Bannalec, Jean-Luc «Les secrets de Brocéliande» (2020)

Bannalec, Jean-Luc «Les secrets de Brocéliande» (2020)

Auteur : Jean-Luc Bannalec est le pseudonyme d’un écrivain allemand (Jörg Bong) qui a trouvé sa seconde patrie dans le Finistère sud. Après Un été à Pont-Aven (2014), il écrit la suite des aventures du commissaire Dupin dans Étrange printemps aux Glénan (2015), Les Marais sanglants de Guérande (2016)  L’Inconnu de Port Bélon (2017) , Péril en mer d’Iroise (2018) , Les disparus de Trégastel : Les vacances du commissaire Dupin (2019), Les secrets de Brocéliande (2020) .  Tous ses romans ont paru aux Presses de la Cité.

Les aventures du commissaire Dupin – tome7

Presses de la Cité 04.06.2020 / (300 pages)

 Résumé : Une enquête du commissaire Dupin dans la forêt de Brocéliande, haut lieu du fantastique breton et des légendes arthuriennes. Le commissaire Dupin et son équipe s’apprêtent à passer un moment de détente en forêt de Brocéliande – officiellement forêt de Paimpont -, la plus grande de Bretagne. En effet, Nolwenn, sa fidèle assistante, lui a proposé d’allier obligations professionnelles et découverte du « dernier royaume des fées », l’épicentre breton du fantastique, l’endroit mythique par excellence.
Pendant que son équipe prépare la visite de l’église du Graal et du Val sans retour, Dupin va interroger pour le compte d’un collègue parisien le directeur du centre de Recherches arthuriennes. Mais, quand il se présente, il découvre un cadavre. Premier meurtre d’une série… Qui donc, parmi le groupe de sept scientifiques, fine fleur de la recherche arthurienne, serait impliqué dans cette affaire ? Quels liens souterrains unissent ces éminents savants ? Quelles rivalités les opposent ? Et quel est le mobile ? Est-ce ce projet controversé de parc d’attractions dans différents sites arthuriens ? Une découverte exceptionnelle dont l’un ou l’autre voudrait s’octroyer la paternité ? Toutes ces pistes s’offrent au commissaire Dupin qui va résoudre une énigme digne d’Agatha Christie.

Mon avis : Je me fais toujours prendre par les enquêtes du commissaire Dupin. Il décrit la Bretagne avec précision – bon d’accord parfois cela fait un peu guide touristique – mais l’ambiance est toujours brumeuse et il recrée un cadre propice aux angoisses et aux mystères.
Il faut dire que cette fois, c’est parfait pour ce qui est du mystère… Il part en compagnie de sa petite équipe (Nolwenn la bretonne et ses deux lieutenants amoureux de leur pays) pour visiter Brocéliande … quoi de plus fantastique et nimbé d’irréel…
Ce qui va surtout être irréel, c’est que la chasse au graal va se transformer en chasse au meurtrier, à moins que ce ne soit de circonstance, en chasse au graal…
Sur trois jours, les rebondissements s’enchainent, les agressions et disparitions s’accumulent. Et pourtant, on pourrait penser qu’un petit groupe de scientifiques, d’archéologues et de chercheurs ne sont à priori pas des dangers publics…Mais fouiller dans le passé permet de déterrer bien des secrets…
Alors rendez-vous dans le pays des légendes et affrontez les mystères qui vont se succéder.
Vous reprendrez bien un petit café avec ce cher Dupin ?

Extraits : 

Il s’agissait de la première visite de Dupin à Brocéliande, officiellement forêt de Paimpont, la plus grande forêt de Bretagne – et surtout la plus célèbre de France et d’Europe, cela allait de soi. Indubitablement l’épicentre breton du fantastique, l’endroit mythique par excellence, légende de toutes les légendes. Et compte tenu de la quantité de légendes qu’on trouvait en Bretagne, ce n’était pas peu dire.

— Sept mille sept cents hectares de forêt ! Des bois et de la lande, parsemés d’étangs et de lacs. C’est ce qui reste de la forêt majestueuse qui couvrait toute la Bretagne au temps des Gaulois. Elle a la forme d’un dragon endormi – on le distingue très bien du ciel ! L’interprétation usuelle a fait de broce, « forêt », et de liande, « lande », l’origine du nom, mais en réalité celui-ci vient de la langue celtique et signifie « la forteresse de l’Autre Monde ». D’innombrables légendes celtes et bretonnes se déroulent ici, des histoires extraordinaires, millénaires pour certaines. Mais c’est au roi Arthur et aux chevaliers de la Table ronde que Brocéliande doit sa plus grande gloire. Comme vous le savez (simple artifice rhétorique de Le Ber censé capter l’attention), Arthur revêt une importance capitale pour nous, Bretons ! Plus que quiconque, il personnifie la résistance ! Une de nos plus nobles vertus (la grandiloquence de Le Ber s’accentua encore), le cœur de notre âme, une ténacité dans la défense des plus nobles idéaux. Egalité, fraternité, bonté, voilà les principes qui marquent le règne d’Arthur. Les Bretons ont cru fermement au retour d’Arthur, nous lui sommes restés fidèles.

La dame qui tenait la librairie aussi accueillante que poussiéreuse leur indiqua le chemin tout en leur adressant un sourire complice

Dans les différentes œuvres de fiction (elle mit l’accent sur ce dernier mot), le Graal revêt des formes diverses. Cela peut être un gobelet, une coupe d’une matière ou d’une autre, voire une pierre, très souvent une pierre verte. Parfois c’est une météorite. Ou un récipient à onguent. Ou un chaudron en or.

« Dites-vous bien que ce que vous voyez n’existe pas mais que ce que vous ne voyez pas existe bien. »

— Des scientifiques… Le côté émotionnel de l’existence n’est généralement pas leur fort. Le côté social non plus, d’ailleurs,

Et en règle générale : Tra mà vo daou zen war ar bed, ar jalousi a reno bepred – tant qu’il subsistera plus d’une personne sur terre, la jalousie existera.

— Je considère tout le monde comme bizarre, monsieur, y compris moi-même. Mais ce n’est pas très grave. (La voix de Dupin se fit coupante.) Ce qui est grave, en revanche, c’est quand quelqu’un croit que sa propre bizarrerie a plus de valeur que celle des autres et que cela lui donne le droit de leur ôter quelque chose. La vie, par exemple.

— Vous voulez dire Aberystwyth ? […]

— C’est une station balnéaire au pays de Galles – et le centre de la culture galloise. Les Gallois sont l’un des grands peuples celtiques.

Les six pays celtiques présents sur les côtes déchiquetées du Nord-Ouest européen étaient un autre dada de Le Ber. Dupin savait, à force de l’entendre, qu’ils abritaient les descendants de l’immense peuple celte qui dominait jadis presque tout le continent.

La pluie s’était intensifiée. Autre particularité bretonne : quand on ne le croyait plus possible, la pluie pouvait toujours redoubler, telle une douche au jet puissant ou des seaux gigantesques renversés.

Mais quand même : la conviction de leur propre génie pouvait abolir le sens des réalités chez les gens les plus intelligents, surtout dans les moments critiques. Et ça leur était fatal.

Ret eo terriñ ar graoñenn. Evit kaout ar vouedenn. Il faut casser la noix pour atteindre sa substance. Tout est bien qui finit bien !

Elle était magique, oui, et unique, mais elle possédait un double visage : la belle forêt lumineuse et interminable peuplée peut-être d’elfes joyeux et la forêt obscure appartenant à un autre monde, un théâtre d’ombres, de sortilèges sinistres et de dangereux secrets, l’univers des druides et des fous, un tourbillon noir qui vous entraînait dans un monde d’esprits et de démons.

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