Portes, Jean-Christophe «La Disparue de Saint-Maur» (2017)

Portes, Jean-Christophe «La Disparue de Saint-Maur» (2017)

Auteur : Français, Né à : Rueil-Malmaison, le 21/03/1966 – Jean-Christophe Portes est journaliste et réalisateur. Il a fait des études à l’Ecole Nationale de Arts Décoratifs. Auteur d’une trentaine de documentaires d’investigation, de société ou d’histoire, il travaille pour les principales chaînes de télévision françaises

Romans : Série Victor Dauterive : L’Affaire des corps sans tête (2015) – L’Affaire de l’Homme à l’Escarpin (2016) – La Disparue de Saint-Maur (2017) –  L’espion des Tuileries (2018) – Autres : Les Enfants du dernier salut (2017), Les experts du crime, Jean-Christophe Portes (2018) – Minuit dans le jardin du manoir (2019) –

Les enquêtes de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire : tome 3

Présentation de la série )

City éditions 15.11.2017 – 528 pages / 9.5.2019 – Poche – 567 pages

Résumé : En cet hiver 1791, la France est au bord du chaos. Depuis sa fuite à Varennes, Louis XVI est totalement discrédité. Royalistes et nouveaux députés se menacent, armes à la main et la tension est extrême. C’est dans ce contexte explosif qu’Anne-Louise Ferrières disparaît. La belle et mystérieuse fille d’aristocrates désargentés, encore célibataire à trente ans, n’a pas été vue depuis une semaine. Et une semaine, avec ce froid polaire…
Plus personne ne s’attend à la retrouver en vie. Enlèvement ? Suicide ? Fuite ? Etrangement, la question semble laisser sa famille de glace. Loin de dissuader le gendarme Victor Dauterive, cette indifférence hostile excite sa curiosité. Et il flaire chez les Ferrières des manigances qui débordent largement le cadre familial…

Mon avis : Mais comme je suis heureuse d’avoir rencontré Victor Dauterive. Et à chaque rencontre (la troisième maintenant) je m’attache davantage. J’avais beaucoup aimé les deux premiers mais je dois dire que ce troisième tome est synonyme d’addiction au personnage ! Il a pris de la consistance, il est sorti de l’ombre et il s’affirme, même s’il continue de suivre presque aveuglement La Fayette (qui lui me plait de moins en moins) tout en se rendant compte qu’il se fait utiliser. J’ai aimé aussi qu’Olympe de Gouge soit bien présente, j’en ai appris sur la vie à cette époque et le rôle des braves religieuses. Le contexte historique est présent mais l’intrigue n’est pas noyée dans l’Histoire, ce qui rend peut-être la lecture encore plus attrayante. Je pleurais mon Nicolas Le Floch, mais je suis contente d’avoir rencontré Victor ! Victor qui pour la première fois est le héros du roman, bien que le petit Joseph ait beaucoup occupé mon esprit tout au long du récit ! J’ai aimé le coté intrigue, le coté roman d’espionnage, la façon dont l’auteur éclaire la politique du moment et j’aime beaucoup le coté social historique de la série, avec un petit (gros) plus pour la place de la femme. Et par chance le tome 4 « L’espion des Tuileries » est déjà dans ma pile…

Cette série est passionnante, dense, pas de temps morts, documentée et se passe à une époque que j’affectionne. Lire pour le plaisir et apprendre en même temps. Que demande le peuple ? peut-être la liberté, l’égalité, la fraternité… mais on ne peut pas encore tout avoir…

Extraits :

Volontairement, il n’avait pas précisé le titre de l’homme qu’il recherchait – on avait aboli tous les titres de noblesse au mois de juin 1790.

Il lâcha un petit rire, l’œil pétillant, un lac de rides s’étoilant sur ses joues.

Mais ce que je sais, c’est que ces gens-là ne sont pas comme nous. Non, pas comme nous. Ça ne tourne pas rond là-dedans.
Sans le vouloir, il reprenait l’expression de Hacar lorsqu’il parlait des Ferrières. Là-dedans. Une expression à la fois méprisante et effrayée.

Mais la vie, Monsieur, ce ne sont pas ces divagations de rimailleurs. La vie n’est pas un rêve ! Quand on rêve trop, la vie n’est jamais assez belle. Non, la vie n’est pas un rêve !

Sévère, mais solide et rempli de ferveur, le couvent des Pénitentes paraissait surgir intact du Moyen Âge, ses pierres de taille à peine érodées par les siècles et défiant les temps nouveaux.

Elle lui lança un regard larmoyant, semblant attendre une réponse, mais l’officier préféra le silence. Il avait trop lu Voltaire pour ne pas penser comme lui que ces femmes étaient plus prisonnières de leurs superstitions que de hauts murs en pierre, eussent-ils trente pieds de hauteur.

Il semblait qu’avec cet homme, les autres ne comptaient plus. Il occupait vraiment tout l’espace.

s’il n’en laissait pas une miette et se régalait de vins fins, le jeune homme appréhendait toujours le moment fatidique où son hôte décrirait savamment l’élaboration de ses plats. Pour apprécier un tableau, fallait-il savoir le poids de peinture qu’un artiste y avait mis ?

Mais quand donc pourrons-nous, nous, les femmes, décider de notre propre sort ? Quand pourrons-nous quitter notre mari s’il nous bat ? Quand donc cessera-t-on de nous interdire le divorce, au motif qu’il serait sacrilège, et qu’il rompt les liens sacrés du mariage ? Est-il sacrilège de vouloir vivre sa vie ? Est-il sacré de vivre sous le joug d’un mari ou d’un père, de subir l’injustice et de devoir se taire toute sa vie durant ? Ces messieurs de l’Assemblée et des clubs nous parlent sans cesse de liberté et d’égalité. La liberté et l’égalité, oui, mais pour eux uniquement. La véritable égalité existera, Victor, quand les femmes auront le droit de monter sur l’échafaud et à la tribune tout autant que les hommes !

Me croyez-vous trop sotte pour mener une enquête ?
— Je n’ai jamais dit cela.
— Mais vous le sous-entendez très fort.

Plus il y revenait, plus il voyait le manoir autrement. Il n’était pas triste par avarice ou parce qu’on y étouffait sous la morale. C’était la peur qui y régnait, la violence et les secrets malsains.

Il fallait croire qu’être né aristocrate commençait à représenter une faute politique.

Pendant la guerre civile, en 1650, Cromwell et ses ironsides ont tué un Irlandais sur deux.

Cet homme si élégant, l’air léger, lui parlait de tuer et de mourir comme on aurait évoqué une valse ou un tableau.

la plupart des aubergistes de cette ville sont des indicateurs de police.

Le mariage à perpétuité, ce tombeau de la confiance et de l’amour, avait produit plus d’horreurs et de drames que tous les tyrans réunis. L’hymen vous forçait parfois à partager votre existence avec votre bourreau, à lui baiser la main en espérant vainement l’attendrir. Il fallait vivre infâme ou mourir malheureux.

Pour l’instant, il se voyait comme un bâtiment sous le feu d’une bataille navale, en plein brouillard, ignorant d’où venaient les coups, mais se gardant d’y répondre, de peur de se tromper d’ennemi.

Depuis que Versailles existe, l’intrigue existe. Elle a été élevée au rang d’un art.

La Révolution ressemblait de plus en plus à un fleuve échappé de son lit, ses eaux glaciales montaient en silence, puissantes, sans que nul ne puisse s’y opposer. Un jour, Robespierre avait prédit que ceux qui prétendaient diriger ou interrompre son cours seraient emportés comme de faibles insectes. Il avait eu raison.

— Méfiez-vous de lui. Il est bête comme une oie.
— Et bavard comme une pie. Deux oiseaux en un seul homme. Mais c’est tout ce qu’on lui demande.

L’une des raisons pour lesquelles avait éclaté la Révolution était précisément l’arbitraire propre à l’ancien régime. Désormais, perquisitions et arrestations ne pouvaient se faire sans un ordre écrit de l’autorité civile ou judiciaire. C’était même l’une des dispositions essentielles du futur code pénal.

Marquises, duchesses, bourgeoises, femmes de notaire ou de laboureur, elles se débarrassaient du nourrisson à peine né. Les premières pour préserver leur vie sociale (et parce que les maris voulaient reprendre au plus vite leurs droits sur elles) ; les autres parce qu’elles étaient trop pauvres pour arrêter de travailler ne serait-ce qu’un mois.

Il était bien campé sur ses jambes, un drôle de sourire aux lèvres, et Victor pensa alors qu’il ne puait pas seulement de la bouche, mais aussi de l’âme.

Ses joues semblaient s’être creusées, son regard surtout avait changé. S’y était installée la peur, cette lueur dans la prunelle des bêtes devant le fouet des maîtres.

À quoi servait de combattre pour la liberté quand on n’était pas libre soi-même ?

La Révolution offrait une occasion de revanche unique pour les Britanniques. Quoi de plus facile, dans de telles circonstances, que de pousser au désordre, et pourquoi pas à la guerre ?

Nous aurons d’autres trahisons, c’est écrit, comme il était écrit que César franchirait le Rubicon. Ne vous trompez pas d’alliés.

Site de Jean Christophe Portes 

un ouvrage datant de 1903 : Histoire de Saint-Maur-des-Fossés depuis les origines jusqu’à nos jours, par Émile Galtier (pour les curieux, il est téléchargeable gratuitement sur Internet).

Ironsides : Les Ironsides étaient soldats dans la parlementaire cavalerie formée par l’anglais dirigeant politique Oliver Cromwell au 17ème siècle, pendant la guerre civile anglaise. Le nom vient de « Old Ironsides », l’un des surnoms de Cromwell.  (https://www.herodote.net/1642_1660-synthese-2008.php )

Lire aussi : la chronique sur la série sur le blog Le Club du roman historique 

Lire aussi : la chronique sur le livre de Benoîte Groult « Ainsi soit Olympe de Gouges » (2013)

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