Hermary-Vieille , Catherine « Moi, chevalier d’Eon, espionne du roi » (2018)

Hermary-Vieille , Catherine « Moi, chevalier d’Eon, espionne du roi » (2018)

Albin-Michel – 02.05.2018 – 352 pages (Biographie)

Autrice :  née le 8 octobre 1943 dans le 15e arrondissement de Paris, est une romancière et biographe française : elle écrit principalement des biographies et des romans avec le même succès. Parmi les plus connus, « Le Grand Vizir de la nuit », inspiré du conte « La Fin de Giafar et des Barmakides » des Mille et Une Nuits, remporte le Prix Femina.(1981) , »La Marquise des ombres » (1983), biographie romancée de la marquise de Brinvilliers,  « Romy » (1986), « L’Infidèle » (1987), Grand Prix RTL, « Un amour fou » (1991), Prix des Maisons de la Presse, des séries Les Dames de Brières (3 tomes), Le Crépuscule des rois (3 tomes) ,  « La Bourbonnaise » (2003), « Les Années Trianon » (2009), « Merveilleuses » (2011), « Le siècle de Dieu » (2013), « La Bête » (2014), se base sur l’histoire de la Bête du Gévaudan. « D’or et de sang » (2016) dans lequel elle évoque la grande saga des Valois, de Catherine de Médicis à la reine Margot, « Moi, chevalier d’Eon, espionne du roi » (2018), « Louves de France » (2019)

Résumé : « Que pourrais-je vous dire ? Que je fus plus heureux durant les quarante-neuf années où je vécus en homme que pendant les trente où je fus femme ? Quarante-neuf années où il me semblait subir un état qui n’était pas le mien et trente à prendre conscience des exorbitants privilèges accordés aux mâles, même si le bonheur d’être enfin moi-même l’emportait sur les sacrifices qu’il fallait consentir. »
Le chevalier d’Éon : un nom familier qui a pourtant conservé tout son mystère. Diplomate, officier, redoutable bretteur, cavalier hors pair ou femme séduisante, intrigante, habile, émissaire clandestine du roi Louis XV? Un homme désirant être femme, une femme virile, un travesti ?
L’énigme du chevalier d’Eon demeure et fascine toujours autant. Être d’exception incapable de se glisser dans le monde figé par les codes sociaux et sexuels de son époque, jamais il ne renoncera à être lui-même.
Avec la rigueur historique et la sensualité d’une grande romancière, Catherine Hermary-Vieille fait revivre la figure ambigüe et controversée du plus célèbre agent secret de l’Histoire.

Mon avis : J’ai toujours aimé le personnage et j’ai toujours eu à l’esprit la question : homme ? femme ?
C’est avec intérêt que j’ai approfondi mes connaissances de ce personnage, à la fois chevalier et espionne de Louis XV qui au départ aurait souhaité être homme d’église, qui a étudié dans un « lieu à la discipline quasi militaire ». Une adolescence difficile pour ce personnage qui manie dès son plus jeune âge l’épée comme personne et est un cavalier émérite.
Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée Eon de Beaumont (né à Tonnerre en 1728 et mort à Londres en 1810) rejoindra le « Cabinet secret » de Louis XV en 1756, chargé par le Roi d’approcher la tsarine de Russie, deviendra sa lectrice… Il sera ensuite attaché d’ambassade, toujours à Saint-Pétersbourg. Après il partira pour Londres pour exercer des activités de diplomate.  Ses exploits tant sur les champs de bataille que dans les salons, en tenue de hussard ou en robe seront reconnus. Il servira Louis XV puis Louis XVI : l’un l’utilisera, le second humiliera.
Malheureusement, il se fera des ennemis, et des ennemis très puissants qui feront tout pour causer sa perte et il attira le mépris de beaucoup en attaquant par ses écrits des personnes qui le dénigraient. Qu’il ait eu tort ou raison, peu importe – cela ne pardonne pas.
Le livre porte aussi des réflexions sur les mentalités européennes… On y croise la bourgeoisie, la noblesse, les politiques, les belles plumes du moment (Beaumarchais). On trempe dans des complots sordides…
Le livre porte également un questionnement sur les femmes au travers des lectures de l’époque : « Les femmes obéissaient-elles aux hommes ou au contraire les dominaient-elles ? » Au programme le livre de l’Abbé Guyon sur les amazones, La loi salique, l’histoire de Jeanne d’Arc, combattante et femme, la marquise de Pompadour – autre genre de combattante.
Un questionnement sur le sexe également… être homme, être femme, être asexué… et la manière dont vos amis ou vos ennemis tentent de vous protéger ou de vous nuire en fonction de votre sexualité/personne et qui font passer les commérages avant les hauts-faits et l’intelligence.
La carrière d’espion du personnage est semée d’embûches et fascinante. Flamboyant et flamboyante, rongée de l’intérieur, mal dans sa peau, en quête de reconnaissance.
J’ai aussi effectué un petit passage au Grand Moghol, rue Saint-Honoré, chez Mademoiselle Bertin ( dont j’ai fait la connaissance récemment grâce aux livres de Frédéric Lenormand série :Au Service secret de Marie Antoinette : L’Enquête du Barry – Pas de répit pour la Reine  ) et j’ai rencontré Voltaire, Beaumarchais …

Et une fin de vie ô combien difficile, dans la misère, mais toujours la tête haute…

Une biographie qui se lit comme un roman., sur une personnalité homme/femme , un mystère qui intriguera beaucoup de monde et ne sera résolu qu’à sa mort..

Extraits :

Plus que d’attirer l’attention des personnes de haute condition, écrire me permettait d’enfin m’exprimer, d’être moi, un être humain doué d’une grande sensibilité. Devant une feuille de papier, une plume à la main, je n’étais ni homme ni femme, ni vieux ni jeune, ni riche ni pauvre. J’étais tout cela à la fois.

Eh bien, écrivez, mon ami, écrivez. Vous vous ferez des ennemis, mais gagnerez aussi des protecteurs.

j’appris les arcanes de la politique française, ses alliances officielles, ses complots mijotés par le roi dans ce que l’on nommait « Le Secret du Roi »

– Cela ne vous gêne-t-il pas de jouer double jeu ? m’étonnai-je.
Il me considéra longuement.
– Qui sur cette terre n’a pas plusieurs visages ?

J’étais homme, me sentais femme, et mes activités, la lecture, l’écriture, la conversation, l’escrime, l’équitation pouvaient faire le bonheur de l’un comme de l’autre sexe. 

Une autre évidence s’imposa à moi : pour atteindre son but, l’homme mord, la femme caresse. Je devins familier avec l’une comme l’autre approche, et en mesurai la double efficacité.

En écrivant, j’existais. Un écrivain se moque de porter jupon ou culotte. Le jeu de la séduction est hors de ses pensées, il s’envole au-dessus des petitesses humaines.

Jeanne d’Arc, Jeanne Antoinette Poisson : des êtres doubles comme moi, l’une revêtue d’une armure pour partir au combat, l’autre ayant recours chaque matin à ses artifices, ses dentelles, ses soieries pour livrer sa propre bataille. Une même détermination, une même audace, une même ambition.

La noblesse anglaise n’était pas entravée comme la nôtre par la notion du déshonneur lié au travail. Gagner de l’argent n’était pas un péché mortel et cette particularité me permettait de mesurer avec une acuité encore plus vive l’immobilisme de nos aristocrates, qui à force de se tenir loin du peuple allaient un jour ou l’autre voir celui-ci fondre sur eux.

Le monde féminin m’attirait, je me sentais particulièrement bien au milieu des femmes, mais désirais aujourd’hui rester homme, et non me parer des soies, des mousselines et des satins de mademoiselle Bertin, mon « ministre de la mode » comme la surnommait la reine. Je ne pouvais m’imaginer être présenté à la cour sur des talons hauts, frisé, enrubanné, sous le regard goguenard des courtisans.

 Un soir, n’en pouvant plus des palabres suffisants d’un jeune marquis qui me demandait si je savais coudre et filer, je répondis : « Non, monsieur, je ne sais que découdre et enfiler. »

J’étais femme. Et la question « Qu’est-ce qu’être femme ? » qui me taraudait depuis si longtemps n’avait pas encore trouvé de vraie réponse. J’étais juste un homme harassé qui trouvait refuge dans le monde féminin. Le mot « féminin » toutefois n’était-il pas un poncif ? Il y avait toutes sortes de femmes très différentes les unes des autres, mais un point commun les liait, non pas celui de la sexualité, mais celui de la vie. 

Les rides venaient, acceptables pour un homme, mais ennemies de la femme. L’homme se transformait en beau vieillard, la femme en fleur fanée.

Image : article d’Amélie de Bourbon Parme dans le journal Le Parisien  (18.06.2019) (http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/histoire-le-chevalier-d-eon-un-travesti-au-service-secret-de-sa-majeste-18-06-2019-8095878.php

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