes, de sensibilités politiques et de classes sociales différentes.
Tout commence par une adoption dans un orphelinat… Celle de Pietro, décrit comme un jeune cheval fou qui se cabre devant l’autorité, ne se comporte pas comme un chiot abandonné à l’aube de sa vie… Est-ce dans sa nature de se faire domestiquer ? ou simplement apprivoiser ? Et quelle sera sa vie, une fois adopté par une Comtesse ? et quelle Comtesse !
Il y a Marta, la petite fille qui vit dans un cirque. Un cirque dans lequel vit également Melo, un ancien écuyer et une foultitude de gens plus attachants les uns que les autres.
Il y a le Prince Chiodetti et son fils, Ludovico.
Il y a le chef d’un gang de brigands, l’Albanese et ses acolytes
et tous les autres … ceux du Nord et ceux du voyage, ceux de Rome. Il y a les fantômes du passé et les vivants du passé…
Dans la vraie vie comme au Cirque, les personnages ne sont pas toujours ce qu’ils montrent. Derrière les masques et les visages se cachent des vies brisées, des vies difficiles, des héros, des souffrances, des mystères, des manques et une tonne d’humanité…
Une fois encore Luca di Fulvio met en scène des adolescents passionnés et libres qui n’ont pas en main les bonnes cartes pour réussir dès la naissance. Mais avec le rêve, la passion, l’amour, l’espoir, la volonté, la confiance, on peut déplacer des montagnes…
Et il y a la création de l’Italie.
Et puis, il y a ROME …
Il y a les combattants de la liberté, qui veulent libérer Rome du joug du pape, ceux qui veulent une Italie unie. Il y a les soldats français qui assurent la sécurité du pape ; il y a les riches et les miséreux. Il y a ceux qui se battent pour la liberté et ceux qui ne s’intéressent qu’à l’argent… Il y a ceux qui aiment – Marta, Pietro, Nella, Melo, Armandina, Henri, l’Albanese aussi… – et ceux qui haïssent – Leone, Alberta – , il y a des femmes fortes – Marta, Nella, la vieille Mamma Lucia…
Trois personnages ressortent :
– Pietro, à la fois fort et fragile et se protège et se passionne pour la photographie ; comme le dit si bien l’auteur, la photographie est un « révélateur de vérité » ; Pietro est un remarquable témoin de son temps. Il est capable du pire pour avoir le meilleur.
– Marta, la passionnée et amoureuse, enfant qui a été recueillie par Melo mais ne se sent pas comme partie prenante du monde du cirque.
– Nella, personnage magnifique, femme belle et courageuse, qui , au cours de ces six mois, va voir sa vie bouleversée, replonger vers son passé, découvrir l’amour maternel et l’amour avec un grand A..
Un livre que j’ai dévoré d’une traite, que je n’ai pas lâché et même s’il fait près de 700 pages, il est tellement prenant que je ne l’ai pas vu passer… Un livre vivant, qui vous emporte, qui vous fait visiter Rome qui est un personnage à part en entière, un livre qui vous fait sourire, qui vous révolte, qui vous entraine

Une fois encore merci aux Editions Slatkine pour ce roman de cet auteur qui n’en finit plus de m’enchanter.

Je venais de finir le magnifique livre de Jeanne Benameur « Ceux qui partent » et c’est une jolie suite dans la chaine de lecture… il s’agit aussi d’un exil – même si c’est dans le même pays – mais avec les déchirements, l’espoir, la rage de renaître, l’importance de l’amour et de l’amitié, l’importance aussi de la photographie – qui en est aussi à ses débuts – comme révélateur de la misère humaine …

Extraits :

« Moi, je suis fort, déclara-t-il.
— J’ai vu des taureaux mourir à cause d’une tempête de neige, alors que des veaux survivaient. Ce n’est pas une question de force, mais de volonté. »

«Il vaut mieux être belle que moche, non ? rit-elle doucement. Mais dans un cas comme dans l’autre, la plupart des gens finissent par ne voir que l’enveloppe. Or, ce qui compte, c’est ce qu’il y a là-dedans», et elle se toucha la poitrine, au niveau du cœur.

À chaque étape, dans les différents villages où ils s’arrêtaient, elle apprenait quelque chose de plus sur cette histoire qui la passionnait. Chaque fois, une nouvelle tesselle s’ajoutait à la mosaïque.

Le silence se fit. Comme toujours lorsqu’il se passe quelque chose d’extraordinaire.

« Comme toi, j’ai grandi dans un orphelinat, tu as déjà oublié ? lança-t-elle en esquissant à nouveau ce sourire lointain et plein de mélancolie. J’ai grandi au milieu d’enfants qui étaient morts avant même d’être nés. Et qui continuaient à chahuter et à se chamailler dans la cour, tout en étant morts. Telles des marionnettes manipulées par un montreur. Puis ils sortaient de l’institut, le marionnettiste coupait les fils et… ils s’écroulaient à terre. Parce que c’est dehors que l’on voit ceux qui ont la force, et ceux qui ne l’ont pas. C’est dehors que la vie est vraiment dure. »
Les mots auraient été vains. Même les poètes avaient rapetissé l’amitié et l’amour, quand ils avaient voulu en parler.

« C’est ça, le problème, avec les souvenirs. Quand tu es jeune, tu soulèves un grain de sable, et puis quand tu es vieux, tu racontes que tu as soulevé un rocher. Ce sont des conneries nostalgiques.
« Mais la vie est comme ça. Surtout pour des miséreux comme nous. Alors, choisis. Tu peux pleurer sur ton sort, ou bien te retrousser les manches. Tu es à un carrefour. Ou éternelle victime, ou acteur de ton destin. »
Moi, j’ai vu que tu n’étais pas un perdant. Et je sais que je ne me trompe pas. Tu es un garçon capable de rêver.
Il devrait y avoir une loi pour punir les gens comme toi, qui ont des ailes et qui ne volent pas !

— Les aventures, c’est le sel de la vie.
— Et pelleter du crottin, c’est l’aventure ? demanda-t-elle, enjouée.
— Oh oui, vraiment, répondit-il avec une grimace comique. On risque à tout moment de tomber dedans.
Tiens-toi près de lui. Si tu n’y arrives pas, ça veut dire que ton amour est factice, comme un masque en carton-pâte qui se délite à la première averse.
Est-ce que tu te rends compte du nombre d’hommes qui ont l’air quelqu’un au départ et qui se révèlent totalement différents quand on leur fait confiance ?
« Ne vis pas de regrets. » Il fit une pause vibrante de douleur. « N’abandonne jamais. Bats-toi. » Il lui caressa le visage. « L’amour, ça ne se gâche pas. »
La vie n’était pas forcément merdique.
Il s’agissait juste de choisir.
« Au début, l’art, ça t’donne rien à bouffer, hein. Et ça s’trouve, les jeunes pleins d’talent, y z’arrêtent. Y laissent tomber. Pour pouvoir bouffer, j’veux dire. » Il sourit. « Très chère, moi, l’art j’peux pas l’donner. Mais l’pain, si. »
Les femmes doivent participer à la vie politique. Parce qu’elles savent faire la guerre. Mais surtout, parce qu’elles savent inventer la paix.

à l’Italie), un roman d’aventure et d’amour qui se déroule pendant les mois qui précèdent la prise de Rome – du 5 mars  au 29 septembre 1870 et s’achève juste après) .

Un roman qui met en scène de nombreux protagonistes, de sensibilités politiques et de classes sociales différentes.
Tout commence par une adoption dans un orphelinat… Celle de Pietro,  décrit comme un jeune cheval fou qui se cabre devant l’autorité, ne se comporte pas comme un chiot abandonné à l’aube de sa vie… Est-ce dans sa nature de se faire domestiquer ? ou simplement apprivoiser ?  Et quelle sera sa vie, une fois adopté par une Comtesse ? et quelle Comtesse !
Il y a Marta, la petite fille qui vit dans un cirque. Un cirque dans lequel vit également Melo, un ancien écuyer et une foultitude de gens plus attachants les uns que les autres.
Il y a le Prince Chiodetti et son fils, Ludovico.
Il y a le chef d’un gang de brigands, l’Albanese et ses acolytes
et tous les autres … ceux du Nord et ceux du voyage, ceux de Rome. Il y a les fantômes du passé et les vivants du passé…
Dans la vraie vie comme au Cirque, les personnages ne sont pas toujours ce qu’ils montrent. Derrière les masques et les visages se cachent des vies brisées, des vies difficiles, des héros, des souffrances, des mystères, des manques et une tonne d’humanité…
Une fois encore Luca di Fulvio met en scène des adolescents passionnés et libres qui n’ont pas en main les bonnes cartes pour réussir dès la naissance. Mais avec le rêve, la passion, l’amour, l’espoir, la volonté, la confiance, on peut déplacer des montagnes…

Et il y a la création de l’Italie.
Et puis, il y a ROME …
Il y a les combattants de la liberté, qui veulent libérer Rome du joug du pape, ceux qui veulent une Italie unie. Il y a les soldats français qui assurent la sécurité du pape ; il y a les riches et les miséreux. Il y a ceux qui se battent pour la liberté et ceux qui ne s’intéressent qu’à l’argent… Il y a ceux qui aiment  – Marta, Pietro, Nella, Melo, Armandina, Henri, l’Albanese aussi… – et ceux qui haïssent – Leone, Alberta – , il y a des femmes fortes –  Marta, Nella, la vieille Mamma Lucia…
Trois personnages ressortent :
– Pietro, à la fois fort et fragile et se protège et se passionne pour la photographie ;  comme le dit si bien l’auteur, la photographie est un « révélateur de vérité » ; Pietro est un remarquable témoin de son temps. Il est capable du pire pour avoir le meilleur.
– Marta, la passionnée et amoureuse, enfant qui a  été recueillie par Melo  mais ne se sent pas comme partie prenante du monde du cirque.
– Nella, personnage magnifique, femme belle et courageuse, qui , au cours de ces six mois, va voir sa vie bouleversée, replonger vers son passé, découvrir l’amour maternel et l’amour avec un grand A..

Un livre que j’ai dévoré d’une traite, que je n’ai pas lâché et même s’il fait près de 700 pages, il est tellement prenant que je ne l’ai pas vu passer…

Une fois encore merci aux Editions Slatkine pour ce roman de cet auteur qui n’en finit plus de m’enchanter.

Je venais de finir le magnifique livre de Jeanne Benameur « Ceux qui partent » et c’est une jolie suite dans la chaine de lecture… il s’agit aussi d’un exil, d’une quête de liberté, de nouvelle vie – même si c’est dans le même pays – mais avec les déchirements, l’espoir, la rage de renaître, l’importance de l’amour et de l’amitié, le rôle important de la photographie – qui en est aussi à ses débuts –  comme révélateur de la misère humaine …

Extraits :

« Moi, je suis fort, déclara-t-il.
— J’ai vu des taureaux mourir à cause d’une tempête de neige, alors que des veaux survivaient. Ce n’est pas une question de force, mais de volonté. »

« Il vaut mieux être belle que moche, non ? rit-elle doucement. Mais dans un cas comme dans l’autre, la plupart des gens finissent par ne voir que l’enveloppe. Or, ce qui compte, c’est ce qu’il y a là-dedans », et elle se toucha la poitrine, au niveau du cœur.

À chaque étape, dans les différents villages où ils s’arrêtaient, elle apprenait quelque chose de plus sur cette histoire qui la passionnait. Chaque fois, une nouvelle tesselle s’ajoutait à la mosaïque.

Le silence se fit. Comme toujours lorsqu’il se passe quelque chose d’extraordinaire.

« Comme toi, j’ai grandi dans un orphelinat, tu as déjà oublié ? lança-t-elle en esquissant à nouveau ce sourire lointain et plein de mélancolie. J’ai grandi au milieu d’enfants qui étaient morts avant même d’être nés. Et qui continuaient à chahuter et à se chamailler dans la cour, tout en étant morts. Telles des marionnettes manipulées par un montreur. Puis ils sortaient de l’institut, le marionnettiste coupait les fils et… ils s’écroulaient à terre. Parce que c’est dehors que l’on voit ceux qui ont la force, et ceux qui ne l’ont pas. C’est dehors que la vie est vraiment dure. »

Les mots auraient été vains. Même les poètes avaient rapetissé l’amitié et l’amour, quand ils avaient voulu en parler.

 

 

« C’est ça, le problème, avec les souvenirs. Quand tu es jeune, tu soulèves un grain de sable, et puis quand tu es vieux, tu racontes que tu as soulevé un rocher. Ce sont des conneries nostalgiques.

« Mais la vie est comme ça. Surtout pour des miséreux comme nous. Alors, choisis. Tu peux pleurer sur ton sort, ou bien te retrousser les manches. Tu es à un carrefour. Ou éternelle victime, ou acteur de ton destin. »

Moi, j’ai vu que tu n’étais pas un perdant. Et je sais que je ne me trompe pas. Tu es un garçon capable de rêver.

Il devrait y avoir une loi pour punir les gens comme toi, qui ont des ailes et qui ne volent pas !

 

— Les aventures, c’est le sel de la vie.
—  Et pelleter du crottin, c’est l’aventure ? demanda-t-elle, enjouée.
— Oh oui, vraiment, répondit-il avec une grimace comique. On risque à tout moment de tomber dedans.

Tiens-toi près de lui. Si tu n’y arrives pas, ça veut dire que ton amour est factice, comme un masque en carton-pâte qui se délite à la première averse.

Est-ce que tu te rends compte du nombre d’hommes qui ont l’air quelqu’un au départ et qui se révèlent totalement différents quand on leur fait confiance ?

« Ne vis pas de regrets. » Il fit une pause vibrante de douleur. « N’abandonne jamais. Bats-toi. » Il lui caressa le visage. « L’amour, ça ne se gâche pas. »

La vie n’était pas forcément merdique.
Il s’agissait juste de choisir.

« Au début, l’art, ça t’donne rien à bouffer, hein. Et ça s’trouve, les jeunes pleins d’talent, y z’arrêtent. Y laissent tomber. Pour pouvoir bouffer, j’veux dire. » Il sourit. « Très chère, moi, l’art j’peux pas l’donner. Mais l’pain, si. »

Les femmes doivent participer à la vie politique. Parce qu’elles savent faire la guerre. Mais surtout, parce qu’elles savent inventer la paix.

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