Giebel, Karine « Juste une ombre » (2012)

Giebel, Karine « Juste une ombre » (2012)

Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar « . Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014), De force est son premier roman à paraître chez Belfond. ; D’ombre et de silence (contient 8 nouvelles) parait en 2017, Toutes blessent la dernière tue en 2018

 (Maîtres du jeu : nouvelles. : contient 2 nouvelles : Post mortem suivi de J’aime votre peur – Pocket Thriller n° 15671, septembre 2013)

 

Résumé : (Prix Marseillais du Polar et Prix Polar de Cognac)

Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde.
Tu manipules ? Tu deviendras une proie.
Tu domines ? Tu deviendras une esclave.

Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place.
Et puis un jour…
Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi.
À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche.
Juste une ombre.
Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré.
On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres.
On t’observe jusque dans les moments les plus intimes.
Les flics te conseillent d’aller consulter un psychiatre. Tes amis s’écartent de toi.
Personne ne te comprend, personne ne peut t’aider. Tu es seule.
Et l’ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos.
Ou seulement dans ta tête ?
Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard…

Mon avis :
Une fois encore je commence un livre de cette romancière et je ne le lâche pas.. Plongée profonde dans l’angoisse, dans la solitude.. Entre Cloé qui se sent harcelée et que personne ne croit… Est-ce la vérité ? Est-elle parano ? Et Alex… le flic qui vient de perdre sa femme… Abimes de solitudes… manipulation ? Les vies partent à la dérive…A qui la faute? Aux protagonistes ? A d’autres ?
Quand on perd pied… la descente est amorcée… Les personnages pourront-il se pardonner leurs erreurs du passé, surmonter leurs zones d’ombre, se reconstruire ? Je vous laisse le découvrir…
Et ce que j’apprécie avec les thrillers psychologiques de Karine Giebel c’est la différence entre chaque roman… On change chaque fois de contexte… Et quand vous sortez le soir, dans les rues désertes… regardez derrière vous….

Extraits :

Je commence sérieusement à avoir froid. Et sans trop savoir pourquoi, à avoir peur. Sentiment vague, diffus ; qui m’étrangle en douceur. Deux mains glacées se sont lovées autour de mon cou sans que j’y prenne garde.

Dans la vie, il paraît qu’il faut savoir ce qu’on veut. Peut-être faudrait-il surtout savoir ce qu’on peut…

Impénétrable, indestructible ? Rien ni personne ne l’est.
Failles invisibles à l’œil nu. Mais avec le bon objectif, le bon angle de vue, on peut tout déceler. Et lui, il a vu. Immédiatement.

Constamment se méfier, de tout et de tout le monde. C’est ainsi qu’on évite beaucoup d’échecs. Qu’on évite de se briser sur les écueils.

L’aube ne tardera plus, mais ne lui fera pas l’aumône du moindre réconfort.
Ce moment si particulier entre la nuit et le jour. Entre deux mondes si différents.
L’heure où les ombres se détachent de l’obscurité.

Si seulement un pneu pouvait éclater et m’envoyer dans le décor. Me tuer, sur le coup de préférence. J’ai envie de mort, pas d’agonie. La vie, c’est déjà une lente agonie et rien d’autre. Une marche forcée vers l’issue fatale.
On vient au monde sans l’avoir demandé, on va à la mort sans l’avoir choisi. Pas la peine d’en rajouter.

Autant essayer de maîtriser un troupeau de buffles poursuivis par une meute de hyènes.

Vous avez parfaitement raison : les autres ne sont pour elle qu’autant d’ennemis potentiels ou, dans le meilleur des cas, des esclaves à utiliser. Leur marcher sur la tête pour s’élever plus haut. Toujours plus haut…

Si l’ennemi est en elle, elle pourrait s’envoler pour la lune, ça n’y changerait rien.

Ne jamais tendre la main, au risque de se la faire broyer. Ne jamais accepter celles qui se tendent, de peur d’être redevable.

C’est important pour moi. De savoir que tu auras quelqu’un à qui te raccrocher. Que tu ne me suivras pas. Que tu resteras à la surface tandis que je m’enfoncerai dans le néant.

Il est figé au pied du lit.
Debout. Sans réaction. Aussi inerte qu’elle.
Sauf que lui respire encore.
Et c’est peut-être ça qui fait le plus mal.
Toutes ces années qui restent.
À respirer sans elle.

— J’imagine.
— Tu peux pas.
— Justement. J’ai dit que j’imagine, pas que je sais…

La maladie est une salope. Qui emporte l’être aimé.
Mais pas l’amour.
Elle est habillée simplement, mais l’élégance n’a pas grand-chose à voir avec les vêtements. C’est une façon d’être.

Préférant la fuite, la dénégation. S’acharnant à donner à tous l’image d’une femme forte qui a réussi. Pour cacher l’insoutenable.
À force de jouer ce rôle, elle a fini par se leurrer elle-même. À force de porter ce masque, il est devenu son vrai visage.

Constamment en mouvement, comme si ça l’empêchait de penser. Cloé connaît le problème. Courir, toujours. Pour éviter de s’arrêter et d’être englouti par les sables mouvants.

La mort n’est pas une fille facile. Elle se refuse à ceux qui la veulent, se donne à ceux qui la repoussent.

Il a erré des heures durant dans ces couloirs, tatouant à jamais sa détresse sur les murs gris. Il fait maintenant partie du décor. On passe devant lui sans le voir.

Mais le pire, peut-être, c’est la douleur. Qui se patine jour après jour.
Parce que je m’habitue à ton absence. Parce que j’ai peur d’oublier qui tu étais. Et qui je suis vraiment.
Sans toi, je ne suis rien, vraiment.

Dans la vie, il y a des besoins vitaux. Essentiels, primaires. Qui nous rappellent que nous ne sommes rien d’autre que des animaux.
Parmi eux, un endroit où se sentir en sécurité. Un abri, un refuge. Un terrier, un gîte.
Quand cet endroit n’existe plus, on devient un animal traqué, la peur chevillée au corps.
Quand on ne se sent plus en sécurité nulle part, on devient un simple gibier. Une proie, qui fuit et se retourne sans cesse, ne trouvant plus le repos.

Mais t’as pas voulu qu’on t’aide. T’as fait le vide autour de toi.
— Non. J’ai été aspiré par le vide. C’est pas pareil.

Mais je suis encore là, j’ai tenu parole, tu vois. Pour l’instant, en tout cas. Pourtant, je ne t’avais rien promis, tu te souviens ?… Comment pourrais-tu te souvenir, désormais ? Il n’y a que moi qui me rappelle… Et ça fait mal à en crever.

Rien, non plus, ne pourra réchauffer son cœur, déjà à l’agonie.

Son regard, comme un livre ouvert au chapitre tragédie.

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