Lemaître, Pierre «Travail soigné» (2006)

Lemaître, Pierre «Travail soigné» (2006)

Auteur : écrivain et scénariste français, né à Paris , le 19/04/1951. Fils d’employés de sensibilité politique de gauche, il passe son enfance entre Aubervilliers et Drancy.
Psychologue de formation, et autodidacte en matière de littérature, il effectue une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, leur enseignant la communication, la culture générale ou animant des cycles d’enseignement de la littérature à destination de bibliothécaires.
Ses polars : Verhoeven, tétralogie incluant : Travail soigné, Alex, Rosy & John, Sacrifices – Robe de marié (2009) – Cadres noirs (2010) – Trois jours et une vie (2016) –
Trilogie de l’entre deux-guerres : Au revoir là-haut(2013) – Couleurs de l’incendie (2018) – Miroir de nos peines (2020)

Tétralogie VerhoevenTravail soigné, Alex, Sacrifices, Rosy & John,  (coll. « Le Livre de poche. Thrillers » 2015, 1191 p.) – Tome 1 : « Travail soigné »  Éditions du Masque, coll. « Masque », 2006 / Le livre de poche 09.06.2010- 407 pages/

 Travail soigné » (Tétralogie Verhoeven tome 1)

Résumé (tronqué car il dévoile trop de choses) : Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant, Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D’autres crimes se révèlent, horribles, gratuits… La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la « méthode Verhoeven ». Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes mais celle-ci va le placer totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Prix Cognac, 2006.

Mon avis : Certes il ne fait pas dans la dentelle et certaines scènes de crime (ou devrais-je dire tableaux) sont décrits avec tellement de détails que j’ai eu l’impression de patauger dans l’horreur et dans le carnage… Mais mis à part ces descriptions qui ne font heureusement que quelques pages, quelle maestria ! Quelle construction diabolique et quelle intelligence ! Et aussi quelle connaissance de son sujet…
En plus la brigade Verhoeven m’a bien plu… Entre le commandant qui n’a pas le profil et le look du grade, Louis qui serait davantage à sa place dans les salons de la Haute société que dans un commissariat, Armand le radin, Maleval le joueur et les autres… les rapports sont à la fois ambigus, forts et spéciaux…
Pas un temps mort, pistes et fausses-pistes, action et réflexion, préjugés et ouverture d’esprit. un cocktail détonnant et qui m’a accroché au point que j’ai enchaîné directement sur la deuxième enquête de la tétralogie ( en même temps comme la tétralogie est regroupée en un méga bouquin ..) .

Vous aimez la littérature policière ? vous n’allez pas le regretter et de plus vous allez pouvoir vous concocter une petite liste de livres à lire…

Extraits :

Beau visage obtus, l’air de qui sait camper sur ses positions et s’arc-bouter sur l’absurdité du monde.

En fait, Cottet ressemblait à un château de cartes. Il était de ces hommes qu’un rien peut ébranler. Grand, il donnait l’impression d’habiter une carcasse d’emprunt.

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, moi : taille moyenne… âge moyen… moyen, quoi !
Suivit alors un silence pendant lequel chacun des trois hommes sembla méditer sur la désespérante moyenne du monde.

Il n’y avait pas de questions. Ou il y en avait trop, ce qui revenait au même.

La rapidité avec laquelle ce genre d’information parvenait aux journaux était aussi fulgurante que logique. Des pigistes étaient appointés pour faire le tour des commissariats et il était notoire que bien des policiers servaient de gardiens de phare à certaines rédactions.

Tout n’était pas encore sorti, mais il était déjà difficile d’imaginer que ces morceaux avaient pu faire un ou deux corps. En regardant un étal de boucher, il ne vient à personne l’idée de recomposer mentalement l’animal entier.

Ce qui fait la différence entre les bons rapaces et les grands rapaces, c’est l’instinct.

Nous allons nous épuiser sur les détails. Parce que nous ne pouvons pas faire autrement, parce que c’est la règle du jeu. Mais tout ce que nous sommes obligés de faire risque de nous éloigner de l’essentiel. Et l’essentiel, ce n’est pas « comment? », c’est d’abord «pourquoi?». Autre chose? demanda-t-il après un moment de réflexion.

—     Excusez-moi… ajouta-t-il.
On sentait pourtant dans sa voix et dans l’assurance avec laquelle il présentait cette excuse, qu’elle était en fait mûrement pesée et qu’il ne sollicitait l’indulgence de personne.

L’homme travaille, la femme attend et il ne savait pas ce dont il souffrait le plus, de la situation ou de sa banalité.

Il y avait beaucoup de monde, le bruit leur faisait une intimité parfaite.

L’infranchissable était là, mais, somme toute, ni plus ni moins qu’hier. C’était même grâce à cette distance qu’ils s’étaient rencontrés.

Le genre d’information portée par sa dynamique propre, comme une cellule cancéreuse. Qu’en pensaient-ils ? Qu’en avaient- ils compris ou déduit? Leur silence n’était pas bon signe. Compatissants, ils en auraient parlé. Indifférents, ils l’auraient oublié. Mais silencieux, ils en pensaient plus long qu’ils n’en disaient.

Le roman policier a longtemps été considéré comme un genre mineur. Il aura fallu plus d’un siècle pour qu’il acquière droit de cité dans la « vraie » littérature. Sa longue relégation au rang de « paralittérature » répond à la conception que lecteurs, auteurs et éditeurs se firent longtemps de ce qui était censé être littéraire et donc à nos usages culturels, mais aussi, croit-on généralement, à sa matière même, à savoir le crime. Cette fausse évidence, aussi ancienne que le genre lui-même, semble ignorer que meurtre et enquête figurent en place privilégiée chez les auteurs les plus classiques, de Dostoïevski à Faulkner, de la littérature médiévale à Mauriac. En littérature, le crime est aussi ancien que l’amour. »

Les relations entre les gens ressemblent souvent à des lignes de chemin de fer. Lorsque les voies s’écartent et s’éloignent l’une de l’autre, il faut attendre un aiguillage pour avoir une chance de les voir reprendre un chemin parallèle.

Quel temps as-tu?
—            Ici, on dit « mixed ». Ça veut dire qu’il a plu hier et qu’il pleuvra demain.

Les deux hommes se sourirent franchement. C’était la première fois qu’ils se souriaient de cette manière. Et le premier sourire, entre deux hommes, c’est le début de la reconnaissance ou des malheurs.

A la manière d’un puzzle qui ne trouve sa perfection formelle qu ‘une fois que toutes les pièces sont assemblées, chacune a sa juste place. Qu’une seule pièce vienne à manquer et c ‘est toute l’œuvre qui est autre, ni plus belle ni moins belle, différente.

Mon art, c’est l’imitation, je suis un reproducteur, un copiste, un moine autant dire. Mon abnégation est totale, mon dévouement sans limite. J’ai voué mon existence aux autres.

Le livre est inspiré d’un fait divers réel et il y retourne. J’aime ces boucles parfaites qui relient si parfaitement la littérature à la vie.

A quoi tient la magie d’un livre? En voilà un autre grand mystère…

Louis interrogeait en sinuosités, Maleval en ligne droite, Armand en spirale.

6 Replies to “Lemaître, Pierre «Travail soigné» (2006)”

    1. Oui ! c’est toi la première à m’en avoir parlé . Je suis tes conseils… avec quelques années de latence.. le temps de voir que c’est passé de trilogie à tétralogie…

        1. Je finis la tétralogie avant! j’ai fini Alex hier et j’attaque Sacrifices puis Rosy et John… mais j’avance… Je vais certainement attendre le 3ème tome de la trilogie de Au revoir là-haut avant de me « faire la totale »

  1. Comme Corine, je t’avais recommandé Alex et je confirme « Au revoir là-haut » est un beau roman – avec parfois quelques longueurs; j’ai d’ailleurs aimé davantage sa « suite »: « Couleurs de l’incendie ».
    Je profite ici de te dire un grand merci pour ton travail et te souhaiter une magnifique année 2020 pleines de nouvelles découvertes !

    1. et le 3ème tome de la trilogie « Au revoir là-haut » est prévu pour ces prochains jours… Je ne vais plus avoir d’excuses pour ne pas me lancer…

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