Brull-Ullmann, Colette (et Portes, Jean-Christophe) «Les enfants du dernier salut» (2017)

Brull-Ullmann, Colette (et Portes, Jean-Christophe) «Les enfants du dernier salut» (2017)

Autrice : Née le 18 avril 1920, Colette Brull-Ulmann travaille en 1942 comme interne à l’hôpital Rothschild, devenu une annexe du camp de Drancy, auprès d’enfants juifs destinés à la déportation. Elle participe à la mise en place d’un réseau permettant, au moyen de faux certificats de décès, d’évacuer clandestinement ces enfants pour qu’ils soient accueillis dans des familles ou des institutions. Le 1er avril 1944, elle quitte l’établissement pour rejoindre la Résistance au sein du réseau « Goélette ». Sous un pseudonyme , elle œuvre en qualité d’enquêteur au sous-réseau « Fléau » en espionnant les Allemands pour les services secrets de la France libre, en soignant les parachutistes et en participant à la libération de la ville de Paris. Au titre de ces actions, elle se voit attribuer la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile d’argent.
Après la guerre, elle exerce en tant que médecin généraliste puis comme pédiatre jusqu’à sa retraite. Depuis les années 2000, elle participe activement à de nombreuses manifestations destinées à transmettre la mémoire aux jeunes générations. En 2015, elle s’investit dans la réalisation d’un documentaire intitulé Les enfants juifs sauvés de l’hôpital Rothschild et co-écrit, en 2017, avec Jean-Christophe Portes, un ouvrage intitulé « Les enfants du dernier salut » dans lequel elle relate tous ses souvenirs.
Ayant fait preuve d’un grand courage pendant l’Occupation en sauvant des enfants au péril de sa vie et en menant des actions risquées au sein de la Résistance, puis en multipliant les initiatives en faveur du travail de mémoire pour faire connaître cette période sombre de notre histoire, Colette Brull-Ulmann mérite la profonde reconnaissance de la République française. Sa nomination directe au grade d’officier de la Légion d’honneur dans la promotion du 14 juillet 2019 vient récompenser l’ensemble de ses mérites.
(source : Ministère de la défense – Nomination)

City Editions – 15.11.2017 – 256 pages /

Résumé : En 1942, Colette a 22 ans et elle est étudiante en médecine à l’hôpital Rothschild de Paris. En fait d’hôpital, c’est plutôt l’antichambre de l’enfer puisque les Juifs qui passent par cet établissement sont ensuite envoyés dans les camps de la mort. Face à l’atrocité de la situation, Colette intègre un réseau d’évasion qui permet aux enfants de l’hôpital d’échapper à la déportation. Car, si personne ne sait vraiment ce qui les attend, on connaît l’horreur du transport, entassés pendant des jours dans des wagons sans eau et sans vivres. Pour sauver ces enfants, le réseau truque les registres ou déclare décédés des nourrissons que l’on fait sortir en passant par la morgue… Malgré les soupçons des Nazis et plusieurs arrestations, des centaines d’enfants sont ainsi sauvés. Dernier membre vivant de ce réseau, Colette témoigne dans ce document bouleversant et essentiel. L’histoire de l’extraordinaire réseau d’évasion d’enfants Juifs à Paris.

Mon avis :
Une des dernières survivantes, qui a été décorée cette année par le Président Macron, (enfin ! car elle aura 100 ans en 2020) nous livre un témoignage et met en lumière des anonymes qui ont permis l’évasion d’enfants juifs. C’est aussi le seul témoignage sur le rôle de l’Hôpital Rothschild pendant la guerre. Cet hôpital, sorte d’annexe de Drancy et seul établissement qui permettait encore à des médecins juifs d’exercer, sous la direction des Nazis.  Un magnifique livre témoignage sur ces personnes qui ont risqué leur vie pour sauver des juifs pendant la Deuxième Guerre Mondiale.  Elle rétablit aussi la vérité sur les médecins (un surtout) qui ont pesé de tout leur poids pour renvoyer des enfants à Drancy, en sachant pertinemment que c’était les envoyer vers la mort.
La vie de Colette est la vie d’une femme qui a décidé ce qu’elle voulait faire de sa vie et qui a tout fait pour y arriver à une époque où faire des études de médecine n’était déjà pas évident pour une fille, mais encore nettement plus difficile pour une juive. Cette autobiographie décrit aussi la façon dont les juifs français étaient traités et la vie quotidienne à Paris pendant l’occupation. Ce témoignage met en lumière l’implication d’une famille juive française, d’origine roumaine dans la résistance : un père qui se ruinera pour que ses employés aient un salaire, qui recevra la légion d’honneur et qui en dépit de son poste dans un ministère sera détenu à Drancy. Une famille qui fera bloc et ne fuira pas en zone libre ou à l’étranger pour ne pas abandonner ce père détenu. Le courage et l’abnégation de ce père qui ne cessera d’œuvrer contre les nazis et de sa fille qui suivra ses traces.

Merci à Jean-Christophe Portes d’avoir prêté sa plume à la mémoire de Mme Colette Brull-Ulmann et à celle-ci d’avoir révélé l’implication des personnes travaillant à l’Hôpital Rothschild pendant cette période noire de l’Histoire de France. La transmission de la mémoire est essentielle et la fluidité de l’écriture fait que ce témoignage se lit presque comme un roman. Mais il ne faut pas oublier que toutes ces atrocités sont avérées et que le racisme anti-juif est toujours d’actualité en France un siècle après la naissance de Colette !

Extraits :

Rothschild est un hôpital-prison, une annexe de cette inquiétante déportation dont nous connaissons les conditions, nous qui sommes au cœur du système : à cinquante par wagon ou plus, sans eau et sans nourriture. Les enfants, surtout les petits, n’ont pratiquement aucune chance de survivre.

Toujours cette espèce de tabou des ashkénazes : ils se font massacrer, et ce sont eux qui ont honte.

Les nazis reviennent sans cesse à l’hôpital, comme une vapeur toxique que rien n’arrête. Une vapeur qui s’insinue dans nos esprits, les empoisonne.

C’était le début de la Sécurité sociale, qui ne reconnaissait pas les spécialistes.

Chaque enfant porte l’humanité tout entière, chacun est un monde en soi, un univers qui ne demande qu’à être découvert. Il faut alors la patience de l’explorateur pour s’y frayer un chemin.

Les nouveau-nés m’ont toujours attirée plus que tout. Ils ont déjà des réflexes, une personnalité très définie que nous ne percevons pas avec nos regards d’adultes, nos regards grossiers et insensibles. Même à huit jours ou dix jours, un mois, ils ont leur vie, leur sensibilité, leurs inquiétudes. Tout est là devant nous, et nous ne voyons rien.
Le pédiatre est celui qui construit des ponts entre ces êtres surnaturels et nous, le monde des parents.

Au fil du temps, je m’étais persuadée que le silence peut effacer les mauvais souvenirs. Mais c’était faux. Les douleurs ne font que tourner en rond, comme des prisonnières dans leurs cellules ; elles frappent aux barreaux, elles piétinent dans le noir et se rappellent à vous dès que vous êtes seul avec vous-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *