Carrisi, Donato «Je suis l’Abysse» (2021)

Carrisi, Donato «Je suis l’Abysse» (2021)

L’auteur : Né en 1973, Donato Carrisi est l’auteur italien de thrillers le plus lu dans le monde. Le Chuchoteur, son premier roman, a été traduit dans vingt pays, a reçu quatre prix littéraires en Italie. Lauréat du prix SNCF du Polar européen et du prix des lecteurs du Livre de Poche dans la catégorie polar, il connaît un immense succès en France aux éditions Calmann-Lévy.
Série Mila Vasquez : Le Chuchoteur – L’Ecorchée – L’égarée – Le jeu du chuchoteur 
Série 
Marcus et Sandra : Le tribunal des âmes – Malefico – Tenebra Roma – Autres romans : La Femme aux fleurs de papier – La Fille dans le brouillard – La maison des voix (2020) – Je suis l’Abysse (2021)

Calmann-Levy – 20.10.2021 – 304 pages (Io sono l’abisso – 2020 – traduit par Anaïs Bouteille-Bokobza)

Résumé :
L’homme qui nettoie rôde autour de nous. Parmi nos déchets, il cherche des indices sur nos vies. En particulier sur celles des femmes seules. Une femme lui a fait beaucoup de mal enfant : sa mère.
La chasseuse de mouches, elle, tente de sauver les femmes en péril. Et elles sont nombreuses… Surtout quand l’homme qui nettoie rôde autour d’elles.
Un nouveau thriller d’une intensité rare ou violence et angoisse cohabitent pour questionner notre attirance pour le mal, et les traces indélébiles que peuvent laisser les maltraitances du passé.

Mon avis :
Ah trop contente ! j’ai retrouvé l’intensité que j’avais appréciée dans « Le Chuchoteur ».
Un thriller psycho-psychiatrique comme je les aime, angoissant, avec du suspense mais pas beaucoup de violence apparente, pas de carnage montré mais uniquement suggéré.
Psychologiquement, il ne fait pas dans la dentelle ! Les personnages sont loin d’être stables psychologiquement…
Il y a L’homme qui nettoie, traumatisé par sa mère qui l’a (re)-jeté ( comme une ordure à la poubelle) et dans l’ombre ses parents adoptifs et surtout Micky…
Il y a la chasseuse de mouches… son ex-mari le Professeur Rinaldi et dans l’ombre il y a Valentina , Diego ..
Il y a la jeune fille à la mèche violette et dans son ombre il y a ses parents, son petit copain Raffaele…
Enfin il y a la jeune policière, amie de la chasseuse de mouches..
Au cœur du roman les dégâts que vont causer les rejets durant l’enfance, la maltraitance enfantine, la solitude, la violence domestique. Une personne qui ne sent pas aimée, pire rejetée est capable de tout, du pire comme du meilleur ; de tuer, de se suicider, de violer, de faire mal mais aussi de protéger, en découvrant qu’il peut avoir une utilité dans la vie…
Excellent.

Extraits :

Les fenêtres closes sont des yeux aveugles ; les fissures sur les murs, des sillons tracés par des larmes séchées.

En théorie, il aurait pu être repéré, mais il savait depuis longtemps qu’il ne courait aucun risque : il était transparent. Autrefois, cela le faisait souffrir, mais il avait changé d’avis. Combien de personnes avaient ce pouvoir ? Cela le distinguait du commun des mortels.

Les poubelles d’une personne racontent sa véritable histoire. Car à la différence des gens, les poubelles ne mentent pas.

On peut beaucoup apprendre de ce que jettent les gens. Dans le fond, c’était pour lui une façon d’interagir avec d’autres êtres humains. Mais pas avec tous : il s’intéressait uniquement à ses semblables.

« Tu me le jures », quatre mots qui coincent les grands. L’enfant n’a que six ans, mais il a déjà compris comment cela fonctionne. Si on veut savoir si un adulte dit la vérité, il faut le faire jurer. Ça marche à tous les coups.

Elle n’était jamais indulgente avec les victimes. Bien que méprisant ceux qui soutenaient qu’une femme maltraitée « l’avait bien cherché, dans le fond », elle était convaincue que nombre d’entre elles n’étaient pas totalement innocentes.

On ne vernit pas ses ongles pour aller se suicider, pensa-t-elle. Ou alors elle s’était mise sur son trente-et-un justement pour l’occasion ?

Le pire bourreau n’est pas celui qui frappe tous les jours, mais celui qui t’apporte des fleurs le lendemain.

Quand il lui pose une question, elle ne répond pas. C’est comme si elle était partie ailleurs, dans une autre maison, et qu’elle n’avait laissé que son corps.

— La vie d’avant me manque. Tu me manques… Le divorce n’efface pas la mémoire des choses : même quand on se sépare, on continue de partager les souvenirs. C’est juste qu’on ne le fait plus ensemble.

Il n’avait jamais pensé pouvoir protéger quelqu’un. Il avait toujours pris soin de se protéger lui-même, convaincu d’être le plus faible.

Pourquoi suis-je ici puisque personne ne veut de moi ? Longtemps, il n’avait pas trouvé de réponse. Et il se demandait si les autres ressentaient le même trouble. Parfois, il lui semblait être le seul.
Il était né par erreur et il avait été jeté comme un déchet.

Au fond de l’abysse, il avait découvert que même quelqu’un comme lui pouvait avoir une utilité.

2 Replies to “Carrisi, Donato «Je suis l’Abysse» (2021)”

  1. Le récit, captivant et bien construit, s’articule autour de quatre personnages principaux : l’homme qui nettoie, solitaire et invisible, la chasseuse de mouches, protectrice des femmes battues, l’inquiétant Micky, le seul que l’auteur a doté d’un prénom, et la jeune fille à la mèche violette. Tous sont tourmentés, chacun cache un lourd secret.

    Le lecteur se fait observateur de leurs vies mais ne comprend les motivations de chacun que progressivement, grâce à des indices d’apparence anodine ou par des souvenirs évoqués avec parcimonie.

    « Je suis l’Abysse » est un excellent thriller au suspense intense. D’ailleurs ce n’est que dans les toutes dernières pages que les pièces du puzzle se mettent en place pour mieux nous surprendre.
    C’est aussi un roman psychologique très noir qui traite de la maltraitance, celle faite aux femmes, celle faite aux enfants, ainsi que des conséquences qui en découlent.

    Pour moi, ce roman est supérieur aux derniers romans de l’auteur qui, certes, m’avaient plu mais auxquels il manquait ce petit quelque chose que je retrouve ici. Me voici donc rassurée : le talent de Donato Carrisi ne s’essouffle pas.

    PS : Pour les âmes sensibles, ce roman n’a rien de gore. S’il met mal à l’aise, c’est par l’ambiance générale, pas par la profusion d’hémoglobine.

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