Portes, Jean-Christophe «La trahison des jacobins» (2019)

Portes, Jean-Christophe «La trahison des jacobins» (2019)

Portes, Jean-Christophe «La trahison des jacobins» (2019)

Auteur : Français, Né à : Rueil-Malmaison, le 21/03/1966 – Jean-Christophe Portes est journaliste et réalisateur. Il a fait des études à l’Ecole Nationale de Arts Décoratifs. Auteur d’une trentaine de documentaires d’investigation, de société ou d’histoire, il travaille pour les principales chaînes de télévision françaises

Romans Série Victor Dauterive : L’Affaire des corps sans tête (2015) – L’Affaire de l’Homme à l’Escarpin (2016) – La Disparue de Saint-Maur (2017) –  L’espion des Tuileries (2018) – La trahison des Jacobins (2019)  Autres : Les Enfants du dernier salut (2017), Les experts du crime, Jean-Christophe Portes (2018) – Minuit dans le jardin du manoir (2019) –

Enquêtes de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire : tome 5

Présentation de la série )

City éditions 09.10.2019 – 441 pages /

Résumé :
Eté 1792. Alors que l’armée austro-prussienne menace Paris, le lieutenant Victor Dauterive se préoccupe surtout de la disparition de Joseph, son petit serviteur. Le garçon a été enlevé et a sans doute disparu dans l’enfer de Bicêtre, la prison des fous, des voleurs et des enfants…
Mais une autre mission l’éloigne de ses recherches lorsqu’un policier, qui s’intéressait à une affaire de corruption dans l’entourage de Danton, est retrouvé assassiné.
Ce n’est que le premier d’une série de meurtres qui continue avec celui de la femme de chambre de Marie-Antoinette et qui laisse présager le pire. Entre trahisons, complots et espionnage, Dauterive va devoir mener une nouvelle enquête à haut risque. A l’heure où se prépare l’invasion des Tuileries, il va devoir choisir son camp… et tenter de survivre.

Mon avis :

Deux enquêtes au programme : l’enquête officielle dont est chargé Victor par le député Charpier, à savoir le meurtre d’un policier, et l’a privée : retrouver Joseph. En compagnie de Victor et d’Olympe, nous allons donc partir à la recherche de Joseph, porté pour mort mais dont la mort n’a pas été prouvée. Rien ne nous sera épargné et nous allons patauger dans les scandales véridiques de l’époque : les disparitions d’enfants, le trafic d’enfants, choisis à la Correction des femmes, pour ensuite être vendus ou les placés dans des maisons de plaisir… On appelait ces enfants « des bijoux ». La Salpêtrière était connue pour ses dépravations et La description de Bicêtre à l’époque fait froid dans le dos.
Mais rechercher Joseph n’empêche pas Victor de se trouver mêlé aux malversations d’un juge de paix corrompu :  les deux enquêtes s’entremêlent. Il y a de l’action, du rythme, du suspense…

Juillet 1792 : La prise des Tuileries. Avec Victor, nous serons aux premières loges. Nous allons aussi nous approcher de Danton et de sa clique, ce qui ne se révèlera pas sans danger.
Entre Victor Dauterive et sa famille le fossé se creuse encore et toujours, même si la loi du sang est toujours présente.
Plus les pages se tournent et plus Victor grandit, s’humanise et s’ouvre à la vie. Il faut dire qu’il est encore très jeune et qu’il s’affirme. Il est en proie aux doutes, aux découvertes, il se cherche mais il ne se laisse pas déstabiliser et prend finalement toujours la bonne voie. Et cela rend la série encore plus attachante. L’émotion est un plus incontestable qui ne cesse de grandir au fil des tomes et qui rend le personnage de plus en plus présent et attachant.

La grande Histoire, les personnages ayant existé, des personnages fictifs qui se mêlent parfaitement aux vrais, on se sent de plus en plus intégrés dans l’Histoire : en plus des personnages récurrents, tels que ma très chère et estimée Olympe de Gouges (voir article), j’ai retrouvé Restif de La Bretone, alias « le hibou » écrivain, imprimeur, mais aussi agent de Sartine et Lenoir – dont j’avais fait la connaissance dans la série des romans mettant en scène Nicolas le Floch (voir article). A tous ceux qui regrettent le Marquis de Ranreuil, commissaire de police au Châtelet du regretté Jean-François Parot, je conseille vivement les aventures du Chevalier d’Hauterive, plus connu sous le nom de Victor Dauterive, et gendarme de son état …

Je vous conseille vivement de lire les notes aux lecteurs à la fin du livre ou l’auteur vous donne des informations sur le coté historique du roman. Il y parle entre autres du un témoignage de Restif sur la pédophilie à l’époque, plus précisément en 1795 et le rôle de la police …

Je voudrais également vous recommander la BD « La Révolution » (voir article)

Extraits :

Quant à Victor, il avait toujours préféré observer que parler, comme si les brimades et les vexations de son père l’avaient réduit au silence à jamais.

Les grandes choses se font par les petites.

—      Oui, Danton est au centre de tout, reprit Charpier. Il est l’idole du peuple, il sait lui parler. Mais nul ne sait ce qu’il veut en réalité. Il a un pied aux Jacobins, un pied auprès des sans-culottes…
—      Et un autre à la Cour…

Deux ans plus tôt, le pays se levait sous un jour nouveau, la France serait régénérée, on entrerait dans l’ère de la Liberté. Au lieu de cela, tout se bousculait sans logique, la violence, la corruption, les mensonges et les incertitudes. Qu’espérait-il encore dans cette ville ?

— Soyez plus politique, mon cher. Dissimulez. 

Olympe ne portait pas de masque, elle vivait la Révolution, plus généreuse, plus sensible et plus libre et courageuse que bien des hommes politiques.

L’Hôpital général était un gouffre de vice et de violence, le tombeau de toute bonne intention, le royaume de la corruption odieusement camouflée sous le masque de la vertu et du service public. Le symbole même, selon Mariette, de la décomposition de l’ancien régime.

Fondée sous Louis XIV, l’institution dirigée par le Parlement de Paris s’était peu à peu refermée sur elle-même. Bien que disposant d’énormes revenus assurés par des taxes, l’Hôpital était en perpétuel déficit. La faute à des détournements d’argent massifs, selon Mariette. Tout en clamant haut et fort leur dévouement, les responsables vivaient dans l’aisance et multipliaient les dépenses. Une grande partie de l’argent disparaissait en marchés truqués, à leur bénéfice et à celui de fournisseurs complices.

De l’extérieur, le Palais-Royal semble une anarchie, mais il y a des règles. Même la jungle d’Afrique a ses règles.  […] Le Palais-Royal est un temple, et dans ce temple il faut sacrifier aux rites d’admission.

Une houle de dos, de têtes, de chapeaux et de plumes ondoyait devant lui comme les mille touches d’un tableau.

Vous attaquez à visage découvert, on vous tire dessus et vous êtes mort. Il faut la ruse et la malice quand on est face à des gens de malice.

— Ils veulent arrêter la Révolution. Ces gens assaisonnent leur discours avec le mot peuple, comme on poivre la viande pour lui donner du goût. 

Quelques poignées de domestiques ou d’aristocrates qui n’avaient pas voulu ou pas pu fuir devenaient autant de proies d’une vengeance sans pareille, une vengeance inouïe surgie de fond des âges. Une nuée d’assassins les débusquait de la cave aux combles, du sang jusqu’au menton, ivres de violence, renversant tout partout, brûlant les écuries au son de La Marseillaise et du Ça ira.

Danton fait de la politique, c’est le plus doué d’entre nous maintenant que Mirabeau est mort… Il parle tout haut pour la foule. Et tout bas, il mène sa conquête du pouvoir.

Image : Danton.

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